Remarques sur la  prononciation dite restituée de  la langue française ou le retour du snobisme des « incoyables ».

 

À titre préliminaire

Ou : chips à l’ancienne, nouvelle recette !

 Au long de cet article, j’utiliserai le terme « restitué »  au lieu d’« ancien » (très à la mode depuis quelque temps), comme un pis-aller.  

 D’une part, parce qu’il paraît insurmontable d’énoncer avec exactitude ce que signifie « ancien » dans le cas présent. Est-ce au sens courant du terme qu’il faut l’accepter ? Le Dictionnaire de l'Académie française, neuvième édition, nous propose :

a)       Qui existe depuis longtemps 

b)       Qui a existé à une époque antérieure et qui n'existe plus

c)       Qui est antérieur au nouveau, au plus récent

d)       Qui a changé de destination, d'usage

 Dans tous les cas, je voudrais savoir quelle autorité, à défaut d’un consensus, pourrait situer le moment où un état de fait est révolu en telle sorte qu’on puisse le qualifier d’« ancien ». « Depuis longtemps » ? Mais à partir de quelle date et jusqu’à laquelle ? Ce qui est « récent » à l’instant présent n’appartient-il pas, dans la seconde qui suit, au passé ?

Si j’accepte la Révolution française comme fin d’un moment « antérieur », nous ne sommes pas quitte pour autant de notre définition : en quoi le fait de poser une telle limite historique nous renseignera-t-il sur les différences de qualité dans les périodes qui la précèdent et la suivent ?

 

Par ailleurs, quant à ces différences qualitatives, si ce qui précède la limite a « changé de destination ou d'usage », alors nous sommes devant un fait irrévocable. C’est bien ainsi que nous distinguons l’usage vivant de la désuétude. Or, pourrions-nous sérieusement appliquer le terme « ancien » dans cette acception aux Arts & Lettres des dix-septième et dix-huitième siècles, réputés à juste titre socle de la civilisation française moderne ?

Ou bien on s’obstine à regarder les usages et les pratiques de cette époque comme des reliques, auquel cas on doit les laisser dans leur formol(1) ; ou bien nous les considérons vivants et les laissons respirer l’air frais et s’exprimer librement.

 

On voit par là que le terme « ancien » est plus problématique et moins précis qu’il paraît à ses partisans. Il serait moins impropre de dire « à l’ancienne » c’est-à-dire à la manière d'autrefois, expression plus juste également pour les instruments sur lesquels s’exécutent les musiques d’avant la Révolution Française. Parce qu’un instrument récemment construit, serait-ce d’après des plans datant du règne de Louis XIV, voire de Néfertiti, n’est nullement « ancien » mais « à l’ancienne ». Il est vrai cependant qu’à l’ancienne nous impose le délicat voisinage des moutardes, blanquettes de veau, et choux farcis, confitures, gaufres, pains perdus et autres andouillettes. Ce qui pourrait sembler, pour nos précieuses ridicules, manquer de noblesse & d’éclat.

 

D’autre part,  si l’on suppose une prononciation ancienne, il faut nécessairement supposer une prononciation moderne (2). Mais ce second terme n’est que le symétrique du premier. Son sens n’étant donc appréhendé qu’en rapport à ce dernier, et vice-versa, nous ne sortons pas du flou artistique. La!science de la classification dépasse les compétences des chercheurs dilettantes.

 

Cette manie dénominative ne provoque pas seulement des glissements mais de véritables déviations sémantiques (voir sur ce sujet l’Essai de Sémantique de Michel Bréal, 1897), contribuant à la tendance générale d’affaiblissement du sens des mots. Je signale enfin que cette opposition entre « ancien & moderne », concernant la prononciation notamment, fut conçue comme un passedroit permettant une multitude de débats attrape-nigaud.

 

 

Remarques sur la  prononciation dite restituée de  la langue française

 

Il m’est pénible d’être obligé d’intervenir une nouvelle fois sur  un sujet que je croyais à jamais enterré, à savoir la prononciation restituée du français des XVIIème & XVIIIème siècles.

D’abord, il n’est pas superflu de souligner ce qui est une parfaite évidence à mes yeux, mais qui apparemment ne l’est pas aux yeux de tout un chacun, à savoir le droit inaliénable à la liberté d’expression, surtout dans le domaine artistique. Je ne conçois pas que qui que se soit s’oppose ou essaye de s’opposer à ce droit. 

Si, pour un spectateur telle prononciation est agréable ou désagréable, c’est son droit le plus strict, et je passe sur l’argument des oreilles parisiennes du 21ème siècle (3) ! Comme si l’auteur de cette phrase pouvait prétendre avoir des oreilles du 17ème siècle !

 

Un des arguments vicieux que j’ai pu lire ici ou là consiste à dire que ceux qui ne souffrent pas ce soi-disant accent restitué sont les mêmes que ceux qui se sont opposés, il y a 40 ans, aux pionniers du mouvement dit baroque. 

Qu’ils ne se méprennent pas! Avec tant soit peu d’expérience, tout le monde est normalement capable de savoir que les mêmes résultats peuvent avoir des causes différentes ; autre époque, autres cas.

Par ailleurs, je tiens à faire remarquer que l’affaire de la prononciation du français restitué n’est absolument pas une nouveauté mais qu’elle remonte à une vingtaine d’années au moins. Il y a eu déjà d’autres essais avortés dont je fus, pour certains d’entre eux, le témoin actif ; rare est en effet le privilège d’entendre pendant un spectacle, nullement dédié au monde aquatique, un acteur dire avec un aplomb sidérant « … il descend dans l’empire des morssss… »

 

Passons maintenant au sujet lui-même :

Depuis toujours, j’entends et je lis la même fallacieuse explication : c’est à partir des traités d’époque que les défenseurs de ladite prononciation restituée auraient bâti leur théorie. Oh ! quel lumineux argument ! car enfin, quels sont-ils ces fameux traités d’époque ?

Afin d’éclaircir mon propos, je me pencherai sur l’un des problèmes de la langue des XVIIème et XVIIIème siècles : la diphtongue OI.

Faut-il prononcer OUA ou OUÈ ? Malheureusement pour nos linguistes improvisés, le sujet est beaucoup plus vaste qu’il ne leur est apparu : 

Déjà François Villon  fait rimer Chollet avec souloit, & exploits avec laiz !!! (Petit Testament. XXIV et XXXIII)

Pour mémoire, le poète est né en 1431/2 et mort en 1463, ce qui nous incite à penser que deux siècles avant la création du théâtre dit classique, la prononciation de OI n’était pas si uniforme que l’on croit.

Cette situation fluctuante du français ne se limite pas à cette diphtongue :

Les différents auteurs témoignent très tôt des particularités du parler parisien pour ne citer que lui :

En 1518 Erasme remarque : … Idem faciunt hodie mulierculæ parisinæ pro Maria sonantes Masia, pro ma mere, ma mese. »

En 1533 Charles Bovelles note que : …Et contrà , courin, pro cousin, oreille, pro oseille. 

(De differentia vulgarium linguarum et Gallici sermonis varietate, en 1533 pag. 37) 

 

 

Depuis Charles VIII, Louis XII et François Ier, les contacts avec l’Italie avaient provoqué une sorte d’italomanie ; et c’est l’arrivée de Marie de Médicis en 1600, événement tant social  que politique, qui aura un rôle de catalyseur et provoquera une véritable révolution du français :

…Mais les Italiens, dont la  Cour  fut alors inondée, n’ayant pas ce son [OI] dans leur idiôme voulurent y substituer le son de l’E ouvert : & bientôt leur prononciation affectée par le Courtisant pour plaire à la Reine, fut adoptée par les bourgeois. (D’Olivet, Remarques sur la langue Françoise pag.

232)

Voici ce qui dit un auteur contemporain de ce changement : 

…& vulgus Parisiensium, parlet, allet, venet, pro parloit, alloit, venoit : & Italofranci pro Anglois, François, pronuntiant Anglès, Francès, per e apertum, ad Italis nomibus, Inglese, Francese. Nam ab hac diphthongo sic abhorret Italica lingua, ut toi, moi, & similia per dialysin, producto etiam o, pronuntient to-i, & mo-i dissyllaba. (Théodore de Bèze : De recta Francicæ lingua pronuntiatione, pag. 48. 1584)

Et un autre :

…dire François, & Françoise, sur peine d’être appelé pédant : mais faut dire Françès, & Françèses, comme Anglès, & Anglèses. Pareillement, j’étès, je faisès, je disès, j’allès, je venès : non pas j’étois, je faisois, je disois, j’allois, je venois : & ainsi ès autres il faut user du même changement.

(Henri Estienne : Du nouveau langage françois italianisé, en 1579 pag. 22) 

Si quelqu’un risquait d’être traité de pédant pour cette raison au début du XVIIe siècle, comment son émule du XXIe doit-il être appelé ? un cuistre ?… peut-être!

Le même auteur par ailleurs nous a laissé un autre précieux témoignage sur le parler de la Cour: 

Si tant vous aimez le son doux

N’estes vous pas bien de grands fous, Ne dire Chouse, au lieu de Chose, De dire J’ouse, au lieu de J’ose ?

Et pour Trois mois dire Troas moas ?

Pour je fay, vay, Je foas, je voas ?

En la fin vous direz La guarre.

Place Maubart, & frère Piarre.

(Remontrance aux autres Courtisans : Préface Du nouveau langage François italianisé)

 

Voir aussi l’article de Vaugelas : Quand la dyphtongue OI, doit estre prononcée comme elle escrite, ou bien en AI, dans les Remarques sur la langue françoise de 1647 (pag. 98-101)

Et si nonobstant ce qui vient d’être dit, des irréductibles s’entêtaient à penser que sous Louis XIV, règne de l’ordre et modèle du classicisme, la prononciation était plus uniforme, voici de quoi les réjouir :

Lassé de ses trompeurs attraits

Au lieu de l’enlever, Seigneur, je la fuirais (pour fuirois)

(Racine : Andromaque, première édition, en 1667, III, i, 43 pag.40)

 

Remplacé dans la seconde édition, en se soumettant à la bigoterie orthographique, par :

…Lassé de ses trompeurs attraits

Au lieu de l’enlever, fuyez-la pour jamais.

 

Ou encore de Lartigaut : Les Principes infaillibles et les Règles assurées de la juste prononciation de notre langue  de 1670 (pag. 134) …Je crêyês, j’irês, drête, il voyêt, & non paz je croyois, j’irois, droite, il voyoit, 

etc, chacun tonbe d’acor que la  prononciacion de ces derniers mos et tout à fêt rude & insuportable ;

Et  deux années après la création de Cadmus & Hermione ( créée en 1673) de Berain :

pourquoi n’écrirons-nous pas par exemple Les Français, la langue française, …je connais, tu connais, il connait etc. Je dinais, je voudrais etc… Il fait fraid, je le crais… un homme drait. Pour moi, je ne vois rien qui s’oppose à céte ortographe qu’un ancien usage qui doit blesser la vûe & la raison dans l’écriture, comme il blesserait l’oreille, si on l’étendait jusqu’à la prononciation.

(Nouvelles Remarques sur la langue Française, en 1675 pag.6) 

Sans oublier les recommandations de Ménage dans ses Remarques parues en 1675-1676 qui demande que l’on prononce courtais et courtaisie au lieu de courtois et courtoisie!!! 

Voir aussi Hidret dans L'art de bien prononcer & de bien parler la langue françoise de 1687 pag. 59-63 et 117-121. 

Ainsi que l’article De la prononciation de la diphtongue OI de Boisregard dans ses Réflexions sur l'usage présent de la langue française ou Remarques nouvelles et critiques touchant la politesse du langage en 1689 pag. 490 : « Cette diphtongue a deux sons différens… par exemple, on ne sçait souvent s’il faut prononcer les Français, ou les François ; l’on prononce ordinairement Français les Français, la langue Française…dans la conversation on prononce frait, estait ; mais en public, il est mieux de prononcer froid, estoit, ce ne seroit pourtant pas une fort grande faute de prononcer autrement »

Autrement dit, les défenseurs d’une prononciation soutenue, différente du discours quotidien, ne condamnent plus la transformation en È du OI.

 

Force est de constater que l’écho de cette affaire retentira pendant tout le XVIIIe siècle, et des nombreux grammairiens se sont penchés sur ses questions : ci-jointes quelques références cruciales mais non exhaustives : 

Buffier : Grammaire françoise sur un plan nouveau en 1709 pag. 359, 365-367,

Restaut : Principes Généraux & Raisonés de la Grammaire Françoise en 1730 pag. 450,

D’Olivet : Remarques sur la langue françoise en 1738 pag.  233-238, 

Du Marsais : Article  Diphtongue dans l’Encyclopédie, 

Harduin : Remarques diverses sur la prononciation et sur l’ortographe en 1757 pag. 11, 

Cherrier : Equivoques & Bizareries de l’Orthographe Françoise en 1766 pag. 36-39, 

Beauzée : Grammaire générale ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage en 1767  pag. 186, 

Domergue : Grammaire françoise simplifiée ou Traité d'orthographe avec des notes sur la prononciation & la syntaxe en  1778 pag. 21, 48. (4)

Boulliette : Traité de la manière d’enseigner à lire  en 1778 pag.17 et 19, 

et Traité des sons de la langue française, et des caractères qui les représentent en 1778 pag. 41-42

 

Au vu de ce qui est exposé ci-dessus, il suit que :

1)      La transformation de la diphtongue OI commence dès le XVIéme siècle, bien que des tentatives plus anciennes existent.

2)      OI a deux prononciations, l’une en diphtongue, l’autre en È.

3)      La prononciation en diphtongue n’est pas unique mais plusieurs cas sont attestés : OUÈ, OA, OÈ, OUA et même OUI : Mouise pour Moise (Moïse) selon Boisregard. 

4)      Aucune règle certaine ne fixe leur emploi, seul l’Usage en décide, ce qui provoque des incohérences telles que : Anglais/Suédois, Polonais/Danois, Roi/Reine, raide/roide à propos du quel Féraud note : « Plusieurs, avec Regnier, veulent qu'on prononce roade ; d'autres, avec Richelet, sont pour rède. M. de Wailly, dans le Rich. Port. met entre deux crochets, où il place comme nous les caractères, signes de la prononciation, raide, raideur, raidir. L'Académie, en n'avertissant pas qu'on prononce raide, fait entendre qu'on doit prononcer roade. Quelques-uns enfin admettent celui-ci pour le discours soutenu, et l'autre pour la conversation. Je pencherais pour ce dernier sentiment ». (Dictionnaire critique de la langue française, en 1787)

5)      Un mot se terminant en OI peut avoir selon les besoins de la rime l’une ou l’autre prononciation. François/loix, Français/paix.

6)      À l’époque de Racine, les rimes telles que : exploit/lisoit sont déjà des archaïsmes.

7)      Il est impossible de fixer d’une façon rigoureuse et même approximative, les dates exactes des changements  survenus dans la prononciation. 

 

Par quel moyen serait-il donc possible d’imaginer retrouver une prononciation précise quand il s’agit  d’examiner une période aussi longue dans le temps. Corneille, pour ne citer que lui,  écrira sa première pièce Mélite en 1629, et Rameau sa dernière tragédie lyrique en 1764 !  

Faudrait-il considérer comme erronée ou ringarde une représentation d’Andromaque de Racine à Paris en 1789 avec l’accent moderne de l’époque ? La reprise de Tancrède de Campra (1702) en 1764 à l’opéra de Paris avec l’accent de cette année-là, est-elle donc ringarde et contre les règles ? Faudrait-il supposer que toute représentation hors du château de Versailles, sous l’ancien régime doit être regarder comme illégitime ?

Faudrait-il conclure par là que toute reprise d’Atys hors des frontières du royaume de France était corrompue ? Ses représentations à La Haye en 1687 et à Bruxelles en 1695, Ô Dieux quel sacrilège c’est de l’accent belge ! sont-elles marquées du sceau de l’opprobre ?

Faudrait-il, suivant le raisonnement des défenseurs de la pseudo-prononciation restituée, opter pour chaque changement de prononciation intervenu au cours de tant d’années ? Je ne peux que souhaiter bon courage pour une telle entreprise tant aux acteurs qu’aux malheureux spectateurs. Mais comment parler avec certitude d’une chose que nous n’avons jamais entendue ? 

Or, comment trancher s’agissant d’une prononciation soi-disant restituée, en  sachant qu’il y a cinquante ans encore on distinguait l’accent de Ménilmontant de celui de la butte Montmartre ?  Il faudrait pour le moins les lumières du Saint-Esprit pour nous éclairer sur ces questions !

 

Je termine cette partie de mes remarques par quatre citations dont l’autorité ne peut être mise en question :

… Qu’on n’aille pas cependant conclure de là que François, en vers, se prononce toujours comme loix, & jamais comme succès. Tous les deux sont autorisés par l’Usage... (D’Olivet : Remarques sur Racine en 1738 pag. 234)

 

…La restauration de la langue dans son antique splendeur, constitue la chimère la plus brillante qu’un ami des Lettres peut se créer; (Dureau de la Malle)

 

Il est comme impossible que dans une langue vivante, la prononciation des mots reste toujours la même. [...] Dès qu’une nouvelle manière de prononcer un mot s’est généralement établie, on est obligé de se conformer à l’usage reçu. On mériteroit des reproches, si l’on s’obstinoit à conserver la prononciation qui a vieilli. (Dictionnaire de l’Académie Française en 1762, Préface pag. vii)

 

…Mais c’est un mythe que de vouloir fixer une langue. La langue a continué d’évoluer et en particulier la prononciation. (Pierre Fouché : Phonétique historique du français, introduction en 1952 pag. 69) 

  

Je n’ai exposé, et le plus brièvement possible, qu’un seul des problèmes soulevé par l’idée de la restitution du Français avant la Révolution française ; évidemment il y aurait d’autres points aussi épineux à résoudre comme la prononciation du H aspiré, des nasales, les liaisons, etc…

Le lecteur qui voudra approfondir l’étude de la prononciation du français pourra toujours se pencher sur le monumental ouvrage de Charles Thurot intitulé « De la prononciation française » et la remarquable « Grammaire des langues Romanes » de Wilhelm Meyer-Lübke.

 

Pour conclure, je voudrais faire deux remarques d’un autre niveau :

 

1)                 Dans le livre issu du colloque organisé par la Fédération des Festivals Français en 2006, on trouve un constat alarmant : la moyenne d’âge des spectateurs de la musique classique en France est de 60 ans ! A priori tout le monde est d’avis que le rajeunissement du public est une des priorités majeures pour les années à venir ; je doute fort qu’obscurcir des textes déjà difficiles à comprendre aille dans le bon sens. J’aimerais voir la tête que des enfants innocents feront quand, en usant des qoués et des moués, on essaiera de leur faire aimer les fables de La Fontaine.

2)                 Concomitamment qu’est ce que la prononciation au théâtre ? C’est un des moyens qui fait partie de la technique vocale qu’utilise un acteur. 

Qu’est ce qu’une technique vocale ? C’est l’ensemble des moyens qu’utilise l’acteur afin de rendre intelligible un texte sans contrarier  les émotions qu’il suscite!

Or prononcer Quouè c’est ma glouère au lieu de Quoua c’est ma glouare me semble être une fausse béquille qui n’aidera jamais quelque acteur que ce soit ; surtout celui qui souffre de problèmes d’élocution ou de projection. 

Sera-ce une consolation pour l’auditeur d’apprendre que les syllabes inintelligibles qui arrivent à ses oreilles sont garanties d’époque ?

Il me semble bien plus urgent de se demander comment nous sommes arrivés à supporter que des œuvres lyriques  françaises, chantées par des Français sur des scènes françaises, aient besoin de sous-titres en français afin de permettre au spectateur français de comprendre l’action !

Cette situation montre à mon sens la cuisante défaite du renouveau de la musique dite ancienne.

 

 

Et si l’on souhaite faire toute la lumière là-dessus je lance un défi : Que quelqu’un monte une pièce de son choix en adoptant cette prononciation prétendue authentique (5). Je monterai la même en utilisant ma technique de déclamation chantée, dans la même salle, avec le seul public comme juge souverain.

 

Iakovos Pappas

 

 

NOTES :

1                     : Il est vrai que le Dictionnaire de l'Académie française 1762 donne pour « ancien » la définition suivante : est aussi un terme de Dignité, parce qu'originairement on choisissoit les vieillards pour remplir les premières places.

 

2                     : « Ancien : Il se dit par opposition à nouveau & à moderne. » Dictionnaire de l'Académie française, 1694,1762, 1798, 1835, 1932-5, et Émile Littré : Dictionnaire de la langue française 1872-77.

Il me serait agréable d'évoquer une multitude de cas similaires de déviation lexicale, mais je me bornerai à l’un des plus édifiants, je veux parler de la « Musique vivante » qui supposerait une « Musique morte » par opposition… preuve que le ridicule tue ! De ce même ridicule s’est autorisé, il y a quelques années, un prétendu metteur-en-scène, qui lançait dans sa rage ce foudroyant anathème : « C'est la dernière fois que je travaille avec des musiciens vivants ! ». Nous frémîmes…

 

3                     : Réponse à une critique défavorable de Jean-Charles Honfflé au sujet de la représentation de Le Carnaval et la Folie de Destouches à l’opéra comique datée du  5 février 2005 :

La prononciation adoptée est tout à fait conforme (sic) à ce que l'on sait de celle qui avait cours à Versailles et plus particulièrement au théâtre à l'époque. Mais cela peut déplaire à des oreilles parisiennes du 21e siècle. 4 : Le même condamne la prononciation avec une ironie exquise :

« … 

J’aime un héros que chérit la victoire

À ses lauriers le myrte doit s’unir ; Ah ! rien n’embellit le plaisir, Comme les rayons de la gloire.

 

Qu’on le chante (ndlr : le couplet) avec un roulement sur victoire et sur gloire ; de deux sons qui d’abord se feront entendre, il ne restera que le second, vingt fois répété seul, et par conséquent bien  propre à ne laisser aucun doute sur la sensation précise dont l’oreille est affectée. Je proposai cet essai à mon collègue Grétri, qui certes se connaît en émission de sons, le roulement, recommencé trois fois, donna trois fois le résultat suivant : 

 

Victoa..a..a..a..a..a..a..are

Gloa..a..a..a..a..a..a..are

 

Essayez maintenant le roulement sur è :

 

Victoè..è..è..è..è..è..è..ère

Gloè..è..è..è..è..è..è..ère

 

L’oreille indignée repoussera ce son mesquin et absolument tombé en désuétude. » (Manuel des étrangers amateurs de la langue françoise en 1805 pag. 443-444)

 

5 : Il y aurait certes beaucoup à dire sur cette notion d’authenticité, mais cela nous emmenerai trop au-delà des limites étroitement assignées à ce seul article.