Alfred CORTOT, né à Noyon (Suisse) en 1872 de mère suisse et de père français, est mort à Lausanne en 1962. Il a fait ses études au Conservatoire de Paris, de 1886 à 1896 en piano auprès d’Émile Decombe et de Louis Diémer et en écriture avec Raoul Pugno et Xavier Leroux. Il a été chef de chant à Bayreuth et a dirigé en première audition à Paris, en 1902, Tristan et Isolde ainsi que Le Crépuscule des dieux (Wagner), la Missa Solemnis (Beethoven), La Légende de Sainte Élisabeth (Liszt) et le Requiem allemand (Brahms) : ce qui atteste son penchant pour la culture germanique. Après ces expériences de chef d’orchestre, il se tourne vers la carrière de pianiste (en solo, duo, trio) avec P. Casals et J. Thibaud, et de professeur au Conservatoire de Paris ; en 1913, il est co-fondateur de l’École Normale de Musique, puis sera son directeur. Parmi ses élèves, figurent Dinu Lipatti, Clara Haskil, Magda Tagliaferro, Yvonne Lefébure, Samson François… Son rayonnement pédagogique sera considérable.



C’est à partir de ces données que François Anselmini, Agrégé d’histoire et Rémi Jacobs, musicologue et diplômé du CNSMDP — ayant déjà collaboré à une Biographie du Trio Cortot-Thibaud-Casals (2014) — ont associé leurs compétences respectives et signé cet ouvrage monumental relatif à ce « génie protéiforme de l’un des plus illustres musiciens français de la première moitié du XXe siècle ». Cette véritable somme (464 pages, XXV chapitres) met l’accent sur sa première « vocation contrariée » de chef ; sur sa carrière exceptionnelle de pianiste, chambriste, accompagnateur et virtuose hors pair à partir de 1906. Après la Première Guerre mondiale, en 1918-19, il est en quelque sorte « ambassadeur musical de la France » aux Etats-Unis. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il adhère à l’idéologie vichyste et les deux auteurs ne cachent pas ses convictions collaborationnistes et présentent cet épisode en toute probité intellectuelle. A. Cortot donnera alors de nombreux concerts (entre 100 et 150 par an) dans le monde entier.

Les mélomanes retiendront le grand rayonnement artistique du maître, son vaste répertoire, ses affinités (Chopin, Beethoven, Schumann, Liszt, Wagner) et ses critères d’interprétation, son art de la déclamation, sa sonorité exceptionnelle (cf. Postlude, p. 405sq. et Chapitre XV : Alfred Cortot et le disque). Enfin, les pédagogues, pianistes et musicologues mesureront l’importance de son impact éditorial : éditions de travail (Chopin, Schumann, Franck), récitals commentés dans les Annales et ses publications didactiques : Principes rationnels de la technique pianistique ayant formé plusieurs générations de pianistes ; La Musique française de piano (3 vol., Paris 1930-1932) ; Cours d’interprétation recueilli par Jeanne Tieffry (2 vol., Paris, 1934)… Une page d’histoire française musicale, artistique, didactique, politique sans concessions, étayée de documents authentiques et reposant sur des sources solides : bref, la biographie de référence.
Édith Weber
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