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Catégorie : Articles

 

Des compositeurs dans leur époque :

le temps de Purcell, Jean-Sébastien Bach, Domenico Scarlatti et Haendel

1659-1759

 

Pour aider les candidats au baccalauréat 2010, nous avons repris ici - modifiés dans la perspective du programme de l’examen et mis à jour - deux articles parus antérieurement dans L’Éducation musicale.

 I  - Le contexte européen : confusions politiques et marche vers les Lumières

 

Pendant l’enfance de Purcell, la France domine incontestablement le monde européen. Versailles, où la Cour s’est installée à partir de 1682, devient le point de mire vers lequel se tournent tous les regards, tous les désirs, toutes les ambitions. Victorieux après la guerre de Dévolution (1667-1668) et la guerre de Hollande (1672-1678), le Roi Soleil, à l’orgueilleuse devise[1], est au sommet de sa gloire. Il n’en est que plus intransigeant sur son prestige, ne pouvant accepter qu’un autre souverain paraisse (paraître est alors l’idéal social des gens de qualité) plus puissant que lui : il exige que ses ambassadeurs aient partout la préséance ; il interdit aux capitaines de saluer les premiers les navires anglais ; tyrannique, il impose sa volonté aux petits États comme en témoigne, en 1685, la venue humiliante à Versailles du doge de Gênes, au mépris des lois de la République qui lui interdisaient de quitter le territoire génois. On comprend ainsi combien la France de Louis XIV pouvait fasciner les souverains européens : grands ou petits, ils se firent construire leur Versailles (Schönbrunn, Potsdam, etc.) imité avec plus ou moins de bonheur ; ils imitaient aussi la Cour, avec tout ce que cela comporte de grandeur et de prestige mais aussi de petitesse et de misère, de jalousies et d’intrigues.

 

L’Europe se mit donc à l’école de la France et parla français. Cette influence profonde dura au moins jusqu’au milieu du XVIIIe s. Bach lui-même utilisa le français, comme dans la dédicace des Concertos Brandebourgeois. Cette domination culturelle dépassa donc largement le règne de Louis XIV dont la seconde partie fut très difficile : échec, à long terme, de la politique économique de Colbert ; échecs militaires et diplomatiques, malgré des succès durables comme la réunion de Strasbourg au royaume, à l’issue de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (16891697) et de la guerre de succession d’Espagne (1702-1714[2]) ; misère paysanne... Quant à la révocation de l’édit de Nantes, par l’édit de Fontainebleau, l’année même de la naissance de Bach, de Domenico Scarlatti et de Haendel, si elle ne fut pas, ce que l’on a cru longtemps, la plus grave erreur du règne[3], elle eut des conséquences politiques, économiques et sociales indéniables.

 

À la mort de Louis XIV, en 1715, la France avait perdu la prépondérance politique en Europe. Le flambeau passa alors à l’Angleterre qui, après avoir connu deux révolutions au XVIIe s.[4], vit monter sur le trône, en 1714, l’Électeur de Hanovre sous le nom de Georges Ier. Connaissant désormais la stabilité politique (Georges Ier, 1714-1727 ; Georges II, 1727-1760), dotée d’un parlement élu très en avance sur le reste de l’Europe, même si l’on est loin d’une véritable représentation du peuple, la monarchie anglaise a consolidé sa puissance en s’alliant avec le Portugal en 1703, ce qui lui donna accès à l’or du Brésil et en s’unissant définitivement avec l’Écosse en 1707 ; sur le drapeau anglais, la croix de saint André vint rejoindre la croix de saint Georges (l’Union Jack sera complet en 1801 avec l’adjonction de la croix irlandaise de saint Patrick). Au-delà des mers, les colonies d’Amérique prospèrent ; elles sont au nombre de treize en 1732 avec la fondation de la Georgie5. Créée en 1694, la Banque d’Angleterre symbolise la puissance du pays et de sa monnaie. Londres est devenu la première place financière du monde. Ayant remplacé sur mer les Provinces-Unies, en déclin depuis les années 1670, la marine britannique domine le commerce maritime mondial ; quant à la flotte de guerre anglaise, elle s’oppose victorieusement à toute contestation ; désormais, et jusqu’à la Première Guerre mondiale, Britannia rules the waves. Enfin, par ses innovations technologiques comme la fonte au coke, l’économie anglaise est en marche vers la Révolution industrielle.

 

Malgré sa forte croissance économique, la France de Louis XV ne peut ravir à l’Angleterre sa première place. L’Espagne a dû reculer, son empire ne fournit plus les richesses d’antan ; elle a cédé Gibraltar et Minorque à l’Angleterre ; les Pays-Bas espagnols sont devenus autrichiens ; le Milanais, la Sardaigne et Naples sont passés à l’Empire, la Sicile au duc de Savoie devenu roi... La Suède est ravalée au rang de puissance secondaire depuis la terrible défaite de Charles XII à Poltava, en 1709, face aux Russes[5]. Tout à l’Est de l’Europe, la Russie commence enfin à sortir du Moyen Âge grâce au règne de Pierre le Grand (1682-1725). Le pays s’ouvre à l’Occident, se dote d’une nouvelle capitale, Saint-Pétersbourg ; il joue désormais un rôle sur l’échiquier européen se heurtant par exemple aux Suédois et aux Turcs ou intervenant dans la succession polonaise. Reste enfin le Saint-Empire romain germanique, cadre politique dans lequel Bach vécut.

 

Les Français ont souvent du mal à se représenter ce que fut réellement le Saint-Empire, tant dans son extension géographique, fluctuante, que dans son histoire, certes compliquée ; pourtant, c’est Napoléon Ier qui en fut le fossoyeur en 1806 et fit ériger en témoignage, dans la cour du Louvre, l’arc de triomphe du Carrousel, surmonté alors des quatre chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise (chevaux que les Vénitiens avaient eux-mêmes dérobés à l’hippodrome de Constantinople, lors de la quatrième croisade, en 1204...). Quand en 962 Othon Ier le Grand, fils d’Henri l’Oiseleur de Saxe, prit le titre impérial, vacant depuis 924, réalisant le transfert de l’Empire des Francs au domaine germanique, il ne pouvait évidemment pas deviner l’étonnant avenir du nouvel empire qui allait s’étendre de l’Italie à la mer du Nord et à la Baltique, de la Lotharingie, Bourgogne, Arles aux marches de l’Europe centrale. Par delà le Moyen Âge et l’échec du Dominium mundi, aussi bien pour l’empereur que pour le pape, le Saint-Empire s’orienta définitivement vers un empire allemand ; dès 1512 apparaît la formule Heiliges römisches Reich deutscher Nation : Saint-Empire romain de nation allemande.

 

La Réforme, que Charles Quint doit finalement accepter lors de la paix d’Augsbourg en 1555, et la guerre de Trente Ans (1618-1648) ont profondément marqué le Saint-Empire que ce tragique conflit a conduit vers le déclin, déclin très lent cependant et entrecoupé de brillants sursauts.

Par sa complexité territoriale et son organisation politique, l’Empire ne peut jouer le rôle hégémonique qu’aurait pu lui donner l’union de tous ses membres, car cet énorme ensemble est constitué de deux éléments distincts, l’Empire et l’empereur.

 

À l’époque qui nous intéresse, à l’intérieur de ses limites théoriques, l’Empire est formé par une invraisemblable mosaïque d’environ 350 « États ». Ces nombreuses principautés, duchés, comtés, marquisats, évêchés, communautés religieuses et villes libres étaient de taille variable mais plutôt petits, voire minuscules ; seuls les électorats pouvaient réellement se hisser au rang d’un véritable État. Les titulaires de ces « États » sont des seigneurs territoriaux dont le suzerain est l’empereur, qui n’est que le dépositaire de la couronne impériale. Cette couronne, comme le trône de saint Pierre, n’est accessible qu’à un homme, et elle est aussi élective et viagère ; jamais les empereurs n’ont pu en faire une dignité héréditaire de droit ; mais en fait, par l’élection du Roi des Romains, l’empereur vivant faisait désigner son fils comme successeur, ce qui permit aux Habsbourg de conserver la couronne impériale depuis 1438, avec les seules exceptions, d’ailleurs à l’époque de Bach, de Charles VII et de François Ier.

 

C’est l’empereur Charles IV qui, codifiant des pratiques antérieures, fixa en 1356 les modalités de la désignation de l’empereur : les chefs des anciens duchés ethniques se virent accorder un droit de suffrage (Kur en allemand) et devinrent les Princes-Électeurs (Kurfürsten) ; cette dignité figure sur leur blason par deux épées croisées. Il y eut d’abord sept Électeurs : les archevêques de Mayence (il est aussi l’archichancelier, donc le deuxième dignitaire de l’Empire), de Cologne et de Trèves ; le roi de Bohême, le duc de Saxe, le margrave de Brandebourg et le comte palatin du Rhin. La Bavière, de 1623 à 1777, et le Hanovre, depuis

1692, vinrent s’ajouter au collège électoral qui comprenait donc du temps de Bach neuf Électeurs qui élisaient à Francfort (dans l’électorat de Mayence) le Roi des Romains que couronnait alors l’archevêque de Mayence[6]. On pouvait, en théorie, choisir n’importe quel prince, même extérieur à l’Empire ; cependant, aux Temps modernes, l’inflexion allemande de l’Empire fit rejeter François Ier de France, comme étranger, au profit de Charles Quint; argument spécieux, certes, mais l’or de Jacob Fugger fit merveille auprès des Électeurs. Quant à la candidature, officieuse, de Louis XIV, elle fut vite retirée. La couronne impériale resta donc dans la famille des Habsbourg, qui étaient les plus importants seigneurs territoriaux de l’Empire : Autriche, Tyrol, Styrie, Carinthie, Carniole, Bohême (l’empereur est donc membre du collège électoral), Hongrie (elle est à l’extérieur de l’Empire), etc. Ces États patrimoniaux faisaient donc de l’empereur habsbourgeois le plus riche et le plus puissant personnage de l’Empire, cependant, hors de ses États, les pouvoirs de l’empereur étaient limités par l’Empire. En effet, les seigneurs territoriaux formaient une sorte d’assemblée, convoquée et présidée par l’empereur, la Diète (Reichstag). Composée de trois collèges (Électeurs, princes, villes d’Empire), la Diète exerçait la véritable souveraineté dans l’Empire, décidait de la guerre et des impôts. L’empereur ne pouvait rien faire d’important dans le Reich sans l’accord de la Diète, et l’emploi de la force n’y put rien. La Diète devint permanente à Ratisbonne depuis 1663, et comme l’empereur n’y vient plus depuis 1664, elle est dès lors constituée de délégués des titulaires. La Diète de l’époque de Bach était donc une assemblée de représentants bavards et soucieux de préséances mais qui instruisaient quantité de dossiers et prenaient parfois des décisions importantes. La réalité de l’Empire se trouvait donc dans les seigneuries territoriales qui disposaient non de la véritable souveraineté mais de la Landeshoheit (en latin, superioritas territorialis), c’est-à-dire de la supériorité territoriale. Cette supériorité donnait aux seigneurs territoriaux des droits régaliens : battre monnaie, lever des impôts, rendre la justice, décider des alliances et de la guerre (sauf, en théorie, contre l’Empire ou l’empereur), indépendance religieuse, etc.

 

Par les intérêts divergents de ses membres, l’Empire ne pouvait donc pas former un corps unique, mis aussitôt en branle à la moindre alerte. Le risque existe toujours néanmoins et la politique des rois de France contre les Habsbourg a su utiliser ces différences pour empêcher l’union, intervenant dans la succession saxonne ou appuyant les princes protestants contre l’empereur catholique. Pendant ce temps, la Prusse grandit, et les Habsbourg doivent en tenir compte.

 

JEAN-SÉBASTIEN BACH ET SON TEMPS : TABLEAU SYNOPTIQUE

 

DATES

BACH

AUTRES ÉVÉNEMENTS

1685

21 mars : naissance à Eisenach.

Louis XIV révoque l’édit de Nantes. Édit de Potsdam pour l’accueil des réfugiés protestants français. Naissance de G. F. Haendel et de D. Scarlatti. À Paris, Fr. Couperin organiste à SaintGervais.

1686

 

Prise de Bude par les troupes impériales. Formation de la ligue d’Augsbourg. Lully : Armide.

1687

 

Denis Papin : première machine à vapeur. Mort de Lully.

1689

 

Les armées françaises ravagent le Palatinat. Angleterre : Déclaration des Droits. Racine : Esther.

1691

 

Werckmeister : Musikalische Temperatur. Racine : Athalie. Purcell : Le Roi Arthur.

 

1693

 

F. Couperin organiste de la Chapelle Royale.

1695

Mort de son père

Johann Ambrosius.

Mort de Purcell.

1695-1700

Études à Ohrdruf chez son frère.

 

1697

 

Paix de Ryswick. Charles XII roi de Suède. Auguste II roi de Pologne. Perrault : Contes de ma mère l’oye. Campra : L’Europe galante.

1698

 

Premiers pianos de Cristofori.

Vers 1700

 

Denner invente la clarinette.

1700-1702

Études à Lüneburg.

 

1701

Va à Hambourg écouter l’organiste Reinken. Naissance d’Anna Magdalena Wilcke, seconde femme de Bach.

Frédéric Ier roi en Prusse. Kuhnau cantor à SaintThomas de Leipzig.

1702

 

Telemann fonde le Collegium musicum de Leipzig. Campra : Tancrède.

1703

4 mars au 13 septembre, au service du duc Johann Ernst de Weimar.

Leibniz : Nouveaux essais sur l’entendement humain. Le tsar Pierre le Grand fonde Saint-Pétersbourg.

Mort de Grigny.

1703-1707

À Arnstadt : organiste de la Neuekirche.

 

1704

 

En Pologne, Auguste II détrôné, Stanislas

Leszczyński devient roi. Mort de M.-A. Charpentier.

1705

4 août : incident Geyersbach. Va à Lübeck pour écouter Buxtehude.

Joseph Ier empereur.

1706

 

Mort de Pachelbel. Rameau : premier livre des Pièces de Clavecin. Haendel en Italie

1707

Cantate Actus tragicus.

Épouse Maria Barbara

Bach

Mort de Buxtehude.

1707-1708

À Mühlhausen, organiste de SaintBlaise.

 

1708

Naissance                de

Catharina Dorothea.

 

1708-1717

Au service de la Cour de Weimar.

 

1709

 

Défaite de Charles XII roi de Suède à Poltava. Auguste II redevient roi de Pologne. Lesage :

Turcaret. Mort de Torelli

 

1710

Naissance de Wilhelm Friedmann.

Haendel à Londres.

1711

 

Charles VI empereur. Vivaldi : L’Estro armonico.

1712

 

Naissance de Rousseau.

1713

Cantate de la chasse.

Paix d’Utrecht. Pragmatique sanction. Frédéric-

Guillaume     roi     de     Prusse.     Mort     de     Corelli.

Fr. Couperin : premier livre des Pièces de Clavecin.

1714

Nommé

Konzermeister.

Naissance de Carl

Philipp Emmanuel.

Paix de Rastatt. George Ier roi d’Angleterre. Naissance de Gluck.

1715

Naissance de Johann Gottfried Bernhard.

Mort de Louis XIV, Louis XV roi de France (régence de Philippe d’Orléans). Fr. Couperin : Trois Leçons des ténèbres.

1716

 

Mort de Leibniz. F. Couperin : L’Art de toucher le clavecin.

1717

Emprisonné à Weimar du 6 novembre au 2 décembre.

Watteau : L’Embarquement pour Cythère. Fr. Couperin : deuxième livre des Pièces de Clavecin.

Haendel : Water Music.

1717-1723

À Cöthen : Maître de Chapelle de la Cour.

 

1719

 

Le roi de Prusse abolit le servage sur les terres des nobles. De Foe : Robinson Crusoé. Création à Londres de la Royal Academy of Music. Fondation à Leipzig des Éditions Breitkopf

1720

Mort de Maria Barbara.

Banqueroute de Law à Paris. Watteau : L’Enseigne de Gersaint.

1721

Épouse Anna

Magdalena Wilcke.

Dédicace des Concertos brandebourgeois.

Mort de Watteau. Montesquieu : Lettres persanes. Telemann directeur de la musique de Hambourg.

1722

Premier       livre       du

Clavier bien tempéré.

Mort de Kuhnau. Rameau : Traité d’harmonie.

Fr. Couperin : troisième livre des Pièces de Clavecin.

1723-1750

À Leipzig : cantor de Saint-Thomas et

Director musices.

 

1724

Passion selon saint Jean.

Haendel : Jules César.

1725

Oratorio de Pâques.

Mort du tsar Pierre le Grand. Mort d’A. Scarlatti. Vivaldi : Les Quatre Saisons.

1726

Naissance d’Elisabeth Juliana Friederica.

Swift : Voyages de Gulliver. Mort de Delalande. Haendel naturalisé anglais (confirmé en 1727).

1727

Ode funèbre. Passion selon saint Matthieu.

 

1728

 

George II roi d’Angleterre. Création du premier

 

 

 

journal musical allemand par Telemann.

1729

Nommé directeur du Collegium musicum de Leipzig.

 

1730

 

Marivaux : Le Jeu de l’amour et du hasard. Fr. Couperin : quatrième livre des Pièces de Clavecin.

1732

Naissance de Johan Christoph Friedrich.

Fondation de la colonie anglaise de Georgie. Voltaire : Zaïre. Naissance de Haydn. Walther :

Musikalisches Lexicon.

1733

 

Auguste III Électeur de Saxe et roi de Pologne. Établissement de la conscription en Prusse. Kay : navette volante pour le métier à tisser.

Mort de Fr. Couperin. Rameau : Hippolyte et Aricie.

Pergolèse : La Servante maîtresse.

1734-1735

Oratorio de Noël.

 

1735

Naissance de Johann Christian. Rédaction de l’Ursprung. Oratorio de l’Ascension.

Cantate du café.

Darby : métallurgie au charbon. Rameau : Les Indes Galantes. Haendel : Alcina.

1736

Nommé             compositeur aulique.

Mort de Pergolèse.

1737

Naissance de Johanna

Carolina.

Mort de Stradivarius. Telemann à Paris. Rameau : Castor et Pollux. Construction du théâtre San Carlo à Naples.

1738

 

Traité de Vienne. Vivaldi à Amsterdam. Haendel : Saül, Israël en Egypte.

1739

 

Rameau : Dardanus.

1740

 

Frédéric II roi de Prusse. Mort de l’empereur Charles VI. Début de la guerre de succession d’Autriche.

1741

 

Mort de Vivaldi. Haendel : Le Messie. Rameau : Pièces de Clavecin en concert.

Quantz et Carl Philipp Emanuel Bach au service de Frédéric II. Naissance de Grétry.

1744

Deuxième     livre     du

Clavier bien tempéré.

Hogarth : Le Mariage à la mode. Mort de Campra.

1742

Naissance de Regina

Susanna. Variations Goldberg. Cantate des Paysans.

Charles VII empereur.

1743

 

Création des concerts au Gewandhaus de Leipzig. Naissance de Boccherini. Haendel : Te Deum de Dettingen.

1745

 

Deuxième guerre de Silésie : occupation de Dresde

 

 

et de Leipzig par les Prussiens. Bataille de Fontenoy. François Ier empereur. Début de la construction du château de Sans-Souci. Rameau : Le Temple de la gloire.

1746

Portrait par Elias G. Haussmann.

Haendel : Judas Macchabée.

1747

Voyage à Potsdam. Entre à la société

Mizler.             L’Offrande musicale.

Benjamin Franklin invente le paratonnerre.

1748

 

Paix d’Aix-la-Chapelle. Montesquieu : L’Esprit des lois. Découverte des ruines de Pompéi.

1749

Termine la Messe en si. L’Art de la fugue.

Rameau : Platée, Zoroastre. Haendel : Fireworks Music.

1750

Opérations     de        la cataracte.

28 juillet : mort.

Voltaire à Berlin. Mort d’Albinoni. Naissance de

Salieri.

 

 

II  – L’Angleterre de Purcell et de Haendel

 

La période 1710-1714 fut décisive dans la vie de Haendel puisque, durant ces cinq années, son avenir se dessina définitivement : le 16 juin 1710[7], Haendel fut nommé maître de chapelle de l’Électeur de Hanovre, Georg Ludwig ; en novembre de la même année, le musicien vint pour la première fois à Londres où il créa en février 1711 son opéra Rinaldo avec un grand succès ; de 1712 date son installation définitive en Angleterre ; enfin, succédant à Anne, décédée le 1er août 1714, son « patron », l’Électeur de Hanovre, devint le roi Georges Ier d’Angleterre. Ces cinq années furent donc aussi les dernières du règne de la reine Anne, dernier souverain de la famille des Stuarts qui avait accédé au trône d’Angleterre, à la mort d’Élisabeth Ire, en 1603, avec Jacques Ier[8]. Le royaume que découvrait Haendel connaissait enfin, malgré des luttes diverses, une stabilité politique après un XVIIe siècle fort agité. En effet, refusant la monarchie absolue, d’où la première révolution avec l’exécution de Charles Ier en 1649 et l’épisode de Cromwell, puis refusant un souverain catholique, d’où la seconde révolution avec l’éviction de Jacques II, les Anglais ont su, un siècle avant les Français, établir un véritable consensus entre gouvernants et gouvernés.

 

Haendel avait trois ans quand débuta la seconde révolution anglaise qui, contrairement à la première, fut courte et ne fit pas vraiment de victimes; elle mérite bien son surnom de « Glorieuse révolution[9] ». Le 20 juin 1688, la naissance du prince héritier Jacques-Édouard, né de la seconde femme de Jacques II, la catholique Marie de Modène (cf. le tableau généalogique des souverains anglais), mit un comble au mécontentement des Anglais contre leur roi[10] ; tout espoir de retrouver un souverain protestant s’évanouissait. L’anti-absolutisme et l’antipapisme étaient depuis longtemps dans le cœur des Anglais. À la différence de la France, le pouvoir royal anglais n’était pas de droit divin, et le grand philosophe Thomas Hobbes (1588-1679) avait pu écrire dans son Léviathan (1651) que le pouvoir royal doit s’appuyer sur un large consensus des sujets. À la génération suivante, John Locke (1632-1704) alla encore plus loin dans ses Traités sur le gouvernement civil[11], affirmant qu’il est légitime de détrôner un roi qui ne respecte pas ce consensus[12]. Le baptême trop ostentatoire de Jacques-Édouard décida quelques grands seigneurs à faire appel, dès le 30 juin, à Guillaume d’Orange, gendre de Jacques II en étant l’époux de sa fille Marie[13]. Le Stathouder des Provinces-Unies se laissa convaincre d’autant plus facilement qu’il pouvait, en unissant ses forces à celles de l’Angleterre, s’opposer victorieusement à Louis XIV.

 

Tout alla très vite. Ayant traversé la mer du Nord avec une forte armée (environ 20 000 soldats), Guillaume débarqua en Angleterre le 7 novembre 1688. Il fit inscrire sur ses drapeaux qui le précédaient à Londres, le « programme » de son intervention : Pro religione protestante et Pro libero parlamento ; cela ne pouvait que lui valoir l’adhésion enthousiaste des Anglais. En décembre, Jacques II céda le terrain et se réfugia en France où il mourut en 1701 sans avoir pu reprendre son trône. Des députés à la Chambre des Communes furent élus en toute hâte et une Convention se réunit à partir du 29 janvier 1689. Cette Convention régla les rapports entre la couronne et les sujets le 13 février, en adoptant le Bill of Rights (déclaration des droits) que l’on fit jurer à Guillaume et à sa femme qui furent alors proclamés rois conjointement le 23 février : Marie II et Guillaume III.

 

On est encore étonné par la modernité de cette Convention et par son extraordinaire travail législatif. En effet, non seulement cette Convention fonctionna comme un véritable régime parlementaire, avec des commissions spécialisées dont les rapporteurs exposaient les propositions lors des séances plénières, mais de nombreux textes de lois furent-ils mis au point, lois qui sont encore le fondement des institutions anglaises actuelles.

 

Quant au Bill of Rights ou « Loi pour la déclaration des droits et libertés du sujet et pour le règlement de la succession à la couronne », c’est la base de la monarchie parlementaire anglaise. Dans ce texte, les « Conventionnels », après avoir pris acte de l’« abdication » de Jacques II, énumérèrent une série de douze griefs contre l’ancien roi, les principes de la tradition anglaise qu’il a violés et qui vont devenir lois d’État après le serment des deux nouveaux souverains : le trône ne sera pas accessible à un prince catholique, ce qui exclut Jacques-Édouard et sa descendance éventuelle; en matière de liberté individuelle, on réaffirma l’Habeas corpus de 1679[14], le droit de propriété et la liberté de conscience pour les Églises réformées (l’Église anglicane est l’Église royale et officielle ; les Églises dissidentes sont tolérées) mais l’Église catholique fut bannie ; enfin, des libertés politiques furent clairement notifiées comme la liberté de réunion et celle de pétition au roi, et surtout les droits traditionnels du Parlement : le roi ne peut suspendre une loi, il ne peut lever d’impôts[15] ni maintenir une armée permanente en temps de paix sans le consentement du Parlement. Il s’agit donc d’une victoire du Parlement, et plus particulièrement des Whigs17 sur les Tories qui avaient soutenu les Stuarts.

 

Marie II, très effacée, mourut en 1694, quant à Guillaume III, il se préoccupa surtout de faire la guerre à la France (guerre de la Ligue d’Augsbourg puis guerre de succession d’Espagne) et il mourut en 1702 au moment où il préparait une nouvelle offensive contre Louis XIV. Ces souverains n’étaient donc pas en mesure de s’opposer au Parlement dont ils avaient besoin pour leurs entreprises militaires et qui en profita pour consolider sa victoire : le Triennal Act de 1694 (la durée d’un Parlement est limitée à trois ans, puis on en élit un autre) ; l’année suivante, la suppression (théorique) de toute censure sur les écrits ; enfin, en 1701, l’Act of Settlement (loi d’établissement) qui, reprenant l’obligation pour le souverain d’être anglican, fait du Parlement l’autorité suprême pour la succession au trône ; ainsi la famille de Hanovre est-elle désignée pour succéder aux Stuarts, ce qui éliminait par la même occasion les descendants d’Henriette, fille de Charles Ier, qui étaient catholiques, cette loi est toujours en vigueur.

 

Pour l’instant, c’est Anne, deuxième fille du premier mariage de Jacques II, qui monta sur le trône en 1702. Elle était protestante, sera veuve de Georges de Danemark en 1708, et n’avait pas de postérité puisque leurs enfants moururent tous en bas âge, le dernier en 1700 ; le Parlement avait donc tout prévu !

 

Le temps de la reine Anne (1702-1714) fut celui de la guerre contre la France, donc aussi contre les Jacobites (partisans de Jacques II et de ses descendants) et contre l’Espagne, et, à l’intérieur, d’innombrables complots et luttes d’influences. Anne n’était certainement pas très intelligente et fut surtout très entêtée. Elle s’obstina par exemple à donner à son époux des fonctions que le malheureux, lui aussi fort peu doué, était incapable d’assumer.  Enfin, Anne se lia d’une amitié (les méchantes langues disent davantage) ombrageuse et jalouse avec Lady Sarah, l’épouse de John Churchill, premier duc de Marlborough (c’est celui de la chanson Malbrough s’en va-t’en guerre) qui fut naturellement couvert d’honneurs mais sut se couvrir luimême de gloire contre les Français, jusqu’à sa disgrâce en 1710. Lady Masham remplaça Lady Sarah dans le cœur de la reine tandis que la fortune des Marlborough se délabrait tout autant que les armées anglaises... L’accession au trône impérial de Charles VI en 1711 alarma l’opinion britannique (et française) car, en cas de victoire contre Philippe V d’Espagne (le petit-fils de Louis XIV, l’ancien duc d’Anjou dont la montée sur le trône espagnol provoqua la guerre en 1700), Madrid et Vienne seraient à nouveau réunis, comme sous Charles-Quint. Dès lors, des négociations franco-anglaises aboutirent à la paix d’Utrecht en 1713 ; l’empereur ne signa qu’en 1714, à Rastatt, devant la menace des troupes françaises de Villars.

 

Comme aux traités de Westphalie, en 1648, à l’issue de la guerre de Trente Ans, on avait rétabli un ordre européen, mais cette fois, ce n’était plus la France qui dominait, mais l’Angleterre. La France de la fin du règne de Louis XIV gardait certes ses conquêtes antérieures et emportait la victoire morale de conserver Philippe V sur le trône d’Espagne, mais l’Angleterre obtenait Gibraltar, Minorque, Terre-Neuve, la baie d’Hudson, des privilèges commerciaux dans l’Empire espagnol, privilèges dont elle usa et abusa, etc. ; elle était devenue la première puissance maritime mondiale. L’Espagne cédait à l’Empire les Pays-Bas, le Milanais, Naples et la Sardaigne. Ce nouvel ordre européen était garanti par des places fortes et des contrôles, comme celui des cols des Alpes et des Apennins confié à la dynastie de Savoie, qui accéda ainsi au titre royal en 1713. Dix ans plus tôt, le traité Methuen (du nom de son négociateur) avec le Portugal avait déjà ouvert l’Empire portugais à l’Angleterre et lui permettait d’intervenir directement au cœur de l’Espagne (cf. l’époque napoléonienne).

 

Anne mourut en 1714 après une attaque d’apoplexie contractée dans une terrible colère contre Oxford, son ministre ; elle avait remercié Haendel d’avoir écrit un Te Deum pour la paix d’Utrecht et une Ode pour son anniversaire en lui accordant une pension annuelle de 200 livres. Après un léger flottement, la loi de 1701 s’appliqua, et l’Électeur de Hanovre Georg Ludwig devint le roi Georges Ier.

 

 

III        - L’Angleterre à l’époque de Purcell et de Haendel : un système politique très en avance sur son temps

 

Purcell a connu quelques-uns des troubles du XVIIe siècle : la Grande peste et le Grand incendie de Londres - mais il avait alors entre six et sept ans -, la reconstruction dans une ville bouleversée par les travaux, la seconde révolution. Il a cependant servi la monarchie et les souverains.

Haendel a connu et servi les trois souverains de la première moitié du XVIIIe siècle anglais : Anne (1702-1714), Georges Ier (1714-1727) et Georges II (1727-1760). Cette époque est pour l’Angleterre celle de la stabilisation des institutions puisque c’est le moment de l’élaboration de la monarchie parlementaire « à l’anglaise » qui fit l’admiration, entre autres, de Montesquieu et de Voltaire. Mais il faut nuancer fortement ce modèle idéal qui était pourtant beaucoup plus satisfaisant que ce qui se passait sur le continent.

 

La « Glorieuse révolution » avait voulu écarter définitivement la tyrannie et pour cela, établir une nette séparation entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

 

La Déclaration des Droits n’avait pas retiré de pouvoir au roi, d’ailleurs, Guillaume III ne l’eût alors pas acceptée ; il s’agissait de bien délimiter les droits et les devoirs du roi librement accepté par les Anglais, d’un côté, et de l’autre, ceux du Parlement, appuyés sur une longue tradition. Outre la « prérogative royale », mouvante et imprécise, dépendant en fait des individus, le souverain disposait donc entièrement du pouvoir exécutif, à condition de respecter le Bill of Rights. Il était aidé par les ministres qu’il choisissait et renvoyait à sa guise ; il gouvernait en son conseil avec tout ou partie des ministres. L’un d’entre eux, qui avait reçu du souverain le bâton blanc, symbole du pouvoir, exerçait les principales responsabilités, mais il n’était pas nécessaire qu’il portât le titre de Premier Ministre[16]. Le premier à porter ce titre fut sir Robert Walpole, et c’est lui qui, en s’installant en 1731 dans une maison sise au 10, Downing Street, en fit la résidence officielle du Premier Ministre anglais.

 

Encore eût-il fallu que le souverain19 s’intéressât ou fût capable de s’intéresser aux délibérations ministérielles. Or, Anne était trop préoccupée à plaire à ses favorites, et elle laissa par exemple le duc de Marlborough gouverner comme il l’entendait. Georges Ier laissa de même faire Stanhope, non seulement parce qu’il ne parlait pas l’anglais et ne pouvait comprendre ce qui se disait au conseil que par une fastidieuse traduction, mais parce qu’il s’intéressait avant tout au Hanovre où il se rendit souvent. Le personnage était haut en couleurs; il avait répudié sa femme Sophie-Dorothée qui l’avait trompé avec le beau Königsmarck venu de Suède.  L’amant fut étranglé, et l’adultère assignée à résidence. Georges se consola alors dans d’innombrables aventures féminines, et une fois devenu roi, il importa en Angleterre son goût insatiable pour les femmes grassouillettes et consentantes. Georges et Sophie-Dorothée n’avaient eu que deux enfants ; l’aîné, Georges, qui deviendra Prince de Galles (titre de l’héritier de la couronne britannique) quand son père devint roi d’Angleterre, puis sera roi à son tour, et une fille, SophieDorothée, qui épousa en 1706 le roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ier et fut la mère du grand Frédéric II. Comme son père, Georges II s’intéressa davantage à son électorat qu’à son royaume, et bien que parlant l’anglais, il délaissait les réunions ministérielles.

 

Dans ces conditions, et c’est le hasard et non la volonté délibérée des Anglais, les ministres prirent l’habitude de mener réellement les affaires entre eux ; ainsi naquit le Cabinet, véritable gouvernement du royaume, formé de ministres solidaires et issus de la majorité aux élections.

 

Anne fit d’abord appel à des Tories puis à des Whigs qui gouvernèrent sous Georges Ier et Georges II. On considérait les Whigs plus fidèles à la dynastie, d’autant plus que certains Tories avaient soutenu les tentatives jacobites de 1715 (Jacques-Édouard) et de 1745-1746 (CharlesÉdouard).

 

Contrôlant le Cabinet, et donc en fait la politique anglaise, le Parlement était bien le grand vainqueur de la « Glorieuse révolution ». Reposant sur les traditions issues de la Magna Carta[17], réuni pour la première fois en 1265 par Henri III, le Parlement anglais[18] se composait (et se compose toujours) de deux chambres.

 

La chambre haute ou Chambre des Lords comptait environ 200 membres nommés par le souverain, dont 16 pour l’Écosse[19] et 26 Lords spirituels qui en sont membres de droit (les deux archevêques de Canterbury et d’York et les 24 évêques anglicans). Parmi les Lords temporels, certains sont héréditaires, mais le souverain peut en nommer autant qu’il veut (cf. Anne créant une « fournée » de Lords tories pour obtenir la majorité). Les Lords sont issus des plus grandes familles anglaises, et leur influence politique dépasse le cadre de leur chambre (où ils votent des projets de loi = bills, et peuvent s’opposer aux bills des Communes ; ils forment en outre une haute cour de justice) puisqu’ils contrôlent, par leurs vastes domaines, une véritable clientèle électorale sur les Communes. Le roi choisit de préférence les ministres parmi les Lords.

 

La chambre basse ou Chambre des Communes comptait environ 600 députés élus des villes (bourgs) et des campagnes (comtés). Mais on était loin d’une véritable représentation du peuple anglais car, sur quelque deux millions d’hommes en âge et en capacité de voter, seuls 200 000 à 250 000 votaient réellement, le suffrage étant censitaire et le cens électoral étant élevé ; les femmes ne votaient évidemment pas. Ceci était d’ailleurs conforme aux idées des théoriciens de l’époque comme Locke qui n’admettait pas le droit de vote pour les non-possédants et, d’une façon générale, pour toutes les personnes « indignes »[20]. Autrement dit, les Communes ne représentaient qu’une petite minorité du peuple anglais, celle des possédants. De plus, la répartition des sièges, fixée depuis le Moyen Âge, était un scandale permanent car on ne tenait aucun compte des réalités historiques et démographiques. Les rotten boroughs (bourgs pourris), par exemple, finissaient par faire la joie des caricaturistes ; les deux plus célèbres étaient le bourg d’Old Sarum, composé de cinq maisons, mais qui élisait deux députés (le premier Pitt fut l’un d’eux !), et celui de Dunwich, englouti par la mer, mais qui élisait pourtant un député ! On votait souvent à main levée ou par écrit, en indiquant son nom, ce qui favorisait la corruption. En fait, l’élection était due à l’argent, et bien des familles s’approprièrent ainsi des sièges, d’où la réélection des sortants et la constitution de véritables dynasties de députés. Voilà le libéralisme anglais du XVIIIe siècle !

 

En 1716, par le Septennial Act (le mot act désigne la loi proprement dite, mais aussi un édit), la durée d’un Parlement fut portée de trois à sept ans maximum[21]. Si le roi ne peut, en théorie, s’opposer à une loi votée par le Parlement, il a en réalité de nombreux moyens dilatoires et peut parfaitement dissoudre les Communes et faire procéder à de nouvelles élections. Pourtant, malgré ses imperfections, ce système permettait un contrôle unique au monde : vote du budget, autorisation de la perception des impôts, vote des lois et autorisation de lever une armée.

 

Quant au pouvoir judiciaire, reposant sur une organisation complexe et fondée sur de longues traditions, il offrait certes de nombreux inconvénients, comme partout ailleurs à l’époque (justice de classe, abus, pratique des épices...), mais il assurait de réelles garanties d’autant plus que l’indépendance des juges était assurée par leur inamovibilité, et Georges III, pourtant très autoritaire, renonça, à son avènement en 1760, au droit de la couronne de changer les sièges judiciaires au début d’un règne.

 

L’avance politique de l’Angleterre se marquait enfin par l’existence d’une véritable classe électorale qui a donné naissance aux premiers partis politiques : les Whigs et les Tories.  Les Whigs, les futurs libéraux, partisans de la prérogative du Parlement, représentaient la nouvelle puissance économique ; en faisaient partie d’anciens militaires, les députés des bourgs, les protestants dissidents et les membres des professions libérales.  Les Tories, les futurs conservateurs, défendaient la prérogative royale ; c’étaient les partisans de l’ordre, d’une façon générale, les farouches anglicans et la plupart des propriétaires terriens. Toute la classe politique n’entrait évidemment pas dans ces deux moules, et les clans, chapelles ou coteries étaient fort nombreux. Mais déjà se dessinaient les deux futurs grands partis. La vie politique se poursuivait dans les clubs dont le premier, le White’s, club tory, fut fondé à Londres en 1736. L’opinion se formait aussi dans les nombreux journaux qui se multipliaient alors malgré un fort droit de timbre (Stamp Act de 1712) qui les rendait chers à l’achat ; on les lisait dans les clubs.

 

Sur le plan extérieur, l’Angleterre vivait en paix depuis le traité d’Utrecht. L’ordre européen issu des traités de 1713-1714 fut réaffirmé par le traité de Hanovre en 1725 avec la France, la Prusse, les Provinces-Unies, la Suède et le Danemark. Les rivalités maritimes et coloniales avec la France et avec l’Espagne débouchèrent sur la guerre en 1739, puis sur la participation à la guerre de succession d’Autriche devant les succès franco-bavarois. La victoire des armées anglo-hanovriennes à Dettingen sur les Français en 1743 donna à Haendel l’occasion de célébrer une fois de plus le succès des armées anglaises[22]. La paix d’Aix-la-Chapelle qui mit fin à la guerre en 1748 aboutit surtout au statu quo colonial et maritime, mais la France reconnaissait Georges II et expulsait Charles-Édouard Stuart qui avait vainement tenté de prendre le pouvoir (échec de Culloden en 1746 que Haendel célébra également).

 

L’Angleterre entra à nouveau en guerre contre la France en 1756, après la signature de l’alliance anglo-prussienne à Westminster. Le premier Pitt, adversaire acharné de la France, soutenu par les milieux d’affaires alarmés par la concurrence française sur mer et aux colonies, engageait ainsi son pays dans la guerre de Sept Ans (1756-1763). Cela commença mal pour l’Angleterre dont une armée capitula à Kloster Seven en 1757, mais la France fut finalement la grande perdante au traité de Paris en 1763 : Canada, Inde...

 

 

IV  - L’Angleterre à l’époque de Purcell et de Haendel : société, économie, civilisation

 

La société anglaise, insérée, comme les autres sociétés européennes, dans l’Ancien Régime, occupait une place à part. Partout ailleurs en effet s’étaient installées des monarchies plus ou moins absolues où la société, organisée par l’État, était une société d’ordres ayant chacun un statut juridique leur conférant des privilèges, des honneurs, des dignités, des libertés et des obligations. Ce système, très bloqué, empêchait toute véritable mobilité sociale et rendait ces sociétés incapables de s’adapter aux nouvelles conditions économiques. En Angleterre, au contraire, la monarchie absolue a échoué et la société d’ordres n’a été réalisée qu’en partie. La mobilité sociale était donc favorisée par l’absence d’obstacles juridiques d’où l’étonnante et rapide adaptabilité de la société anglaise à l’évolution économique. L’époque de Haendel correspond au début de l’essor démographique anglais, essor qui fut d’ailleurs général en Europe. On évalue[23] la population anglaise à 5,3 millions d’habitants en 1700 et à 5,9 millions en 1740 ; l’augmentation est encore modeste, mais à la fin du siècle, il y aura 9,2 millions d’Anglais. On explicite cette croissance par une augmentation importante de la natalité alors que la mortalité, qui augmenta presque parallèlement jusqu’en 1750, diminua ensuite d’une façon très sensible.

 

Les propriétaires terriens restent l’élément dominant de cette société. Au sommet se trouvent les Landlords, seigneurs de la terre, qui constituent la vieille noblesse. Ils sont riches, possèdent des grands domaines et des privilèges, en particulier celui de faire partie de la Chambre des Lords. Leur influence politique est importante.

 

En dessous des Landlords, et n’ayant ni droits ni privilèges particuliers, se trouvent les

grands propriétaires qui forment la gentry et qui possèdent la moitié du sol anglais. Tout le monde peut faire partie de la gentry, il suffit d’avoir assez d’argent pour acheter un domaine et vivre, finalement, comme vit la noblesse continentale. Les membres de la gentry fournissent les députés aux Communes, les juges de paix (ils assurent la justice de base dans les comtés), les officiers, voire les ministres et les évêques anglicans. Dans la gentry comme pour les Landlords, le maintien du patrimoine est assuré par le droit d’aînesse.

 

Les paysans, qui forment encore l’immense majorité de la population, sont divisés en trois catégories : les free holders (libres tenanciers), moyens et petits propriétaires, relativement peu nombreux et menacés par l’extension des grands domaines et le mouvement des enclosures[24] ; les farmers, plus nombreux, qui cultivent les terres des grands propriétaires ; enfin, la masse des cottagers (journaliers vivant dans de simples chaumières, les cottages), au sort aléatoire.

 

Les villes, grouillantes d’activités, en particulier artisanales, sont comparables à celles du continent.

 

On assiste enfin au développement d’une classe de grands négociants faisant travailler des cottagers dans les premières manufactures (d’où le début de l’exode rural) et dont les éléments les plus importants s’agrègent à la gentry.

 

Dans un contexte de paix relative, d’enrichissement dû à la marine, de progrès des techniques agricoles et artisanales, l’économie anglaise a profité de la bonne conjoncture générale, très nette à partir des années 1730-1740.

 

Au début du XVIIIe siècle, l’agriculture anglaise était, comme ailleurs, encore routinière et traditionnelle : travail en commun sur les terres communautaires, assolement triennal avec jachère, instruments en bois, céréales prédominantes, faibles rendements, élevage insuffisant. Cela permettait cependant, comme ailleurs, d’assurer la survie des plus pauvres. Tout changea avec l’arrivée des Whigs au pouvoir.  Les Tories les plus touchés par une véritable éviction du gouvernement furent les Landlords. Beaucoup de grands seigneurs se retirèrent alors sur leurs terres qu’ils mirent en valeur grâce à leur fortune. Toutes leurs énergies se tournèrent vers l’amélioration de leurs domaines, et, à l’inverse de ce qui se passait sur le continent, ProvincesUnies exceptées, naquit un véritable snobisme de la terre. Ce fut la naissance du gentleman farmer. Les progrès réalisés sur ces terres, qui représentent environ le dixième de l’ensemble, sont étonnants : instruments en fer, d’où augmentation des rendements, favorisés également par l’utilisation systématique d’engrais ; essais de nouvelles plantes à racines comme le navet[25] ou la betterave, d’où suppression de la jachère et essais d’assolements performants ; prairies réservées à l’élevage, d’où développement du cheptel et sélection des races.

 

L’industrie était encore artisanale, familiale et à domicile ; elle reposait toujours sur la métallurgie et le textile, mais des innovations technologiques vont tout bouleverser. La mise au point du coke et son utilisation dans les hauts-fourneaux permirent non seulement de fabriquer de meilleurs produits, mais provoquèrent aussi le repérage des mines de charbon (charbon dit de terre par opposition au charbon de bois) donnant naissance à des sites qui seront les futurs pôles industriels. Pour le textile, on mit au point des systèmes de plus en plus perfectionnés : navette volante de John Kay en 1733, d’où le tissage rapide de pièces plus larges, métiers à tisser mécaniques...

 

Les années 1740 virent le passage de l’atelier à domicile à la fabrique. Toutes les conditions étaient réalisées pour que l’Angleterre commence, dans la seconde moitié du siècle, la première révolution industrielle du monde[26]. Avec un tel arrière-plan, la civilisation anglaise ne pouvait qu’être brillante. Nous ne pouvons citer que quelques noms, replacés avec d’autres, dans le tableau synoptique, mais ils éclairent singulièrement l’époque de Haendel et le pays dans lequel il choisit de vivre : en littérature, de Foe, Swift, Fielding, Pope, Richardson, le séjour de Voltaire ; en peinture, Hogarth, Reynolds, Gainsborough, le séjour de Canaletto ; les meubles de Chippendale ; en architecture, la gigantesque reconstruction de Londres après le grand incendie de 1666, en particulier les églises de Christopher Wren, l’introduction du style palladien par William Kent... Quant à John Wesley, fondateur du Méthodisme, il prêcha à partir de 1740 une religion plus humaine, reposant, à l’inverse de la prédestination calviniste, qui était le dogme de l’anglicanisme, sur le libre choix individuel.

 

C’est évidemment à Londres, capitale politique, économique et culturelle du royaume, que tout ce bouillonnement intellectuel convergeait. En 1750, la population atteignit 575 000 habitants (dépassant déjà Paris) soit en gros le dixième de la population du royaume. De nombreux lotissements ont fait se rejoindre la cité royale de Westminster et la cité de Londres qui possédait l’unique pont sur la Tamise. En 1750, un deuxième pont fut enfin construit, celui de Westminster. L’expansion de la ville se poursuivait vers l’ouest. Sur l’artère vitale qu’était la Tamise (cf. la Water Music), tout un monde de bateliers assurait le transport des personnes et des marchandises. Quant au port, il était en plein développement grâce à la première marine du monde qui allait et venait aux colonies : chantiers navals, draperies, savonneries, brasseries, papeteries, etc.

 

Haendel fut certainement très séduit par une cité aussi active. Écrire sur l’œuvre de Haendel, c’est décrire année par année, voire au jour le jour, sa participation à la vie anglaise et londonienne. Fréquentant d’abord les palais palladiens de Burlington House et de Cannons, Haendel s’installa dans sa propre maison, à Londres, après avoir été nommé compositeur de la Chapelle royale. En 1727, il obtint la citoyenneté anglaise quelques jours après l’avoir sollicitée. Il se moula donc dans la vie quotidienne de sa nouvelle patrie. On sait que son activité créatrice s’exerça surtout dans deux grandes directions, l’opéra et l’oratorio. Il est ainsi passionnant de suivre, saison par saison, les efforts de Haendel pour s’imposer, avec les succès et les échecs que cela comporte, car la pension royale était insuffisante pour le faire vivre, même si la reine Caroline la porta à 600 livres par an, somme qu’il toucha jusqu’à sa mort. Il ne cessa de composer pour la famille royale avec laquelle il eut, somme toute, les meilleurs rapports : leçons aux princesses Anne et Élisabeth-Caroline ; Te Deum pour les victoires anglaises ; musiques pour le couronnement de Georges II (Coronation Anthems dont le fameux Zadok the Priest qui fut repris pour les couronnements ultérieurs), pour le mariage du Prince de Galles Frédéric, pour la mort de la reine Caroline, etc. Il prenait ainsi la suite de Henry Purcell. Quant à ses rivalités avec Porpora et d’autres, sa renonciation à l’opéra, sa création de l’oratorio anglais, elles sont décrites dans toutes les monographies traitant du musicien.

 

Les rares témoignages que nous possédons sur l’homme nous le montrent passionné, manquant de diplomatie, comme Jean-Sébastien Bach !, mais d’une grande générosité (cf. le Foundling Hospital). Il fréquentait tous les milieux artistiques et intellectuels et sut mener sa vie domestique puisqu’il fut probablement le premier musicien à vivre réellement de son art, sans être en fait au service d’un grand, tirant de larges bénéfices de concerts (cf. Athalia) ou de la publication des partitions de ses œuvres (cf. Alexander’s Feast). Il acheta des meubles et des tableaux qui prouvent la sûreté de son goût. Il sut également participer à la vie économique et investit par exemple dans la Compagnie des Mers du Sud dont le krach (South Sea Bubble) fit scandale en 1720 (la même année que la banqueroute de Law en France) ; Haendel y perdit finalement de l’argent, mais il ne fut pas le seul. Le musicien buvait du chocolat le matin et devait certainement apprécier le porto dont se régalait la bonne société anglaise depuis le traité de 1703 ; le peuple restait fidèle au gin. Bref, Haendel devint profondément anglais, un Anglais de la première moitié du XVIIIe siècle.

 

Le temps de Haendel ou Haendel et son temps nous apparaissent comme deux propositions synonymes ; et c’est en Angleterre que cela fut possible. On comprend dès lors l’immense popularité du musicien dont certaines œuvres ont été, et sont toujours considérées comme partie intégrante du nationalisme anglais. Haendel le sentit bien qui demanda à reposer dans l’abbaye royale de Westminster. Ce grand honneur lui fut accordé non dans l’intimité, comme il l’avait souhaité mais, selon le témoignage du London Evening Post, en présence de plus de 3 000 personnes. Pouvait-on, enfin, trouver meilleure compagnie, plus anglaise, quand on inhuma en 1870, dans la place libre à son côté, le grand écrivain Charles Dickens ?

 

 


LA FAMILLE ROYALE ANGLAISE À L’ÉPOQUE DE PURCELL ET DE HAENDEL

(Les rois, avec les dates de règne, sont indiqués en gras)

 

 

                                 JACQUES Ier

                                   1603-1625

 

CHARLES II          Marie               JACQUES II           Henriette                                                                    Sophie x Ernest Auguste, Électeur de Hanovre

  1660-1685      x Guillaume II          1685-16882

                               d’Orange           x (1) Anne Hyde      x (2) Marie de Modène

 

                     GUILLAUME III   x  MARIE II        ANNE         Jacques-Édouard                                              GEORGES Ier x Sophie-Dorothée de Brunswick-Celle

                         1689-1702                1689-1694     1702-1714            1688-1766                                                     1714-1727

1 1649-1660 : 1re révolution

2 1688-1689 : 2e révolution                                                       Charles-Édouard                              GEORGES II                                                       Sophie-Dorothée                                                                                                                1720-1788                                     1727-1760                                                    x Frédéric-Guillaume Ier                                                                                                                                                      x Caroline de Brandebourg-Ansbach                                     roi de Prusse

 

           

 

Frédéric-Louis       Anne       Amalia Sophie Éléonore   Élisabeth Caroline   Georges Guillaume   Guillaume Auguste      Marie           Louise              Frédéric II le Grand

   1707-1751    1709-1759               1711-1786                    1713-1757               1717-1718                  1721-1765          1723-1772    1724-1751                 roi de Prusse

   Prince de     x Guillaume IV                                                                                                                     duc de                                x Frédéric V

    Galles             d’Orange                                                                                                                       Cumberland                        roi de Danemark

Dynastie actuelle

 

 

 

                                                                                                                                                                             19


 

HAENDEL ET SON TEMPS : TABLEAU SYNOPTIQUE

 

 

DATES

HAENDEL

(Les dates des œuvres sont celles de leur création ou de leur publication)

ÉVÉNEMENTS ANGLAIS

1685

23 février : naissance à Halle. 24

février :            baptême

Liebfrauenkirche.

à            la

Mort de Charles II. Début du règne de Jacques II.

1686

 

 

Isaac Newton (1642-1727) : Principes de philosophie.

1688-1689

 

 

Seconde révolution anglaise. Bill of Rights. Marie II et Guillaume III proclamés roi conjointement.

1690

 

 

John Locke (1632-1704) : Essai sur le gouvernement civil. Échec jacobite à Drogheda.

1692

 

 

Achèvement de l’hôpital royal de Chelsea. Le Hanovre devient électorat d’Empire.

1694

Leçons avec Friedrich Zachow, organiste

Liebfrauenkirche de Halle.

Wilhelm à         la

Triennal Act. Fondation de la Banque d’Angleterre. Mort de Marie II.

1695

 

 

Abolition (théorique) de toute censure des écrits. Mort de Henry Purcell (né en 1659).

1697

Mort de son père.

 

Paix de Ryswick : fin de la guerre de la

Ligue d’Augsbourg (1689-1697). Naissance de William Hogarth (16971764).

1700

 

 

Mort de John Dryden (né en 1631).

1701

Fait la connaissance de Georg Philipp Telemann.

Act of Settlement désignant la dynastie de Hanovre pour succéder aux Stuarts.

1702

S’inscrit à l’université de Halle.

Nommé organiste à la cathédrale de Halle.

L’Angleterre déclare la guerre à la France, entrant ainsi dans la guerre de succession d’Espagne (1700-1713/14). Mort de Guillaume III. Début du règne d’Anne. Fondation à Londres du Daily Courant, premier journal quotidien du monde.

1703

Musicien de l’Opéra de Hambourg. Se lie d’amitié avec Johann

Mattheson.      Va     à     Lübeck      voir

Buxtehude.

Traité de Methuen avec le Portugal. Mort de Samuel Pepys (né en 1633).

1704

Duel avec Mattheson.

 

1705

Almira ; Nero.

 

1706-1710

Premier séjour en Italie. Rencontre, entre autres, Arcangelo Corelli et

 

 

 

Domenico Scarlatti.

 

1707

Rodrigo ; Il trionfo del tempo e del disinganno ; Diana cacciatrice.

Union Act, réunion définitive de l’Écosse et de l’Angleterre: RoyaumeUni d’Angleterre et d’Écosse. Pompe à feu de Newcomen.

1709

 

Victoire du duc de Marlborough à

Malplaquet sur les Français.

1709-1713

 

Les frères Darby inventent le coke.

1710

Agrippina. Maître de chapelle de l’Électeur de Hanovre. Premier séjour à Londres.

Achèvement (sauf la coupole) de la cathédrale Saint-Paul de Londres par Christopher Wren.

1711

Rinaldo. À Halle pour le baptême de sa nièce et future héritière Johanna Friderica Michaelsen.

Machine à vapeur de Newcomen.

Création de la South Sea Company.

1711-1712

 

Fondation du journal The Spectator.

1712

Installation définitive en Angleterre. Il pastor fido.

Le Stamp Act rend les journaux chers.

1713

Teseo ; Silla ; Te Deum d’Utrecht ; Ode for queen Anne’s birthday. La reine Anne lui accorde une pension annuelle de 200 livres.

Traité d’Utrecht : établissement de la prépondérance anglaise.

1714

Le roi Georges Ier double la pension versée à Haendel, pension que la reine Caroline portera à 600 livres.

Mort de la reine Anne. L’Électeur de Hanovre devient roi d’Angleterre sous le nom de Georges Ier.

1715

Amadigi. Investit 500 livres dans la Compagnie des Mers du Sud.

Tentative jacobite.

1716

 

Septennial Act portant la durée du Parlement de trois à sept ans.

1717

Compositeur résident du comte de Carnarvon, (futur duc de Chandos).

Water Music (?).

Fondation à Londres de la loge d’Angleterre : naissance de la francmaçonnerie spéculative.

1718

Acis and Galatea.

 

1719

Création de la Royal Academy of Music dont Haendel est directeur musical. Séjour en Allemagne.

Daniel de Foe (1660-1731) : Robinson Crusoe.

1720

Radamisto. Privilège royal de 14 ans pour  la publication de ses partitions.

Suites de pièces pour clavecin.

South Sea Bubble : krach de la Compagnie des Mers du Sud.

1721

Floridante ;         Muzio         Scevola

(3e acte).

Walpole Premier Ministre.

1722

 

Daniel de Foe : Moll Flanders.

1723

Compositeur de la Chapelle royale d’Angleterre. Ottone ; Flavio. S’installe définitivement (ou en 1724 ?) dans sa maison de (Lower) Brook Street.

Mort de sir Christopher Wren (né en

1632). Naissance de Joshua Reynolds (1723-1792).

1724

Giulio Cesare ; Tamerlano.

 

1725

Rodelinda.

Traité de Hanovre. Jonathan Swift (1667-1745) : Les voyages de Gulliver.

 

1726

Scipione ; Alessandro.

Début    du    séjour    de    Voltaire     en

Angleterre (1726-1729).

1727

Devient citoyen anglais. Admeto ; Riccardo primo ; Coronation Anthems.

Mort de Georges Ier. Début du règne de Georges II. Naissance de Thomas Gainsborough (1727-1788).

1728

Siroe ; Tolomeo.

John Christopher Pepusch (1667-1752) et John Gay (1688-1732) : The Beggar’s Opera. Fermeture de la Royal Academy of Music.

1729

Voyage en Italie et en Allemagne. Lotario.

Henry Fielding          (1707-1754) :             Tom Pouce.

1730

Mort de sa mère. Partenope.

 

1731

Poro.

Sir Robert Walpole s’installe 10, Downing Street, qui devient la résidence officielle du Premier Ministre anglais.

1732

Ezio ; Sosarme ; Esther.

Ouverture du théâtre de John Rich à

Covent Garden. Fondation de la Georgie, 13e colonie anglaise en Amérique du nord.

1733-1735

 

Hogarth : A Rake’s Progress.

1733

Orlando ; Deborah ; 2e recueil de pièces pour clavecin ; Athalia. Article dans The Craftsman contre Haendel (et Walpole).

John Kay invente la navette volante. Ouverture de l’Opéra de la Noblesse. Tobacco Excise Bill de Walpole : taxes sur les tabacs.

1734

Concertos op. 3 ; Arianna in Creta ; Il Parnasso in festa.

Pamphlet Harmony in an Uproar contre les rivaux de Haendel.

William Pitt (le Premier) élu député du « bourg pourri » d’Old Sarum. Début de la publication de la Lloyd’s List donnant les mouvements des principaux navires dans le monde. Voltaire : Lettres anglaises.

1735

Ariodante ; Alcina.

Vote de la « loi Hogarth » exigeant l’autorisation de l’auteur pour tirer des estampes d’une œuvre d’art.

1736

Alexander’s Feast : Atalanta.

Mariage du Prince de Galles FrédéricLouis. Fondation de White’s, club tory, le plus ancien club de Londres.

1737

Arminio ; Giustino ; Berenice. Paralysie temporaire du bras droit. Va en cure à Aix-la-Chapelle. Il trionfo del tempo e della verita.

Mort de la reine Caroline. Cessation d’activité des deux compagnies d’opéra de Londres.

1738

Faramondo ; Serse. Sa statue, œuvre de Louis-François Roubiliac est placée dans les jardins de Vauxhall. Participe à la fondation du Fonds de soutien pour les musiciens nécessiteux. Concertos pour orgue op. 4 publiés pour clavier seul.

 

1739

Saul ; Israel in Egypt ; Ode for Saint Cecilia’s day ; Sonates en trio

L’Angleterre   déclare            la             guerre à l’Espagne.

 

 

op. 5 : Concertos op. 6. Deuxième privilège de 14 ans.

 

1740

Participe à la création du Foundling Hospital. L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato ; Imeneo.

Début de la prédication méthodiste de John Wesley (1703-1791). Samuel Richardson (1698-1761) : Pamela.

1740-1748

 

Guerre de succession d’Autriche.

1741

Deidamia. Part pour Dublin ; en route, rencontre le jeune Charles Burney (1726-1814) à Chester.

 

1742

Le Messie

Lord Carteret, Premier Ministre. Voltaire : Eléments de philosophie de Newton.

v. 17431745

 

Hogarth : Le Mariage à la mode.

1743

Seconde grave crise de santé. Samson ; Te Deum de Dettingen.

Victoire anglaise de Dettingen sur les Français.

1744

Semele ; Joseph and his brethren.

Henry Pelham, Premier Ministre. Mort d’Alexander Pope (né en 1688).

Fondation de la salle de ventes Sotheby.

1745

Hercules ; Belshazzar.

Défaite anglaise de Fontenoy face aux Français du maréchal de Saxe. Fondation de la manufacture de porcelaines de Chelsea.

1746

Occasional oratorio. Rencontre Christoph Willibald Gluck.

Échec du prétendant Charles-Édouard : victoire du duc de Cumberland à

Culloden. 

1746-1756

 

Séjour de Canaletto à Londres.

1747

Judas Maccabaeus.

 

1747-1755

 

Samuel         Johnson         (1709-1784) :

Dictionnaire de la langue anglaise.

1748

Joshua ; Alexander Balus.

Paix        d’Aix-la-Chapelle.        Samuel

Richardson : Clarissa Harlowe.

1749

Susanna ;       Salomon ;             Fireworks Music.

Gainsborough s’installe à Bath et devient un portraitiste réputé. Thomas Chippendale (c. 1718-1779) ouvre un atelier d’ébénisterie à Londres.

1750

Achète un tableau de Rembrandt. Gouverneur du Foundling Hospital. Rédige son testament. Troubles de l’œil gauche. Dernier voyage sur le continent où il est blessé dans un accident de carrosses. Theodora.

Construction du pont de Westminster.

1751

The Choice of Hercules. Ne voit plus de l’œil gauche ; troubles de l’œil droit.

Mort du Prince de Galles. Hogarth : Beer Street and Gin Lane.

1752

Nouveaux        troubles        oculaires.

Opération des yeux. Jephtha.

L’Angleterre   adopte             le             calendrier grégorien.

1753

Est devenu aveugle.

 

1753-1756

 

Activités de la fabrique d’émaux de

 

 

Battersea.

1754

Dernière représentation d’un opéra de Haendel avant le XXe siècle.

Le duc de Newcastle, Premier Ministre. Soufflot commande la coupole de SaintPaul.

1756

1er codicille à son testament.

William Pitt (le Premier), Premier Ministre. Traité de Westminster avec la Prusse.

1756-1763

 

Guerre de Sept Ans.

1757

2e et 3e codicilles. The Triomph of Time and Truth.

Capitulation anglaise à Kloster Seven.

1758

Opération des yeux, peut-être par le chevalier John Taylor, « ophtalmiâtre de Sa Majesté britannique », celui qui avait opéré J.-S. Bach, avec le même insuccès.

Robert Adam et ses frères créent le style Adam.

1759

4e et dernier codicille. 14 avril : meurt dans sa maison de Londres.  20 avril : inhumé dans le transept sud de l’abbaye de Westminster.

Ouverture au public du British Museum.

 

 



[1] Nec pluribus impar : non inégal à plusieurs (soleils), c’est-à-dire supérieur à tous !

[2] Le traité de Rastatt (6 mars 1714) qui mit fin à cette guerre fut rédigé en français, par accident : le maréchal duc de Villars sut profiter de l’impatience et de l’ignorance du latin du général impérial, le prince Eugène, lequel parlait cependant la langue de Molière. Le français finit par s’imposer comme langue de la diplomatie internationale jusqu’au traité de Versailles (28 juin 1919), qui mit fin à la Première Guerre mondiale, le président étasunien Wilson ayant exigé que le traité soit traduit en anglais en face du texte français.

[3] La grande erreur de Louis XIV fut en réalité la bulle Unigenitus Dei Filius, fulminée le 8 septembre 1713 par le pape Clément XI, à la demande du roi de France. Le texte de cette nouvelle bulle de condamnation du jansénisme, bien maladroitement formulé, fut très mal reçu par de nombreux membres du clergé français, toujours prompts à défendre le gallicanisme face à Rome, mais aussi par une majorité de parlementaires, dont beaucoup soutenaient les critiques jansénistes, alors en perte de vitesse, contre la monarchie absolue. Cette opposition ne fit que grandir, et beaucoup d’historiens, à la suite de Dale K. Van Kley (Les Origines religieuses de la Révolution française 15601791, tr. fr., Seuil, 2002 ; nouvelle édition, Points Seuil, 2006), considèrent aujourd’hui que là se trouve l’origine fondamentale de la Révolution.

[4] Cf. infra. 5

 Ce sont ces colonies qui formeront à la fin du siècle les États-Unis d’Amérique et qui sont symbolisées, sur le drapeau étasunien, par les treize bandes horizontales rouges et blanches.

[5] Johann Jakob Bach (1682-1722), frère de Jean-Sébastien, était parti comme musicien au service du roi de Suède Charles XII. Pour lui dire adieu, Bach écrivit le Capriccio pour le départ de son frère bien-aimé, BWV 992.

[6] Charles Quint fut, à Bologne en 1530, le dernier titulaire du Saint-Empire couronné par le pape (Clément VII). Après lui, on renonça à l’investiture papale et on fit appel à l’archevêque de Mayence, ce qui renforçait l’orientation allemande.

[7] C’est en 1582 que le pape Grégoire XIII (1572-1585) fit rattraper dans les pays catholiques le retard sur le soleil pris par le calendrier julien ; le lendemain du 4 octobre fut le 15 octobre : sainte Thérèse d’Avila mourut ainsi dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582 ! La plupart des pays protestants adoptèrent le calendrier grégorien au cours du XVIIIe siècle, ce qui est souvent source d’erreurs dans les différents computs. D’autres pays ne s’alignèrent qu’au XIXe ou au XXe siècle, comme la Russie à partir du 1er janvier 1918. Pour sa part, l’Angleterre s’aligna sur le calendrier grégorien en 1752, passant du 2 au 14 septembre. L’habitude s’étant prise de dater selon le comput en vigueur, il faut donc être très vigilant ; le tableau synoptique n’échappe pas à la règle.

[8] Roi d’Écosse sous le nom de Jacques VI, il était le fils de Marie Stuart (reine d’Écosse de 1542 à 1567 et reine de France de 1559 à 1560 par son mariage avec François II) qui abdiqua en sa faveur en 1567 ; il avait alors un an. La reine d’Angleterre Élisabeth Ire fit exécuter Marie Stuart en 1587, après dix-huit ans de prison ; mais la « Reine vierge » n’ayant pas eu d’enfant, c’est le fils de son ennemie qui lui succéda, étant son plus proche parent. L’histoire a parfois de ces vengeances... L’Écosse et l’Angleterre restaient cependant deux royaumes séparés ; elles n’étaient réunies que par le règne du même souverain. Il en fut ainsi jusqu’en 1707, quand Anne fit voter un peu précipitamment l’Acte d’Union qui créait le Royaume-Uni d’Angleterre et d’Écosse (le royaume d’Angleterre incluait le Pays de Galles et l’Irlande).

[9] L’expression date de l’époque et montre qu’il s’agit plus d’un coup d’État que d’une « révolution » ; en anglais, on la qualifie aussi de Bloodless Revolution (révolution qui ne versa pas le sang).

[10] Jacques II avait pourtant au départ de nombreux atouts, s’étant déjà distingué sous le règne de son frère Charles II comme grand amiral, prenant aux Hollandais La Nouvelle Amsterdam qu’il rebaptisa New York car il était duc d’York (il était cependant impopulaire dans son duché), mais peu à peu, son catholicisme, ouvertement et maladroitement affirmé, et ses tendances absolutistes le séparèrent de son peuple. Comme le dit excellemment Lord Halifax, son favori brutalement disgracié : A people may let a King fall, yet still remain a people; but if a King let his people slip from him, he is no longer a King (un peuple peut abandonner un roi, il reste pourtant un peuple ; mais si un roi laisse son peuple se détacher de lui, alors il n’est plus un roi).

[11] Véritable fondement idéologique de la « Glorieuse Révolution », les Two Treaties of Government forment une double discussion philosophique ; ils furent rédigés dès 1681, et le texte circula rapidement dans les milieux politiques, mais il ne fut édité, anonymement, qu’en 1690. Le premier traité réfute la monarchie absolue ; le second est un essay concerning the true original, extent, and end of civil government (essai concernant la véritable origine, le développement et le but du gouvernement civil).

[12]   e

 Ainsi s’annonce la philosophie du XVIII siècle dont les tenants, admirateurs du système anglais, se référeront au « contrat social ».

[13]   er

 Guillaume et Marie étaient aussi cousins germains puisque Guillaume était le fils de Marie, fille de Charles I , et Guillaume II d’Orange-Nassau, le petit-fils du Taciturne, fondateur des Provinces-Unies.

 

[14] Particulièrement moderne dans son inspiration, cette loi – dont les origines se trouvent dans la Grande Charte de 1215, article 39 – empêche les incarcérations arbitraires : tout individu emprisonné doit, au bout de trois jours au maximum, être présenté à un juge qui l’informe de ce qui lui est reproché ; il peut dès lors se défendre.

[15] Le principe du consentement à l’impôt par le Parlement est un de ceux auxquels les Anglais tiennent le plus. C’est précisément parce qu’ils n’avaient pas de représentation parlementaire que les colons d’Amérique se soulevèrent contre la métropole anglaise dès lors qu’elle ne cessait de taxer le commerce des colons pour, comme il est précisé dans le préambule du Sugar Act de 1764, « améliorer les revenus de ce royaume » ; comme le fit remarquer Samuel Adams, ce fut la première obligation de taxation without representation. Les colons avaient bien retenu la leçon de la Déclaration des Droits. 17

 Ces noms sont des injures réciproques dont se qualifièrent les partisans du roi et ceux du Parlement lors du vote de l’Exclusion Bill en 1679. Il s’agissait d’un projet de loi pour écarter du trône le duc d’York, le futur Jacques II, parce qu’il était catholique. Les tenants du roi, refusant le bill, furent surnommés abhorrers (les répugnants) puis tories (hors-la-loi, noms que les colons anglais donnaient aux catholiques irlandais qui menaient contre eux des actions de type terroriste) ; les partisans du bill, les petitioners, furent appelés whigs (de whiggamore, bandit, nom que l’on donnait, en Écosse, aux paysans presbytériens révoltés).

[16]   er

 Sous Georges I et Georges II, les Premiers Ministres, tous Whigs, furent les suivants : sir Robert Walpole (17211742), Lord Carteret (1742-1744), Henry Pelham (1744-1754), le duc de Newcastle (1754-1756) et le premier William Pitt (1756-1761). 19

 La résidence royale d’Angleterre fut d’abord au palais de Westminster, d’Édouard le Confesseur à Henri VIII, puis au palais de Whitehall, de Henri VIII (à partir de 1530) à Charles II sous lequel ce palais, devenu le plus imposant du temps, avec plus de 1 500 pièces, brûla, en 1698 ; il n’en reste que la Banqueting House. Aujourd’hui, Whitehall est une rue sur laquelle donnent les bâtiments du gouvernement et de l’administration britanniques, dont Downing Street. Charles II s’installa alors à Saint James, qui fut le palais royal jusqu’à l’installation de Victoria à Buckingham Palace à son avènement en 1837. Guillaume III, sans doute perclus de rhumatismes, supportait mal Saint James, trop près des brumes et de l’humidité de la Tamise, et préférait le palais de Kensington, plus à l’Ouest. De nos jours encore, les ambassadeurs au Royaume-Uni sont accrédités auprès de la Cour de Saint James, ce palais étant toujours le centre administratif de la monarchie britannique.

[17] La Magna Carta (grande charte), un des fleurons du British Museum, est un long texte de 63 articles que le roi Jean Sans Terre dut accepter en 1215. C’est le fondement, mythique, des libertés anglaises : elle établissait certes le consentement à l’impôt et le jugement par les pairs, mais au bénéfice d’une petite minorité féodale privilégiée qui assurait ainsi sa situation après s’être révoltée contre son roi.

[18] Le Parlement anglais fut dès le début un parlement au sens moderne du terme alors que les – fiction commode : il n’y avait en réalité que le seul Parlement de Paris, les parlements provinciaux n’étant que des « succursales » - Parlements français d’Ancien Régime étaient des cours de justice.

[19] La réunion de l’Écosse à l’Angleterre en 1707 donna à l’Écosse 16 Lords et 45 députés aux Communes. L’Écosse gardait par ailleurs son système judiciaire et son Église presbytérienne. L’union de la Grande-Bretagne (Angleterre, Pays de Galles, Écosse) était enfin réalisée, et l’Écosse profita de l’essor économique du royaume.

[20] Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, n’échappa pas à la règle ; il écrivit en 1748, dans l’Esprit des lois : « Il faudrait que le peuple en corps eût la puissance législative mais comme cela est impossible dans les grands États, il faut que le peuple fasse par ses représentants tout ce qu’il ne peut faire par lui-même ; eux seuls sont capables de discuter les affaires ; le peuple n’y est point du tout propre ».  Seul Rousseau osa affirmer le contraire, fondant ainsi la souveraineté populaire : « Le peuple soumis aux lois en doit être l’auteur » (Le Contrat social, 1762) ; mais le « peuple » de Rousseau est en fait limité à des individus vertueux et capables... Notre première constitution, celle de 1791, réservait le droit de vote aux seuls citoyens « actifs »...

[21] Cette loi ne fut modifiée qu’en 1911, la durée d’un Parlement étant alors réduite à cinq ans, ce qui est toujours en vigueur.

[22] On sait que Brahms s’inspira du Te Deum de Dettingen pour son Triumphlied afin de célébrer la victoire de la Prusse sur la France en 1870-1871.

[23] Il n’y a pas d’histoire quantitative, appuyée sur des données sûres, avant l’extrême fin du XVIIIe siècle.

[24] Il s’agit du mouvement d’appropriation des terres domaniales et communautaires par les riches propriétaires terriens qui les entouraient de clôtures pour les protéger de l’errance des bêtes. Ce mouvement fut très fort au XVIIIe siècle et supprima un apport essentiel à la survie de nombreux cottagers ; ceux-ci fournirent alors la maind’œuvre des manufactures.

[25] Lord Townshend (1674-1738) fit beaucoup pour vulgariser la suppression de la jachère et l’utilisation d’assolements complexes ; il fut surnommé « Lord Turnip » (Lord navet).

[26] La France connut au XVIIIe siècle un essor économique plus important encore que celui de l’Angleterre, mais l’Ancien Régime était bloqué par la monarchie absolue et la société d’ordres.