Dictionnaire superflu de la musique classique.

Pierre BRÉVIGNON & Olivier PHILIPPONAT : Dictionnaire superflu de la musique classique.  Nouvelle édition augmentée.  Le Castor Astral (www.castorastral.com).  17 x 24 cm, 352 p., ill. n&b, 20 €.

En ces temps d’extrême morosité, est-il quelque chose de moins superflu que le sourire ?  Au hasard des quelque 900 entrées de ce célèbre dictionnaire (mis à jour), votre abattement ne tiendra pas la distance.  Où vous découvrirez, en outre, bien des épisodes méconnus de cet univers impitoyable qu’est la musique classique - avatars souvent fort pittoresques.  Une merveille de feuillettement - plaisamment émaillée de plus de 200 illustrations.  Bibliographie, index des noms.

 Le toucher des philosophes.

François NOUDELMANN : Le toucher des philosophes.  Sartre, Nietzsche et Barthes au piano.  Essai.  NRF/Gallimard.  180 p., 16 €.

Il y aurait certes eu bien d’autres pianistes-philosophes à citer (Rousseau, Wittgenstein, Adorno, Jankélévitch…), mais Sartre, Nietzsche et Barthes sont emblématiques d’intimes contradictions.  Si Sartre, par exemple, se plaisait à discourir sur Schönberg, Xenakis ou Stockhausen, c’est toujours vers Chopin ou Debussy – ses compositeurs de prédilection - que ses doigts l’entraînaient.  Anti-modernisme inavouable ?  Peut-être…  « L’unité du moi est une construction qui masque des dissonances et des rythmes intimes avec lesquels nous ne cessons de composer » note fort justement François Noudelmann, philosophe lui-même, enseignant à Paris VIII.  Et de développer la thèse selon laquelle les activités érotico-musicales intimes de Sartre, Nietzsche et Barthes contrevenaient étrangement à leurs préoccupations affichées.  Iconoclaste et passionnant !

De la musique avant toute chose.

Michel TABACHNIK : De la musique avant toute chose.  Préface de Régis Debray.  Buchet/Chastel.  14 x 20,5 cm, 506 p., 24 €.

Manière de plaidoyer pour la musique contemporaine, cet ouvrage propose au lecteur le « concert idéal » de qui fut successivement le disciple de Markevitch, Karajan puis Boulez.  Ce dernier ne lui confia-t-il pas la création de l’Ensemble Intercontemporain ?  Concert virtuel certes, programmant : Terretektorh du « frère aîné » Xenakis, Les Noces de Stravinsky, Le Marteau sans maître du « père spirituel » Boulez, Musique pour instruments à cordes, percussion et célesta de Bartók et « œuvre absolue » : Vier letzte Lieder de Richard Strauss.  Livre également de souvenirs, où ne sont qu’en creux évoqués les médiatiques déboires dont une quête spirituelle ingénue aura été le catalyseur...  Éblouissante préface, à l’ordinaire du « médiologue » Régis Debray.

Chantez au Seigneur un cantique nouveau.

James LYON : Chantez au Seigneur un cantique nouveau.  Introduction à l’hymnologie.  Éditions Olivétan (20, rue Calliet BP 4464 - 69241 Lyon Cedex 04.  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.), 2008, 176 p. (CD encarté).  29,50 €.

Plus qu’une « introduction à l’hymnologie », ce volume, très bien présenté et illustré, est, en fait, une introduction au répertoire de plus de dix siècles de chants religieux. Il prend pour modèles le dernier « recueil de chants au service des Églises francophones » : Alléluia (Olivétan, 2005).  Au fil des pages, J. Lyon révèle l’importance chronologique de ce fonds, de l’Antiquité vétérotestamentaire, à travers les Pères de l’Église, les Réformateurs, l’Orthodoxie et le siècle des Lumières… jusqu’au XXIe siècle, le XIXe siècle marquant un temps de renouveau.  Il précise les sources allant de la musique populaire à la musique sacrée, en passant par l’Allemagne, la Suisse, la France, la Scandinavie ainsi que l’Angleterre, et rappelle la diversité des sensibilités

Le chant des moteurs. Du bruit en musique.

Louis CHRÉTIENNOT : Le chant des moteurs. Du bruit en musique.  L’Écarlate/L’Harmattan.  218 p., bibliographie.  17 €.

Contrairement à ce qu’annonce son titre, cet essai vulgarise d’un ton clair et spontané des données diverses sur le pythagorisme musicien ou sur certains courants de la musique récente. Mais ces généralités alignent les approximations (la forme-sonate comme cadre contraint dans lequel le compositeur « injecte » des contenus, etc.).  On regrette d’autant plus que l’ouvrage, sympathique par ailleurs et même s’il peine à définir son sujet, semble sous-tendu d’une idée prometteuse : réévaluer les musiques populaires modernes en les inscrivant dans l’histoire générale de la musique et relire celle-ci à l’écoute de celles-là.  Dommage.

Le présent décomposé.

enis COHEN : Le présent décomposé.  Entretien avec Michel Rigoni.  Préface de Pierre Albert Castanet.  « Univers musical », L’Harmattan.  230 p., ex. mus., glossaire, catalogue des œuvres, bibliographie.  21 €.

L’œuvre de D. Cohen, dans les sillages divergents de Zimmermann et Stockhausen, réfléchit ses désirs et moyens entre rigueur postsérielle et souci de la perception, se délectant du mixte et du multiple.  Mais, autour d’un long entretien, sont surtout ici approfondis les rapports problématiques du créateur aux institutions françaises de la création musicale qui, sans projet, multiplient les incohérences.  Le compositeur met par ailleurs cette compétence critique au service de vues historiques inédites, hors des taxinomies convenues et réductrices.  Et la réflexion de haut niveau se pimente de formules acérées comme ces « gentils paysagistes de la place du ‘‘Teurtre’’ » pour les anti avant-garde ou, moins acide, « l’art est le domaine de la pensée sensible et il a besoin de s’adosser à l’éducation ».

 

Francesco SPAMPINATO : Les métamorphoses du son. Matérialité imaginative de l’écoute musicale. Préface de G. Stefani. « Sémiotique et philosophie de la musique », L’Harmattan.  Index, bibliographie. 204 p., 19 €.

Qu’est-ce qui est à l’œuvre quand, d’un commun accord, une pièce de Debussy stimule un imaginaire aquatique ?  Cet ouvrage de sémiotique traite des discours métaphoriques qui rendent compte de l’expérience musicale. Il sonde ainsi les racines corporelles de la métaphore avant d’en déchiffrer les productions comme expressions d’archétypes, tels les quatre éléments (Bachelard).  La convergence interdisciplinaire de théories de référence (« affects de vitalité » de Stern, Globalité des langages de Guerra Lisi & Stefani ou philosophie de Jankélévitch) rend la recherche de Fr. Spampinato aussi solide que stimulante, d’autant que la clarté de ses énoncés en autorise l’accès au non-spécialiste.