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Catégorie : ENTRETIENS

« Moly » raconte la vie d’un  jeune handicapé sénégalais de 22 ans, sorti major de sa promotion, qui se bat pour être accepté par la société. Il cherche un emploi pour soutenir sa famille mais il est rejeté par le monde du travail à cause de son handicap. Il entame alors un terrible combat pour gagner dignement sa vie.

Ce court-métrage de Moly Kane est autobiographique et c’est avec l’aide de la réalisatrice Euzhan Palcy qu’il a pu mieux raconter sa vie d’handicapé. Il y a deux ans, ce film a été présenté à Cannes. Et il a reçu de nombreux prix dans des festivals internationaux. Il n’a toujours pas été acheté par une chaîne de télé - encore un des mystères de la télévision - sûrement parce que le producteur (JMJ productions) n’a pas ses entrées dans les hautes sphères de la télé. Mais ce qui nous intéresse quant à ce court-métrage, outre l’histoire, c’est la musique. Elle a été composée par Pierre Bertrand.


© DR

Pierre Bertrand a fait ses classes au Conservatoire de Nice puis au CNSMDP. Aujourd’hui il y est professeur. Il est compositeur, arrangeur, et saxophoniste de jazz. Il a monté un Big Bang avec Nicolas Folmer, trompettiste,  le « Paris Jazz Big Band », avec lequel ils obtinrent un Djangodor et une Victoire du Jazz pour leur album « Paris 24h ». Sa production discographique, on la trouve chez Cristal Records. En 2009, il compose la musique du film « La Grande Vie », réalisé par Emmanuel Salinger, qui eut une bonne presse. Jazzman en France, c’est compliqué d’en vivre. Arrangeur doué, aussi travaille-t-il pour des artistes de variétés. Il est actuellement le directeur artistique de Michel Fugain, et s’occupe du prochain album de Michel Lebb avec une ambiance à la Ray Charles. Il compose aussi pour la télévision, dont « L’Enfant du Secret » de Serge Meynard en collaboration avec Mickael Lar, et « Les Frileux » pour Jacques Fansten

« Je suis entré dans ce métier de compositeur de musique de film assez tard. J’avais déjà une carrière de musicien. C’est parce que j’avais écrit et joué que l’on m’a contacté, et aussi par le biais d'Éric de Bègue, de Cristal Records. On a débuté ensemble, c’est mon agent depuis plus de 15 ans. Il a un beau catalogue de jazz. Je n’ai pas eu besoin d’être l’assistant de tel ou tel compositeur de musique de film, qui fait ce qu’on appelle l’arrangement. Il faudrait définir ce terme d’arrangement. En France, le compositeur c’est celui qui a trouvé la mélodie. Mais toute la richesse harmonique, l’architecture musicale, participent à l’émotion. C’est aussi de la composition. Ce n’est pas que la mélodie qui est importante, c’est tout l’habillage qui va avec. L’arrangement c’est aussi de la mise en scène, de la création, comme la lumière, les costumes, les décors. Si on a des dialogues superbes dits devant une table blanche par quelqu’un tout nu, il y aura moins d’émotion que si il y a un vrai décor, une belle lumière, un beau costume et une belle musique, non ? Haydn, Mozart, Beethoven ne faisaient pas que trouver des thèmes, ils organisaient la construction de l’œuvre autour de ces thèmes…

Dans la musique de film on peut tout se permettre : c’est l’image qui compte et tout dépend des discussions avec le réalisateur et de ce qu’il a envie d’avoir, et de ce que l’on a envie de faire. Sur la partition de « La Grande Vie » je me suis amusé à faire « à la manière de ». Du jazz à la  Nel Hefti ou Quincy Jones, en passant par Lalo Schifrin, et Mozart avec son fameux concerto pour clarinette…Ensuite, le succès de votre musique et du métier de compositeur est soumis à la loi du marché. Si le film marche, la musique sera plébiscitée, elle sera bonne et votre carrière est assurée…. Le jazz, c’est ce qui m’a donné envie de faire de la musique dès l’âge de cinq ans. Mais après, j’ai compris que faire une carrière dans le jazz c’était compliqué. Alors je me suis tourné vers le classique et j’adore ça aussi. Puis je me suis mis à écrire. Mon dernier disque est « Caja Negra », à base de flamenco, avec Louis Winsberg à la guitare, Alfio Origlio, au piano ainsi que le percussionniste argentin Minino Garay et Jérôme Regard à la contrebasse. Je suis en écriture sur deux films avec des ambiances plus tango, mais c’est encore secret. La production de ces films n’est pas encore totalement bouclée. »

On peut trouver les disques de Pierre Bertrand, entre autres, chez Cristal records : www.cristalrecords.com