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Catégorie : BO en CDs

Sorti en 1981, Tais-toi quand tu parles est dominée par la présence en haut de l'affiche d'Aldo Maccione, alors au firmament de sa carrière française (grâce à des réalisateurs comme Claude Lelouch ou Pierre Richard). Le film de Philippe Clair sera d'ailleurs un énorme succès au box-office en France. Outre le prestigieux chef opérateur Mario Vulpiani au générique, Philippe Clair s'octroie les services du grand compositeur Armando Trovajoli, fidèle collaborateur de Dino Risi (Parfum de femme, 1974) et surtout d'Ettore Scola (Nous nous sommes tant aimés, 1974 ; Affreux, sales et méchants, 1976).

Célèbre pour son humour méditerranéen, Philippe Clair s'entoure donc très judicieusement d'une équipe à dominante italienne, particulièrement à même de mettre en forme les délires les plus fous du réalisateur culte de La Grande java (1970), du Grand fanfaron (1975) ou du Führer en folie (1973). Tais-toi quand tu parles raconte l'histoire de Giacomo, un anti-héros rêveur et désœuvré, qui est le sosie de James, un espion déclaré mort lors d'une mission en Tunisie. Les services secrets français le chargent alors de terminer cette mission, mais Giacomo se croit une nouvelle fois dans un rêve… Tel un Orphée transalpin, Giacomo va traverser le miroir à la recherche de son Eurydice, incarnée ici par la splendide Edwige Fenech, dans le rôle de Béatrix. La musique enchanteresse d'Armando Trovajoli exprime l'aspiration de Giacomo à une vie idyllique ainsi que son désir impossible pour Béatrix. Perchée à mille lieux de la réalité et du quotidien, la partition du compositeur italien contribue à donner au film de Philippe Clair son rythme onirique et à renforcer sa poésie sous-jacente. Armando Trovajoli affirmait que l'œuvre de Philippe Clair était plus musicale que cinématographique. Tel un jazzman en transe improvisant des contre-mélodies à la fois chaotiques et loufoques, Philippe Clair transgresse joyeusement les codes filmiques et comiques, faisant de ses films une succession rythmée de situations et de dialogues délirants. Cette désacralisation de l'œuvre d'art – proche d'une démarche pop art ou de certains cartoons ou slapsticks – est parfaitement traduite par Trovajoli dont la partition bannit toute forme de classicisme ou de conventions ronflantes, au profit d'une couleur originale, élégante et pop. La musique d'Armando Trovajoli saura remémorer de nombreuses scènes cultes à tous les « fans » du film.