Les Audi Talents Awards (ATA) furent créés pour la France en 2007. Ils récompensent, chaque année, de jeunes talents dans les domaines de l'art contemporain, du design, de la musique et du court métrage. Depuis 2011 c'est la musique à l'image qui a remplacé la musique. Dans chaque catégorie, un jury de quatre personnes est chargé de dresser une liste de quatre nommés, puis de récompenser l'un des artistes. Audi investit plus d'un million d'euros à l'année sur les lauréats entre production et communication. Nous nous sommes entretenus avec les lauréats de ce concours, la plupart par téléphone car ils sont tous des provinciaux.

 

 

 

PASCAL LENGAGNE

 

 

 

 


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En 2011 vous avez été le premier lauréat des Audi Talents Awards pour la musique à l'image : comment avez-vous découvert ce concours ?

 

Si je me souviens bien, deux ans avant que je participe, j'écoutais dans ma voiture Radio Nova et j'ai entendu une pub pour les ATA. Mais je ne me sentais pas concerné parce que c'était un concours pour artiste-interprète, des groupes. Ils ont changé l'année où j'ai participé et lorsque j'ai vu que dans le jury il y avait Graig Armstrong, Patrice Leconte, Éric Michon d'Universal, j'ai tenté ma chance. C'était au moment où j'étais entre deux boulots, j'avais du temps.

 

 

 

Est-ce que ce prix a changé votre vie de compositeur ?

 

Déjà il m'a amené un supplément de confiance en moi. Apparemment Graig Armstrong avait apprécié mon travail et aurait pas mal pesé dans la balance pour que je sois le finaliste et que je devienne le lauréat. J'étais aussi content de rencontrer ce jury. Au niveau médiatique mon nom a beaucoup circulé et d'un seul coup j'ai eu une visibilité que je n'avais jamais eue.

 

 

 

Et au niveau professionnel, avez-vous eu des contacts positifs ?

 

Pendant un an j'ai travaillé pour la marque, donc j'ai rencontré des productions, des réalisateurs qui travaillaient pour Audi, et aussi des agences de pub ; mais là il n'y a pas eu de suite. Mon nom a circulé et indirectement aujourd'hui je récolte les fruits de ce prix, même si cela a pris des chemins détournés. Récemment j'ai eu la chance d'avoir été choisi par Pascal Elbé pour son long-métrage qui sort au mois de décembre, Je Compte Sur Vous. C'est mon premier long-métrage.

 

 

 

Et ce choix vient de votre prix ?

 

Oui car Jérôme Lateur, qui est au départ l'initiateur des ATA, avait parlé de moi à Elise Luguern qui est superviseur musical et qui s'occupait du film de Pascal Elbé. Ils cherchaient un compositeur, mon nom était dans la liste, j'étais l'outsider. Ils ont fait des essais avec d'autres personnes et sont revenus aux propositions que je leur avais soumises.

 

 

 

Quel est votre style de musique ?

 

J'ai fait 15 ans de piano classique, j'ai fait de la musicologie, j'ai étudié par moi-même l'harmonie. Je n'ai pas fait le conservatoire. J'ai beaucoup aimé les compositeurs romantiques, cela se ressent dans ma musique, un fond nostalgique. Écrire pour les cordes ça ne me pose plus de problème. Avec les vents c'est plus compliqué. J'aime aussi tout ce qui est électronique et j'utilise ces outils, j'aime ce mélange acoustique électronique. D'ailleurs je travaille sur un projet de trio à cordes où je mélange le piano, les cordes et l'électronique.

 

 

 

Est-ce que votre intention de composer pour l'image est venue très tôt ?

 

C'était mon objectif de départ. Je ne me suis jamais vu interprète, j'ai toujours voulu travailler dans l'ombre, sur des projets en studio. C'est là où je suis le plus à l'aise, où j'écris facilement. Je n'ai pas l'intention de révolutionner ce milieu où il y a énormément de talents.  Mais là je me sens en phase avec moi-même.

 

 

 

Lorsque vous étiez plus jeune y avait-il un compositeur que vous appréciez plus particulièrement ?

 

Il y en a un qui m'a beaucoup influencé bien que dans son travail il y ait des musiques qui me plaisent moins : c'est Ryuichi Sakamoto qui a écrit des musiques de films, mais pas que Furyo, Le Dernier Empereur, Talons Aiguilles. Il vient de composer pour le dernier Iñarritu avec Di Caprio, The Revenant. C'est quelqu'un qui a exploré des musiques très différentes, de la pop, du symphonique, des quartets. Il n'y a pas de frontière bien définie dans les genres musicaux qu'il compose. Il y a aujourd'hui des compositeurs qui écrivent dans la même veine et qui me parlent beaucoup comme Ólafur Arnalds, un islandais, ou Max Richter. C'est un univers où je me sens bien.

 

 

 

Comment avez-vous commencé à composer ? Vous étiez en province ?

 

J'ai commencé à Paris, je me suis installé dans le sud il y a une douzaine d'année. J'ai commencé plutôt dans le spectacle événementiel, sons et lumières, projections sur des bâtiments, des cérémonies d'ouverture, de clôture dans des stades, feu d'artifice à la Tour Eiffel…C'est Yves Pépin, directeur de ECA2 et metteur en scène de ces grands événements, qui a commencé à me confier ces gros projets alors que je n'étais personne. Je continue toujours à travailler dans ce secteur et chaque année j'ai au moins deux évènements dans ce domaine, ce qui m'a permis de vivre de la musique. Mais aujourd'hui c'est presque un obstacle pour aller vers la fiction. J'ai cette étiquette collée à la peau. Les musiques que j'avais à faire écouter ne correspondaient pas à ce que les réalisateurs attendaient. Mais j'adore composer ces musiques. J'ai travaillé pour le Futuroscope et là c'est de la musique pour l'image, puis j'ai fait des documentaires, de la pub, des courts-métrages, je peux faire écouter des musiques pour l'image.

 

 

 

Les réalisateurs de courts-métrages ne sont pas encore passés au long ?

 

Non mais il y en a un que j'attends de pied ferme, c'est Adrien Lhommedieu qui a énormément de talent : ,il a fait un court qui s'appelle « Lila & Valentin ».

 

 

 

https://vimeo.com/126797221

 

 

 

Et aujourd'hui ?

 

Je travaille avec le trio Zéphire, c'est une création. On va se produire sur scène au mois de février dans l'Hérault : je serai au piano et j'utiliserai des textures électroniques. Et dans un second temps il y aura peut-être un enregistrement. Au niveau évènementiel il y a un spectacle en Chine qui devrait se faire en début d'année.

 

 

www.scalpmusic.com