Carl Nielsen

Jean-Luc Caron, Carl Nielsen, Paris, 1 vol Bleu Nuit Éditions, 2015,178 p, 20€

 

 

À Jean-Luc Caron, spécialiste sans rival en France de la musique scandinave, nous devions déjà de nombreuses études sur Grieg, Sibelius ou Nielsen, le plus souvent sous forme d'articles destinés à l'excellente revue du Net, ResMusica. Dans ce dernier ouvrage, reprenant, peaufinant et complétant ses acquis, il nous offre la monographie, depuis si longtemps méritée, du grand compositeur danois Carl Nielsen (1865-1931).

L'Anneau du Nibelung.

Richard WAGNER. L'Anneau du Nibelung. Traduction d'Henri Christophe. 1 Vol Symétrie, 2015, 403 p. 13,80€.

 

 

Les opéras de Richard Wagner ont longtemps été donnés en France dans leur version française s'appuyant sur des traductions souvent fantaisistes justifiant ce jugement de Romain Rolland : « Elles ne sont ni françaises, ni même intelligibles dans aucune langue ». Jugement sévère s'il en est, pourtant non exempt de vérité, à l'origine de nombreux malentendus concernant la personnalité et l'œuvre du maître de Bayreuth.  La première exécution intégrale de la Tétralogie en France aura lieu à l'Opéra de Lyon en Juin 1911 dans une traduction qui « sonne allemand » et néanmoins très discutée d'Alfred Ernst,

Vers l'étrangeté, ou l'opéra selon Philippe Boesmans.

Cécile Auzolle : Vers l'étrangeté, ou l'opéra selon Philippe Boesmans. 1 vol Actes Sud, 2014, 349p, 23€

 

 

Philippe Boesmans (*1936) est une des figures les plus attachantes de la scène lyrique actuelle. La création française, fort applaudie, de son septième opus Au Monde, à l'Opéra Comique en février dernier (cf. NL de 3/2015) rappelle opportunément pourquoi. Le succès de la musique de Boesmans tient à son accessibilité, car « son art intègre les conventions de l'art lyrique dans une écriture souple privilégiant le confort des chanteurs pour favoriser leur investissement théâtral » (p.214).

Atout-chœur. Un demi-siècle de direction chorale.

Jean-Louis RÉBUT : Atout-chœur. Un demi-siècle de direction chorale. Entretiens avec Jacqueline Heinen, Paris, L'HARMATTAN, Collection : Graveurs de Mémoire, Série : Entretiens/Arts et Vie culturelle, 2015, 105 p. 12, 50 €.

Le genre littéraire des « entretiens » exige beaucoup d'esprit critique et de discernement ; il s'agit de faire un choix dans les renseignements et de, parfois, susciter des questions complémentaires. Le titre : « Atout-chœur »  est déjà, en lui-même, très révélateur ; c'est le mérite de Jean-Louis Rébut (né à Paris, le 2 juillet 1937) — philosophe, organiste formé par Pierre Cochereau, si bien préparé au chant grégorien par Dom Gajard (Solesmes) et au métier de chef de chœur par César Geoffray et Michel Corboz, fondateur de 22 ensembles vocaux et instrumentaux, également conférencier et poète — d'évoquer avec la sociologue Jacqueline Heinen un demi-siècle de direction chorale.

Formation musicale-Formation du musicien

Jean-Michel BARDEZ, Jean-Paul DESPAX (dir.) : Formation musicale-Formation du musicien, Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2015, BDT0012, 290 p. -32 €.

Exit le solfège rébarbatif d'antan où les futurs musiciens devaient ânonner et répéter inlassablement des phrases musicales, sans en saisir le support esthétique, et jongler entre diverses clés à une vitesse métronomique imposée. Place à la « Formation musicale » intelligente  et rentable, spéculant sur la pensée didactique (et non sur l'automatisme solfégique).

De la musique avant toute chose. Notes linguistiques et littéraires

Barbara WOJCIECHOWSKA (dir.) : De la musique avant toute chose. Notes linguistiques et littéraires, Paris, L'HARMATTAN (www.harmattan.fr), 2014, 168 p. – 17 €.

Paul Verlaine, mort en 1896, serait peut-être surpris que son adage bien connu serve de titre à un ouvrage du XXIe siècle. Toutefois, cette étude concerne les relations entre la littérature et la linguistique, discipline scientifique lancée au XXe siècle dans le sillage de Ferdinand de Saussure (1857-1913). Ces actes du Colloque International de Lecce (novembre 2012) regroupent, outre la Préface, dix textes de divers auteurs évoquant les « problèmes d'entente entre le librettiste et le compositeur » ; rappelant que « la musique n'est pas dans les paroles : exemples de Verlaine, Baudelaire, Fuzelier » ; abordant les « Stratégies métriques et traduction des textes chantés ».

Bach Jean Sébastien « Naissance d'une Vocation »

Jean-François Robin : Bach Jean Sébastien « Naissance d'une Vocation ». 1 vol Riveneuve Editions, 192 p, 10 €.

Jean-François Robin est directeur de la photographie. Il a travaillé avec Claude Sautet, Jacques Demy, Philippe de Broca, Jean-Jacques Beneix. Il est aussi l'auteur de plusieurs essais sur le cinéma et de romans de fiction. « La Disgrâce de Jean Sébastien Bach » a reçu en 2003 le prix de l'Académie Française et a été adapté au théâtre avec Sophie Deschamps et créé au festival d'Avignon en 2009. Jean Sébastien Bach « Naissance d'une Vocation » raconte à la première personne sa jeune vie, ses aventures, ses voyages, sa découverte de la musique et les fulgurances de sa virtuosité. Ce livre est une biographie qui fait partie d'une collection intitulée « La Naissance d'une Vocation », savoir sur les moments de la jeunesse, qui ont participé à la reconnaissance d'un artiste dans son domaine.

 La musique irlandaise

Étienne Bours : La musique irlandaise. Préface de Gilles Servat. Éditions Fayard,  collection « Chemins de la musique », 2015,  576p, 15,3 x 23,5.  28,- €

 

Le sujet est complexe et mérite indéniablement un ouvrage d'importance dans notre langue. Étienne Bours, journaliste spécialisé dans les musiques du monde, vient de publier, chez Fayard, dans la collection « Les chemins de la musique », un livre consistant, abondant en informations diverses. La Table des matières, copieuse autant qu'ambitieuse, propose deux parties distinctes : « l'histoire du pays et de son peuple telle qu'elle apparaît dans les chansons » puis « l'histoire de la musique irlandaise, ses racines, ses évolutions et ses transformations ». L'auteur a raison de préciser, dans son propos liminaire, que son travail ne relève pas de la musicologie car « c'est un essai sur les liens entre une musique et un peuple, à travers l'histoire » (p. 18).

Irina KIRCHBERG, Alexandre ROBERT (dir.) : Faire l'art. Analyser les processus de création artistique, 1 vol L'HARMATTAN (www.harmattan.fr), 2014, 206 p. -  21 €.

Ce livre regroupe 9 communications présentées le 17 mai 2013, lors d'une journée d'études à l'Université Paris-Sorbonne organisée par l'École doctorale « Concepts et Langages » et l'Observatoire Musical Français, à l'initiative de Danièle Pistone. Elles sont présentées grâce aux soins attentifs d'Irina Kirchberg et d'Alexandre Robert.

Gilles CANTAGREL : Passion baroque. Cent cinquante ans de musique en France. 1 Vol  FAYARD (www.fayard.fr), 2015, 245 p. - 15 €.

De lecture agréable, d'une plume alerte, ce livre destiné au grand public cultivé ne décevra pas les spécialistes. Gilles Cantagrel, lui-même passionné de musique « baroque » et fin connaisseur, la divise en trois périodes esthétiques bien délimitées : Premier baroque-naissance d'un art nouveau (1600-1650) ; Le baroque médian (1650-1700) ;  Baroque tardif et apothéose (1700-1750). Cette étude couvrant un siècle et demi commence avec la création à Rome (1600) du premier Oratorio La représentation de l'âme et du corps d'Emilio de Cavalieri, avec le lancement de la basse continue, et s'arrête avec la disparition de cette technique et à la mort de J. S. Bach (1750).

Élisabeth-Marie GANNE : Louis GANNE et le sang des Arvernes, 1 vol. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2014, BDT0010, 290 p. - 35 €.

Le sous-titre, qui pourrait intriguer les lecteurs, rappelle que « vingt siècles sépareront les guerriers de l'Arverne gauloise déferlant furieusement sur le Romain, de la création de la Marche Lorraine par le petit père Ganne, comme on surnomme affectueusement l'homme si peu militaire d'aspect ou de disposition. » (4e page de couverture). Pour présenter Louis Ganne (1862-1923) — dont le nom en gaulois de la région signifie Chef —, Élisabeth-Marie Ganne, qui n'a pas connu son grand-père, a judicieusement puisé dans les sources d'archives : correspondances, témoignages d'époque, souvenirs relatés par son père et manuscrits conservés à la Bibliothèque de l'Opéra.

Paolo CRIVELLARO : Die Norddeutsche Orgelschule. Aufführungspraxis nach historischen Zitaten. Repertoire, Instrumente, Stuttgart, CARUS Verlag (www.carus-verlag.com ), 2015, CV 60.010, 208 p. – 68 €.

Cet ouvrage concerne l'école d'orgue nord-allemande et, en particulier, les critères d'interprétation, le répertoire et les instruments. Les judicieuses remarques de Paolo Crivellaro s'appuient sur des citations historiques (traités, types de notations…), donc authentiques. Un survol esthétique donne lieu à un rappel du Stylus Antiquus, du Stylus modernus et des influences italienne et française. L'auteur traite ensuite la pratique dominicale aux cultes et aux offices où l'organiste interprète des pièces d'orgue en soliste, accompagne le chant d'assemblée, réalise la basse continue. Puis il aborde les genres spécifiques : œuvres reposant sur un cantus firmus (mélodie de choral bien connue des fidèles), œuvres avec ostinato, tablatures, préludes de chorals, fantaisies, fugues, formes liturgiques diverses, sans oublier les sources profanes.

Jon LAUKVIK (éd.) : Orgelschule zur historischen Aufführungspraxis . Teil 3 : Die Moderne, Stuttgart, CARUS Verlag (www.carus-verlag.com ), 2014, CV 60.006, 351 p. – 80, 50 €.

Chez le même éditeur, ce deuxième volume concerne les critères d'interprétation de la musique d'orgue allemande et française à l'époque « moderne ». Sept chapitres réalisés par sept auteurs proposent un parcours chronologique commençant avec l'esthétique néoclassique représentée en Allemagne par Paul Hindemith (1895-1963), Hugo Distler (1908-1942), Johann Nepomuk David (1895-1977) et Kurt Hessenberg (1908-1994). Ces compositeurs sont introduits par Armin Schoof, professeur et concertiste international. Après quelques précisions biographiques, les interprètes et concertistes trouveront de précieux renseignements sur la composition des instruments pour lesquels les œuvres ont été pensées, un aperçu du répertoire avec indications des registrations d'époque, des citations de quelques incipit, et toutes les précisions indispensables (tempo, dynamique, indications métronomiques, phrasés), parfois, source hymnologique des mélodies de chorals et quelques portraits (compositeurs aux claviers).

Brice GÉRARD : Histoire de l'ethnomusicologie en France (1929-1961). Paris, L'Harmattan (www.harmattan.fr ), 2014, 363 p. 37, 50 €.

En France, l'Ethnomusicologie a été lancée dès 1926 par André Schaeffner. Cette future discipline concerne d'une part la tradition orale et sa réception, d'autre part l'exploitation des fonds organologiques groupant des instruments de diverses provenances géographiques. Elle mise sur l'identité culturelle, les patrimoines, les langages musicaux en fonction des spécificités nationales. Elle fait appel, entre autres, au comparatisme, à l'ethnographie, aux monographies.

Xavier HASCHER, Mondher AYARI et Jean-Michel BARDEZ (dir.) : L'analyse musicale aujourd'hui. Music Analysis Today, Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2015, BDT0005, 478 p. - 35 €.

Depuis plusieurs décennies, les critères de l'analyse musicale ont évolué considérablement et « aujourd'hui », « Today » (c'est-à-dire vers 2014-15), la Collection « Pensée musicale » propose un bilan des tendances représentées par 23 auteurs. Les débats (en français et en anglais) présentent les différentes étapes de la recherche depuis la set theorie de Célestin Deliège et le premier Congrès d'analyse musicale (Colmar) en 1989, à travers l'analyse formalisée, l'analyse modélisée, l'analyse des musiques contemporaines, des musiques populaires modernes jusqu'à l'analyse post-schenkérienne.

Joseph Colomb : Janacek en France. De l'indifférence à la reconnaissance. 1 Vol Les éditions de l'ïle bleue, 2014, 564 p, 35 €.

Cet imposant ouvrage est celui d'un mélomane, non d'un musicologue. D'un amoureux de la musique de Janacek. Un amoureux qui emporté par sa passion pour son sujet, ne ménage pas la critique...des critiques musicaux, trop frileux à son goût, trop lents à déclarer leur intérêt, sinon leur enthousiasme, pour un musicien essentiel du XX ème siècle. Ce livre qui n'a pas pour titre « Janacek et la France », mais « Janacek en France », se propose de décortiquer les étapes de la réception française de la musique de ce compositeur.

Philippe Entremont : Piano ma non troppo. Souvenirs. 1 Vol. Editions de Fallois, Paris, 2015. 140 p., 16€.

Philippe Entremont est un homme qui s'épanche peu et un pianiste discret à l'aune du battage médiatique ambiant. A l'automne d'un carrière remarquable, il se livre pourtant. De bonne grâce et avec une forme d'absence d'ego qui fait plaisir à lire. Né d'une mère pianiste et d'un père chef d'orchestre, il deviendra l'un puis l'autre. Témoin des grands, telle Marguerite Long, qui lui « fichait le trac », on savoure quelques portraits de musiciens, qui ont le mérite de la concision : de chefs, comme Eugène Ormandy qui « conçoit le concerto comme une conversation », Leonard Bernstein qui « a montré au monde qu'on pouvait être magnifique sans être précis », Pierre Boulez, Igor Stravinsky encore, qu'il a connu sur le tard de la carrière du maître.

Jean-Yves Clément. Alexandre Scriabine. 1 Vol Actes Sud. Collection Classica, 2015, 208 p, 18,50€.

A l'occasion du centenaire de sa mort, Jean-Yves Clément nous propose cette courte et agréable biographie d'Alexandre Scriabine (1872-1915) comme une première approche de ce pianiste et compositeur russe, encore mal connu du grand public, personnalité atypique, volontiers mystique, véritable passeur, assurant la charnière entre les mondes du XIXe et du XXe siècle, repoussant résolument toutes les limites expressives et formelles entre romantisme total et modernisme radical.

Tempo Flûte. Revue de l'Association d'histoire de la flûte française, n°11 (www.tempoflute.com ), 1er Semestre 2015, 64 p. (Abonnement un an : membre actif France 16 €, étranger 20 €), 8 €.

Outre l'information concernant les parutions récentes (disques, partitions et livres), ainsi que des offres discographiques, les amateurs comme les spécialistes de la flûte trouveront de précieux renseignements techniques et organologiques sur « Les flûtes Abell et les étapes de leur fabrication » ;

 La musique spectrale. Une révolution épistémologique

Hugues DUFOURT : La musique spectrale. Une révolution épistémologique. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2014, DLT2348, 485 p. - 17 €.

Depuis la fin du XIXe siècle, la musicologie — au départ, science historique, musicale et littéraire — s'est rapidement orientée au siècle suivant vers l'esthétique, l'ethnologie, la sociologie, la politique, puis la théorie de la réception, les recherches sur la perception ; au gré des progrès technologiques et grâce à l'informatique : elle est devenue pluridisciplinaire.

 Musique, Pouvoir, Écriture

Hugues DUFOURT : Musique, Pouvoir, Écriture. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2014, DLT2336, 417 p. - 25 €.

Hugues Dufourt, philosophe et compositeur, pose, dans ce second livre, la question fondamentale : « Faut-il, pour expliquer la musique de notre siècle, suivre le pessimisme apocalyptique d'Adorno pour qui le formalisme n'est qu'une réaction autodestructive devant les diktats de la société de masse ?

Émile GOUE, chaînon manquant de la musique française

Philippe Malhaire (éd. et dir. ) : Émile GOUE, chaînon manquant de la musique française. 1Vol L 'Harmattan, collection L'Univers musical, 2014, 267 p, 28 €

Destin singulier que celui d'Émile Goué (1904-1946), qui malgré leur caractère restreint, une cinquantaine, a laissé des compositions aussi intéressantes que le sont ses écrits théoriques. Formé auprès de Charles Koechlin, il développe vite une esthétique très personnelle, qui en fait un des compositeurs les plus prometteurs de sa génération.