Vainqueur 2015 des Audi Talents Awards pour la musique à l'image, Romain, l'un des frères Bodart, de passage à Paris, nous a accordé un entretien dans un café au milieu d'un brouhaha de sons. Mais il aime ça et surtout il aime les manipuler.

Comment avez-vous découvert l'ATA ?

 C'est la copine de mon frère, graphiste à la base, qui est tombée par hasard sur un appel d'offre sur un site de design pour le concours d'ATA. Elle nous a envoyé l'annonce et on s'est donc lancé dans l'aventure. On nous a envoyé deux films complétement muets, un de 2 minutes 30 sur les Vingt quatre heures du Mans et un autre qui était une publicité pour la télé. Il fallait ajouter la musique bien sûr et tout le sound design. La première chose qu'on a faite c'était d'enregistrer des sons d'Audi, on en a fait pas mal puis on a composé la musique, ça nous a pris une semaine pile !

 

 

 

©Jean-Brice Lemal

 

Aviez-vous déjà fait ce genre de chose ?

 Non, on s'était amusé à faire des clips avec la musique de Radio Head, on faisait l'image et le son design.

 Avez-vous fait des études musicales tous les deux ?

 Mon frère a fait une école de son à Marseille et moi l'ESRA.

 Envisagiez-vous de faire une carrière dans le son ?

 Oui j'envisageais ça, mais ce qui me plaît c'est de créer de la musique.

 Quel genre de musique écoutiez-vous lorsque vous étiez plus jeune?

 beaucoup de Phil Glass, Arvo Pärt, la musique minimaliste, cyclique, ce qui s'écoute simplement.

 

N'aimez-vous pas les musiques mélodiques ?

 Si, j'écoute de la musique classique, mélancolique. J'apprécie beaucoup Moussorgski.

 

Quel compositeur de musique de film appréciez-vous en ce moment ?

 

Johnny Grenwood qui a composé pour There Will Blood...

 

 

 

… Normal pour quelqu'un qui apprécie Radio Head. Il travaille surtout avec Paul Thomas Anderson, il a eu des prix pour The Master et Inherent Vice...

 

Celle pour le documentaire Body Song, est magnifique !

 

 

 

Baigniez-vous dans la musique chez-vous?

 

Nos parents étaient artisans luthiers. Toute notre famille était dans ce métier. On a encore un atelier chez ma grand-mère, mon coussin y travaille. J'ai une sœur qui est archetière et une autre qui fabrique des violes de gambe dans le sud de la France.

 

 

 

Avez-vous écrit de la musique pour l'image ?

 

En fait, j'ai participé à un court-métrage sur le village où j'habite qui s'appelle Cucuron. C'est près de Lourmarin dans le Vaucluse. Tous les gens, acteurs et techniciens, qui y ont participé étaient du village. C'est l'histoire d'un jeune PDG qui reprend une cave viticole, il fait cela pour le blé et va croiser le chemin d'un jeune employé de cette cave, et il va y avoir des renversements de situations. J'ai composé la musique.

 

 

 

Comment vous est venue l'idée de travailler avec votre frère ?

 

On a toujours fait de la musique ensemble : moi je joue du piano, de la guitare, j'utilise l'ordinateur bien sûr, mais je ne suis pas un vrai musicien, j'aime enregistrer des sons et les retravailler sur ordinateur, travailler les textures, je ne suis pas un musicien live. Mon frère, c'est à peu près pareil. On est autodidacte tous les deux. J'aime travailler aussi les instruments, faire du piano ou du violoncelle arrangés et puis enregistrer des sons concrets. Dernièrement j'ai enregistré à l'intérieur d'une machine à laver la vaisselle, j'aime tester. Avec Florent on a créé un duo – Idioma – en 2008.

 

 

 

Qu'est-ce qui vous différencie avec votre frère, à part l'âge ?

 

Il écoutait beaucoup de Hip Hop et de la musique électro et moi du classique ; c'est un beau mélange.

 

 

 

Qu'envisagez-vous de faire avec ce prix?

 

On a déjà une dizaine de vidéos d'Audi à habiller. Trois réalisateurs nous ont contactés. On a fait la bande annonce pour le week-end à la Philharmonie de Paris pour la musique à l'image des ATA 2015. Un réalisateur m'a contacté pour faire un film sur le week-end ; donc on a du travail ! On a une enveloppe globale pour toutes ces opérations. Ce qui est bien c'est qu'on va pouvoir acheter du matériel.

 

 

 

Pour l'instant vous ne vivez pas encore de votre musique ?

 

Non, mais j'ai des projets audiovisuels autour de chez moi en province.

 

 

 

Peut-on vivre avec votre métier en province ?

 

En faisant de la restauration à côté oui, en faisant la plonge ! Je faisais ça depuis quatre an, l'été, ainsi que les vendanges.

 

 

 

Et votre frère comment vit- il ?

 

Lui, il est graphiste, il en vit bien. Il y a deux mois il est venu me rejoindre à Cucuron. Il habitait Besançon, c'était très compliqué pour travailler ensemble.

 

 

 

L'avenir est devant vous avec Audi : avez-vous pensé à votre composition qui est dans le contrat ?

 

Il faut qu'on y réfléchisse rapidement ! On a plusieurs pistes.

 

 

 

Pourquoi êtes-vous à Paris aujourd'hui ?

 

Parce que j'ai été sélectionné au Transient Festival, pour un dessin animé où j'ai tout réalisé, dessin et musique. La clôture a lieu à Aubervilliers. Le festival se déroule à l'Espace Pierre Cardin.

 

 

https://soundcloud.com/idioma