Massenet : entre héritage opératique et vision cinématographique

 

            Habileté ou complaisance ?

Jules Massenet, né en 1842 et décédé en 1912, fait en cette année 2012 l’objet d’une commémoration quasi nationale, mais qui passe plus inaperçue par de bonnes parties du grand public que s’il s’agissait de Debussy ou de Beethoven. Il est hors de doute aujourd’hui que c’était un maître solidement établi dans la vie culturelle de son époque, très acclamé comme compositeur à succès à l’opéra et très recherché comme professeur au Conservatoire. En revanche, il était et est toujours assez controversé pour la substance de sa production lyrique et instrumentale. S’il a réussi de véritables « tubes », la fine oreille reconnaissait aussi dans sa musique des ressemblances avec les œuvres d’autres compositeurs, chose qu’on qualifierait aujourd’hui de plagiat. D’autres avis sauvent son honneur en lui attestant qu’il était beaucoup imité alors que lui-même n’imitait personne. Véritable gentleman à la française, fin connaisseur des secrets d’une orchestration envoûtante, son envie de plaire l’aurait emporté souvent sur la justesse du ton, sur la nécessité de pertinence ou de densité de l’écriture, voire sur le « bon goût » et l’authenticité du langage. Des mots comme « originalité », « habileté », « charme », mais aussi « kitsch » et « rengaine » reviennent souvent dans les commentaires.

 

Jean de La Ville de Mirmont : L’horizon chimérique

 

Voici réédités, dans la collection « Les Cahiers Rouges », chez Grasset, les trois ouvrages d’un jeune auteur, Jean de La Ville de Mirmont.  Tué à la Guerre de 14, à vingt-sept ans, il avait eu tout juste le temps de publier Les dimanches de Jean Dézert, roman autobiographique.  Les Contes et L’horizon chimérique, recueil de poèmes, ne le furent qu’après sa mort.

Voici donc ces textes réunis, voici le bonheur de lire et relire ces vers, fleurons de l’œuvre interrompue :

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte

Le dernier de vous tous est parti sur la mer

Le couchant emporte tant de voiles ouvertes Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

 

Quel professeur de français osera dire à ses élèves : « Éteignez vos portables, écoutez plutôt cette voix »… N’en serait-il qu’un seul pour l’entendre, cela vaudrait la peine d’essayer.

 

Jean de La Ville de Mirmont est né le 2 décembre 1886, à Bordeaux, dans ce milieu de la grande bourgeoisie protestante.  Famille de six enfants.  Le père, éminent latiniste et professeur, intimide le petit Jean mais une tendre complicité le lie à sa mère.  Une photographie les montre appuyés l’un contre l’autre, elle discrètement souriante, lui angelot pensif aux joues rondes.

Si la myopie emplit ses beaux yeux noirs de rêves, elle brisera cependant le plus cher : devenir marin.  On n’en était pas encore à la fine incision de la cornée qui corrige la mauvaise vue des myopes.  Jean restera sur le quai.

Je suis né dans un port et depuis mon enfance

J’ai vu passer par là bien des pays divers

Attentif à la brise et toujours en partance

Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer…

 

La carrière aventureuse de Johann NepomuckLa carrière aventureuse de Johann Nepomuck

Maelzel et son rôle dans la création duMaelzel et son rôle dans la création du

MétronomeMétronome

Paul Charbon.

Ratisbonne, en allemand Regensburg, a conservé jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, son statut de ville libre du Saint-Empire. Au confluent de la Regen – qui lui a donné son nom – et du Danube, s'élèvent les hautes silhouettes de ses maisons étroites à l'italienne. Ses activités florissantes y ont fixé un artisanat d'art. Johann Nepomuck Maelzel, facteur d'orgues, fait partie de ces "artistes" comme on disait à l'époque. Marié avec Anna Katharina Ferstl, son premier fils né le 15 novembre 1768, porte les mêmes prénoms que lui. Son parrain est le baron von Francken. Est-ce un commanditaire, un protecteur ?

Mais le petit Johann ne survit pas, et le 16 août 1772 est baptisé à la cathédrale Saint-Ulrich un nouveau Johann Nepomuck, né sans doute la veille. Il a pour parrain le peintre Matthias Schiffer. (1) On ne sait rien sur l'éducation que l'enfant reçoit, si ce n'est qu'il apprend très jeune le violon et le piano.

Dans l'ambiance de l'atelier paternel, ses aspirations le tournent naturellement vers la construction d'instruments de musique. Le 27 mars 1783, un petit frère Leonhard Rupert vient compléter la famille.

Ses débuts dans la musique mécanique.

Johann à 14 ans est un pianiste accompli. À partir de 1788, il donne même des leçons sur cet instrument. (2)

Deux ans plus tard, il quitte sa maison natale bavaroise, pour un voyage d'initiation chez les principaux horlogers spécialisés dans la construction des pendules à musique. Il peut faire face aux frais entraînés par ses déplacements entre Prague, Leipzig, Dresde et Berlin, grâce à l'appui de deux protecteurs : von Iskeles et le baron von Arnstein. Les Maelzel continuent donc à rechercher et à obtenir l'appui des milieux de la noblesse.

Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de donner quelques détails sur ce qu'étaient les instruments de musique mécanique à la fin du XVIIIe siècle.

Soulignons d'abord qu'il existait une clientèle de riches amateurs pour ce genre de machines qui justifiait leur fabrication.

Les modèles les plus courants utilisaient un jeu réduit de tuyaux d'orgue ou de véritables instruments à vent, actionnés par une soufflerie. Ces jeux étaient commandés par un cylindre en bois sur lequel étaient plantés des ergots (notes courtes) et des pontets (notes longues). Ce cylindre entraîné dans un mouvement de rotation soulevait avec ses ergots et ses pontets des "touches" qui envoyaient de l'air dans le tuyau correspondant. Le déplacement du rouleau et des soufflets était commandé soit manuellement (manivelle), soit par un moteur d'horlogerie (à ressort ou à contrepoids).

 

À la recherche d’un syncrétisme entre dionysiaque et apollinien

Variations philosophiques et musicales Faut-il croire Nietzsche lorsqu’il affirme la dualité de Dionysos et d’Apollon dans la naissance de la tragédie grecque ? L’apollinien sculptural, le dionysiaque musical ? La clarté apollinienne, les ténèbres dionysiaques ? La raison et la démesure ? La musique et la parole ? Le son et la lettre ? L’esprit et la matière ? L’homme et la bête ?  Serions-nous condamnés à ce binaire irréductible, symbolisé ici par la flûte de Dionysos et la lyre d’Apollon, sans possibilité aucune de retrouver une hypothétique unité.  Si, finalement, ces deux figures mythiques n’étaient que deux visions différentes mais parfois complémentaires et, en tout cas, nécessaires à une même démarche esthétique centrée sur notre désir de perfectibilité se réalisant dans l’œuvre d’art.  À partir de la mythologie, puis par l’étude des rapports qu’entretiennent, avec la musique, Nietzsche le dionysiaque et Kant l’apollinien, ainsi qu’en étudiant la genèse de l’œuvre d’art à travers différentes démarches philosophiques, différents compositeurs et différente époques, il convient de s’interroger pour savoir si, au-delà de toute démarche esthétique, ce n’est pas toute notre vie qui devra osciller entre apollinien et dionysiaque à la recherche d’un difficile syncrétisme.

Mythologie

Pan est le dieu de la Totalité, de la Nature tout entière.  Fils de Zeus et de la déesse Hybris, il incarne la ruse et la paresse. Son appétit sexuel était insatiable : il poursuivit un jour la chaste Syrinx qui, pour lui échapper, se transforma en roseau. Ne pouvant plus, dès lors, la reconnaître, il coupa quelques roseaux pour en faire la flûte de Pan.  Son fils Silène fut le précepteur de Dionysos.

 


Manon, Werther… à bâtons rompus

 

Je suis « tombé dans la marmite » de Jules Massenet dès ma sortie du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, en juin 1966.  Quelques jours après y avoir obtenu trois premiers prix, j’ai été appelé au Théâtre des Hauts-de-Seine pour passer une audition dans le rôle de Des Grieux et - pour la petite histoire, la mienne - le même jour, deux heures plus tard, je me suis fait entendre par l’Administrateur de la Réunion des Théâtres lyriques nationaux (RTLN), lequel n’avait pu assister aux concours du Conservatoire.

Par chance, réussite totale : j’étais engagé à l’Opéra de Paris pour la rentrée suivante en tant que soliste du chant et en plus, je signai un contrat pour une série de Manon donnée dans toute la région parisienne.

Cette Manon, mise en scène par Gérard Vergez, dirigée par Yves Prin,  bénéficiait d’un décor fort astucieux qui permettait de passer d’un acte à l’autre « à vue »,  et du concours du Ballet de l’Opéra.  La distribution était fort jeune, ce qui fit écrire dans les journaux que les protagonistes de l’opéra avaient l’âge du rôle !

Cette série de Manon me permit d’enregistrer, un an plus tard, cet opéra pour la première émission lyrique et en couleurs de la télévision, d’Aimée Mortimer, dirigée par Jésus Etcheverry, grand spécialiste de l’ouvrage, dans une mise en scène de Maurice Cazeneuve.       

 

Petit bourg au cœur du Gâtinais, d'environ 2 200 habitants, Égreville invite à la flânerie. Vous êtes  alors le  visiteur que rien ne presse, loin de l'agitation de la ville.  Voici, regroupés dans la rue principale, la Mairie, l'École, la Poste, l'Office de Tourisme... Commodités  quotidiennes d'un village tranquille et vivant, bien enraciné dans son terroir.

Mais voilà que, surpris et curieux, vous suspendez votre marche…  Car, devant vous, se dresse  le magnifique ensemble de l'église Saint-Martin et de la  grande halle du XVe siècle. Ornements valeureux de la place Jules-Massenet, ils témoignent du long passé d’un bourg qui survécut à la guerre de Cent ans et aux autres tumultes de l'Histoire. 

Une page récente sur Internet, réalisée par la mairie et l'Association d'Histoire locale, nous renseigne : « Sous la Renaissance, François Ier offrit le domaine d'Égreville à sa maîtresse Anne de Pisseleu (…)  qui séjourna très peu en ses terres d'Égreville, reçues en dot pour faire une maîtresse acceptable pour le roi. On disait d'elle qu'elle était la plus belle des savantes et la plus savante des belles. » (1)

Au bout de la place Jules-Massenet, un chemin presque de campagne s'offre à vous. Ombragé et secret. Derrière les hauts murs, les portes closes, les vestiges des tours d'un château féodal, vous pouvez admirer les cimes majestueuses d'arbres plus que centenaires, que balance une brise légère.

 

L’utilisation du cri, de l’exclamation à l’interjection[1] jusqu’à celle de l’onomatopée, dans la musique savante en Occident peut paraître incongrue tant cette manifestation vocale semble éloignée du principe de composition aux règles rigoureuses.

La voix et le chant ont toujours été le domaine privilégié pour une recherche de la perfection musicale. Aussi, le cri, comme geste vocal primaire est-il facilement jugé comme de piètre intérêt, méprisable même, parce que synonyme d’émission vocale des plus primitives. L’on pourrait presque parler de bruit vocal. Pourtant, l’audition des œuvres vocales dites « sérieuses » prouvent que le cri n’est jamais écarté des compositions lyriques dans notre histoire. Durant les quatre siècles retenus dans le cadre de notre étude, nous constaterons que les exemples sont nombreux. Jamais isolé, le cri s’intègre toujours dans des pièces chantées et il peut s’illustrer dans tous les genres (cantate, oratorio, opéra, lied, mélodie…) comme dans tous les styles.

Pour pouvoir parler du « cri » dans la musique, il nous paraît nécessaire de proposer une définition autre que celle qui est couramment établie. Pour éviter toute confusion, la notion de « crié » qui implique d’autres critères, n’est pas ici considérée.

Dans sa plus large acception, le « cri » est défini comme un simple contenant vocal, vide de sens sémantique, constitué d’un ou de plusieurs phonèmes. Il est judicieux de ranger par catégories les différentes sortes de cri pour moduler son utilisation comme son émission.

Les deux catégories que nous retiendrons sont le cri « émotionnel » et le cri « fonctionnel ».

 

 de l’Atelier des Feuillantines avec l’équipe Interaction Musicale Temps Réel de l’Ircam

 Fabrice Guédy, IRCAM, Atelier des Feuillantines

 {Fabrice Guédy, Frédéric Bevilacqua, Nicolas Rasamimanana, Norbert Schnell, Emmanuel Fléty}@ircam.fr

{Caroline Delabie, Floriane Rigolot}@feuillantines.com

 Cet article présente six expérimentations musicales sur la thématique du geste dans des situations ayant trait à l’enseignement, menées conjointement par l’Atelier des Feuillantines et par l’équipe Interaction Musicale en Temps Réel de l’Ircam. Ces expériences ont permis à des élèves et à des enseignants d’employer des technologies à l’état de recherches afin d’en orienter certains aspects dans une visée pédagogique.

 L’IRCAM et l’Atelier des Feuillantines

 L’équipe de recherche IMTR de l’Ircam a pour but de développer une réflexion et des outils orientés vers le temps réel. Ces outils peuvent être des traitements sonores, ou concerner la capture ou la compréhension du geste musical. Ils sont souvent le résultat d’une interaction particulière avec un compositeur, un instrumentiste, ou un enseignant. Parmi les outils utilisés dans les expériences décrites dans cet article, on trouve aussi bien de simples traitements que des outils plus aboutis comme le suivi de geste contrôlant un enregistrement. Par suivi de geste, nous entendons la possibilité d’enregistrer des mouvements comme par exemple la battue d’une mesure, grâce à un dispositif de capteurs mesurant les accélérations et les rotations de la main qui le tient. Les données numériques de ces enregistrements peuvent alors être comparées à des données arrivant en temps réel de la part d’un élève ou d’un enseignant, et permettre de ralentir ou d’accélérer un enregistrement sonore.

 

 

Théophile Gautier

Le 23 octobre 1872, décédait  le « poète impeccable… parfait magicien ès-lettres » selon Baudelaire, Théophile Gautier. Il était né à Tarbes 61 ans plus tôt, le 30 novembre 1811, voilà deux cents ans, dans une famille de petits bourgeois.                                                                                                                                         Passons rapidement sur sa biographie qui n’est pas notre propos.

Enfant surdoué – il sait lire à 5 ans – il sera, au collège Charlemagne, condisciple et ami, jusqu’à la mort de celui-ci, du futur Gérard de Nerval.  Il forme, dès l’adolescence, un petit cénacle avec dejeunes sculpteurs, peintres, graveurs parmi lesquels on trouve Petrus Borel ou Célestin Nanteuil. Sportif - « J’ai beaucoup aimé la nage, la boxe, les chevaux, les exercices de force et la peinture » écrit-il à Armand Baschet en 1851 - il hésite entre la mer, la peinture et le théâtre, mais sa rencontre, à 17 ans, avec Victor Hugo et sa participation à la fameuse bataille d’Hernani  le 25 février 1830 décident vraisemblablement de sa vie : il écrira.

Journaliste à La Presse jusqu’en 1855 puis au Moniteur universel ; il visite l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Russie, la Grèce, l’Algérie, la Turquie,  etc.  et publie moult récits de voyage et de nombreux articles d’art. Célèbre et respecté pour sa carrière et son talent de poète et de romancier, malgré trois échecs à l’Académie Française, il sera bibliothécaire de la princesse Mathilde.

Quid de la musique dans tout cela ? Commençons  par un peu de sociologie et de généalogie.

Ses père et mère l’ont sans doute initié jeune à la musique et il a assisté à des représentations, entre autres, d’opéras de Grétry, Cimarosa ou de Mozart, dont il aime particulièrement Don Giovanni.

Lui-même, selon le témoignage de sa fille aînée, joue du piano. Parmi ses amis et fréquentations, on compte Adam, Berlioz, Reyer, Meyerbeer, Liszt… et, quelque peu oublié aujourd’hui mais proche de Théo, Allyre Bureau (portrait ci-joint en polytechnicien), dont nous reparlerons. La liste de tous ces compositeurs serait trop longue.

 

« Sur de charmants poèmes de Maurice Carême, entre Francis Jammes et Max Jacob, j’ai composé sept très courtes mélodies pour Denise Duval ou, plus exactement, pour qu’elle les chante à son petit garçon âgé de six ans. Ces croquis, tour à tour mélancoliques et malicieux, sont sans prétention. Il faut les chanter avec tendresse. C’est la plus sûre façon de toucher le cœur des enfants. »[2]

Le cycle de mélodies pour Francis Poulenc

Le compositeur  a acquis une connaissance approfondie des cycles de mélodies de ses aînés. Il en cite plusieurs dans son Journal de mes Mélodies et dans ses programmes de récitals : les Chansons madécasses, La Bonne Chanson, opus 61 et Les Enfantines. Il construit avec Pierre Bernac des programmes de concerts contenant des cycles de mélodies. L’exigence musicale habituelle du compositeur nous permet de penser que celui-ci analyse les œuvres avant de les interpréter.

 

Indications bibliographiques

La liste qui suit est une brève sélection d’ouvrages et d’articles susceptibles d’intéresser le lecteur. Des recherches bibliographiques exhaustives, comme une liste assez conséquente d’enregistrements, peuvent être consultés dans les ouvrages de Maxime Joos et de Caroline Potter ou dans les Entretiens de Claude Glayman et Henri Dutilleux (cf. ci-dessous). La liste des enregistrements et futurs projets de Renée Fleming est disponible sur son site officiel : www.renee-fleming.com.  Celle des œuvres du compositeur est présente dans maints ouvrages, dont celui de Jérémie Thurlow (cf. ci-dessous). Une liste de ses œuvres dédiées à la voix est cependant donnée, à titre indicatif.

Enfin, deux ouvrages à paraître promettent de nouveaux enrichissements :

-                     Nicolas DARBON (Sous la direction de) : Henri Dutilleux entre le cristal et la nuée, Paris, CDMC, à paraître en 2009.

-                     JOOS Maxime, Les fondements esthétiques des principes de composition chez Henri Dutilleux. Thèse de doctorat en Études musicales, sous la direction de Jean-Louis Leleu, Université de Nice-Sophia Antipolis, à paraître chez Delatour.

 

Il y a une petite révolution en marche au Québec. Avez-vous remarqué l’infiltration des compositeurs à l’intérieur des écoles ? Avez-vous idée à quel point les manipulateurs du son peuvent avoir un impact sur les jeunes et leur perception de la musique actuelle ? Pour en avoir un bel exemple, il suffit de lire l’article du journal The Gazettei sur le compositeur Robert Frederick Jonesii qui a terminé la composition d’une œuvre à partir de son lit d’hôpital.

Artiste, compositeur et pédagogue aimé et respecté au Collège Vanier où il enseigne depuis 1976, Jones a vu son anthologie symphonique La Terra Promessa être créée par de jeunes artistes au concert de fin d’année de la chorale du Collège Vanier.  Sous la direction de Philippe Bourque, le concert a eu lieu le vendredi 6 mai à l’église Saint-Sixte à Ville SaintLaurent.  À cette formation vocale s’est ajouté le Chœur Saint-Laurent ainsi que l’Orchestre symphonique de l’école Joseph-François Perreault.  Le public, composé d’élèves, de parents et d’amis, lui a réservé une ovation monstre après l’écoute de cette gigantesque fresque musicale d’une durée de plus de 40 minutes. Depuis plusieurs années, plusieurs œuvres sont d’ailleurs jouées par les élèves du Collège Vanier. C’est l’un des rares exemples d’intégration régulière de la composition moderne à l’intérieur d’une institution scolaire publique.

QUAND GIUSEPPE VERDI SAVAIT SE MONTRER GRAND PRINCE

(Source: Verdi's Aida: The History of an Opera in Letters and Documents), traduction française de Michèle Lhopiteau-Dorfeuille)

 

 

 

En mai 1872, après avoir s’être par deux fois déplacé pour assister à « Aïda »,  un certain Prospero Bertani, visiblement déçu, décida d’écrire une lettre de protestation au compositeur Giuseppe Verdi, et de se faire rembourser non seulement le spectacle, mais encore toutes ses dépenses annexes.

De larges pans de mystère enveloppent la personnalité de Claude Debussy…  Et cela, quel que soit le nombre de savantes études qui lui furent consacrées, telles celles de Léon Vallas, Edward Lockspeiser, Marcel Dietschy, Christian Goubault et surtout François Lesure - dont on ne saurait trop louer la « biographie critique », assortie d’un catalogue raisonné de l’œuvre (Fayard, 2003).  Ouvrage où, en regard du génie de l’artiste, ne sont jamais dissimulées les faiblesses de l’homme…

 

 

 

De par son dédain même du clinquant et de la rhétorique, ce musicien – l’un des plus grands qui furent – n’en demeure pas moins, de tous, le plus français.  Même si l’ardent consumérisme de nos contemporains ne les porte guère à reconnaître pareilles qualités…

JOHN ADAMS, un compositeur dans l'actualité

L'actualité lyrique appelle l'attention sur le compositeur John Adams, à Londres comme à Paris où, coup sur coup, viennent d'être joués ses deux opéras  emblématiques, Nixon in China et The Death of Klinghoffer.  Compositeur et chef d'orchestre, John Adams occupe une place particulière parmi ses contemporains, ne serait-ce que par le choix des thèmes de ses œuvres destinées à la scène.  Né en 1947, en Nouvelle-Angleterre, il est installé à San Francisco depuis 1971, où il a exercé les fonctions de compositeur en résidence de 1882 à 1985.  Plusieurs de ses premières œuvres y ont été créées.  La collaboration avec la poétesse Alice Goodman et le metteur en scène Peter Sellars, initiée dès 1985, se concrétisera par les deux opéras cités.  L'association avec Sellars en produira quatre autres : I Was Looking at the Ceiling and then I Saw the Sky, sur le modèle du singspiel (1995), El Niño, créé à Paris, au Châtelet, en  2000, sur le thème du mystère de la vie et de la création, puis Doctor Atomic (2005), traitant du lancement de la première bombe nucléaire américaine, sous la conduite de Robert Oppenheimer, et enfin, son

Fascination des grandes voix et des productions révélatrices

L'autre Otello, vu par Rossini

 

Gioacchino ROSSINI : Otello ossia Il moro di Venezia.  Dramma per musica en trois actes.  Livret de Francesco Berio di Salsa, d'après la tragédie Othello ou le more de Venise de Jean-François Ducis, et l'action poétique Othello de Giovanni Cozenza, et The tragedy of Othello, the moor of Venice de William Shakespeare. Cecilia Bartoli, John Osborn, Javier Camarena, Edgardo Rocha, Peter Kalman, Liliana Nikiteanu, Nicola Pamio, Ilker Arcayürek.  Chœur de l'Opéra de Zurich.  Orchestra La Scintilla der Oper Zürich, dir. Muhai Tang.  Mise en scène : Moshe Leiser, Patrice Caurier.Le drame de Shakespeare a inspiré à Verdi un de ses chefs-d'œuvre.  Mais il existe un autre Otello : celui que Rossini a créé à Naples en 1816.  Au jeu des comparaisons, si tant est qu'il soit bien pertinent, la tragédie de Shakespeare y apparaît traitée bien différemment.  L'action se passe entièrement à Venise.  Desdemona, déjà mariée en secret à Otello, est aimée par Roderigo, mais aussi de Iago.  Surtout, son père, Elmiro, un politicien opposé au Maure, ne cache pas son aversion pour un homme de couleur noire, et maudira sa fille d'avoir épousé la cause de celui-ci.  L'originalité de l'opéra est de placer Desdemona au centre de la tragédie, une femme non pas « blonde » et passive, comme la concevra Verdi, mais libre, prenant des initiatives en s'opposant au fol combat que se livrent le Maure et Roderigo, ou essayant de

 

 

LES MUSICIENS D’ÉGLISE

FRANCS-MACONS À PARIS

* L’auteur remercie tout particulièrement MM.

Patrice Ract-Madoux, Francis B. Cousté, et JeanPierre Bouyer pour leur aide et leurs précieux conseils, sans lesquels cet article n’aurait pu être écrit. Les recherches et publications de M. Denis Havard de la Montagne sur le site Musica et Memoria, http://musimen.com.

1.             Juan R. BIAVA, organiste titulaire de SaintPierre-de-Montmartre (18e), président du Syndicat National des Artistes Musiciens des Cultes.

2.             Pierre-François PINAUD, « Présence de la musique en loge : la Colonne d’harmonie », dans L’Education Musicale, mars-avril 2010, n° 565, pp. 40-42.

1790-1815 :

L’EXEMPLE DES ORGANISTES*

par Pierre-François  Pinaud


 

Depuis que l’homme existe, il a accompagné, interprété, ornementé, approfondi, inspiré chaque événement important de sa vie grâce à la musique : la naissance, le mariage, la mort, la guerre, la paix, etc. Les chrétiens, sous le souffle de l’esprit de Pentecôte, chantent lors de leurs célébrations. L’orgue, instrument propre à la musique de l’église latine, les accompagne souvent, jouant un rôle essentiel dans la mise en œuvre de la liturgie.

L’orgue est l’instrument « total ». Il peut se comparer à l’orchestre symphonique. Par son souffle et la tenue indéfinie des sons, il se confond avec la voix humaine et l’amplifie. Par la diversité, la qualité, la puissance et la douceur de ses voix (ses jeux), il peut commenter un texte, interpeller, calmer, réveiller ou endormir une assemblée. Dans l’église, l’orgue se place derrière l’assemblée, avec qui il fait cœur et souffle. L’organiste reste invisible. Il ne joue pas pour qu’on l’admire. Son accomplissement est d’amener l’assemblée à chanter, pour découvrir et déployer son humanité.

La musique de l’église n’est pas un spectacle, un agrément ou un décor. La musique sacrée est la quintessence de la musique. Passant par l’oreille, elle dépasse l’émotion et la sensation, réalités individuelles et liées à la matière : elle réalise l’unité des individus qui composent une assemblée. Elle transcende le niveau du sentiment épidermique et de circonstance et permet à tous d’être « un seul cœur, un seul souffle ».

Le bel anniversaire d'un maître du clavier

Maurizio Pollini fête ses 70 ans.  Se souvient-on de son premier concert parisien, dans les années 1970, donné dans de bien curieuses circonstances ?  Une répétition générale publique du Requiem de Verdi par les Berliner Philharmoniker, dirigés par Karajan, ayant mal tourné, après que le chef eut décidé d'en écourter le travail, et le public ayant fait savoir haut et court, démonstration à l'appui, qu'il allait tout casser, la direction de la salle de l'avenue Montaigne prit la décision, pour calmer les esprits, de distribuer gratis des billets pour le concert du soir, où devait se produire un jeune pianiste, quasi inconnu alors...  C'est ainsi que Pollini faisait salle comble dès son premier rendez-vous avec Paris, et un triomphe.  Ses apparitions depuis lors, là comme à la Salle Pleyel, sans compter le grand amphi de la Fac de Droit de la rue d'Assas, ont toujours été saluées par l'immense satisfaction d'un public fidèle, qui aime cet homme, d'apparence timide, capable, lorsque devant le clavier, de transfigurer la musique.  Ayant à peu près tout abordé, il s'est lancé, depuis quelques années dans des projets thématiques, rapprochant, en un même geste interprétatif, compositeurs adoubés et musiciens contemporains. Les « Progetto Pollini », puis « Pollini Perspectives » devaient apporter aux récitals cet esprit de renouveau, un brin provocateur en apparence, que Pollini adore distiller.  La présente série de « Pollini Perspectives », débutée fin 2010, et qui se poursuivra jusqu'en 2013, en est à sa deuxième étape.  Parallèlement, DG, la maison de disque attitrée du pianiste, publie un nouveau CD et plusieurs rééditions de ses interprétations marquantes.  Bon anniversaire donc, maestro !

Présences de l'abscence et présences de l'espoir

Posons bien les données concrètes du problème... en rappelant à nos chers lecteurs combien ils sont concernés puisque l’argent du contribuable finance l’opération : le festival Présences de Radio France (22e édition en 2012) consiste à dédier une considérable série de concerts (14 en six journées, cette année) au culte d’un seul compositeur (assorti de quelques « sparring-partners »), tous événements radiodiffusés, accompagnés d’une brochure-programme d’un réel intérêt documentaire, bénéficiant d’une formidable campagne de communication, et concentrant en un haut lieu parisien (ce fut naguère la Maison de la Radio, c’était cette année le Théâtre du Châtelet, d’ailleurs trop grand pour un auditoire... clairsemé) la possibilité de donner plusieurs « premières » en l’espace de quelques jours.  Autrement dit, pendant qu’un seul, élu d’on ne sait quels arbitres des élégances (ou plutôt, on ne le sait que trop !), bénéficie de cette débauche de moyens (et de revenus pour l’impétrant !), cent autres compositeurs, guère inférieurs en mérite musical,  peuvent à bon droit le jalouser.  Si encore cette chance distinguait le génie du siècle !  Mais c’est rarement le cas, et l’on s’amuse d’entendre dans les couloirs de fidèles-z-auditeurs évoquer avec une moue dédaigneuse de précédentes éditions.  À dire vrai, ce somptueux cadeau ne manque pas d’effets pervers : il faut en effet une carrure exceptionnelle pour résister à l’étalage surabondant de tant de fruits issus d’un même cerveau, et une telle programmation n’a pas sa pareille pour faire ressortir les défaillances ou les trucs d’un compositeur, et pour dégonfler bien des inconsistances.

De Cucendron à Cerenentola, les 2 visages de Cendrillon

L'histoire de Cendrillon a inspiré bien des musiciens ! Des Contes de ma mère l'Oye de Charles Perrault, c'est celui qui reste le plus emblématique.  Pourtant, alors qu'un même sujet les anime, la diversité des versions est confondante.  Qui touche à peu près à tous les éléments du conte. Les personnages en particulier, du Prince pour ne citer que lui.  Le message adressé aussi, à travers la morale souhaitée par l'auteur de l'adaptation.  Au demeurant, le conte offre des atouts contradictoires pour faire un bon sujet d'opéra : l'unité de temps, certes, et l'expérimentation quant à la régie scénique, eu égard à la composante du merveilleux, mais, par contre, un sujet non pervers et une héroïne touchante, paramètres ne soutenant pas nécessairement le moteur lyrique qui aime se complaire dans les sombres dénouements.  Encore que le merveilleux ait ses chances dans l'univers opératique.  En réalité, trois facteurs expliquent un succès pérenne : le comique, qui tranche sur ce qui, dans le conte, ressortit au sérieux, la musique, qui enrichit bien évidemment le texte, permettant d'insérer des scènes variées, la primauté accordée au spectaculaire enfin.  Car l'illusion qu'autorise le théâtre, lyrique en particulier, ajoute à l'enchantement inhérent à un tel sujet.

Frédéric CHOPIN, racines

Cent soixante ans se sont écoulés depuis la publication de la première bibliographie de Frédéric Chopin (Franz Liszt, Fr. Chopin, Paris 1852).  Durant cette période, un nombre incalculable de monographies a vu le jour sur la vie et les divers aspects de l’œuvre du compositeur polonais.  Les auteurs de la plupart de ces ouvrages sont des musicologues et des écrivains sur la musique.  Plus d’une fois, leur ambition était d’englober l’ensemble de la vie et de l’oeuvre, c’est pourquoi ils n’ont pas abordé les détails de la biographie avec le soin requis. Les auteurs de livres tant populaires que scientifiques n’ont pas vérifié les informations provenant de la litérature sur Chopin, perpétuant ainsi les erreurs, les inexactitudes, et même un contenu totalement faux, nullement étayé par des sources.

 

C’est seulement au début du XXIe siècle qu’un tournant s’est produit concernant la biographie du compositeur et ses ancêtres, tant du côté de sa mère – Tekla Justyna Krzyzanowska – que de son père Nicolas Chopin.  Les chercheurs en généalogie et biographie, Piotr Mysłakowski et Andrzej Sikorski, ont mené pendant plusieurs années des études approfondies d’archives, historico-généalogistes, qui portent sur plus de cent mille documents manuscrits de tribunaux, sur toutes les sources imprimées accessibles, sur des documents de cartographie et de la littérature.  Grâce à ces recherches, ils ont vérifié, classé et actualisé les connaissances connues à ce jour.  Ils ont levé les hypothèses et les suppositions et ont surtout découvert de nouveaux documents jusque là inconnus.  Il en résulte que la connaissance sur Chopin et surtout les connaissances marginales sur ses origines et son entourage familial et social ont été enrichies de façon impressionnante.

Ondes américaines...

La programmation 2011-12 de Radio France, à travers ses divers cycles, rend hommage à la période américaine de Stravinsky : on ne peut que s’en féliciter tant cela nous permet de réentendre maints chefs-d’œuvre parfois sous-estimés, répartis entre les saisons des deux orchestres et un week-end, au 104.  De surcroît, l’intelligence de cette programmation rejaillit sur la musique des États-Unis qui s’y trouve associée en un panorama objectif traversant tout les courants esthétiques.  Ainsi le pianiste Jay Gottlieb, infatigable explorateur et merveilleux ciseleur de répertoires originaux, s’associait-il récemment à Wilhem Latchoumia pour proposer, au 104, de délectables pièces pour 2 pianos de George Antheil et Aaron Copland aux côtés de pages de Stravinsky (inspirateur de tant d’Américains).  Ainsi l’Orchestre national de France vient-il de nous offrir deux jeudis de suite (13 et 20 octobre 2011) des programmes enthousiasmants dont on se désole qu’ils n’aient attiré qu’un public clairsemé !  Le manque de curiosité des mélomanes parisiens demeure un motif de perplexité, de déception, pour ne pas dire de colère.  Dans le même temps, on constate que Lyon, avec la riche saison très « XXe siècle » concoctée à l’Opéra par Serge Dorny et Kazushi Ono, et la première saison « américaine » du nouveau chef de son Orchestre national, Leonard Slatkin, draine l’adhésion d’un public autrement plus éveillé !  On rentra il y a peu d’un instructif week-end Chostakovitch-Szymanowski (autour de l’imaginative production du Nez) dans la capitale des Gaules en ayant honte d’être parisienne...