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Catégorie : ENTRETIENS

producteur. MUSIQUE & TOILE. 150, rue Saint-Maur,75011, Paris. Tel. : +33(0)1 47 00 04 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  cinéCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

  Comment est née cette association « Musique & Toile » ?

« Elle est née en 2001. C’était mon projet de fin d’études de l’ESCP, anciennement Sup de Co Paris. Depuis que je suis tout petit, je suis un fana de musique de film. « Il Était Une fois dans l’Ouest » a été ma première musique de film. Je passais en boucle le 33 tours de mes parents. J’ai fait des études musicales classique et j’étais frustré de ne jamais entendre ce type de musique dans les concerts. J’avais l’idée de créer un festival de musique de film à Paris. C’est donc ce projet de fin d’études que j’ai proposé avec d’autres étudiants.

Le festival d’Auxerre s’est créé à cette époque. On a eu des sponsors, des lieux, des orchestre. On a conçu l’association « Musique & Toile ». Mais six mois avant de commencer on a reculé car ils nous manquait de l’argent. Sans subvention on ne peut pas faire un festival qui dure. On a quand même fait un concert à l’ESCP avec un orchestre et un pianiste avec qui je travaille régulièrement, Enguerrand-Friedrich Lühl. Notre soutenance, on l’a faite ainsi dans l’atrium de l’ESCP avec des extraits de musiques de films et la conception « papier » du projet du festival. En septembre 2001, on a décidé de tout arrêter. On a ensuite produit un disque, des transcriptions pour piano des musiques de John Williams. J’ai décidé alors de produire des concerts de musique de film tout au long de l’année avec l’association et des formations plus ou moins variables. Je suis bénévole dans le cadre de cette association, j’ai d’autres activités pour vivre.

 

(Le CD peut être acheté sur le site de Musique & Toile)

 

Musique & Toile est donc votre danseuse ?

En quelque sorte. Au départ, je ne faisais que des concerts de musique de film, puis j’ai développé des spectacles avec des artistes. Au départ, j’ai produit des concerts avec Enguerrand-Friedrich Lühl, puis avec Philippe Barbey-Lallia. Ce dernier est un chef d’orchestre qui aime la musique de film et qui a monté « L’Orchestre Cinématographique de Paris », un orchestre à géométrie variable avec des musiciens qui sortent tous de CNSMDP. Il fait aussi les arrangements. On a fait des concerts avec 20 musiciens, et même jusqu’à 80. Tout dépend de la demande et du budget alloué par les organismes qui nous contactent. Le premier concert a eu lieu en 2004. Il s’appelait Voyage(s), voyage à travers l’histoire, l’amour, la science fiction. Il y avait 60 musiciens. C’était à la Mairie du 13ème à Paris. C’était archi plein. Aujourd’hui c’est plus compliqué, il y a des problèmes de billetterie. On a fait un concert en 2005 à la salle Olympe de Gouge, dans le 11ème, sur le thème du dessin animé. La salle fait 700 places. On a joué l’après midi pour les élèves de CM2 et le soir pour tout public. Les deux étaient complets. Il y avait 27 musiciens sous la direction de Philippe, qui jouait au piano en même temps, et trois chanteurs dont une japonaise. La première partie était sur les musiques de Joe Hisaishi, des films de Hayao Miyazaki, avec « Princesse Mononoke », le « Voyage de Chiro » et le « Château dans le Ciel ». La deuxième partie, comprenait des musiques de films français avec « Le Roi et l’Oiseau », qui n’avait pas été joué depuis plus de 20 ans, « Tintin », « Astérix » de Vladimir Cosma, « L’Enfant qui Voulait être un Ours » de Bruno Coulais, et « Les Enfants de la Pluie » de Didier Lockwood. Ensuite les deux chanteurs français ont interprété les musiques de films d’animation américains.

Comment cela se passe concrètement pour l’organisation ?

Compliqué, car il faut payer l’orchestre, louer des instruments, trouver une salle, faire la communication, payer les droits SACEM… Il y a des risques financiers énormes. Depuis plusieurs années c’est une commande, un organisateur tiers qui fait appel à l’orchestre, notamment en événementiel ou pour une convention. Le prix est indépendant du nombre d’auditeurs.


© DR

Vous ne pouvez donc pas produire régulièrement des concerts de musique de film ?

Si, mais pas forcément avec l’orchestre tout entier. On a monté une petite structure, le Ciné-Trio, qui peut, elle aussi, être à géométrie variable. Elle est constituée d'un piano, d'un violon et d'un hautbois. Le pianiste, c’est Philippe Barbey-Lallia, qui fait toutes les réductions pour la formation, le violon c’est le premier violon de l’Orchestre Cinématographique de Paris, Cyril Baleton, jeune recrue de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et le hautbois c'est Timothée Oudinot, qui joue dans plusieurs formations. Ciné-Trio joue des thèmes qui peuvent être en phase avec celui de la manifestation. Par exemple, à Auvers-sur-Oise où il y avait un salon du livre sur le roman policier. Au château, on a fait un concert pour la clôture. Il s’appelait « Rififi ». Avec la Mairie, qui avait organisé cette manifestation, on avait fait un quizz en rapport avec le concert et les gagnants recevaient des livres. Aujourd’hui l’orchestre n’a pas encore assez de visibilité pour se produire. Pour des manifestations publiques, un orchestre coûte très cher. Il y a encore un effort de pédagogie à faire auprès des organisateurs. Que cela soit pour un festival, un théâtre, une collectivité, ce n’est pas encore dans les mœurs. Les initiatives se multiplient, mais il y a encore des réticences. Il y a des directeurs de théâtre qui pensent que la musique de film n’intéresse personne. C’est stupide, car c’est aussi un bon moyen pour amener les gens à écouter de la musique de répertoire.

Et Aujourd’hui ?

Musique & Toile a fait plus de 700 représentations. On a monté des spectacles musicaux où la musique de film est présente. Ciné-Trio propose avec des chanteurs, ou seul, toute une série de concerts à thème. Il a à son répertoire plus de 200 arrangements inédits. On a deux spectacles, par exemple, qui s’appellent, l’un « Paris je t’aime », un hommage à Paris à travers le cinéma français et américain, avec deux chanteurs français, et l’autre « Trois Américains à Paris », un hommage à « Un Américain à Paris » à travers les plus grandes comédies musicales américaines portées au cinéma, interprété par trois chanteurs américains. Ces concerts ont été donnés plus de 150 fois dans un hôtel du Marais. Les pianos Magne étaient coproducteurs. Comme ils ont déménagé on n'a plus de lieu pour nous produire. 

 

Pourquoi l’Orchestre Cinématographique de Paris n’enregistre-t-il pas de la musique des films en production ?

 

Il y a deux cas de figure. Il y a des productions qui ont beaucoup d’argent, et le reste qui n’a rien. Entre les deux, les moyennes sont inexistantes. Les gens qui ont de l’argent vont à Londres et tous les autres enregistrent dans les pays de l’Est. On a eu trois demandes en dix ans ! On a fait avec des petites formations, mais les charges sont telles qu’il est impossible de prendre en charge l’orchestre. Très honnêtement, on ne se bat pas pour ça. Aujourd’hui enregistrer de la musique de film ce n’est pas rentable en terme d’énergie, de temps, même pour les musiciens.