Belle idée que d’avoir réuni pour fêter sainte Cécile, patronne des musiciens, trois œuvres emblématiques de compositeurs dont on fête de surcroît le centenaire cette année : Purcell, Haendel et Haydn.  D’emblée, Marc Minkowski, à qui on la doit, prend la parole pour donner quelques clés de lecture de ces pages si différentes qu’un même lien unit : l’hymne à la Musique. C'est que la romaine sainte Cécile aurait, dit-on, adressé le jour de ses noces, un cantique à Dieu pour que son époux, avec lequel elle était contrainte de convoler, préserve sa virginité.  La grande ode Hail ! Bright Cecilia est sans doute la première œuvre commémorative élevée au culte de la sainte.  Écrite en 1692, Purcell y fait montre de brillance, notamment dans la symphony d’ouverture en huit parties. S’ensuit une succession d’arias, au chant orné, ou de duos pour décrire le « luth mélodieux », « la flûte langoureuse » ou « le violon aérien ».

 

 

 

L’Ode for Saint Cecilia's Day est au nombre des grandes pages de Haendel qui a choisi le texte de John Dryden.  Le propos y est clairement de célébrer les joies de l’harmonie au travers des récitatifs et des airs précédés d'une brève ouverture à la française.  Marc Minkowski fait sourdre de son orchestre des « Musiciens du Louvre-Grenoble » des sonorités riches et chatoyantes, par dessus tout pour magnifier les combinaisons originales dont Haendel enlumine cette pièce, comme l’union de la viole de gambe, du luth et de l’orgue positif. La peinture si évocatrice des instruments fait se côtoyer tel solo de flûte enlaçant la voix éthérée de la soprano (merveilleuse Lucy Crowe) pour décrire « la flûte tendre et plaintive » ou une élégiaque intervention de la même soprano évoquant  « la louange sacrée de l'orgue ».

 

 

Enfin, la messe Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae de Joseph Haydn, la dernière et la plus développée de ses quatorze messes, est une sorte de somme, ne serait-ce que par ses effectifs.  Messe brève pourtant à l'origine, confie le chef, dans le style italien ; dont il ne donnera que le Kyrie et le Gloria (mais en bis, deux autres morceaux « qu'il serait impardonnable de ne pas entendre »).  De cette grande messe-cantate, Minkowski fait encore son miel, en particulier lors de la fabuleuse fugue conclusive, écrite dans la veine de Bach ou de Haendel.