Jean-Luc Caron, médecin, musicologue et critique musical, s’est hautement spécialisé dans la musique nord-européenne et ses divers contextes historique, artistique et sociologique. Après s’être fait remarquer par ses livres sur Jean Sibelius et Edvard Grieg et La musique danoise et l’esprit du XIXe siècle, dans son nouvel ouvrage préfacé par le Professeur David Fanning (Université de Manchester), il situe Carl Nielsen « entre tradition et modernité ».

Carl Nielsen — le plus célèbre des compositeurs danois — est né le 9 juin 1865 en Fionie près d’Odense et mort le 3 octobre 1931 à Copenhague. En 1897, il est cornettiste à l’Orchestre militaire d’Odense et, quatre ans après, bénéficiera d’une formation musicale à Copenhague. Son œuvre assez hermétique comporte notamment 6 symphonies, 3 opéras, un Concerto pour violon (1911) très remarqué par Yehudi Menuhin, un Concerto pour flûte (1926), un Concerto pour clarinette (1928) et deux Fantaisies pour hautbois...

Sa musique chorale comprend, entre autres : Hymnus amoris (1897), Trois Motets (1929), Hymne til Kunsten (Hymne à l’Art, 1929) et diverses Cantates parmi lesquelles celle pour le 50e anniversaire de l’Union danoise (1931) ; pour voix solistes : Quarante chants danois, Vingt mélodies populaires, Dix petits chants danois et, en musique de chambre : 5 Quatuors à cordes (entre 1897 et 1899), 3 Sonates pour violon… Il se situe dans le sillage du classicisme et de Johannes Brahms à la rigueur duquel il se réfère tout en se détachant du sentimentalisme.

Cet imposant livre, complété par un vaste Index des noms (p. 379-390) propose une utile Chronologie du compositeur, évoque deux personnalités marquantes de son entourage : Balduin Dahl (qui l’a découvert) et Johann Svendsen (qui l’a défendu). À partir du chapitre 5, l’auteur analyse et passe en revue de nombreuses œuvres. Le chapitre 22, particulièrement important, aborde son « positionnement esthétique général ». À noter le chapitre 24 : « Chauffeur ou chauffard ? ». Les lecteurs seront intéressés par les débuts de la Radio danoise (chapitre 25) ou encore son concept de danité (ch. 26). Jean-Luc Caron évoque aussi « les Nielsen, une famille danoise reflet de son époque » (ch. 27) ou encore « Carl nielsen intime » (ch. 28), rappelle les relations entre le compositeur et Paris. Sur le plan esthétique, il constate que les percussions représentent des éléments du modernisme nielsénien, relève son retour à Palestrina mais aussi sa position « aux confins de la tonalité » et répond ainsi à la question percutante : « Carl Nielsen : une tentative de dé-germanisation de la musique danoise ? » : il a voulu conférer à son pays une « foncière originalité » et atténuer la suprématie de la musique germanique. Il conclut cette monumentale étude en ces termes : « Dans une lente marche vers l’universalité qu’il eut probablement conscience de n’avoir pas pleinement atteinte, Nielsen rejeta avec force la soumission au puissant monde musical germanique, monde dont il savait reconnaître la valeur séculaire mais dont il savait devoir s’affranchir — un peu comme Jean Sibelius en Finlande — pour conquérir son propre langage. » (p. 375). Figure humaniste, créateur singulier à (re)découvrir.
Édith Weber
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