DR Lorsque l’on voit, l’on écoute, ce que propose l’Auditorium de Musée d’Orsay, on a envie de savoir qui se cache derrière cette organisation. Aussi à l’occasion de la présentation de la nouvelle saison 2017-2018, nous avons rencontré Sandra Bernhard qui s’occupe de la programmation musique au sein du service culturel et de l’auditorium dont Luc Bouniol-Laffont a pris la direction depuis trois ans.

Comment se retrouve-t-on en charge de la programmation musicale au Musée d’Orsay et depuis combien de temps la faites-vous  ?
Depuis dix ans je vis cette aventure après être passée dans différents endroits. D’abord c’est une passion pour une chanteuse qui a transformé ma vie : Felicity Lott! L'avoir entendue m’a ouvert un horizon insoupçonné. J’ai, grâce à elle, débuté le chant. J’avais traduit son site en français et de fil en aiguille, on a fait connaissance et nous sommes devenues amies.

J’ai travaillé chez Mezzo, en 2002, puis à l’Orchestre de Paris avec Christoph Eschenbach, où j’ai énormément appris auprès de Christopher Bayton, le directeur artistique. Je m’occupais de la musique de chambre. Les musiciens de l’orchestre donnaient des concerts à la Sorbonne et au Musée d’Orsay. C’est là que j’ai fait la connaissance de Pierre Korzilius à l’occasion de ce partenariat très enrichissant et stimulant. Christopher Bayton est parti à Radio Classique et je l’ai suivi à la programmation ce qui m’a donné la possibilité de faire de nouvelles choses, dont un portrait discographique bien sûr de Felicity Lott, et d’écrire pour le Monde de la Musique. Puis, il se trouve que Pierre Korzilius cherchait quelqu’un pour s’occuper de la programmation musicale au Musée d’Orsay et c’est ainsi que je suis entrée dans ce Musée.

Donc Luc Bouniol-Laffont est la troisième personne du Musée avec qui vous travaillez
C’est exact. Pierre Korzilius et Martine Kaufmann, et maintenant Luc qui, avant d’entrer ici, s’occupait des Arts Florissants.

Dès le départ il existait ce rapport musique-exposition...
Oui cela fait partie de l’ADN d’Orsay. Notre programmation de concerts est en lien avec les expositions, ou en tout cas avec la période des œuvres du musée qui vont de 1848 à 1914. Parfois, il arrive que nous fassions des passerelles, par exemple Bach et les compositeurs influencés par son œuvre, comme Mendelssohn. L’exposition actuelle « Au delà des étoiles » se prête particulièrement bien à l'élaboration de programmes musicaux. L’année prochaine, nous ne manquerons pas de faire un cycle autour de Debussy pour le centenaire de sa mort et parce ce compositeur a toujours été important pour notre auditorium

Connaissez-vous assez tôt les expositions pour faire la programmation ?
Plus ou moins. Il faut savoir anticiper mais être réactif pour s’adapter à l’actualité des expositions. Ainsi, nous avons pu mettre sur pied un cycle de musique balte la saison prochaine en lien avec une exposition sur le symbolisme et les pays baltes.

Principalement vous avez de la musique de chambre. Pouvez-vous avoir des petits orchestres ?
De temps en temps on le fait, rarement à midi pour une question de coût. Nous organisons quelquefois des concerts symphoniques dans la nef. On a beaucoup de chant aussi, ce que j’aime particulièrement …

Alors comment organise-t-on la musique autour d’une expo ?
La saison prochaine, par exemple, il y aura une exposition sur Degas. On sait bien sûr qu’il avait un lien très fort avec l’Opéra de Paris. J’étudie donc ses œuvres, je cherche à savoir qui sont ceux qu’il a peints…

Commencez-vous par les œuvres musicales avant les interprètes ?
Cela dépend. On est en contact avec les agents. Lorsqu’ils connaissent les thématiques, ils nous font des propositions, et si un artiste nous intéresse, on lui demande s’il serait d’accord de faire un programme en fonction de nos thèmes ou même de jouer une pièce spéciale qui aurait du sens par rapport à l’expo. Mais on a aussi le cas de l’artiste qui a un programme qui correspond à ce qu’on recherche…Nous donnons aussi l’occasion à un artiste d’interpréter des œuvres qu’il ne pourrait pas forcément jouer dans ses récitals ailleurs.

Vous avez ici un avantage de faire des programmations plus pointues que dans d’autres lieux où la question de rentabilité est une priorité...
Pour les concerts de midi, le public nous fait entièrement confiance, il prend son abonnement en se laissant guider par notre programmation. Pour les concerts du soir le public est moins certain. Il est différent de celui de midi. Un programme plus pointu exigera une tête d’affiche et vice versa une personne moins connue aura un programme plus facile d’accès. On a quand même un budget qui nous limite sur le nombre de musiciens qui viennent sur le plateau. Mais cela ne nous empêche pas de faire des concerts originaux et passionnants. Les dimensions de la salle nous obligent à avoir peu de musiciens sur scène : on n’aura pas le Philharmonique de Berlin mais des musiciens de l’orchestre qui viennent interpréter de la musique de chambre.

Comment fonctionnez-vous avec le directeur ?
Je travaille en bonne entente avec Luc Bouniol-Laffont sur les thèmes des cycles de concerts. Et il n'y a d’ailleurs pas que de la musique dans son service. Il y a d’autres secteurs d’activité sous ses ordres. On organise des séances de cinéma, des conférences, des colloques, il y a une programmation pour le jeune public.

Souvent vous nous faites découvrir des artistes, on se demande même où vous allez les chercher !
Il y a différentes manières de travailler : je passe beaucoup de temps à aller écouter ces artistes, pas dans les grandes salles, car ils n’ont pas encore une grande notoriété. Je vais aussi dans des festivals, et puis il y a des gens en qui j’ai confiance. Par exemple l’ensemble Cosmos vient de faire son premier concert chez nous et ces chanteurs étaient venus à Royaumont pour un atelier de formation professionnelle. Edouard Fouré Caul-Futy, à l'époque directeur du programme voix, et qui est aujourd’hui directeur artistique de l’Orchestre de Paris, lorsque je lui parlais des étoiles, du Cosmos, thème de notre exposition de printemps, m’a tout de suite dit le bien qu’il pensait de cet ensemble de jeunes débutants. Je lui ai fait confiance, je suis allée les entendre et c’était une belle découverte ! Il y a aussi des agents qui m’envoient des CD bien sûr.

C’est du 24h sur 24 alors !
On passe beaucoup de temps à chercher, surtout pour les concerts de midi. Il faut toujours qu’il y ait du sens par rapport aux thèmes des expos. Les artistes doivent comprendre notre démarche. On apporte un supplément d’âme à nos expositions. On n’aura jamais l’intégrale des sonates de Beethoven par exemple. Si des artistes veulent façonner un programme en adéquation avec le thème de l’expo, on est preneur, mais ils ne fonctionnent pas tous ainsi. Il y a des artistes qui vont découvrir des œuvres, les jouer pour nous, ensuite ils les mettront à leur programme.

Alors pour l’année prochaine...
Degas et Les Baltes. Et à l’Orangerie, il y aura une expo sur Dada à l’automne. On fera donc des concerts en lien avec cette expo, notamment un spectacle Satie/Cage avec une conception de jeux d’ombres de Louise Moaty et avec dialogues de Lubimov au piano.

Et Felicity revient !
Oui elle sera en résidence chez nous, c’est un tel plaisir de la recevoir. Elle vient pendant une semaine, en partenariat avec Royaumont, faire une master class sur la mélodie française et ses jeunes chanteurs viendront à Orsay pour un concert. Elle donnera un récital aussi, tout comme Ian Bostridge cette année. C’est placé sous le signe de la transmission.

Avec Degas, il y a du chant ?
Degas était très ami avec les musiciens de l’orchestre de l’Opéra, donc on a beaucoup de concerts orchestraux, et ses tableaux sont une mine pour nous. Par exemple face au guitariste Pagans, ami du père de Degas, nous aurons un concert guitare-voix avec Josep-Ramon Olivé, baryton et Thibaut Garcia, guitare. On aura également des concerts avec les musiciens de l’Opéra de Paris autour des tableaux du flûtiste Joseph-Henri Altès, du bassoniste Désiré Dihau, musiciens de l’Opéra de Paris à l’époque. On jouera des compositions de ces musiciens. Nous sommes aussi en lien avec l’école de danse de l’Opéra de Paris pour une master class d’Elisabeth Platel avec les élèves de l’école de danse ; ce sera un après midi pour un public familial.

Et pour l’expo sur les pays Baltes ?
Des découvertes de compositeurs peu connus en France, mais avec des œuvres passionnantes à entendre pour lesquelles nous recevrons Gidon Kremer ainsi que la Kremerata Baltica, le chœur Philharmonique Estonien également. Le chant dans ces pays là était très important, c’était une manière d’exister, d’entrer en résistance. Il y aura aussi bien sûr du Arvo Pärt. Pour un tel cycle, on a fait confiance aux artistes pour qu’ils nous proposent des compositeurs fin XIXème, début XXème de ces pays.

Cette année encore, on va découvrir et des artistes et des compositeurs !
Oui ! Et il n’est pas rare qu’on ait des pianistes qui ont débuté chez nous il y a dix ans et qui sont devenus célèbres, maintenant.

Il y a une chose amusante avec votre public c’est sa fidélité
Oui et il y a des gens qui se sont rencontrés là et qui forment des bandes, ils s’approprient le lieu, ils font des remarques sur la programmation. On a des contacts avec eux. Il y a une atmosphère à l’auditorium assez conviviale et les artistes à la sortie du concert sont tout de suite en contact avec le public.

Et pour 2019 vous êtes déjà sur le coup ?
La nouvelle présidente du musée d’Orsay et de l’Orangerie, Laurence des Cars, veut donner les moyens dans l’anticipation, pour avoir le temps d’imaginer de nouvelles formes, pour élargir le public, toucher des gens qui ne viennent pas souvent dans ces lieux, on y travaille…

Alors un beau succès avec ce programme alléchant pour la prochaine saison!

Pour toutes informations et le programme 2017-2018 :
http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/concerts.html