Il étudie le piano avec son père Serge Petitgirard, élève d'Alfred Cortot et d'Yves Nat. Il compose de la musique symphonique, de chambre, des opéras et de la musique pour l'image. En 1989, il fonde l'Orchestre Symphonique Français de Paris qu'il dirige jusqu'en 1996. Actuellement il est le chef de plusieurs orchestres internationaux et directeur musical de l'Orchestre Colonne de Paris. Aujourd'hui il laisse à Bruno Coulais sa place de professeur de composition de musique à l'image au CNSMDP. Il nous a reçu dans son bureau de Président de la SACEM.

 


©Marc Chesneau

Pendant trois ans vous avez dirigé la classe de Musique pour l'Image au CNSMDP, qui est une classe assez récente. Quel bilan en tirez-vous ?

D'abord c'est très important que cette classe ait existé. En 1980 j'ai fondé une classe à l'École Normale de Musique de Paris, qui dure toujours. C'est Patrice Mestral  qui en est l'animateur après Duhamel et moi. Je l'ai animée pendant sept ans, j'avais 24 étudiants. Il n'y avait pas la même sélection qu'au Conservatoire, mais il y avait des gens de grand talent comme Jean Michel Bernard, un homme délicieux que je trouve très doué, et il y a eu comme cela des gens qui ont fait de belles carrières comme le fils de mon grand ami Claude Confortes, Nicolas Errèra.

 

Vous avez composé pour lui le « Roi des Cons »...

Oui, c'était marrant et il m'avait demandé s'il pouvait mettre des chansons de son fils, c'est ce qu'on a fait. A l'École, c'était intéressant. Au Conservatoire, Bruno Mantovani a décidé de créer cette classe. Il faut dire que la musique de film, pendant des années, n'avait pas été reconnue parce qu'on avait l'héritage du mépris dans lequel toute une avant garde, à commencer par Pierre Boulez, a tenu ce genre musical. Donc autrement dit, vous êtes directeur d'une classe du conservatoire, vous passez 80% de votre temps à vous occuper de parents d'élèves, de cursus, etc, etc, et il vous reste 20% de votre temps pour composer de la musique et c'est très bien. Si vous consacrez 10% de ce temps à composer de la musique de film, cela l'est aussi. Car c'est malgré tout de la création qui vous donne du métier, et où vous avez l'énorme avantage d'entendre ce que vous avez écrit et orchestré une semaine après l'avoir composé et non pas deux ou trois ans, ou même jamais comme cela arrive dans la musique contemporaine ; ce qui est honteux, c'est vendre son âme au diable. On a eu pendant des années des compositeurs comme Dutilleux, Landowski, et même avant, Honegger, Auric, Chostakovitch, Prokofiev, qui eux ne trouvaient pas déshonorant d'écrire pour le cinéma. Bertrand Tavernier m'a fait parvenir une magnifique interview de Dutilleux sur la musique au cinéma et dans laquelle il exprime son respect pour cette musique. Il y avait donc un vide au Conservatoire et l'idée était de ramener des musiciens « savants » vers la musique de film. Actuellement la SACEM fait avec France Musique le grand prix de la musique de film. Le compositeur qui gagne reçoit une commande pour écrire une œuvre qui est jouée l'année suivante par l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Dans les œuvres que j'ai vues présélectionnées, sur les douze compositeurs je n'en vois que trois capables d'écrire pour orchestre. On est actuellement devant un véritable problème ! Quand un prix a comme récompense la commande d'une œuvre pour l'Orchestre Philharmonique de Radio France et que la plupart des musiques sont écrites par des groupes rock qui font des choses intéressantes mais où pas un seul des musiciens n'est formé pour ce genre d'exercice, ça veut dire quoi ? Ils vont chercher un orchestrateur ? C'est très révélateur un problème comme celui là ! C'est un problème plus fondamental qui est de penser que l'orchestration, comme le disait Dutilleux, fait partie de la musique de film. Comme il y a de moins en moins de thèmes dans la musique de film, ce qui pour moi m'en a éloigné, il y a de plus en plus de sound designers, on a à faire à des musiques où il n'y a pas de thèmes et où les orchestrateurs font le boulot ! Ils composent quoi les compositeurs ? S'ils ne sont pas foutus de composer un thème et pas foutus d'orchestrer que font-ils ? Ils sont des public-relations avec un grand nom et puis de temps en temps ils font une vague ébauche de thème. Ils ont souvent une bonne culture cinématographique et souvent ces compositeurs connus sont des interfaces entre le metteur en scène et les petites mains qu'ils font travailler derrière en ayant certes donné quelques idées. Ce n'est pas du tout ma conception de la composition ! John Williams quand il prend un orchestrateur, lui-même étant un très bon, donne des partitions qui sont pré -orchestrées. Le problème est différent.

 

Revenons à la classe du Conservatoire...

Il fallait impérativement ramener vers la musique de film des musiciens qui ont tout leur cursus et capables de maîtriser tous les paramètres. J'ai eu la première année Fabien Cali qui a fait « Terre des Ours », le documentaire de Guillaume Vincent, et dont j'ai interprété une œuvre de concert récemment. A tous ces compositeurs je leur ai dit de garder un langage original. J'ai deux excellents jazzmen qui ont fait « Pierre et le Loup » en jazz ; c'est passionnant. J'ai eu des gens qui avaient un bon cursus en composition. Ce que m'ont montré ces deux années et demie c'est un énorme manque de culture cinématographique. Ce sont des jeunes qui s'intéressent à la musique de film comme une chose de liberté, ce sont des gens qui vont vers cette musique parce qu'ils ne sont pas à l'aise dans les classes d'écriture extrêmement atonale telles qu'elles sont partout, et qui en même temps ne se sentent pas forcément à l'aise. La musique de film est un moyen intéressant, mais quand on veut en écrire il faut beaucoup aimer le cinéma, il faut le connaître. Dans le cursus il y a cela dedans.

 

Et vice versa les réalisateurs n'ont pas une grande culture musicale...

Évidemment. Je suis très content que Bruno Coulais prenne le relais parce que moi je ne me sens plus à ma place. Je me sens légitime sur le plan musical, mais je ne maîtrise pas les techniques qu'il y a maintenant pour faire des maquettes, les logiciels... Je suis l'homme du papier. Dans ma vie j'ai commencé très très jeune, et j'ai donc toujours travaillé avec des gens plus âgés que moi. Mes partenaires : ou bien ils ne sont plus là malheureusement, Girod, Preminger, Boisrond, ou bien ils ne travaillent plus. Et je n'ai pas eu le vrai contact avec la nouvelle génération. Peut-être aussi que mon chemin est quand même ailleurs. Pour être à plein dans un enseignement comme celui-là il faut être en train de faire des films. Il faut que le metteur en scène pour qui on compose vienne dans la classe, il faut dire aux jeunes qu'on est en studio, qu'on enregistre et qu'ils viennent voir comment cela se passe. Avec Bruno cela va être formidable : en plus de son immense talent, c'est un musicien exceptionnel que j'admire beaucoup.

 

Alors êtes-vous un compositeur de musique à programme, que vous continuez à écrire, qui est venu à la musique pour l'image par hasard ?

Je suis un peintre qui a fait de la bande dessinée de temps en temps, ce qui m'a permis de travailler sur les couleurs plus rapidement, et puis cela m'a aidé à acheter des pinceaux et de peindre les tableaux qu'on ne voulait pas forcément vendre.

 

La musique de film peut–être très lucrative !

Bien sûr, mais c'est lié à beaucoup de paramètres. Je n'ai pas fait beaucoup de films, 13 ou 14. Mais les films que j'ai fait ont tous été des bides ou presque : « Lacenaire » de Girod a marché moyennement, « L'Oiseau Rare » de Kassowitz a marché pas mal, « Rosebud » de Preminger n'a pas marché, « Asphalte » a marché gentiment ; donc vous n'êtes pas porté par un succès. Même si vous avez composé une bonne musique, vous n'êtes pas sélectionné pour les Césars. En télévision, par contre, j'ai fait des succès avec les « Maigret », les « 400 coups de Virginie » et quelques séries qui ont marqué à l'époque.

 

Vous avez énormément travaillé avec Peter Kassowitz. Comment est-il venu vous proposer de composer pour lui ?

Il y avait un film, « Fausse Note », qui se passait à Vienne avec Richard Berry. Peter avait besoin de musique classique et originale. C'est comme cela qu'on a commencé ensemble et on ne s'est pratiquement pas quitté, sauf lorsqu'il a fait son film américain. C'était curieux de travailler avec lui : il me prévenait toujours au dernier moment, il avait une envie d'une espèce de liberté. C'est une grande confiance, beaucoup d'amitié, mais cela n'a pas été le partenariat d'échange artistique le plus poussé.

 

Et avec Bernard Queysanne ?

Queysanne est un noir, sombre. Pour lui j'ai pu écrire de la musique contemporaine. Il m'a souvent demandé les partitions avant de tourner, d'après le scénario. Pour « Le Diable au Cœur » avec Spiesser et Birkin, il y avait toute une scène dans le scénario pour qui j'ai écrit un quintette pour quatuor à cordes et piano. Je lui ai demandé pourquoi il ne tournait pas la scène et il m'a répondu : « non elle est déjà dans la musique ». C'est le plus beau compliment que l'on m'a fait. J'ai écrit un octuor pour violoncelle pour son film « Diane Lanster »  et puis un grand concerto pour piano plus romantique pour « L'Amant de Poche » avec Mimsy Farmer. Malheureusement ce film a des problèmes de droit et on ne le voit jamais. Avec Laurent Heynemann j'ai eu des échanges passionnants. On a travaillé sur les « Maigret ». C'est un homme avec qui je m'entends très bien. Il travaille beaucoup aussi avec Bruno Coulais.

 

Ce fameux thème de Maigret comment vous est-il venu ?

C'est Daniel Deschamps avec qui j'avais fait « Lacenaire », qui m'a appelé deux jours avant que j'enregistre le Requiem de Mozart avec l'Orchestre Symphonique Français et j'ai écrit un truc dans la nuit. On l'a fait copier. Le lendemain, j'ai prévenu mon trompettiste qu'il y avait un truc un peu tendu à jouer. Et en fait on a enregistré le Dies Irae, un morceau effrayant, et juste après on a joué ce thème qui a été vendu tout de suite. Pour le principe de composition, je me suis dit, il faut un thème qui vraiment accroche. C'était dans l'esprit des films noirs des années cinquante, d'où la trompette en sourdine, l'harmonica ; et deuxièmement il fallait un système harmonique qui se repère tout de suite et surtout un système de basse qui fait que basse et harmonie, sans jouer le thème, on y était déjà ! Il fallait quelque chose qui mette la couleur avec ou sans le thème et ensuite qui permette beaucoup de variations ; c'était le principe.

 

https://www.youtube.com/watch?v=-epihrIZXpM

 

Ce qui est amusant c'est lorsque je vais diriger un orchestre, il arrive souvent qu'un violoniste ou un trompettiste joue le thème lorsque j'arrive. Maigret a été le sponsor de mes opéras.

 

Vous avez composé pour le dernier film de Pierre Schoendoerffer « Là Haut, un roi au dessus des nuages »

C'est une musique que j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire. Je lui avait joué au piano des extraits, il était content comme tout. C'était une semaine de dingue : en dix jours j'ai enregistré un « Maigret » à Prague, la musique du Schoendoerffer et j'ai donné la première de mon opéra « Elephant Man ». Cela a été les dix jours les plus dingues de ma vie.

 

Comment faites–vous pour écrire autant ?

Maintenant je prends plus de temps, mais à l'époque je me donnais une semaine pour écrire les « Maigret ». On ne se rend pas compte, mais il y a énormément de « Maigret » où il n'y a pas le thème ou très peu. Le problème c'est que la production Dune qui donnait très peu d'argent, puis plus du tout, a fait que nous enregistrions trois « Maigret », un en entier et puis deux thèmes pour chacun des deux autres afin qu'il ait un peu de thèmes originaux, et on reprenait des musiques, c'est ce que je détestais faire.

 

Pour Francis Girod vous avez composé pour trois ou quatre films je crois.

Oui on a fait ensemble « Terminale », « Lacenaire » et « Un Ami Parfait », au cinéma et « L'Oncle de Russie » un très bon téléfilm avec Claude Brasseur, et puis un clip pour Amnesty avec Isabelle Huppert.  J'avais commencé à écrire la musique de « Notable, Non coupable », le double téléfilm, qu'il avait apprécié, mais il est mort subitement sur le tournage. La productrice de Flach Film a jeté ma musique en m'expliquant qu'elle devait rester fidèle à Francis Girod et qu'elle plombait le film. Je me suis fait jeter post mortem (rires).

 

Et votre collaboration avec Preminger en 1974, c'est assez étrange, non ?

Pour gagner ma vie, j'étais pianiste pour Philippe Bouvard. J'avais des choses délicates à faire, donc j'étais venu travailler deux heures avant. Preminger s'était trompé d'heure et était arrivé une heure avant. Il s'est approché de moi et il a parlé en allemand, je lui ai répondu en allemand, il parlait très bien le français mais aimait tester les gens. Il m'a dit « je m'assois » et à partir de ce moment là je n'ai plus rien joué pour l'émission, j'ai joué mes musiques. A la fin de l'émission il m'a demandé de qui était les musiques qu'il avait entendues, je lui ai répondu que c'était les miennes. Il m'a demandé si j'avais écrit de la musique de film, je lui ai répondu : pour Jean Claude Brialy, pour Larriaga et puis que j'avais enregistré une sorte de symphonie - j'étais amoureux d'une danseuse polonaise !-  Et il m'a dit « send your music to the Plaza » ! J'ai donc envoyé une bande au Plaza et pendant des semaines mes copains se faisaient passer pour Preminger. Puis un jour où j'ai failli leur dire d'arrêter leurs imbécilités, c'était Preminger qui me téléphonait. Ce qui était fou est qu'il me voulait sur le tournage. J'ai suivi, payé, pendant trois mois le tournage. C'est ainsi que j'ai rencontré Isabelle Huppert, toute débutante. Mais le plus fou c'est que j'ai rencontré la sœur du régisseur adjoint avec qui je passais du temps puisque j'étais assez libre et qui m'avait dit pis que pendre sur elle. Trois semaines après j'annonçais qu'on allait se marier ! Preminger est devenu dingue, il m'a invité à dîner dans sa suite, il m'a raconté sa vie - j'aurai dû prendre des notes - des histoires avec des danseuses espagnoles... Vous avez compris, m'a-t-il dit, ne vous marriez pas ! Je lui ai dit que si, alors il m'a viré du film, mais son chauffeur et revenu me chercher…Quand on parle de Preminger il ne faut pas oublier qu'il a fait « Carmen Jones » et « Porgy and Bess » uniquement avec  des noirs, qu'il a fait « L'Homme au Bras d'Or » pour dénoncer le problème de la drogue, qu'il s'est battu contre la censure américaine, qu'il a donné sa chance à de nombreux jeunes acteurs. Avec moi il a été fantastique. Il est venu devant le patron de United Artist et il lui a dit : « j'ai fait une mauvais film mais ce garçon a fait une musique formidable ». Après, il m'a proposé de m'installer à Hollywood. Je lui ai dit « Otto, si je pars là-bas, je deviendrai un compositeur de musique de film, mais je suis un compositeur de musique ». On se voyait souvent à Paris et un jour près du Plaza on est entré dans une boutique de stylo Mont-Blanc : il a demandé quel était le plus beau stylo pour écrire de la musique et il m'a acheté un stylo qui vaut une fortune aujourd'hui. J'étais là quand il s'est battu avec Mitchum et qu'il l'a viré. J'ai vu un documentaire où on voit l'acteur ivre mort sur le plateau. Il a monté les rushes en cas de procès. De toute façon, m'avait-il dit, on a les meilleurs avocats, ça durera vingt ans, mais on sera mort avant tous les deux !

 

Vous avez composé de la musique à programme de haute tenue. Mais les compositeurs de musique de film, lorsqu'ils s'essayent à des œuvres pour le répertoire, n'ont pas la même qualité de composition. Avez-vous une idée là-dessus ?

Pour une très bonne raison :  il y a une différence entre le compositeur de musique de film qui doit se plier à certaines contraintes de composition - des morceaux de musique assez courts - et qui un jour se sent un désir de respectabilité et qui se met à écrire « une œuvre de concert », et puis un compositeur dont la fonction est d'écrire pour le concert et qui fait à l'occasion des musiques de films. Duhamel ou Jansen sont des compositeurs qui sont venus à la musique de film. Leur musique est moins connue et c'est dommage. J'ai joué avec  l'OSF une œuvre symphonique, un concerto pour guitare, d'un compositeur très très célèbre de musique de film. Les gens étaient venus sur son nom et pendant l'exécution ils partaient ! J'étais gêné pour lui. Il y a fondamentalement un problème de langage, qu'on le veuille ou non. Vous ne devenez pas un compositeur symphoniste du jour au lendemain si vous n'avez fait que de la musique de film. Un compositeur de musique à l'image est au service de quelqu'un, c'est toute la différence.

 

Aujourd'hui ce sont des musiciens qui viennent du rock qui composent pour l'image...

En toute honnêteté il faut se dire que ce  style de musique ne correspond plus à ce que les gens attendent. Je pense que je ne recomposerai une musique de film que si tout d'un coup il y a un réalisateur qui arrive avec son scénario et qui me demande d'imaginer quelques musiques avant. Si c'est pour faire des maquettes sur un logiciel cela ne m'intéresse pas. Lorsque vous écoutez la musique de Jerry Fielding pour « L'Exécuteur » avec Bronson, c'est d'un modernisme qu'on retrouve dans la musique de Goldsmith pour « La Planète des Singes ». J'ai fait un concert autour de Goldsmith dernièrement, c'était passionnant. J'ai fait un concert autour de la musique de film de compositeurs français. Il y a des compositions très complexes, d'autres plus banales. « La Sirène du Mississipi », est un mauvais film selon moi, mais la musique de Duhamel est exceptionnelle et d'une grande modernité.

 


Jana Sykorova (Elephant Man) et Valérie Candolucci (Mary)

dans Elephant Man. Opéra de Nice, 2002

Service photographique de la Ville de Nice

 

Retour en arrière : vous avez écrit un opéra,  Elephant Man. Il y a d'autres œuvres sur ce thème. Est-ce à cause du film de Lynch que vous en est venue l'idée ?

Il y a eu un musical, j'ai connu l'histoire par le film de Lynch mais j'ai surtout lu les biographies. A l'origine, je voulais faire un opéra d'après « Dorian Gray » que j'avais lu durant mon adolescence. Mais quand j'ai relu le livre de Wilde je me suis rendu compte que c'était plutôt l'histoire des homosexuels pendant l'époque victorienne que l'histoire du tableau. C'est un beau sujet mais ce n'est pas ce que je voulais mettre en musique. Et puis le thème a été traité par des compositeurs qui se sentaient plus concernés par cette thématique. J'ai pensé à « Docteur Jekyll et Mister Hyde » : trop crapuleux ; « Le Fantôme de l'Opéra » : il y avait des problèmes de droit. Eric Nonn m'a fait remarquer que je cherchais un sujet à la fin de l'Angleterre victorienne et m'a parlé d'Elephant Man : le problème de l'exclusion  m'intéressait. On a lu la biographie de Joseph Merrick et c'est là qu'on voit que la vérité est différente de celle du film, que le showman était un type très bien et que le comportement du docteur Treves était discutable. C'est lui qui l'a montré nu qui l'a exhibé. C'était un sujet très émouvant. Mon deuxième opéra, Guru, sur la manipulation mentale avec le suicide collectif, est plus violent.

 

Vous avez eu des problèmes avec l'Opéra de Nice pour Guru, si je me souviens bien...

Oui, ils se sont mal comportés. Mais je suis en discussion avec la Pologne en ce moment pour la création.

 

Êtes -vous toujours président de la SACEM ?

J'ai été élu membre du conseil d'administration en juin 2014 et je reste jusqu'en juin 2017. Par contre j'ai été président jusqu'en 2015 et je viens d'être réélu président jusqu'en juin 2016.

 

Et je suppose que la musique de film est une de vos préoccupations ?

C'est très compliqué. On apporte beaucoup de soutien pour aider la musique de film. On a fait venir la classe du conservatoire au festival de Cannes. On a fait deux années de suite le Festival de La Rochelle et d'ailleurs, c'est la classe de Bruno qui ira. Quatre de mes anciens élèves font encore une année. Quand je pense que j'ai fait un concert de Goldsmith et qu'aucun de mes élèves de deuxième année n'est venu l'écouter ! Je peux vous dire que je les ai engueulé. Ils auraient pu venir aux répétitions, voir comment cela se passe ! Ceux de la première année sont venus ! Ils ont plus de possibilités que nous avions à notre époque, ils auront besoin de discipline et curieusement il faut qu'ils fassent attention parce que Bruno a l'air très gentil, mais s'ils ne font pas tous les exercices, il sera beaucoup moins tendre que moi !

 

Où en êtes vous avec les Césars de la musique de film qui ont été attribués pour des films où il y a très peu de musique originale ?

Il y a une règle, s'il n'y a pas cinquante pour cent de musique originale dans le film, il n'est pas éligible aux césars. Le problème de cette règle, grâce à l'UCMF, c'est que l'Académie des césars se donne le droit de transiger à la règle. Le César pour le « Concert », ce qui n'enlève rien au talent d'Armand Amar, c'est à Tchaïkovski qu'on l'a attribué, alors qu'il a composé huit minutes de musique. Le cas de « Diva » avec La Wally de Catalani…est du même ordre d'idée. Les gens qui votent confondent meilleure musique de film et meilleure musique originale dans un film. « Le Pianiste » ce n'était pas pour la musique de Kilar, immense compositeur, mais pour la musique qu'interprète le pianiste, Chopin entre autres.

 

Et à Cannes est-ce que cela va bouger quand à la création d'une palme pour la musique ?

Avec Jacob c'était impossible. On va voir si Lescure est plus ouvert. La question est de savoir si les films choisis ont de la musique de qualité. Pour que le nom du compositeur soit cité c'est déjà un problème !

 

Et l'actualité ?

Je suis en train de composer une œuvre symphonique avant de voir si je compose un opéra à partir d'Houdini ! Avec l'Orchestre Colonne c'est beaucoup d'énergie, de moins en moins d'aide et des salles de plus en plus chers. La fermeture de Pleyel est une catastrophe, la Philharmonie de Paris est hors de prix, le mécénat est difficile à trouver car les places de concerts de l'orchestre ne sont pas assez chers et inviter ses clients à ce prix cela ne fait pas sérieux ! Il faut inventer en permanence !

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=aLY3NcPXOSo

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=-H1yegN802w

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=VlLBXxtCwQw