Avec ses 202 petits morceaux (« morcelets » plus ou moins longs -de 4 à 78 mesures...- et plus ou moins difficiles), ce Manuel de piano original, déjà très diversifié dans le seul vol. 1, offre une vaste mine de perles musicales qui raviront pianistes débutants et chevronnés. Conçu comme « un jardin où il fait bon se promener », le compositeur pédagogue du piano a préféré laisser professeurs et élèves découvrir son univers musical dans l’ordre de création des pièces, tout en proposant un « itinéraire conseillé » (par volume, mais également pour l’ensemble), visant une progression en difficulté croissante. Chaque volume est indépendant, mais le tout constitue une entité pédagogique cohérente et très profitable.



Le Volume 1 débute par une (re)mise en doigts grâce à 3 petits cahiers de transcriptions simples pour le clavier d’hymnes, de chansons, de génériques connus… appartenant au tronc commun national et international. Une spécificité méthodologique : après l’apprentissage par l’élève du morceau en question, il lui est proposé, le cas échéant, un travail complémentaire des plus efficaces, à l’aide d’une signalétique (cf. encadrés des pages de nomenclature des entrées). Ce travail d’appoint (rythmique, agogique, nuancé, d’attaque, de transposition, de redistribution des rôles manuels...) constitue une excellente consolidation des acquis fondamentaux du geste et du développement mental du pianiste (en herbe). Le jeu sur les divers paramètres favorise une distanciation libératrice du morceau écrit. Le vaste 4e cahier (continuant dans le volume 2) propose les premiers 68 morcelets, très diversifiés, afin de poursuivre l’apprentissage des rudiments de la pratique.

Le Volume 2, plus développé (en presque 200 p.), complète avec plus de 130 « morcelets » l’offre lancée dans le 4e cahier du Vol. 1. En pédagogue averti, Stéphan PATIN y développe encore le travail pianistique en profondeur : la trame discursive se complexifie, le jeu manuel alterné se déploie encore davantage, les exemples d'interversion se multiplient, les doubles (voire triples) notes y sont traitées à de nombreuses reprises. Il invite également à affiner les subtilités expressives, vers de nouveaux horizons musicaux. Fluidité (voire fulgurance), transparence (jeu cristallin), travail sur les plans sonores, assouplissement des inflexions... figurent dans ces pages musicalement attachantes. Au fil des années, elles entretiendront l’appétence du musicien.

Pour une approche pédagogique plus fine ou transversale, dans chaque volume, les pages Repères indexent les difficultés spécifiques travaillées (alternance des mains, mains en vedette, interversion, grands écarts ; gammes, accords, arpèges ; canon, chromatisme, Majeur/mineur ; notes piquées, tenues, trilles, appoggiatures ; intervalles à l’honneur, mesures, tonalités...) et orientent donc les pianistes dans la gestion de leur progression. D’une grande diversité, ces morcelets ressortissent aux esthétiques baroque, classique, romantique, impressionniste, minimaliste... Jazz, folklore et chansons populaires affleurent dans certaines pages. Aux titres souvent facétieux (Glisse en DO, Non pas chez Lebel, Au furet amuseur, Un Sisyphe...), ces pièces fourmillant de trouvailles de tous ordres véhiculent des états d’âme, des couleurs harmoniques plus subtiles et les dissonances globalement de plus en plus présentes pour en permettre l’assimilation progressive.

Au gré de cette élaboration, à la fois rigoureuse et pleine de fantaisie, le pianiste s’appropriera tout le clavier, développera non seulement son agilité digitale et mentale, mais aussi son indépendance des mains, son autonomisation par rapport à la partition. De format A4 relié en spirales, chaque volume, d’un maniement aisé, est remarquablement gravé. Un Compianon sans équivalent, à découvrir impérativement.

 


Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019