Ce très bel ouvrage, paru aux éditions Hermann sous la direction de Màrta Grabócz et de Geneviève Mathon, présente les actes du colloque international organisé en hommage à François-Bernard Mâche pour son 80e anniversaire. L’ouvrage est accompagné d’un DVD qui offre des extraits du colloque, ainsi qu’un concert donné à Strasbourg par l’ensemble Accroche Note. À travers plus d’un vingtaine d’interventions regroupées en cinq thématiques, on y découvre comment le compositeur-musicologue né en 1935 s’est frayé une voie tout à fait singulière à une époque ou la création contemporaine se résumait trop souvent à deux camps opposés : celui du sérialisme intégral d’une part, et celui des “néo-classiques” de l’autre. C’est avant tout par le concept de zoo-musicologie que Mâche a pu développer une esthétique du naturalisme sonore, conduite par les analogies de fonctionnement entre musiques humaines, non-humaines, et sons du biotope. Mâche défend l’idée d’une fonction esthétique chez l’animal, et dans plusieurs de ses oeuvres, des instruments dialoguent avec des enregistrements de sons animaux, transcrits très précisément à l’aide de sonagrammes. Ce qu’en science on nommera “schéma invariants”, Mâche le formule plutôt par la notion d’ archétype sonore, qui est au coeur de sa réflexion et de sa création musicale. Cette notion l’amène même à défier la vision historisante de la musique : “On devrait abandonner l’idée que la dimension historique est la seule clef d’interprétation des phénomènes humains [...]

 Les fortes analogies qui m’ont permis de rassembler dans une même séquence des enregistrements allant du Niger à Taïwan ne peuvent s’expliquer par d’improbables contacts historiques oubliés[...]. L’explication la plus simple, et donc la plus scientifique, est qu’une même structure mentale archétypale s’est introduite ici et là...”.

Cette voie singulière est discutée dans la première partie de l’ouvrage, (qui) ouvre brillamment sur un article de Jean-Claude Risset : “François-Bernard Mâche : en quête d’intemporel”. Dans la seconde partie, cinq auteurs examinent plus précisément de domaine animal : “Zoo-musicologie et chants d'oiseaux”. Les partie 3 et 4 de l’ouvrage, respectivement “Archétypes, modèles et dialogue des civilisations”, et “Eco-musicologie sonore et Eco-Mythologie”, traitent entre autres du concept de répétition comme forme archétypale dans Solstice (J.M Bardot), ou du réalisme sonore et de l’écologie acoustique (M. Solomos). Le cinquième et dernier chapitre traite des musiques mixtes et spectrales, et rappelle que Mâche, avec “Le son d’une voix”, se livre à la première exploitation musicale d’une analyse spectrale, dix ans avant les compositeurs de l’Itinéraire, ”(O. Class).

Réunissant un grand nombre d’articles de très grande qualité, cet ouvrage dresse un portrait fidèle de l’un des créateurs les plus originaux et les plus innovants de la musique française contemporaine.
Jonathan Bell
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

 
 
This magnificent book, published by Hermann, under the direction of Màrta Grabócz and Geneviève Mathon, presents the proceedings of the international symposium organized in tribute to François-Bernard Mâche for his 80th birthday. The book is accompanied by a DVD that proposes excerpts from the symposium, as well as a concert given in Strasbourg by the Accroche Note ensemble. Through more than twenty papers grouped into five themes, we discover how the composer-musicologist born in 1935 has pioneered a singular way at a time when contemporary creation was too often summed up in two camps opposite: that of integral serialism on the one hand, and that of "neo-classics" on the other. It is above all through the concept of zoo-musicology that Mâche was able to develop an aesthetic of sound naturalism, driven by the analogies of behaviour between human, non-human music, and sounds of the biotope. Mâche defends the idea of ​​an aesthetic function in animals, and in several of his works, instruments interact with recordings of animal sounds, transcribed precisely with the help of sonograms. What in science we will call "invariant scheme", Mâche formulates rather by the notion of "sound archetype", which is at the heart of his musical thought and creation. This notion even leads him to challenge historical preconceptions of music: "We should abandon the idea that the historical dimension is the only key to interpreting human phenomena [...] The strong analogies that allowed me to gather in the same sequence records from Niger to Taiwan can not be explained by improbable historical contacts forgotten [...]. The simplest explanation, and therefore the most scientific one, is that the same archetypal mental structure has been introduced here and there ... ".


This singular path and discussed in the first part of the book, (which) opens brilliantly on an article by Jean-Claude Risset: "François-Bernard Mâche: in search of timeless". In the second part, five authors examine more specifically animal domain: "Zoo-musicology and birdsongs". Part 3 and 4 of the book, "Archetypes, models and dialogue of civilizations", and "Eco-sound musicology and Eco-Mythology", treat other others of the concept of repetition as an archetypal form in Solstice (JM Bardot), or sound realism and acoustic ecology (M. Solomos). The fifth and last chapter deals with mixed and spectral music, and recalls that Mâche, with "The sound of a voice", engages in the first musical exploitation of a spectral analysis, ten years before the composers of the Itinerary, "(O. Class).

Bringing together a large number of high quality articles, this book paints a true portrait of one of the most original and innovative creators of contemporary French music.