Les ExposiSONS
Katyt’aya Catitu Tayassu

... C’était un soir d’avril en 2018. L’historien de l’art et commissaire du Musée de l’Invention & Subtil Collection se présentait à l’autre bout du fil. La voix de Pascal Pique dégageait quelque chose de familier. Je l’ai entendu en écoutant ses petites fréquences qui composent le corps sonore dans le timbre de la voix. Ses minuscules sonorités qui soufflent avec les mots, les pauses et entre les respirations une cadence dans la vocalisation des syllabes qui deviennent phrases.

Je suis particulièrement intéressée aux sons et très concernée par les effets des fréquences et harmoniques dans l’inventaire sensoriel présent (aussi) chez les humains. Depuis toujours je suis en interprétation quant aux mimétismes et modes d’interaction pratiqués par ces ancêtres incroyables que sont les plantes sauvages: arbres et fleurs médicinales. Ainsi, avec Pascal Pique j’ai donc porté une deuxième attention à notre communication. Un paysage sonore étendu comme un fil à linge rempli par une palette des couleurs - couleurs des mots - et par des tonalités entre ses sons et son silence.

L’anthropologue française Barbara Glowczewski avait indiqué mon nom, afin d’intégrer la liste des artistes conviés à la nouvelle exposition du Musée de l’Invisible. Barbara est aussi une sorte de passeuse. Elle met toujours en relation les électrons: trop libres pour se rencontrer par eux-mêmes. Elle pressentait, bien évidemment, qu’un tel musée ne pouvait pas passer inaperçu à mes autres sens cachés... Tout mon corps répondait, phrase après phrase, puisque Pascal Pique avait une idée bien à lui pour l’exposition de la toute première « Subtil-e Collection » dans un musée hors norme: un musée sans murs. Un musée nomade. Un musée de l’invisible, pour l’invisible et à propos des invisibles... Aussitôt mon âmezonie était toute ouïe puisque mon esprit sauvage se réjouissait des possibles mystères dans le parcours à entamer auprès des artistes, plus ou moins visionnaires quant aux défis rêvés par le commissaire de l’exposition.


Je me souviens parfaitement de cette sensation de frémissement qu’enveloppait ma colonne vertébrale... Une vibration légère, mais suffisamment intense... Un coup de froid et un coup de chaud... De petits picotements qui grimpaient de mes orteils vers mes talons... Ensuite une première couleur traversa la pièce d’un bout à l’autre... Tout en la regardant j’ai écouté l’homme qui à l’autre bout du fil ne songeait pas que sa propre voix imprimait une tonalité jaune pâle suivie par une couleur quasi corail sur le mur du salon... Puis un goût remplaçait les couleurs... Je l’ai gardé un peu afin de le reconnaître avant de l’avaler... Et c’est ainsi que ce goût de l’autre, accompagné d’un enthousiasme réciproque et spontané, a assuré un premier lien. Un goût particulier. Un pont entre deux parfaits inconnus. Un goût de l’autre malgré la distance physique. Lui vers Toulouse, moi, dans une Valério entre les montagnes d’Isère. Un goût, une couleur, une vibration, une température, des picotements qui m’ont convaincue de m’associer à l’aventure d’une « Subtil-e Collection » par les mondes (des) invisibles entremêlés à la réalité de ce monde. Et, plus particulièrement, par des œuvres d’artistes qui se prêtent aux visions invisibles entant qu’artistes visionnaires.

Quelques temps plus tard j’ai posé toutes les questions qui m’ont semblé incontournables dans une telle entre-prise. Pascal Pique a répondu promptement ou presque... Il a laissé la place libre aux découvertes, aux incertitudes, aux vertiges créés dans cette conversation assez inattendue parce que nous étions bien au-delà des aspects formels et pragmatiques concernant l’exposition à venir. Nous discutions comment notre existence actuelle tournait au rythme de sa propre confusion. À qu’elle sombre sinon obscure vitesse nous assistions à de multiples disparitions, transformations et métamorphoses. Nous divaguions. Nous ressentions quelques intuitions communes. Nous prenions le temps par la queue de dragon rouge...

...Le dragon remonte et revient de temps à autre au cœur de notre époque, afin qu’elle sache assumer, autrement, ses propres contradictions et ruptures. Accepter aussi que le principe de l’incertitude compose la santé d’une dynamique personnelle et collective, car (tout) contrôle contre toute forme d’incertitude est promouvoir les vestiges d’une psychose individuelle, sinon sociale. Ainsi, SI - comme la note musicale - SI les invisibles perdurent dans les mailles du visible, il me semble important à reconsidérer l’imprévu et le provisoire dans la marche d’un processus vers un autre changement. La métamorphose est elle aussi invisible dans sa propre durée. Dans ce sens l’incertitude fait partie de la méta(morph)OSE : ce qu’ose oser au-delà des formes visibles vers un invisible traverse l’incertitude. Un rêve à réaliser. Un songe social à accomplir. Une transformation qui transpose l’ordinaire. Ceci- dit l’incertitude n’est pas une fatalité sociale, culturelle, politique ou anthropologique. Elle parti-cipe aux mouvances. Forces invisibles dans un visible... en trans-form-a(c)tion... toujours.

Tous ces aspects me sont remontés durant mon silence à son écoute... Le commissaire Pascal Pique poursuivit son chemin... Avant la fin de notre conversation Pascal m’a annoncé qu’une invitation formelle me serait adressée, accompagnée d’un descriptif des propos de cette exposition dans le cadre du Musée de l’Invisible. Quelques semaines plus tard j’ai été à nouveau interloquée par le contenu du texte envoyé. Je me suis demandée si Pascal avait été tout à fait conscient quant aux implications et déroulements vis-à-vis des territoires, des dimensions et des forces « invisibles » lorsqu’elles sont provoquées par des pratiques artistiques « visionnaires ».

Visionnaires vers qu’elles visions, directions et propositions ? Visionnaires par qu’elles alliances invisibles ? Est-ce-que visionner l’envie d’invisible fait de chacun de nous un visionnaire ? Visionner l’envie du visible par l’envie d’invisible : comment - pour quoi, pourquoi - parce que... Dans un contexte marqué et maîtrisé par un tableau, une œuvre, un art et, pourquoi pas par chaque art-iste, comment, alors visionner l’invisible et poursuivre les invisibles sans que l’œuvre et l’artiste perdurent eux-mêmes invisibles ? Tous ces propos m’ont amenée à voir comment je pourrais m’in- tégrer dans une telle aventure.

Pascal Pique a accepté l’incertitude dans l’invisible... Une animiste-immaniste, dont le chamanisme archaïque ne se relie pas du tout au folklore contemporain qui forge le faux en vrai en forgeant les forces invisibles vers une vérité véritable et figée... Une « vérité » qui se veut attachée à la cause désespérée et désespérante vers une écologie émergente, mais sans changer les ambitions capitalistes. Une « vérité » accablante et constamment transformée en politiques politiciennes qui ne font sinon tort aux derniers peuples premiers. Enfin, une « vérité » troublante lorsque les sciences décident, reprennent et désignent sous-tutelle scientifique ce qui est décidé comme véritable, vrai, mesurable et prouvé.

Cela dit j’ai souligné que l’incertitude requiÈRE profondeur, exploration-s, constance et continuité. Une exposition est sans doute passagère, mais les invisibles existent avant et perdurent à jamais.

Tel un piano qui réclame du pianiste une capacité (autre) de réinventer les 88 touches de son instrument, il me fallait dépasser les sensibilités occidentales. Faire un saut au-delà du visible dans les œuvres artistiques. Faire en sorte d’ouvrir une autre conscience et approche. Et pourquoi pas, dans mon cas pour cette exposition, permettre un accès à ce que n’est pas l’audible (pour tous), mais présent ( d’une manière invisible ) dans les formes, cou-eurs, thèmes et matières qui constituent le travail des artistes-visionnaires.

Dans ce sens-là pourquoi pas, alors surmonter les cinq ou les six sens primaires et lire les œuvres, sans les interpréter, mais les relire au-delà des traits et perceptions connues et reconnues dans les appréciations des arts plastiques et contemporaines ?

Œuvrer. Ouvrir. Franchir. Traverser des brèches. Approfondir les mystères. Identifier, si possible des portes, des dimensions, espaces, territoires et forces invisibles qui se cachent sous la forme d’une partition sonore, dont les fréquences sont à l’intérieur des peintures, tableaux, dessins, sculptures et créations artistiques par les gestes et mouvements employés par les artistes-visionnaires. Trouver un possible par la signature énergétique de chaque artiste et des matières utilisées au long de chaque projet artistique.

Je me suis demandée si Pascal avait avait du temps, car il devait, bien entendu, répondre à des compromis précis . Un agenda. Un calendrier. Un budget ou peut-être l’absence de budget. Le temps en occident coûte très cher, et certaines réponses ne viendront sinon après...plus tard.

Ci-dessous voici la copie de la lettre sur l’exposition à venir, préparée et transmise par Pascal Pique, en avril 2018. Son texte est bien évidemment une manière de (re)présenter les « visionnaires » et « l’invisible » à tous publics y compris les partenaires et investisseurs. En même temps la lettre de Pascal m’a été adressée en guise d’une première réponse vers un lien possible...

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Le 24Beaubourg et le Musée de l'Invisible/Subtil Collection inaugurent avec l’exposition - Les visionnaires #1 - un partenariat en vue de présenter à Paris une programmation d'expositions consacrées à l’art visionnaire et aux relations que les artistes entretiennent avec les multiples formes de l’Invisible. Cette collaboration est également orientée vers le développement de la Subtil Collection qui est l’organe économique du Musée de l'Invisible.

 

L’art visionnaire est fondé sur un élargissement de la conscience et de la perception du monde tangible, physique et visible. Cet art permettrait d’accéder à d’autres formes de réalités et de vécus. Il est souvent associé à des pratiques de quêtes de vision dont une large palette est abordée dans cette exposition qui rassemble une quinzaine d‘artistes.

Les œuvres présentées ici déploient des imaginaires et des visions singulières. Elles peuvent faire appel à la méditation profonde, au rêve nocturne ou au rêve éveillé, comme à l’hypnose, à la télépathie ou à d’autres formes encore de métagnomie, telles la médiumnité ou la clairvoyance. Elles peuvent mettre en jeu des formes de transparences et de transcendance. Ainsi que des archétypes a dimension mythique, spirituelle ou mystique. Voir ésotérique.

Parmi les artistes réunis ici certains développent des formes de relationnel avec les forces de la nature à travers le magnétisme et la polarité, ou encore la transe et les pratiques extatiques chamaniques. Ou encore l’écriture, la peinture ou le dessin automatique à partir de perceptions extra sensorielles. Autant de domaines qui sont des outils que l’humain explore et pratique depuis la nuit des temps.

Pourtant, l’art visionnaire a longtemps cantonné à une forme d’art brut, alors qu’il correspond à une réalité fondamentale de la création artistique à travers les périodes, les cultures et les modes d’expression. Il s’agit d’une constante à travers toute l’histoire de l’art qui a été largement occultée ou dépréciée et sur laquelle un nouveau regard commence à être porté.

Actuellement les pratiques visionnaires font un retour important dans la création contemporaine et plus généralement dans le vécu de populations de plus en plus nombreuses à travers la planète. Il ne s’agit pas seulement d’un phénomène de mode mais d’un mouvement profond qui touche différents domaines de la culture, des sciences et la technologie. A quoi tiennent ces phénomènes ? Quelles réalités et quels enjeux recouvrent-ils ?

En vue de répondre à ces interrogations, l’exposition Les visionnaires #1, invite à la relecture de ces réalités à travers les œuvres d’art. A la manière d’une anthropologie ou d’une épistémologie qui auraient abandonné leur surplomb condescendant à l’égard de ces sujets. La position sur ces questions adoptée ici est celle que le Musée de l’Invisible expérimente dans le cadre de son projet culturel et scientifique depuis 2014.

Elle se situe à la croisée des points de vue rationnels et des approches plus « ouvertes », qu’elles soient ésotériques ou transcendantes. Tout en gardant une forme de vigilance lucide. La vocation du Musée de l’Invisible et de cette exposition en particulier n’étant pas de labelliser une nouvelle tendance esthétique mais plutôt de remettre à la disposition du plus grand nombre certaines ressources culturelles et cognitives qui ont été occultées.

C’est pourquoi exposer et accompagner des œuvres issues de certaines pratiques visionnaires est d’une véritable importance dans un monde dont le désenchantement relève aussi d’une déconnexion de ces réalités constitutives de l’humain. C’est pourquoi l’exposition Les Visionnaires #1, rassemble des artistes et des personnalités de divers horizons (économie, entreprise), qui partagent et dessinent une communauté de création et de vécus à travers un véritable travail de la vision. Le processus visionnaire est à la fois exigeant et délicat. Il engage l’être entier dans ce qui le relie au monde. Il met aussi en jeux des réalités encore mal connues qui interrogent le monde scientifique jusqu’à dévoiler d’autres facettes de la réalité visible.

Comme celle d’une conscience élargie qui n’est plus limitée aux contours du cerveau humain. Cette ouverture à certaines formes de l’Invisible, que l’on appelle parfois le « non-humain » laisse apparaître de nouveaux horizons propices à une inscription plus harmonieuse dans l’univers.

 

Commissariat : Pascal Pique, le Musée de l’Invisible

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... Étant donné les propos tenus j’ai dû clarifier quelques aspects. Il fallait que Pascal sache mon incapacité à me servir de mes mains pour faire de l’art. Je ne suis pas vraiment artiste. En tout cas mes mains ne peuvent pas prodigieusement mettre en vie des œuvres, comme le font différents peintres, sculpteurs, dessinateurs et créateurs.

Mon « art de vivre », si je peux m’exprimer ainsi, est un art inhérent, archaïque et en quelque sorte ontologique. Mais attention, aucune religion. L’immanence n’est pas dévouée aux utopies et moins encore à la transcendance et aux impasses, dogmes et conventions religieuses. Il s’agit indubitablement d’un Art-de-vivre; comme un Art-de-Lier et très souvent de relier. Cet art a été initié et largement exploré par d’innombrables animistes, sorciers, guérisseurs, coupeurs de feu, «pajés», «curandeiros» et chamans de générations précédentes.

Mon art ne s’apprend pas dans les écoles des Beaux-Arts ou dans les universités. C’est un « art » sans la dénaturation qui a donné naissance à la Culture et à l’Art. J’ai pourtant essayé de communiquer à mes collègues universitaires et scientifiques que les sciences, cultures et arts doivent faire rêver et incarner des rêves lucides et pourquoi pas extralucides, car les mystères de la vie sont plus vastes et incommensurables.

C’est un art immaniste, animiste et métaphysique. Il s’agit d’un art ances- tral tout comme il est primitif ou primordial. C’est l’art avant les arts en Occident ou ailleurs. Il est un art incarné par des êtres non-humains et certains humains qui traversent, depuis les nuits et au-delà du temps, d’autres espaces du vivant et d’autres dimensions hors de la réalité ordinaire. C’est l’art des invisibles, indubitablement.

J’ai essayé de lui décrire autrement... Un art ancré par les esprits des bois, sous-bois, jungles et forêts. Un art-de- vivre issu des convergences et des interactions avec les mystères cosmiquesterrestres. Tout cela, depuis des espaces-temps convergents, dont les correspondances, contraste et continuités peuvent subir des discontinuités, contrastes et divergences.

Un art autrefois relié à travers la peinture céleste par les Gens des Nuages, les Chamans des Étoiles, les Gardiens des Archives AKAshiques et transposés dans les secrets de Totems, par les Esprits des Forêts, avec les Esprits d’Eau, dans l’animisme et immanence des plantes et fleurs sauvages, par des avatars désignés, par les codes de la Terre : Savitri, par divers manuscrits sacrés tels que Vèdas, Upanishad et les neuf autres textes fondateurs et les trente-six tribus appartenant aux femmes qui savent, en Sibérie, les Yaqui et Kalawalta en Bolivie, les premiers Esséniens, avant la Palestine du temps présent, les Druides et l’oracle des arbres, les peuples des pierres et ceux qui vivaient quasi exclusivement dans l’océan, sans omettre aussi les visionnaires Egyptiens, Isis, Ré et Sérapis Bé, ou les sources des sorciers des clans disparus en Amérique Centrale et, notamment, au Mexique jusqu’au Nou- veau Mexique Amazonie et en Patagonie : Aoniken, Hawsch, Kawesqar, Yámanas, Tjords, Selk’nam et, hélas, aussi les Py’aroba et Yámana.

Tout un art forgé sans fer et sans feu. Un art étendu par la succession des âges, par la force des espèces, par la résilience des mondes vivants entre la terre du Haut et la terre ici-bas. Autrement dit un art entre in-visibles. Un art non-humain avant tout, puis un art animiste. Une force par les immanences d’une infrastructure, autre, sans les labyrinthes croisés par la conception du temps et des temps d’Histoire; figés. Un art sans doute indépendant et libre d’un avant et d’un après engendrés par l’Anthropocène et les intelligences artificielles.

Pascal Pique découvrait une langue plus étrange et peut-être étrangère à toutes celles disparues et les langues en disparition. Possédant une certaine intuition et un champ de sensibilité assez ouvert, il pressentait si bien les choses malgré mon « langage forestier » dans sa langue-mère française.

Sans doute, avait-il saisi que nous devions traiter tout cela avec prudence, car une exposition sur les forces invisibles implique une (autre) conscience quant à certaines limites et frontières à n’a pas franchir ou, en tout cas, à bien maîtriser sans tout mélanger. Comprendre que l’invisible n’est pas un singulier atteignable, mais des pluriels complexes et infini-s. Une liberté loin d’un symbole national. Un infini sans UN, et principalement l’infini libre de rester libre ou détaché de toutes nouvelles catégories, concepts , cata- logues, codes, principes, moyens, buts, finalités. L’infini sans emprises et surtout sans le risque d’une intelligibilité universitaire, artistique ou autre.

... C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés à digresser et à entreprendre un premier chemin inattendu quant à d’autres manifestations animistes. Nous parlions des minéraux, cailloux et des pierres-de-soins. Un tout autre art subtil, car le langage minéral est encore plus varié que celui des plantes sauvages (arbres et fleurs médicinales). Cela était loin d’être un détail superflu ou un détour pendant notre conversation. Nous, Pascal et moi, nous étions en pleine traversée par et vers d’autres subtilités ou subtiles collections avant de discuter à propos de certains artistes-visionnaires qui avaient utilisé soit du sable, du verre, du métal et des pierres, soit d’autres composants plus ou moins similaires, naturels ou synthétiques .

Pascal Pique voulait s’assurer de ma possibilité de pouvoir communiquer par d’autres moyens (non artistiques) lorsque j’observais des tableaux et peintures, créations et sculptures, dessins et croquis tels qu’on peut les voir fréquemment exposés dans différents musées et galeries.

C’est ainsi que j’ai avoué une partie des savoirs maîtrisés par les « Py’aroba ». Avec ses hommes-et-femmes sources d’antan, j’appris à décrypter les hologrammes des plantes médicinales et fleurs sauvages ou comme je préfère les nommer : les âmesgrammes. Par cela je veux dire qu’il y a d’autres communications (invisibles et inaudibles pour la plupart de personnes) qui composent la face visible des êtres de Nature.

Ce « savoir-faire » ne constitue pas cependant les connaissances des cueilleurs et distillateurs, tandis que dans notre approche, c’est-à-dire, celle des derniers « Py’aroba » (les dernières sources d’hier, les derniers sorciers des forêts) nous sommes censés être en interaction complexe avec les végétaux, et aussi les minéraux, eaux, âmes, animaux et invisibles non humain, organique et non-organique.

Ce savoir m’a permis saisir le mimétisme et l’animisme particuliers vers d’autres interactions singulières entre les mondes visibles et invisibles. C’est une sorte de communication (inconnue pour la plupart des gens), puisqu’ils ne ressentent pas les signaux sonores et sensoriels émis par les fleurs et plantes sauvages, les pluies, les ruisseaux, les fleuves, les vents, les âmes...

Ainsi, pour ce que représentent les sculptures, les tableaux et les dessins des artistes choisis dans le cadre du Musée de l’Invisible, je devais pouvoir transposer mon animisme auprès des plantes vers les œuvres de la toute première « Subtil Collection », afin de vérifier, saisir, interpréter (et si possible décoder) les sons et fréquences, rythmes et vibrations, températures et mouvements, goûts, parfums ou odeurs liés/associés aux thèmes, et principalement aux traits, formes, gestes des artistes à travers l’œuvre dans son ensemble : couleurs, matières et énergies (re)présentées dans chaque projet artistique choisi au sein de cette exposition.

Cela dit, j’ai tenté de lui expliquer que mon écoute des tableaux, dessins et sculptures pourrait dépasser les modes d’interaction habituels lorsqu’un public visionne une exposition, autrement dit, que mon approche et communication avec les invisibles pouvaient peut-être fonctionner aussi bien auprès des œuvres choisies par Pascal. De toutes manières - comme je ne connaissais ni les artistes, ni leurs œuvres - ma contribution comme visionnaire serait celle d’écouter d’abord les couleurs et les formes issues des tableaux, dessins et sculptures et par la suite essayer une interprétation sonore en réponse aux fréquences et harmoniques perçues dans les œuvres. J’ai proposé à Pascal de m’envoyer les photos imprimées des œuvres ou au moins une image numérique de chacune, dont la résolution pourrait peut-être permettre de la ressentir toute proche.

En ce sens j’ai dû bâtir toute une nomination, description et classement par œuvre et par artiste, afin de pouvoir me (re) trouver au milieu d’une palette de couleurs et de fréquences très variées et variables d’une œuvre à autre/ d’un artiste à autre.

Ainsi, et pour la première fois je me suis mise au service des œuvres. Je veux dire par là que j’ai été dans une interaction singulière; une empathie d’autre nature avec chaque œuvre. Par une synesthésie complexe cette mise en relation auprès des objets artistiques si variables et différents les uns des autres m’a permis une écoute par la vision et une des sons, comme quelqu’un qui entend un-e artiste en exécution.

Pascal Pique ne savait pas quoi dire. Il ne réalisait pas à ce moment-là les sens des mots. Est-ce que je me servais d’un langage symbolique ? Bien sûr que non. Si le sujet pointe les actes visionnaires dans l’invisible allons au fond des questions. Plongeons dans l’invisible afin que l’impossible devienne un-possible. Ceci dit, je lui ai expliqué que mon « art-visionnaire » ne serait pas celui d’une artiste qui visionne, mais celui d’une animiste qui ressent, pressent, lit, traduit, écoute, parle, (en)chante et réanime par toute une autre interaction cette communication à distance auprès des œuvres.

En tant que animiste-chercheuse-chamane en constante exploration, je m’apprêtais à écouter les sons (cachés, autrement dit, inaudibles) à l’intérieur des tableaux, dessins et créations et à suivre à travers leurs couleurs-thèmes-formes les vestiges et signatures invisibles qui éventuellement seraient présents. Si cette exploration parvenait à un résultat possible, l’exposition à venir pouvait présenter concomitamment mes exposiSONS.

Pascale Pique marchait dans l’invisible avec moi ; en tout cas j’ai voulu croire qu’il m’a accompagnée complètement, car quelle certitude pourrions-nous avoir sur un pareil terrain ? Cependant dès que Pascal a saisi l’autre face de l’exposition, c’est-à-dire, la face invisible des exposiSONS, alors tout a changé.

 

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L’invisible est pour beaucoup un champ hors d’atteinte. Et, non pas parce qu’il est infranchissable, intangible ou impénétrable, mais parce qu’il est pour la plupart des gens une chimère irréaliste ou une autre terre inconnue. D’ailleurs on dit -l’invisible- au singulier, quand en vérité nous devrions plutôt dire «les invisibles» en faisant référence aux forces, aux mondes, aux présences, aux absents, aux esprits, aux objets, aux états et aux multiples manifestations (des) invisibles dans un (supposé) au-delà ou pas.

L’invisible est pour beaucoup un espace, une dimension ou juste l’opposé des matières visibles. Il peut être à la fois l’obscurité puisque la réalité assume (par toute opposition) la place de la lumière. Souvent mentionné au singulier, l’invisible est considéré comme l’abstraction, l’incommensurable, impalpable et immatériel. Un tabou. La frontière inapprochable, sinon interdite. L’aveuglement généralisé chez l’humain crée sa propre forme de cécité et elle se poursuit de génération en génération, comme si l’invisible devrait rester justement INVISIBLE, ou, alors un terrain réservé aux religions.

Il m’a fallu quelques décennies pour surmonter et dépasser toutes limites, contraintes et interdictions (morales ou autres) avant de constater que les « invisibles » cohabitent dans notre monde. À leur tour ils peuvent être tantôt des mondes, des dimensions et des espaces parallèles ou convergents tantôt des matières et autres formes de vies qui coexistent plus ou moins en relation avec « nous », c’est-à-dire, ceux ou celles qui interagissent avec eux d’une manière assidue, cohérente et maîtrisée.

Depuis, les invisibles composent l’extension de mon être et bien entendu de mon non-être. Cet abandon envers les invisibles m’a fait don de quelque chose d’autre... J’ai compris, non pas par une compréhension mentale ou intellectuelle, mais par une intelligence sensorielle et sensitive, que les invisibles englobent les autres réalités et aussi des matières, énergies, êtres et dimensions interposées (et en convergences) à cette porte du réel que nous appelons la réalité. Une réalité souvent présentée comme l’unique réalité tangible ou l’unique espace-temps fiable à l’évolution humaine.

Plus tard, c’est-à-dire, après avoir suffisamment pratiqué et exploré différents niveaux de la conscience (ou plutôt des consciences), j’ai découvert une autre intériorité sonore dans les corps des plantes, puis dans les corps des humains... Une sorte de partition cellulaire, dont la palette des couleurs intérieures est aussi impressionnante que les partitions sonores : vibrations, rythmes, fréquences et harmoniques émises par les courants sanguins, organes, tissus, peaux et muscles. Cette intériorité sonore et visuelle est, bien entendu, aussi invisible aux yeux et aux quatre autres sens primaires, puisqu’elle exige tout un déploiement, mais aussi un dépassement de l’inventaire sensoriel constitué par les cinq sens et par le 6ème sens : l’intuition.

Cela dit, depuis une dizaine d’années j’ai pu découvrir et explorer ces partitions sonores cellulaires parce que j’ai accès à bien d’autres et nombreux sens qui m’ont permis d’abdiquer à toute forme figée ou rigide quant à ma propre subjectivité et altérité.

Ainsi, depuis je réalise des promenades dans l’invisible... Je plonge dans le corps humain - pardonnez-moi cette liberté de langage - mais ces plongées cellulaires m’ont permis d’entrevoir et d’entendre plus qu’une caverne sonore et intime au corps : une sorte de partition, dont les sons, fréquences et harmoniques sont assez conséquents chez les personnes qui réclament une autre altérité ou juste une autre réponse, et surtout une nouvelle in- teraction, afin de surmonter leurs soucis de santé, personnels, familiaux ou professionnels.

Ces plongées sont devenues si fréquentes au point de dépasser les frontières d’une rationalité conditionnée et subjuguée aux aprioris et aux principes qui structurent la pensée quant à l’ordre du monde entre le possible et l’impossible, entre le visible et l’invisible, la réalité et l’imaginaire...

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Tout aspect relevé, nous étions d’accord. Le commissaire et historien, Pascal Pique m’a donné son feu vert. J’ai eu l’assistance de l’ingénieur son : Alain Belloc, sans lequel je n’aurais pas pu réaliser en conditions techniques le bien être de ce voyage dans les invisibles, merci Alain, A-Loin. J’ai bénéficié également de l’écoute précieuse d’un ami récent : Philippe Langlois de l’IRCAM, qui a su entreprendre mes exposiSONS comme un mythe réaliste et réalisable, merci à toi cher ami. Sans oublier bien sûr qu’il m’a fallu au préalable et au long des enregistrements sonores réaffirmer mes alliances et les compromis signés âme et corps auprès des mondes des invisibles. Une signature Énergétique majeure. Signer un accord à amiable. Respecter les consignes. Maitriser les risques. Écouter les tableaux sans créer une pensée critique ou autre. Traverser les couleurs. Sentir les rythmes. Revoir tant que possible les gestes des artistes. Pressentir l’esprit de l’œuvre. M’approcher de l’esprit de l’artiste. Laisser naître le goût de l’œuvre, ou les goûts. Saisir les températures ou bien les vibrations. Laisser à mon corps l’expression sensorielle issue d’un mimétisme entre artiste-création et moi. Un moi sans les limites du « moi ». Élargir l’altérité. Respecter les secrets. Saisir les vestiges. Tâter. Toucher sans voir. Voir sans toucher. Dépasser cinq sens. Arriver après les 8ème et 9ème sens pour essayer une traversée invisible. Franchir l’espace-temps, lorsque l’œuvre était encore un projet en exécution.

... Quoi qu’il arrive ne jamais transposer les frontières de certains espaces. Ne jamais m’interposer entre les êtres et les âmes des disparus qui, éventuellement, sont présents ou représentés par les artistes. Garder un cap dans l’antre invisible. Préserver en silence les mystères, toujours, et ne jamais les profaner.

J’ai commencé mon exploration des œuvres en mai 2018. Je devais rendre ma participation fin juin puisque l’exposition était toujours prévue pour juillet/août. Pascal Pique m’a adressé par email la copie des images prises de chaque tableau, dessin ou création. J’ai reçu 13 images-œuvres. Cela dit, je n’avais que les empreintes des œuvres puisque je ne les avais jamais vues en vrai. Je n’ai jamais reçu de vraies photos, seulement des fichiers-images transmis par ordinateur. Je ne connaissais pas non plus les artistes, c’est-à-dire, ceux et celles que Pascal nommait les « visionnaires ». Tant pis, je me suis retrouvée parmi les visionnaires et cette approche artistique m’a semblé si évidente et réalisable que j’ai commencé à rêver des œuvres, sans même avoir vu les trois premières, ni les suivantes. Je ne dis pas que l’évidence est facile; absolument pas, mais mes corps évolutifs se prennent à cette extraordinaire exploration.

Pour mes exposiSONS un texte a été préparé, (en copie en-dessous), afin de pouvoir me présenter comme une autre « visionnaire » parmi les « artistes-visionnaires ». Une présentation qui pourrait expliquer simplement et suffisamment toute ma démarche vis à vis des œuvres et des artistes. Ces mots posés devaient traduire au mieux pourquoi les créations des 13 artistes se faisaient accompagner par des sonorités (étranges) et aussi par des images-sons ( spectrogrammes ) issues du programme ordinateur utilisé par l’ingénieur son qui m’a assistée. C’est pourquoi ce texte a été rédigé dans un discours indirect, destiné à tout public et au Musée de l’Invisible.

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DES VISIONNAIRES
UN VISIBLE À l’INVISIBLE

Être visionnaire dépasse la capacité de voir, de prévoir, de pressentir ou de prémunir…
Visionnaire avant tout, afin d’avancer au-delà de la vision (première) des choses…
Visionnaire par une vision des mondes en conSIDÉRATION aux INVISIBLES…
Visionnaire et bien au-delà des cinq sens premiers …
Visionnaire envers les autres et en VERT (envers) un autre monde…

De l’ensemble des œuvres (dessins et tableaux) reçu jusqu’à la fin juin 2018 et réalisé par différents artistes et créateurs (issus de différents horizons), Katy’taya Catitu Tayassu s’inscrit dans cette exposition comme une immaniste. Son art de vivre concilie au quotidien « l’immanisme et l’animisme » à partir d’une synesthésie complexe et particuliÈRE à son « Âme-zonie ». Ainsi, 14 exposiSONS sont proposées par l’immaniste afro-amérindienne, Katy’taya Catitu Tayassu. Cela représente un ensemble de 14 tableaux-SONS à partir des créations artistiques (dessin et tableaux en noir & blanc et/ou en couleurs).

Le public aura ainsi l’opportunité de voir des œuvres singulières sur le thème – LES VISIONNAIRES – mais aussi d’entendre les expressions sonores de ces œuvres captées et transposées par Katy’taya Catitu Tayassu sous la forme d’empreintes sonores.

Les « tableaux-SONS » de Katy’taya Catitu sont inspirés des créations des artistes (hommes et femmes) réuni(e)s par le Musée de l’Invisible, dans le cadre de l’exposition – LES VISIONNAIRES – au 24Beaubourg, du 10 au 20 avril 2019.

L’exercice immaniste de Katy’taya Catitu consiste à conSIDÉRER - au-delà des traces sonores liées aux dessins et tableaux des artistes - les vestiges gustatifs et olfactifs (ALPHA-ACTIFS) également attachés à chaque création artistique. Par la suite, Catitu a dû transposer (autant que possible - au temps des possibles), les empreintes visibles et invisibles afin de les enregistrer puis de les mixer avec la coparticipation de l’ingénieur-son Alain Belloc.

À la fin, un 14ème tableau-SON a été réalisé par Katy’taya Catitu. Elle a souhaité faire partager au grand public les autres impressions, expressions et empreintes sonores (les gaies rires sons) qu’elle a pu entendre et ressentir pour interpréter certaines dimenSONS invisibles captées durant les mois de juin-juillet-août 2018.

13 dessins, tableaux et créations d’artistes divers
13 spectrogrammes ou 13 images-sons liés aux 13 œuvres
1 création sonore spontanée et rajoutée par Catitu
14 créations au total
14 exposiSONS ou, autrement dit, 14 empreintes sonores
14 images-sons, c’est-à-dire, 14 tableaux-SONS, 14 spectrogrammes
14 exposiSONS d’inspiration libre par Katy’taya Catitu Tayassu

Les 14 images-sons ont été imprimées à partir des extraits sonores issus de chaque tableau-SON, ce qui donne 14 exposiSONS. Ainsi, ces 14 images-énergétiques constituent la partie cachée (ou invisible) de chaque tableau-dessin-SON. Ces 14 empreintes énergétiques (spectrogrammes) sont bien sûr partielles. Chaque tableau a une partition sonore plus vaste. Les empreintes énergétiques sont alors très différentes entre elles.

Chacune est le résultat des impacts sonores (entre les tonalités graves et aigües). Aussi des fréquences et des harmoniques relèvent de l’intensité, de la chaleur et de l’énergie. Les 14 empreintes (spectrogrammes) sont donc parfois dissonantes. Tout cet invisible est également chargé de poussières sonores, de diverses pollutions et d’empreintes cellulaires et extra-cellulaires liées à chaque dessin, tableau ou création.

Durant l’exposition «Subtil Collection», Katy’taya Catitu Tayassu viendra avec son tambour « Ours Blanc » pour les performances sonores. Une description plus détaillée à propos des tableaux SON‘OR - tableaux sonores ou tableaux-sons seront également exposés par un poste audiovisuel à propos de ses 14 exposiSONS.

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Aujourd’hui je partage dans la Revue Musicale cette belle aventure auprès des œuvres et, bien entendu, auprès des artistes et des invisibles.

En guise de conclusion je laisse aux mondes invisibles ces empreintes d’un art sans ART, et sans prétention aucune. Je ne suis ni artiste, ni chanteuse. Une femme qui chante et s’enchante des mystères des sons & couleurs, et bien plus. Mes exposiSONS, n’existeraient pas sans les Forces INvisibles des dessins, sculptures et tableaux de 13 artistes contemporains, choisis par le commissaire Pascal Pique. Le rêve de Pascal m’a inspiré à accepter la réalisation de mes propres arts-sonores. À la fin du chemin mes visions, perceptions et sensations vécues au milieu de juin 2018, ont été enregistrées et diffusées dans mon 14ème tableau-son. Ainsi j’ai pu m’inscrire à côté des autres artistes-visionnaires en proposant un tableau composé exclusivement des sons. Je me souviens encore...

Voici, en dessous, et sous la forme d’une vidéo-diaporama, les 14 créations artistiques des visionnaires en 2019. Cette vidéo a été préparée et diffusée dans le cadre d’une première exposition - LES VISIONNAIRES - réalisée du 11 au 20 avril 2019, au 24 BEAUBOURG 75001. Plus tard, mes exposiSONS ont été à nouveau diffusées dans le cadre d’une deuxième exposition, intitulée : ÉNERGÉÏA. Elle a été proposée du 16 novembre 2019 au 8 janvier 2020, avec la participation de Topographie de l’Art, au 15, Rue de Thorigny 75003, et sous la direction de Pascal Pique - Musée de l’Invisible.

Les exposiSONS en lien visible et audible par les liens des invisibles :

Katyt’aya Catitu Tayassu

 

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