Bien sûr, le centenaire de ce mois de novembre, c’est bien celui du 11 novembre 1918, armistice de celle qu’on appelait la Grande Guerre et dont on assurait qu’elle serait la Der des Der… Mais il est un autre événement, survenu le lendemain (répétition générale publique) et le surlendemain (première officielle) qui devait marquer le début des « années folles » et le renouveau de l’opérette : la création de Phiphi, de Christiné et Albert Willemetz, au théâtre des Bouffes Parisiens. Nous ne reviendrons pas sur les circonstances de la commande et de la création de cette œuvre qui devait se jouer quasi sans interruption pendant quinze ans, et qui donna naissance à une série d’autres œuvres de la même veine. Dès 1921, ce sera Dédé, toujours par le duo Henri Christiné – Albert Willemetz. Puis, cette fois avec Maurice Yvain, nous aurons Ta bouche (1922), Là-haut (1923), toutes opérettes dont les refrains sont connus encore aujourd’hui. De Dédé, citons notamment « Dans la vie, faut pas s’en faire » D’autres commenteront cette renaissance de l’opérette française : pensons notamment à Benoit Duteurtre et à son livre L’opérette en France chez Fayard dont une nouvelle édition revue est parue en 2009. Nous voudrions simplement faire remarquer combien ces opérettes, au demeurant fort légères, plongent leurs racines dans la tradition la plus classique, au moins dans certaines parties de l’œuvre. Bien sûr, le texte de Phiphi est truffé de références antiques détournées avec délice, mais c’est à la musique qu’il faut aussi penser : et ceux qui voudront le vérifier pourront s’intéresser au final du deuxième acte de ces pochades en trois actes, mais dont le troisième est souvent le plus faible. Le final du deuxième acte, en revanche, est construit comme un véritable final d’opéra. Dans Phiphi, il s’agit de respecter les règles de la tragédie classique, et c’est le chœur antique, en l’occurrence les « petits modèles » qui racontent en temps réels au Pirée les ébats amoureux d’Ardimédon et de Madame Phidias dissimulés par une tenture, refaisant ainsi, en quelque sorte le récit de Théramène, mais en temps réel ! Malheureusement, ces finals ne sont pratiquement jamais donnés en entier, même dans l’excellente version de Ta bouche… par la compagnie « Les brigands », disponible en DVD. Osera-t-on une nouvelle reprise de Phiphi pour ce centième anniversaire ? Oui, certains ont osé… Souhaitons beaucoup de succès à ces différentes reprises.

Daniel Blackstone

 

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