Ziad KREIDY : Les avatars du piano. 1 vol Éditions Beauchesne, 2012, 80 p 14,50 €.

Le point de vue de l'auteur : pourquoi j'ai écrit ce livre.

 

 

 

         En 2004, commençant mon doctorat de musicologie sur le compositeur japonais Tôru Takemitsu, j'envisageai déjà d'écrire un livre novateur sur le piano. L'interaction entre écriture musicale et timbre me passionnait depuis mes études d'orchestration commencées en 1999. À l'époque, les pianos anciens que j'avais la chance de jouer m'intriguaient. J'y pensais continuellement. Captivé par leur musicalité, différente d'un instrument à l'autre, je me posais de multiples questions musicales et sociologiques. Pourquoi sont-ils si méconnus et jugés à coup sûr défaillants ? Pourquoi ce consensus sur l'idéalisation du grand piano à queue d'aujourd'hui ?

Jacques LONCHAMPT : La musique au jour le jour. Bouquets de Fleurs 1 1961-1973. 1vol L'Harmattan, 2015, 303 p, 28€.

« Que deviennent nos souvenirs de concerts ?» Sans doute plus que l'impression du moment, glanée au sortir d'une soirée qu'on pense être marquée d'une pierre blanche... ou embrumée par quelque déception. S'ils ont tendance à s'estomper au fil inexorable du temps, le mérite de cet ouvrage est de les raviver. Car voici réuni un florilège de papiers de Jacques Lonchampt, éminent critique musical du journal Le Monde des années durant, récemment disparu. Et tournés avec la fine plume qu'on lui connut. Ce sont finalement autant de moments essentiels où le mot culture prend tout son sens. Pour qui a vécu ces années bénies, de 1961 à 1973, où l'on abordait bien des œuvres pour la première fois, c'est une mine d'enseignements.

Noémi LEFEBVRE : Marcel Landowski – une politique de l'enseignement musical – 1966/1974. Cahiers de recherches du Cefedem Rhône-Alpes et Comité d'histoire du ministère de la Culture et de la Communication, "Enseigner la musique numéro 12", Lyon, 2014,  358p. 21 euros.

Après un premier ouvrage consacré à Maurice Fleuret et publié en collaboration avec Anne Veitl, Noémi Lefebvre s'attaque à une autre figure de la politique musicale française, Marcel Landowski. Tout comme pour son ouvrage précédent, Noémie Lefebvre a bénéficié du soutien du Comité d'histoire du ministère de la Culture et de la Communication, soutien perceptible notamment dans la richesse des sources exploitées. L'auteure nous livre une étude très bien informée, très détaillée et nuancée qui témoigne d'une grande connaissance des problématiques de la politique de l'enseignement musical où elle aborde successivement la politique musicale et l'action culturelle (1962-1966), le conservatoire national supérieur de musique, la réforme de l'enseignement musical spécialisé, l'action en faveur de la musique dans l'enseignement scolaire et la politique d'animation musicale. Ce livre est publié à point nommé, tout d'abord parce qu'il permet de célébrer le centenaire de la naissance d'un homme cardinal pour le développement de la politique musicale française de la seconde moitié du XXe siècle et ensuite parce qu'on assiste progressivement au démantèlement de l'œuvre d'aménagement et de développement culturel du territoire qu'il avait participé à mettre en place, notamment avec la diminution des dotations budgétaires de certains conservatoires.

  Juliette AUBRUN, Catherine BRUANT et alia (dir.) : Silences et bruits du Moyen-Âge à nos jours.

Sous-titré : « Perceptions, identités sonores et patrimonialisation », cet ouvrage collectif réunit des communications présentées par douze intervenants, en 2012, lors d'une rencontre à l'Université de Saint-Quentin-en-Yvelines et à l'Institut National de l'Audiovisuel. Ils proviennent d'horizons très variés : musicologie et ethnomusicologie ; organologie, acoustique et informatique musicales ; histoire médiévale et contemporaine ; environnement sonore, urbanisme et architecture ; lexicographie et linguistique ; archéologie et ethnologie

« Cahiers de conversation de BEETHOVEN (1819-1827) » traduits et présentés par Jacques-Gabriel PROD'HOMME. Édition révisée par Nathalie Krafft. Paris, BUCHET-CHASTEL, LIBELLA (www.libella.fr ), 2015, 448 p. – 23 €.

Cette nouvelle édition — révisée et introduite par Nathalie Krafft — remet à la disposition des musicologues et amateurs francophones ces documents (indisponibles depuis un demi-siècle) illustrant les dernières années de la vie de Beethoven. À partir de 1818, atteint de surdité, l'écriture était alors son seul moyen de communiquer avec son entourage, par le jeu de questions et de réponses.

Jacinthe HARBEC, Marie-Noëlle LAVOIE et alia :  Darius Milhaud, compositeur et expérimentateur. Paris, VRIN (www.vrin.fr ), Collection MusicologieS, 2014, 286 p. – 30 €.

Darius Milhaud (1892-1974), « Français de Provence et de religion israélite », — auteur d'une œuvre prolifique (443 numéros d'opus), largement diffusée, contemporain de Maurice Ravel, Charles Koechlin, Oswaldo Guerra — a très largement contribué au rayonnement international de la musique française. Toutefois, certains aspects de sa forte personnalité et de son esthétique restent encore à découvrir. Jacinthe Harbec et Marie-Noëlle Lavoie ont regroupé onze études et réuni un important corpus documentaire inédit : lettres (Pierre Monteux), correspondances (Milhaud-Guerra), affiches (concert, Salle Chopin, 27 avril 1936 ; Chorégies à Orange, 1936…), programmes de concerts (Galerie Montaigne, Saudades do Brazil,22. 11. 1920…), portraits, exemples musicaux…

Tom PHILLIPS : Le son dans ma vie. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2015, 108 p. 35 €.

Les Éditions DELATOUR FRANCE viennent de publier, avec de remarquables qualités de présentation graphique et iconographique, un ouvrage exceptionnel et original. Il met en scène « un compositeur parmi les peintres » autour du motif conducteur : la relation des peintres avec la musique telle qu'elle est vécue par Tom Phillips (né en 1937), à la fois peintre et compositeur anglais. Il est introduit par Jean-Yves Bosseur

Philippe ENTREMONT : Piano ma non troppo, Paris, Fallois, 2015, 140p, 16€.

Célèbre, adulé, encensé face au clavier comme sur le podium du chef, Philippe Entremont livre ici une chronique savoureuse, toute de simplicité nuancée d'humour et de réserve colorée d'élégance. Le lecteur soucieux de découvrir les secrets de fabrication mécanique d'un génie du piano devra cependant déchanter ; rien de plus plaisant, dans cette chronique douce-amère, que la gaîté avec laquelle le grand artiste vous confie son goût pour la désinvolture ! Désinvolture toute rossinienne, si l'on s'avise que notre oisif décroche son prix de Paris le jour de ses quinze ans, la finale du Concours Reine-Elisabeth à dix-huit ans, le sacre au « Long-Thibaud » l'année suivante ! Sollicité par les plus grands noms, Monteux, Stravinsky, Milhaud, Bernstein…

Brigitte FRANCOIS-SAPPEY : La musique au tournant du siècle. 1 vol. Éditions Fayard, collection « Les chemins de la musique ». 2015, 302 p, 20€.

Ce livre offre une perspective originale sur la production musicale. La question posée est de savoir si les tournants de siècle sont vécus dans la musique comme des moments particuliers. « Les compositeurs ont-ils eu conscience d'une mutation ?» (quatrième de couverture ), du franchissement d'un seuil ? L'aube d'un nouveau siècle apporte-t-il quelque chose de significatif dans l'évolution de la pensée musicale ? Cette clé d'analyse est prétexte un examen de ce qui peut être différent ou ne pas l'être chez les compositeurs ou en matière de compositions. En fait d'année seuil, c'est à une période plus large de gestation qu'il y a lieu de se consacrer, plus intéressante à observer. Une tranche d'histoire s'étendant entre les années « 89 » du siècle et « 14 » du siècle suivant, qui marque souvent non une rupture, mais « un nécessaire fondu enchaîné ».

Marcel Jean VILCOSQUI. Flaubert était-il sourd ? Analyse sonolittéraire de sa vie et de son œuvre. 1 Vol  Les impliqués Éditeur, 2015, 265 p. 27€.

Si l'on peut légitimement se poser la question de la surdité et de ses conséquences chez tel ou tel compositeur, il faut bien avouer que cette question se pose avec moins d'acuité concernant les écrivains… Toute la gageure d'une telle enquête étant de démontrer au lecteur le bien fondé d'une telle problématique, pour le moins surprenante !

Musique au château du ciel. Un portrait de Jean-Sébastien Bach

John Eliot GARDINER : Musique au château du ciel. Un portrait de Jean-Sébastien Bach (traduit de l'anglais par Laurent Cantagrel et Dennis Collins), Paris, FLAMMARION (www.editions.flammarion.com ), 2014, 747 p. – 35 €.

Publié en 2013, sous le titre : Music in the Castle of Heaven, ce livre est dédié « Aux compagnons de voyage dans les paysages de Bach ». John Eliot Gardiner — qui, dès son jeune âge, est fasciné par Bach, contemple deux portraits authentiques, joue ses œuvres et, par la suite, en tant que chef incontesté, les inscrira à ses programmes — fait bénéficier son lectorat de sa vaste érudition, de son esprit d'analyse très poussé et de sa grande intelligence musicale.

Léonce de Saint-Martin à Notre-Dame de Paris (1886-1954)

Jean GUÉRARD : Léonce de Saint-Martin à Notre-Dame de Paris (1886-1954),  Paris, Les Éditions de l'officine (www.leseditionsdelofficine.com ), 2005, 328 p.  22, 50 €.

 

La vie de Léonce de Saint-Martin, jalonnée par de nombreuses difficultés familiales et contrariétés professionnelles surmontées avec courage, est présentée à l'appui de documents de première main par Jean Guérard — d'abord maîtrisien, puis élève du célèbre organiste — ayant participé de près aux diverses activités liturgiques et artistiques à Notre-Dame de Paris. Il est donc particulièrement qualifié pour rédiger cette page d'histoire événementielle de Paris, de sa Cathédrale et de Léonce de Saint-Martin, son organiste actif pendant vingt ans, de 1934 à 1954.

Émile BOURDON (1884-1974), organiste et compositeur

Louis SAUVÉ : Émile BOURDON (1884-1974), organiste et compositeur, Préface de Marie-Claire Alain. Paris, Les éditions de l'officine (www.leseditionsdelofficine.com ), 2004, 342  p. – 22, 50 €.

 

Le titre significatif du chapitre IV : « Non à l'oubli !... » est explicité et réalisé en trois autres chapitres dans lesquels Louis Sauvé situe son « oncle Émile » par rapport à son environnement familial, à l'éveil de sa vocation, à ses années d'études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et surtout dans le contexte de la « Belle Époque », en France et à Monte-Carlo, puis au milieu de ses élèves, collègues et amis. Le récit de « son neveu », le Docteur Louis Sauvé, est garant d'authenticité.

Entartete Musik. Musiques interdites sous le IIIe Reich

Élise PETIT, Bruno GINER : Entartete Musik. Musiques interdites sous le IIIe Reich,  Paris, Bleu Nuit Éditeur (www.harmattan.fr ), Collection : Horizons (n°49), 2015, 176 p. – 20 €.

Sous le IIIe Reich, l'idéologie nazie s'en est aussi prise à la « musique dégénérée » et visait les musiciens, compositeurs, chefs d'orchestre, interprètes, éditeurs, metteurs en scène, comédiens, chanteurs, poètes, acteurs, journalistes d'origine juive ou étrangère, ceci au nom de la « pureté de la race ». Le régime soutenait la tradition musicale allemande et rejetait entre autres le jazz, le cabaret, certaines chansons, l'atonalité et, évidemment, la musique non-allemande.

Carl Nielsen

Jean-Luc Caron, Carl Nielsen, Paris, 1 vol Bleu Nuit Éditions, 2015,178 p, 20€

 

 

À Jean-Luc Caron, spécialiste sans rival en France de la musique scandinave, nous devions déjà de nombreuses études sur Grieg, Sibelius ou Nielsen, le plus souvent sous forme d'articles destinés à l'excellente revue du Net, ResMusica. Dans ce dernier ouvrage, reprenant, peaufinant et complétant ses acquis, il nous offre la monographie, depuis si longtemps méritée, du grand compositeur danois Carl Nielsen (1865-1931).

L'Anneau du Nibelung.

Richard WAGNER. L'Anneau du Nibelung. Traduction d'Henri Christophe. 1 Vol Symétrie, 2015, 403 p. 13,80€.

 

 

Les opéras de Richard Wagner ont longtemps été donnés en France dans leur version française s'appuyant sur des traductions souvent fantaisistes justifiant ce jugement de Romain Rolland : « Elles ne sont ni françaises, ni même intelligibles dans aucune langue ». Jugement sévère s'il en est, pourtant non exempt de vérité, à l'origine de nombreux malentendus concernant la personnalité et l'œuvre du maître de Bayreuth.  La première exécution intégrale de la Tétralogie en France aura lieu à l'Opéra de Lyon en Juin 1911 dans une traduction qui « sonne allemand » et néanmoins très discutée d'Alfred Ernst,

Vers l'étrangeté, ou l'opéra selon Philippe Boesmans.

Cécile Auzolle : Vers l'étrangeté, ou l'opéra selon Philippe Boesmans. 1 vol Actes Sud, 2014, 349p, 23€

 

 

Philippe Boesmans (*1936) est une des figures les plus attachantes de la scène lyrique actuelle. La création française, fort applaudie, de son septième opus Au Monde, à l'Opéra Comique en février dernier (cf. NL de 3/2015) rappelle opportunément pourquoi. Le succès de la musique de Boesmans tient à son accessibilité, car « son art intègre les conventions de l'art lyrique dans une écriture souple privilégiant le confort des chanteurs pour favoriser leur investissement théâtral » (p.214).

Atout-chœur. Un demi-siècle de direction chorale.

Jean-Louis RÉBUT : Atout-chœur. Un demi-siècle de direction chorale. Entretiens avec Jacqueline Heinen, Paris, L'HARMATTAN, Collection : Graveurs de Mémoire, Série : Entretiens/Arts et Vie culturelle, 2015, 105 p. 12, 50 €.

Le genre littéraire des « entretiens » exige beaucoup d'esprit critique et de discernement ; il s'agit de faire un choix dans les renseignements et de, parfois, susciter des questions complémentaires. Le titre : « Atout-chœur »  est déjà, en lui-même, très révélateur ; c'est le mérite de Jean-Louis Rébut (né à Paris, le 2 juillet 1937) — philosophe, organiste formé par Pierre Cochereau, si bien préparé au chant grégorien par Dom Gajard (Solesmes) et au métier de chef de chœur par César Geoffray et Michel Corboz, fondateur de 22 ensembles vocaux et instrumentaux, également conférencier et poète — d'évoquer avec la sociologue Jacqueline Heinen un demi-siècle de direction chorale.

Formation musicale-Formation du musicien

Jean-Michel BARDEZ, Jean-Paul DESPAX (dir.) : Formation musicale-Formation du musicien, Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2015, BDT0012, 290 p. -32 €.

Exit le solfège rébarbatif d'antan où les futurs musiciens devaient ânonner et répéter inlassablement des phrases musicales, sans en saisir le support esthétique, et jongler entre diverses clés à une vitesse métronomique imposée. Place à la « Formation musicale » intelligente  et rentable, spéculant sur la pensée didactique (et non sur l'automatisme solfégique).

De la musique avant toute chose. Notes linguistiques et littéraires

Barbara WOJCIECHOWSKA (dir.) : De la musique avant toute chose. Notes linguistiques et littéraires, Paris, L'HARMATTAN (www.harmattan.fr), 2014, 168 p. – 17 €.

Paul Verlaine, mort en 1896, serait peut-être surpris que son adage bien connu serve de titre à un ouvrage du XXIe siècle. Toutefois, cette étude concerne les relations entre la littérature et la linguistique, discipline scientifique lancée au XXe siècle dans le sillage de Ferdinand de Saussure (1857-1913). Ces actes du Colloque International de Lecce (novembre 2012) regroupent, outre la Préface, dix textes de divers auteurs évoquant les « problèmes d'entente entre le librettiste et le compositeur » ; rappelant que « la musique n'est pas dans les paroles : exemples de Verlaine, Baudelaire, Fuzelier » ; abordant les « Stratégies métriques et traduction des textes chantés ».

Bach Jean Sébastien « Naissance d'une Vocation »

Jean-François Robin : Bach Jean Sébastien « Naissance d'une Vocation ». 1 vol Riveneuve Editions, 192 p, 10 €.

Jean-François Robin est directeur de la photographie. Il a travaillé avec Claude Sautet, Jacques Demy, Philippe de Broca, Jean-Jacques Beneix. Il est aussi l'auteur de plusieurs essais sur le cinéma et de romans de fiction. « La Disgrâce de Jean Sébastien Bach » a reçu en 2003 le prix de l'Académie Française et a été adapté au théâtre avec Sophie Deschamps et créé au festival d'Avignon en 2009. Jean Sébastien Bach « Naissance d'une Vocation » raconte à la première personne sa jeune vie, ses aventures, ses voyages, sa découverte de la musique et les fulgurances de sa virtuosité. Ce livre est une biographie qui fait partie d'une collection intitulée « La Naissance d'une Vocation », savoir sur les moments de la jeunesse, qui ont participé à la reconnaissance d'un artiste dans son domaine.

 La musique irlandaise

Étienne Bours : La musique irlandaise. Préface de Gilles Servat. Éditions Fayard,  collection « Chemins de la musique », 2015,  576p, 15,3 x 23,5.  28,- €

 

Le sujet est complexe et mérite indéniablement un ouvrage d'importance dans notre langue. Étienne Bours, journaliste spécialisé dans les musiques du monde, vient de publier, chez Fayard, dans la collection « Les chemins de la musique », un livre consistant, abondant en informations diverses. La Table des matières, copieuse autant qu'ambitieuse, propose deux parties distinctes : « l'histoire du pays et de son peuple telle qu'elle apparaît dans les chansons » puis « l'histoire de la musique irlandaise, ses racines, ses évolutions et ses transformations ». L'auteur a raison de préciser, dans son propos liminaire, que son travail ne relève pas de la musicologie car « c'est un essai sur les liens entre une musique et un peuple, à travers l'histoire » (p. 18).