Comment êtes-vous venu à produire des CD de musiques de films ?

  En 1996, à Cristal, on a commencé à faire d’abord de la production de jazz. On a produit des gens totalement inconnus, comme Pascal Ducourtioux. Le premier groupe c’était Ronald Baker Quintet. On en est aujourd’hui à leur sixième album. On était producteur et éditeur de musique. Je vivais à La Rochelle où j’ai créé une structure pour développer ma carrière, car j’ai commencé comme comédien et danseur dans les années 90. J’avais un groupe, « Tap Dance », de danseurs de rue. Comme je ne voulais pas monter à Paris pour les castings, j’ai développé mes projets pour ma compagnie, ici à La Rochelle, et puis j’ai rencontré un musicien de jazz, Pascal Ducourtioux qui m’a demandé de m’occuper de lui, de produire son premier album. Je ne connaissais rien, je n’étais pas prédestiné à monter un label. J’ai appelé le label Cristal production qui s’occupe aussi des spectacles de scène. Puis on a créé Cristal Publishing, Cristal Record. Aujourd’hui on parle de Cristal Groupe qui englobe les différentes structures. C’est une marque commerciale pour s’y retrouver.

 

 

C’était assez osé de créer ainsi un label de jazz !

 

Oui, mais cela s’est fait autour d’une table, avec des rencontres de hasard, autour d’un verre. On fait un projet, on le mène au bout, puis on en fait un deuxième, un troisième, et on continue parce qu’on s’aperçoit qu’il y a tellement de choses à faire que c’est stupide de s’arrêter en chemin…J’ai laissé tomber la mise en scène, la création, mis ma carrière artistique en veilleuse, et me suis tourné plus vers la production. Et puis j’ai eu très envie de revenir à l’image et, comme la structure s’est développée, en 2003 j’ai produit ma première musique de film. Cette année, au bout de dix ans, nous avons dû produire 60 musiques de films, téléfilms, documentaires !

 

Quelle était la première ?

 

La première c’était pour un téléfilm qui n’ai jamais sorti en France, produit par GMT, et qui s’appelle « La Colère du Diable », de Chris Vander Stappen, avec Julien Boisselier et Marie Bunel, et une musique de Ionel Petroï. On a perdu beaucoup d’argent avec ce CD. Depuis on a continué avec GMT. On estime que la musique a matière à être entendue  par une majorité de spectateurs et c’est important qu’elle puisse avoir sa propre vie. On a eu des musiques qui marchent bien : « Familles d’Accueil », « Ali BaBa », « Clem », « Boulevard du Palais », « Robinson Crusoé » avec Pierre Richard, la série « Odysséus », « les Borgias », « Clémentine », On vient de faire « Délit de Fuite »  avec Cantona, qui a eu un prix de la fiction TV.

 

Comment travaillez-vous avec ces sociétés de production qui font ces téléfilms ?

 

Soit ce sont les compositeurs qui nous appellent et nous disent qu’ils aimeraient qu’on sorte leur musique, et on prend contact avec les producteurs, soit ce sont les producteurs eux-mêmes qui nous contactent, comme GMT, Mascaret Films, Tajma, les films du Poisson…On gère toutes les musiques des films de CinéTv. On a créé un label pour les BO, qu’on a appelé Boriginal, et on a un contrat d’exclusivité avec Sony Music. On tire en général entre 300 et 500 CD de BO. Il faut dire que des labels indépendants avec une activité aussi importantes que la nôtre, il n’y en n’a plus beaucoup. On ne parle pas trop de rentabilité dans ce genre de musique. Quand on sort « La Grande Vie » des Films du Poisson, c’est parce que le compositeur, Pierre Bertrand, fait partie de la maison depuis des années et qu’on espère qu’un producteur lui fera faire un autre film. C’est notre rôle d’éditeur de promouvoir des artistes. C’est un investissement de communication.

 

Avec quoi alors arrivez-vous à faire vivre votre label ?

 

C’est une bonne question et j’avoue qu’on se la pose. Les droits d’auteur, d’édition, sont en baisse et c’est un vrai problème de trésorerie. L’équilibre est très fragile.

 

Vous travaillez depuis peu avec Philippe Rombi ?

 

C’est Mandarin Films qui nous avait contacté et comme j’aime beaucoup le travail de Philippe, j’étais très heureux de travailler avec lui. Nous avons produit deux de ses compositions : « Dans la Maison » qui a été nommé aux Césars 2012. On a fait un bon score pour une BO, de l’ordre de 800 ventes. Puis, cette année, on a sorti « Jeune et Jolie ». On est en discussion pour le prochain film d’Ozon. J’espère travailler sur du long terme avec lui.

 

Est-ce que vous participez à l’enregistrement ?

 

Cela dépend. Avec Rombi non, mais ça arrive. Bien sûr, aujourd’hui avec les machines on donne l’impression d’orchestre mais par exemple sur un documentaire comme « Vauban » de Pascal Cuissot, musique de Renaud Barbier, on a enregistré dans notre studio à Rochefort avec un orchestre à cordes, l’OPC. On sent la différence. On essaye de se battre pour enregistrer en France.

 

Quels sont vos plus gros succès ?

 

Aujourd’hui ce sont « Robinson Crusoé » musique d’Angélique et Jean-Claude Nachon et « Ali Baba » musique de Christophe La Pinta. En France, la musique c’est le parent pauvre des budgets de production, à l’inverse des USA. D’où le succès des musiques des séries américaines.

 

Comment voyez-vous le futur ?

 

 

Il est de plus en plus difficile de produire de la musique de films, les droits étant de plus en plus en baisse. Il y a des producteurs qui créent leur propre maison d’édition pour souvent spolier les droits des compositeurs, d’où la diminution des productions indépendantes de musique de films. De plus, ils ne font pas cet accompagnement que nous faisons avec les musiciens. C’est devenu très compliqué pour de jeunes compositeurs de rentrer dans ce cercle très fermé de la musique pour l’image. Au cinéma, on accompagne Philippe Rombi, Bernard et puis Nathaniel Mechaly (« Taken », « The Grandmaster »…). On essaye de faire des classes de composition de musique de film avec Gréco Cassadesus. Quant au jazz on continue à en produire (Antonio Faraò, Pierre Bertrand, David Enhco…).

 

Propos recueillis par Stéphane Loison.