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Catégorie : BO en CDs

Michelangelo FALVETTI : Il Diluvio universale. Dialogue à cinq voix et cinq instruments. Texte de  Vincenzo Giattini. Fernando Guimaräes, Mariana Flores, Matteo Bellotto, Evelyn Ramirez Munroz, Fabian Schofrin, Magali Arnault, Caroline Weynants, Thibaut Lenaerts, Benoît Glaux. Keyvan Chemirani, percussions. Chœur de Chambre de Namur. Cappella Mediterranea, dir. Leonardo García Alarcón. 1 CD Ambronay : AMY026. TT.: 64'35.

Une heureuse découverte que ce « Déluge universel », de Michelangelo Falvetti (1642-1692), créé en 1682, à Messine, où celui-ci occupait les fonctions de maître de chapelle de la cathédrale.

Entre oratorio et drame sacré, l'œuvre traite l'épisode tragique de l'Ancien Testament, du déluge de pluie que Dieu, las de l'attitude méchante et corrompue de l'homme, laisse s'abattre sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits, épargnant Noé, sa famille et les animaux, embarqués dans l'arche. Quatre parties la divisent. « Au ciel », en forme de prologue allégorique, voit la Justice divine dicter sa loi aux éléments. « Sur la terre » est dominée par la figure imposante de Dieu qui, s'adressant à Noé, lâche cette terrible sentence : «  je veux donner la mort à ceux qui ont abusé de la vie ». Volet central, « Le déluge », introduit par une symphonie de tempête, effrayante, donne la parole à la Mort (contre-ténor) et au lamento de détresse insistant du chœur, d'abord chanté, puis psalmodié, presque parlé, dans un climat cataclysmique. Tout en contraste, apparaît le sursaut poignant de la Nature humaine, qui s'interroge sur pareille vindicte. Mais la Mort triomphe, dans une surprenante allégresse. La dernière partie, « Dans l'arche de Noé », voit l'apaisement, la lumière retrouvée, l'arc en ciel de paix. Un rythme quasi dansé conduira à une péroraison grandiose en forme d'action de grâce, d'hymne à la vie. La composition musicale est d'une étonnante variété, rencontrant un texte aux vertus dramatiques certaines : symphonie extrêmement vivante, récitatif cantando, dans le droit fil des motets polyphoniques, portant l'accent sur les paroles, airs originaux dans la forme et les ornements, chœurs très élaborés dans une recherche d'effets de timbre particuliers. Leonardo García Alarcón et sa Cappella Mediterranea en proposent une exécution follement imaginative dans les choix instrumentaux. L'emphase portée sur les percussions, qui souvent introduisent l'orchestre, ajoute un climat d'ingénieuse improvisation. Il en va tout autant de l'achalandage vocal, d'une diversité peu commune. Le Chœur de Chambre de Namur comme le brelan de jeunes solistes, apportent une singulière intensité à une pièce qui n'attendait que pareille débauche d'émotions pour revenir à la vie. Voilà, encore une fois, de quoi tordre le cou au préjugé tenace qui voudrait que toute œuvre tombée dans l'oubli le soit du fait d'un faible intérêt.