LA RELEVE !

 

Stéphane Gassot (SG), Maël Oudin (MO) et Arthur Ouvrard (AO)

 Ils sont des jeunes compositeurs de musiques pour l'image, ils sont 9, encore au CNSMDP dans la classe de Laurent Petitgirard. Nous les avions rencontré au concert de la classe de composition en présence de Patrice Leconte. Nous allons, au fur et à mesure, faire un entretien de ces futurs compositeurs avec trois d'entre eux. 

 

 Pourquoi vouloir faire de la musique de film ?

 

Arthur Ouvrard (AO) : Moi ça fait assez peu de temps que j'y pense. En fait, c'est mon entourage qui m'a fait remarquer que mon style de musique se rapprochait le plus de la musique de film et m'a conseillé de me diriger vers ce genre de composition ; mais à la base je n'étais pas un passionné de cinéma, je m'y intéresse que depuis peu de temps.

 

Tous : Au départ, on voulait être compositeur, arrangeur,

 

Stéphane Gassot (SG) : Je trouve que les deux vont bien ensemble, compositeur et arrangeur de musique de film.

 

 

 

Vous vouliez être compositeur et non musicien, interprète ?

 

 

 

AO : Si si, moi je voulais être interprète.

 

Maël Oudin (MO) : Au départ je voulais faire de la composition, de l'improvisation. J'ai commencé au piano, puis à la contrebasse. Ca me branchait plus d'improviser, d'inventer des trucs plutôt que d'apprendre des morceaux.

 

 

 

Quand vous étiez môme vous vous amusiez à écrire des compositions ?

 

 

 

AO : Je le faisais, mais j'ai longtemps hésité entre l'instrument et la compo, je joue de la flûte traversière et la composition a été assez vite une évidence.

 

 

 

Tu vas faire un parcours à la Desplat alors ?

 

 

 

AO : Faut pas exagérer, oui il est flûtiste, si j'arrive un jour à son niveau je serai content !

 

SG : J'ai fait du piano, de l'orgue ; il paraît qu'à huit ans j'improvisais, mais je ne m'en souviens pas. Je préférais faire ce que je voulais qu'apprendre des partitions.

 

 

 

Est-ce qu'il y a eu un déclic, comme des dessins animés ou un film, qui vous a donné l'envie d'écrire pour l'image ?

 

 

 

Tous : Non pas nécessairement…j'écoutais la musique dans les films…

 

MO : Non, je suis entré au Conservatoire assez tard, à 18 ans, pour faire de la musique.

 

 

 

Depuis que vous êtes au CNSMDP on vous propose des projets ?

 

 

 

MO : Par mes relations, mes amis, je cherchais des projets, des amis qui font du cinéma, du théâtre.

 

 

 

Avez-vous fréquenté la cinémathèque ?

 

 

 

Tous : non !

 

 

 

Le cinéma ne vous intéresse pas mais la musique oui ; c'est étrange non ?

 

 

 

SG : On s'y intéresse maintenant, sur le tard,

 

MO, AO : Oui c'est ça !

 

MO : On regarde des DVD,

 

SG : On a quand même aimé le cinéma, les séries, on est une génération d'incultes !

 

AO : En ce moment je vais pas mal au cinéma, pour rattraper mon manque de culture.

 

 

 

J'essaye de comprendre : il n'y a que la musique qui vous intéresse et la musique de film en particulier vous intéresse aussi ; mais vous n'avez pas de culture cinématographique ! Il y a quand même un vrai problème non ? Comment avez vous découvert la musique de film ? En écoutant des CD ?

 

 

 

MO, AO : Oui, entre autres…

 

MO : Je n'ai jamais eu la démarche d'écouter de la musique en dehors des films ! La musique ne m'intéresse que lorsque je vais voir des films, comme un tout. Quand je vois un film, c'est pour l'apprécier dans sa globalité. La musique de film comme vocation, c'est venu bien plus tard.

 

SG : Les BO ce n'est pas forcément ce qui m'intéresse, mais plutôt le rapport de la musique avec l'image. Je pense qu'il est difficile de dissocier les deux. Comme dit Coulais, les musiques de films, aujourd'hui à Hollywood, on peut les intervertir l'une avec l'autre, ça ne change pas grand chose.

 

 

 

Avez-vous eu un déclic en regardant, je ne sais pas : un western, de la SF…

 

 

 

SG : Nous c'est Star Wars, même si ce n'est pas notre génération, Bernard Hermann aussi.

 

 

 

C'est en voyant ce genre de film que vous avez eu le déclic ?

 

 

 

Tous : Oui…Y'a un peu de ça !

 

MO : Je ne me souviens pas d'avoir eu un déclic sur un film en particulier, mais il m'arrive de me souvenir de la musique en sortant d'un film, j'y suis très sensible.

 

 

 

Donc aucun choc alors ! Vous êtes la génération des années 80 et rien ne vous a impressionné !

 

 

 

SG : Si, la musique des Simpson !

 

MO : Je regardais les Disney mais sans plus.

 

 

 

Pour résumer, vous entrez au Conservatoire National et vous voulez composer sans idées précises ?

 

 

 

SG : Ce n'est que petit à petit qu'on se fait une idée précise de ce qu'on veut faire. C'est une progression lente, très lente. On joue d'un instrument, on joue en groupe, on fait de la musique de chambre et petit à petit on a envie d'imiter un compositeur, un truc qu'on aime bien chez Beethoven par exemple. On est des touches à tout.

 

AO : Je ne suis pas un génie précoce : avant de choisir, je fais des expériences. Plus on apprend, plus on a envie d'apprendre. On progresse en découvrant les prédécesseurs, on a des cours d'analyse, d'écriture, avec Thierry Eschaich….

 

SG: Avec aussi Jean-François Zygel, professeur d'harmonie et d'improvisation

 

AO : Zygel fait un enseignement assez atypique, mais je crois que grâce à lui je suis sorti de sa classe avec mention très bien. Il m'a ouvert les yeux sur pas mal de choses.

 

 

 

Vous avez tous un sérieux bagage, vous êtes prêts à composer pour le cinéma, vous avez déjà eu ce genre d'expérience ?

 

 

 

Tous : Oui ….pour des courts-métrages

 

 

 

Comment se sont faites les rencontres ?

 

 

 

Tous : Des hasards ….des rencontres entre écoles…

 

MO : J'ai fait mon premier court-métrage pour un copain de copain du lycée qui était dans une école d'animation, puis j'ai fait quelques pubs.

 

 

 

Vous posez vos candidatures, vous vous bougez…

 

 

 

SG : Oui, moi on m'a proposé pas mal de trucs, mais fallait se bouger pour répondre…j'ai pas toujours été très réactif…

 

MO : J'ai là trois mois de boulot devant moi…

 

SG : Si tu en as trop pense à nous…(rires)

 

AO : Je manque souvent de réactivité mais je suis en train de progresser là-dessus.

 

 

 

Tous les trois vous êtes encore dans la classe de Laurent Petitgirard, compositeur et professeur de composition de musique pour l'image. Qu'est ce que cela vous apporte d'être chez lui ?

 

 

 

TOUS : ça nous bouste un peu !

 

AO : Toutes les deux semaines on doit composer sur un thème donné, c'est un peu un laboratoire pour nous, ce qui nous permet d'expérimenter.

 

SG : C'est très différent à chaque fois. Il nous donne une séquence et on doit inventer une musique.

 

MO : On voit aussi ce qu'ont inventé les copains et c'est enrichissant.

 

SG : C'est très formateur

 

MO : On voit des options qui marchent bien ou plus ou moins bien.

 

 

 

Pour revenir aux courts-métrages dans lesquels vous avez participé, c'est des réalisateurs en devenir de long ?

 

 

 

Tous : Exactement!...on espère

 

SG : Mais ça peut-être des musiques de jeux vidéo, d'animations, de pubs

 

MO : J'ai fait de la musique pour un spectacle vivant et il y a des similitudes, c'est hyper intéressant. La musique de film n'est pas une fin en soi, c'est un des aspects de notre composition, même si j'aimerais faire un long-métrage.

 

 

 

Est-ce que vous estimez faire de la sous musique par rapport à la musique de concert ?

 

 

 

SG : Cela dépend de ce qu'on nous demande d'écrire !

 

AO : C'est une musique pour un film, ce n'est pas une musique qui est appelée à être jouée en concert. Elle ne sera peut-être pas aussi riche qu'une musique de concert parce qu'il y a le support de l'image.

 

 

 

Vous composez pour vous aussi ?

 

 

 

Tous : Oui….oui ! …..Mais ça prend du temps.

 

AO : Depuis que je fais des classes d'écriture, je vais plus lentement qu'avant !  Je fais tellement attention à tout, je n'arrive pas encore à me détacher de tout ce que j'ai appris. Pendant ces quatre années passées au CNSMDP il faut savoir s'en servir et aussi s'en détacher.

 

 

 

Vous avez déjà des styles particuliers ?

 

 

 

Tous : Oui ….on se reconnaît mutuellement… Il y a quand même une patte.

 

 

 

Lorsque vous avez fait l'expérience sur la séquence de Monsieur Hire en présence de Patrice Leconte, vous aviez un grand orchestre à votre disposition ; c'était impressionnant d'entendre sa musique sonner ainsi ?

 

 

 

SG : Oui, car les musiciens du conservatoire sont quand même la génération des futurs grands interprètes. Certains même ont déjà joué avec le Philharmonique de Berlin !

 

 

 

Vous n'êtes pas très chauds pour écouter simplement de la musique de film en concert ?

 

 

 

SG : On a fait l'expérience à Pleyel, Laurent nous avait invité à écouter de la musique de cinéma en concert. Des musiques qui passaient très bien dans les films, paraissaient très plates auxoncert. Avec le film elles collaient parfaitement.

 

AO : Une musique de John Williams ou de Joe Hisaishi, on peut l'écouter sans problème, mais il n'y a peu de musique de films qui résistent sans l'apport de l'image.

 

SG : Desplat en concert on s'ennuie un peu. Y'a pas de mélodie, de matériaux thématique, mais c'est très bien orchestré et a quand même beaucoup de gueule.

 

 

 

Vous avez fait des arrangements pour des compositeurs ?

 

 

 

SG : J'ai fait des arrangements, des orchestrations, mais pas en tant que nègre, pas encore.

 

AO : Je le fais pour des jeux vidéo avec un groupe qu'on a créé avec des amis. Il s'appelle la Séga, en hommage à la console mais c'est un acronyme qui veut dire « Société des écrituristes gamers arrangeurs ». On est une trentaine, mais on est trois ou quatre à faire les arrangements de musiques pour les jeux vidéo.

 

 

 

La musique des jeux vidéo est devenue assez exceptionnelle ?

 

 

 

AO : Là, les musiques se suffisent à elles-mêmes, plus que dans les films, car elles collent à l'atmosphère plus qu'à l'image.

 

 

 

On est plus dans des musiques d'atmosphère, il y a peu de scènes romantiques…

 

 

 

AO : Pas tout le temps, on est quelques fois dans le pseudo romantisme très exagéré, kitch, dans les cinématiques notamment, ces phases entre les périodes de jeu, entre les niveaux, il y a des scènes d'amour avec de la musique totalement kitch qui me plaisent, qui sont souvent too much.

 

 

 

Est-ce que vous vous sentez très classique dans votre tempérament ?

 

 

 

SG : Non, on peut écrire de l'électro, du jazz

 

MO : En tant que bassiste, le jazz c'est ma culture, je joue dans un groupe « Palace of Mirrors » avec Axel Nouveau qui est aussi dans la classe de composition - http://palaceofmirrors.com - on est neuf, il y a une démarche assez importante au niveau d'écriture, d'improvisation.

 

 

 

Votre rêve aujourd'hui ?

 

 

 

AO : Faire de la musique de jeu vidéo, pour de l'animation car il y a une part importante de musique.

 

MO : Avoir un projet intéressant ! Quand les images sont belles, elles nous inspirent. Il y a des projets d'animation qui ne donnent pas envie !

 

 

 

Le jeu vidéo c'est le grand avenir ?

 

 

 

SG : Oui car il supplante le cinéma !

 

AO : La musique de jeu vidéo est jouée dans les concerts, plus que celle des films. La musique de Zelda est devenu un grand classique. Ocarina a vraiment marqué. Dernièrement il y a eu un concert de musique de jeux vidéo au Palais des Congrès, ambiance concert de rock alors que c'était avec un orchestre symphonique, et 3500 personnes ! Il y a un engouement pour cette musique.

 

 

 

Votre dernière musique de film ou jeu que vous avez aimé ?

 

 

 

AO : « Head Hunter » composée par Richard Jacques. Le jeu n'est pas terrible mais la musique est impressionnante avec Orchestre Symphonique.

 

https://www.youtube.com/watch?v=3y5DrVhn2LQ

 

SG : le dernier film que j'ai aimé n'avait pas de musique !

 

MO ; j'ai vu « Génésis » et j'ai beaucoup aimé le travail de Bruno Coulais.

 

https://www.youtube.com/watch?v=3VCcP2Bq0jk

 

 

 

Vous avez un cours sur l'histoire de la musique de film ?

 

 

 

SG : Oui, c'est Jean-Stéphane Guitton

 

 

 

Vous apprenez des choses ?

 

 

 

SG : Oui, là il nous a fait un cours sur le compositeurs hollywoodiens, les Leitmotivs de Steiner.

 

 

 

Pour faire connaître vos musiques comment faites-vous ?

 

 

 

SG, AO : On est très en retard là-dessus…

 

AO : Moi je viens d'acheter mon nom de domaine…

 

SG : On est très en retard en communication…Il va falloir qu'on s'y mette…

 

AO : J 'attends d'avoir un ou deux trucs plus variés, plus importants…

 

MO : J'ai des courts-métrages qui sont en festival donc je ne peux pas encore les mettre en ligne.

 

SG : On est plusieurs à être dans ce cas.

 

AO : Je viens de terminer un pilote, un format court. C'est une série avec des références cinématographiques donc au niveau de la musique j'ai dû écrire aussi dans ce sens, faire à la manière de, mais sans copier.

 

SG : Je travaille sur le film d'Alexi Hellot que j'ai rencontré à UCLA à Los Angeles. Il est très mélomane, il a mis du Webern pour monter son film, il veut de la musique atonale. J'ai six projets en ce moment.

 

MO : On peut grâce aux copains du conservatoire, faire jouer notre musique.

 

SG : On a pu faire un ciné concert pour des films muets d'animation de Karel Zeman avec Marie Jeanne Serero au Louxor. On avait un quatuor, des perçus, et une clarinette, un basson, qui jouaient en direct ; c'était pour des gamins, ils ont apprécié, la musique était au premier plan.

 

 

 

Combien de temps allez vous rester encore au Conservatoire ?

 

 

 

MO : Pour moi c'est fini, par mes activités de scène je vais pouvoir accéder à l'intermittence. J'ai un circuit pub, de spectacles vivants et je vais donner des cours de piano, de basse.

 

AO : Moi aussi à la fin de l'année c'est fini. La classe c'est un an renouvelable mais on va être nombreux…

 

SG : Je vais rester encore un an, j'aimerais pouvoir travailler avec Thierry Eschai avant de partir du Conservatoire. C'est un super improvisateur !

 

 

 

Alors un grand « Merde » à vous trois !