Mastérisation, la formation professionnelle en débat.

L’éducation musicale scolaire en péril ?

 

Les débats actuels sur les moyens mis à disposition pour le fonctionnement de l’école ont rarement été posés de manière aussi visible et comptable.  La suppression de postes récurrente et assumée par les politiques publiques gouvernementales est un phénomène qui, si elle dépasse largement le seul cadre scolaire, inquiète et met à mal le fonctionnement même de l’enseignement au sein de l’Éducation nationale de notre pays.

 

Les constats sont le fruit de plusieurs décennies d’accords successifs qui ont engendré une profonde restructuration des modalités d’enseignement sur le plan structurel, et subséquemment didactique et pédagogique, la partie émergente du métier d’enseignant.  C’est-à-dire la mise en œuvre de décisions européennes et nationales qui ont bouleversé non seulement l’ossature des études, puis plus récemment la fusion des lieux de formation au sein des universités, le tout contemporain d’une nouvelle et importante refonte des textes officiels dans une complémentarité entre les disciplines jamais encore observée.

 

L’Éducation musicale n’échappe pas à ce constat.  Elle est même souvent beaucoup plus concernée que d’autres champs disciplinaires traditionnels, au titre de son histoire, de ses fondements et autres valeurs qu’on lui prête, et enfin de ses possibilités transversales tant strictement sur le plan de l’éducation, mais aussi des pratiques et des savoirs inhérents à notre matière[1].

Floraison de pianistes…

Nous vibrons d’une grande espérance à entendre la floraison de talents, tous plus personnels les uns que les autres, qui s’épanouit parmi les jeunes générations de pianistes (spécialement celles issues des peuples latins, en ces années récentes).  Les divisions schématiques en « écoles » s’estompent et on assiste, plus que jamais, à l’affirmation d’individualités ayant approfondi la connaissance de leur instrument et produit un travail exégétique sur leurs compositeurs de prédilection.  Il nous est agréable de suivre l’évolution des personnalités les plus marquantes, et d’en répercuter l’écho à nos lecteurs.Notre passion pour l’art de Messiaen et pour la musique contemporaine nous a conduit à repérer Marie Vermeulin comme l’une de ces personnalités (Pierre Boulez et Philippe Hurel s’étant montrés fort sensibles à ses interprétations, nous nous sentons en bonne compagnie).  Mais il advient que des interprètes présentent un bon profil dans l’une ou l’autre esthétique du temps présent, et qu’ils n’apportent aucun éclairage valide aux répertoires tant parcourus par leurs collègues ; il arrive aussi qu’ils puissent faire passagèrement illusion dans des œuvres pour lesquelles on n’a aucun critère comparatif, et que les grands classiques révèlent leurs failles.  C’est pourquoi il s’avère toujours utile d’entendre un

 

Des compositeurs dans leur époque :

le temps de Purcell, Jean-Sébastien Bach, Domenico Scarlatti et Haendel

1659-1759

 

Pour aider les candidats au baccalauréat 2010, nous avons repris ici - modifiés dans la perspective du programme de l’examen et mis à jour - deux articles parus antérieurement dans L’Éducation musicale.

 I  - Le contexte européen : confusions politiques et marche vers les Lumières

 

Pendant l’enfance de Purcell, la France domine incontestablement le monde européen. Versailles, où la Cour s’est installée à partir de 1682, devient le point de mire vers lequel se tournent tous les regards, tous les désirs, toutes les ambitions. Victorieux après la guerre de Dévolution (1667-1668) et la guerre de Hollande (1672-1678), le Roi Soleil, à l’orgueilleuse devise[1], est au sommet de sa gloire. Il n’en est que plus intransigeant sur son prestige, ne pouvant accepter qu’un autre souverain paraisse (paraître est alors l’idéal social des gens de qualité) plus puissant que lui : il exige que ses ambassadeurs aient partout la préséance ; il interdit aux capitaines de saluer les premiers les navires anglais ; tyrannique, il impose sa volonté aux petits États comme en témoigne, en 1685, la venue humiliante à Versailles du doge de Gênes, au mépris des lois de la République qui lui interdisaient de quitter le territoire génois. On comprend ainsi combien la France de Louis XIV pouvait fasciner les souverains européens : grands ou petits, ils se firent construire leur Versailles (Schönbrunn, Potsdam, etc.) imité avec plus ou moins de bonheur ; ils imitaient aussi la Cour, avec tout ce que cela comporte de grandeur et de prestige mais aussi de petitesse et de misère, de jalousies et d’intrigues.

 

Échos de jeunesse et de persévérance

Ce mois-ci, au fil de nos déambulations concertistiques, la jeune génération d’interprètes comblait nos aspirations à entendre un vrai travail d’approfondissement sur les musiques du XXe siècle, de toutes les générations actives au XXe siècle.Au Théâtre des Bouffes-du-Nord (4 octobre 2010), Jean-Guihen Queyras nous revenait en compagnie d’un ensemble sans chef de Hambourg, l’Ensemble Resonanz auquel il associe son travail sous diverses formes : soliste se détachant de la troupe dans Introduktion, Thema und Variationen de Hans-Werner Henze, une pièce d’une belle éloquence expressive quoique d’une esthétique un peu composite, notre violoncelliste retrouvait le jeu convenu de dialogues et répliques dans le Concerto en  majeur de Haydn où il s’abstenait de grâces « poudrées » pour ne pas accentuer le décalage entre la seule œuvre classique et le reste d’un programme ancré dans le XXe siècle.  L’Ensemble Resonanz convainc par une homogénéité et une qualité d’étoffe sonore rares ; l’implication manifeste de ces musiciens (et musiciennes, car l’effectif est largement féminisé), affectés à des places tournantes dans la

Échos de touches estivales

Des scènes du bord de Seine...
Pour clore la saison pianistique du Théâtre des Bouffes-du-Nord (7 juin 2010), Jean-François Heisser nous donnait un programme comme on les aime, c'est-à-dire hors des sentiers battus.  Poursuivant le lancement de sa nouvelle version discographique d'Iberia (Actes Sud), il jouait le Deuxième cahier du cycle d'Albéniz, autre crête s'inscrivant après deux sommets rarement gravis, auxquels il demeure fidèle.  Les trois quarts d'heure de la Sonate de Paul Dukas (que Jean-François Heisser enregistra dès 1988) peuvent à la longue paraître massifs, sauf à voir dessinés selon une pureté et une clarté toutes "classiques" – comme ce soir-là – les lignes et les volumes d'une architecture sculptée avec gravité.  Ainsi conduit, le parcours du moindre élément devenait d'une lisibilité saisissant l'auditeur sans risque qu'il s'égare.  Par sa vaste pièce Veränderungen, Philippe Manoury rendait un hommage fantasmé au Beethoven des Variations Diabelli dont il reprenait le titre réel, mais sans sacrifier à la mode du "collage" : les récentes compositions pianistiques de Manoury apposent leur empreinte dans le répertoire par une puissance d'appropriation instrumentale, une vigueur profondément pensée du discours, et le montrent libéré du concept de dispersion du son, des traces de pointillisme – séquelles du sérialisme – auxquelles il avait sacrifié au temps lointain de Cryptophonos (écrit pour Claude Helffer), encore trop tributaire de Boulez et de Stockhausen.

Le tsunami des berceuses germaniques

Si on chantait ?  Aux yeux des autres Européens, le peuple allemand passe pour un peuple de musiciens et de chanteurs.  Et bien, figurez-vous que ce n’est plus tout à fait vrai : eux aussi otages des jeux vidéo, du Net et de la télévision, les enfants allemands ne chanteraient plus.  C’est en tous cas le constat attristé que font certains musiciens qui, comme la célèbre basse mozartienne Cornelius Hauptmann , ont un beau jour décidé de faire quelque chose.

 

Le raisonnement de Cornelius a été très simple : pour que les enfants aient envie de chanter, il faut qu’ils chantent dans leurs familles.  Autrement dit, il faut que leurs parents chantent avec eux.  Ayant gardé un souvenir ému des berceuses que lui chantaient ses parents et surtout ses grands-parents, il a compris que c’était de là qu’il fallait partir si on voulait renverser la tendance actuelle.

 

Usant de sa notoriété, Cornelius a contacté ses collègues chanteurs et a réussi à rassembler 52 artistes qui, tous, ont accepté de participer bénévolement à l’aventure ; avec des pointures comme Peter Schreier et Kurt Moll - membres, comme Cornelius, du « gang des Sarastro et des Tamino ».

Le monde de l'orgue

Zuzana Magdalena Maria FERJENČIKOVÁ, récital d’orgue : Regina Cœli.  Die große Orgel der Basilika Unserer Lieben Frau zu den Schotten in Wien in Konzert und Liturgie.  Lade (www.edition-lade.com) : EL048.  TT : 72’54

 

Ainsi que l’indique son sous-titre, ce récital – enregistré sur l’un des plus beaux orgues de Vienne (Mathis, 1995, III-P/49) par sa titulaire – se donne pour programme de concilier les deux fonctions de l’orgue : concertante et liturgique.  Que l’on ne s’y trompe pas cependant : il ne s’agit nullement de juxtaposer vanité virtuose et tiédeur mièvre.  Pour preuve : le « concert » se clôt sur les Études pour piano-pédalier de R. Schumann et la « liturgie » s’ouvre sur l’Orpheus de Fr. Liszt dans la transcription de J. Guillou.  Mais l’intention affichée n’est pas non plus de façade, au contraire.  Ces interprétations seraient bien plutôt vraie prière et vraie musique à la fois ; le saisissant poème symphonique sur le Psaume 4 (Über uns, o Herr, erhebe dein leuchtendes Antlitz!) – une composition personnelle de Z. M. M. Ferjenčíková – témoigne avec éloquence de cette gémellité essentielle.  À vouloir comprendre l’intensité qui s’en dégage, l’on constate comment, grâce à des registrations solistes particulièrement colorées, elle sait couler son jeu dans l’acoustique généreuse de l’église abbatiale sans sacrifier l’acuité du discours.  Car les voix en sortent avec un relief particulier que son agogique très lyrique souligne à l’envi.  Et la tension ne se relâche jamais, mais change de nature, des traits les plus fulgurants de Liszt (Fantaisie et Fugue sur le nom de BACH) aux accords les plus éblouissants de Messiaen (Apparition de l’Église éternelle), est relancée, en une dramaturgie parfaite, par l’irruption des accents rythmiques de Ferjenčíková et se résout dans le mystère d’une méditation grégorienne de Dupré (Regina Cœli).

 


Le trou noir musical

Version anglaise : http://louisbabin.com/the-musical-black-holeLouis Babin

Compositeur agréé : www.louisbabin.com

Je me suis rendu compte que les cours de musique à l’école donnaient une bonne place à l’initiation musicale en proposant aux élèves la musique que l’on dit de répertoire.  Je spécifie ici qu’il s’agit des musiques de Bach (1685-1750), Mozart (1756-1791) Beethoven (1770-1827) et autres compositeurs immortels.  Cependant, dans la chronologie musicale offerte aux élèves, il semble y avoir comme une fosse abyssale, un trou noir.  Comme si la mémoire collective musicale avait fait un immense saut de mouton pour laisser de côté un pan important de la musique contemporaine.  Les exemples donnés en classe aux élèves dépassent rarement l’année 1940 !  Par la suite, c’est la musique populaire qui prend le dessus.  70 ans de créations musicales sont ainsi oubliés, mis à l’index.  C’est énorme !

La musique est présente dans tous les aspects de notre vie.  La différence avec la présence de la musique d’il y a 20 ans et aujourd’hui est qu’elle était chantée et interprétée par tout un chacun alors qu’aujourd’hui, nous ne chantons presque plus.  L’Homme, dans toute son Histoire, n’a jamais été exposé de manière aussi intense à la musique, sous toutes ses formes, que maintenant. L’Internet, la télévision, la radio, le cinéma, les spectacles et les concerts, sans compter les disques compacts, les DVDs, les revues et les publications sont autant d’événements, de contenus musicaux, auxquels nous sommes exposés.  Ajoutons à cela la dématérialisation de la musique qui nous amène aussi à reconsidérer d’autres aspects connexes et complexes comme le droit d’auteur et le paiement des redevances aux ayants droit. Ce qui était autrefois une simple passion pour la musique devient plus que jamais une consommation de produits aux mille essences fragmentés dans une multitude de petites niches spécialisées.

Tribulations musicales d’une Française à l’étranger

Leçon de vie à la léproserie de Manikro (Côte-d’Ivoire)

 

En binôme avec ma meilleure amie de l’époque, Muriel Philippe, je dirige depuis sept mois l’Ensemble vocal d’Abidjan, fondé quelques années plus tôt par Jean-Claude Brunebarbe, un coopérant français.  Rentré à Lille après de belles années passées à former des musiciens ivoiriens à l’Institut national des Arts (INA) de la capitale ivoirienne, il a laissé vacant le poste de chef de chœur.  Même si je suis depuis longtemps son bras droit, j’avoue avoir un peu paniqué à la perspective d’être seule en charge de ce groupe de très bon niveau, qui a déjà chanté l’Actus Tragicus de Bach, des anthems de Purcell et de larges extraits de l’Orfeo de Monteverdi.  J’ai par conséquent fait appel à Muriel, une autre passionnée de chant choral bien plus chevronnée que moi, professeur d’Éducation musicale au lycée Blaise-Pascal d’Abidjan.  Nous nous sommes dit qu’en unissant nos forces, nous assurerions beaucoup mieux la succession de Jean-Claude – chef de chœur et musicien hors pair.

Échos d’Utrecht

Jusqu’à présent célèbre pour les deux traités qui mirent fin, en 1713, à la Guerre de Succession d’Espagne, Utrecht vient de gagner des galons tout aussi importants : entre le 17 et le 26 juillet 2009, cette pittoresque petite ville située entre Rotterdam et Amsterdam a abrité la XVIIe édition d’Europa Cantat.  Il s’agit d’un rassemblement, à l’origine limité à l’Europe mais désormais mondial, de chœurs amateurs ainsi que, comme l’auteur de ces lignes, de choristes ou chefs de chœur isolés venus des quatre coins de la planète pour, en un laps de temps très court et avec des chefs de haute volée, étudier des œuvres en général peu connues.  Europa Cantat, qui se tient tous les trois ans dans un pays différent, est en réalité le laboratoire mondial du chant choral amateur : on y peut entendre et étudier des œuvres qui soit n’ont jamais été chantées en dehors de leurs pays d’origine, soit demandent des moyens - solistes et musiciens professionnels en grand nombre – dont peu de chœurs amateurs peuvent se prévaloir.La pluie et le vent (nous étions bien en Hollande !) n’ayant jamais empêché personne de chanter, ces dix jours-là furent aussi exaltants qu’exténuants : de 9h à 12h30, chaque atelier (il y en avait 22 au total, en comptant les ateliers pour enfants et pour adolescents) travaillait son programme spécifique.  J’avais quant à moi opté pour « Women in harmony », un atelier de « Barber Shop Music » confié à un chef américain, spécialiste mondialement reconnu de ce style de chant typique du sud des États-Unis : son oreille impitoyable nous a permis de chanter juste et a cappella des accords savoureux, où des , mi et mib cohabitaient tant bien que mal - en fait plutôt bien, si j’en juge par la réaction enthousiaste des spectateurs à l’issu de notre concert final.

Centre de musique romantique française

Fondation Palazzetto Bru Zane À la différence de ses sœurs du Baroque et du secteur dit contemporain, la musique romantique française ne possédait pas de structure fédératrice d'envergure internationale.  C'est chose faite, grâce à la création, fin 2006, de la Fondation Palazzetto Bru Zane. Émanation de la Fondation Bru, dédiée à la recherche, à l'éducation, à la restauration du patrimoine et à l'environnement, elle en est le volet musical.  Cette création a coïncidé avec l'acquisition à Venise, d'un palais du XVIe, le Palazzetto Bru Zane, « casino » de quelque 800 m² – en cours de restauration – situé en plein cœur de la Sérénissime, dans le quartier de San Polo, près de l'église dei Frari.  Cette opération d'envergure était lancée à Paris, dans les murs tant chargés de l'histoire musicale romantique de l'Opéra Comique.

Le 23 novembre, le grand chef d’orchestre anglais Richard Sidney Hickox disparaissait à l’âge de 60 ans.  Dans ces mêmes colonnes, j’avais rendu compte de la mémorable exécution londonienne qu’il avait conduite, en juin dernier, à Sadler’s Wells, de The Pilgrim’s Progress (1951), l’opus magnum de Ralph Vaughan Williams (1872-1958). Quelques mois après, vingt et un jours avant son décès, j’assistais - au Royal Festival Hall de Londres - à l’avant-dernier concert anniversaire qu’il consacrait à Vaughan Williams, à la tête du Philharmonia Orchestra. Ce concert de plus de trois heures, d’une rare densité, témoignait d’une belle reconnaissance envers l’un des compositeurs majeurs du XXe siècle. L’interprétation d’œuvres emblématiques - telles que la Fantasia on a Theme by Thomas Tallis (1910/19), la 9e Symphonie en mi mineur (1956/58), les Three Shakespeare Songs (1951), la 6e Symphonie en mi mineur (1944/50) et la 5e Symphonie en (1938/51) - a en tous points été exemplaire. L’énergie et l’émotion de Richard Hickox ont profondément touché un public nombreux, enthousiaste et concentré. Il est vrai que tout au long de cette année commémorative du cinquantième anniversaire de la mort de Vaughan Williams, Richard Hickox a déployé une activité qui, sans doute, a eu raison de ses forces. Il était véritablement au service de cette musique, en toute humilité.

Belle idée que d’avoir réuni pour fêter sainte Cécile, patronne des musiciens, trois œuvres emblématiques de compositeurs dont on fête de surcroît le centenaire cette année : Purcell, Haendel et Haydn.  D’emblée, Marc Minkowski, à qui on la doit, prend la parole pour donner quelques clés de lecture de ces pages si différentes qu’un même lien unit : l’hymne à la Musique. C'est que la romaine sainte Cécile aurait, dit-on, adressé le jour de ses noces, un cantique à Dieu pour que son époux, avec lequel elle était contrainte de convoler, préserve sa virginité.  La grande ode Hail ! Bright Cecilia est sans doute la première œuvre commémorative élevée au culte de la sainte.  Écrite en 1692, Purcell y fait montre de brillance, notamment dans la symphony d’ouverture en huit parties. S’ensuit une succession d’arias, au chant orné, ou de duos pour décrire le « luth mélodieux », « la flûte langoureuse » ou « le violon aérien ».

Hommage à Richard Sidney HICKOX (1948-2008)

Le 23 novembre, le grand chef d’orchestre anglais Richard Sidney Hickox [notre photo] disparaissait à l’âge de 60 ans. Dans ces mêmes colonnes, j’avais rendu compte de la mémorable exécution londonienne qu’il avait conduite, en juin dernier, à Sadler’s Wells, de The Pilgrim’s Progress (1951), l’opus magnum de Ralph Vaughan Williams (1872-1958). Quelques mois après, vingt et un jours avant son décès, j’assistais - au Royal Festival Hall de Londres - à l’avant-dernier concert anniversaire qu’il consacrait à Vaughan Williams, à la tête du Philharmonia Orchestra. Ce concert de plus de trois heures, d’une rare densité, témoignait d’une belle reconnaissance envers l’un des compositeurs majeurs du XXe siècle. L’interprétation d’œuvres

 


 

 



 

Le 30 septembre 1791, au "Theater auf der Wieden" d'un faubourg de Vienne, on donne pour la première fois ce que le programme annonce comme : "Un grand opéra en 2 actes d'Emanuel Schikaneder, mis en musique par Monsieur Wolfgang Amade Mozart".  L’œuvre porte le titre de : Die Zauberflöte, en traduction : La Flûte enchantée, au sens de : La Flûte magique, i.e. celle qui enchante, celle qui charme.

L'opéra connaît très vite un succès retentissant qui depuis lors ne s'est plus démenti.  Il s'agit sans doute de l'opéra le plus populaire qui soit, comme en témoignent les statistiques.  L’œuvre est capable d'enchanter enfants et adultes, personnes de haute culture et esprits plus frustes.  Ses airs (notamment ceux de la Reine de la Nuit, de Pamina, de Sarastro et de Tamino) sont des chevaux de bataille des concours de chant.  Par leurs projets de décors, des peintres de renom dont Marc Chagall et David Hockney lui ont fait révérence.

Il n'en est que plus étonnant que les jugements de valeur portés sur l’œuvre divergent si fortement. Notre opéra est, en effet :

 1. Une œuvre très controversée

 Il faut cependant remarquer immédiatement que la musique de Mozart n'est que rarement en cause. C'est avant tout l'appréciation du livret qui varie. De nombreux commentateurs, surtout parmi nos contemporains, condamnent sans appel la contribution de Schikaneder.  Ils vont jusqu'à parler du livret le plus absurde qui ait jamais été rédigé, d'un fourre-tout de la pire espèce, sans rime ni raison, regorgeant de contradictions, d'incohérences, de faits inexplicables ou navrants.  Certains croient en outre y déceler une fêlure ou un retournement, avec un "avant" dans lequel la Reine de la Nuit ferait partie des "bons" et Sarastro serait un "méchant", et un "après" où la Reine se transformerait en furie vengeresse et Sarastro en sage bienveillant.