Encadré par une Ouverture et un Épilogue, avec des compléments indispensables : Abréviations, Bibliographie et Discographie, Index (personnes, lieux, œuvres de Bach), cette nouvelle publication d’Alain Joly, pasteur, théologien, mélomane et spécialiste de J. S. Bach, s’appuie sur des sources vocales significatives (Cantates, Messes, Motets, Passions et Magnificat) et instrumentales : Préludes, Préludes et Fugues, Préludes de choral (Choralvorspiele) et Fantaisies pour orgue et des Suites, Sonates pour violon, violoncelle, clavecin et violon ainsi que des Ouvertures et L’Art de la Fugue. Leur examen attentif lui permet de dégager de nombreux constats : la musique de Bach construit l’être intérieur et l’invite à s’épancher et à méditer. « Bach, maître spirituel » contribue à la « récréation de l’esprit » (p. 121) ; il affecte à la musique une fonction l’apparentant simultanément à l’homme (coram hominibus) et à la louange devant Dieu (coram Deo) (p. 38). Il assume donc une fonction « quasi sacramentelle ».



Parmi les formes abordées, figurent les CHORALS préparant les fidèles à l’écoute, puis à la réception hymnologique de la prédication (p. 58). Bach, conscient de sa vocation de liturge, est à la fois « un serviteur et un médiateur ». Grâce à son enracinement luthérien, il réalise une synthèse des divers courants : Orthodoxie dominante (cf. August Pfeiffer, p. 69) et Piétisme (cf. Johann Arndt) qui sont compatibles. Les CANTATES sont associées aux textes bibliques du dimanche en cause, les récitatifs s’appuient sur le principe de la cantillation (p. 78), mettant le texte en valeur avec des ponctuations et des répétitions. Bach exploite le symbolisme dans l’attribution des VOIX : le soprano exprime la confiance ; l’alto, la souffrance ; le ténor, l’espérance ; la basse est affectée à la voix du Christ et les vocalises renforcent l’exaltation. Les INSTRUMENTS sont au service des paroles et de l’intention spirituelle : le hautbois d’amour assure un genre d’homélie sans parole. Le violon piccolo traduit la joie promise au ciel ; la trompette du Jugement dernier est aussi associée à la Résurrection. La fonction de soliste des instruments les rend participants à la prédication (p. 52). Le MAGNIFICAT destiné à l’office du soir est, selon Luther, lié aux hauts faits de Dieu que Bach « restitue en prédication, aux accents de la théologie de la grâce. » (p. 89).

Cette synthèse théologique et musicale s’impose. La lecture de ce livre mûrement réfléchi devrait être accompagnée de l’audition des œuvres retenues qui, selon l’auteur, révèlent le « meilleur de l’aspiration au divin et quelque chose que l’homme est en capacité de recevoir d’au-delà de lui-même » (p. 9). L’auteur dépasse les travaux notamment d’Albert Schweitzer et de Théodore Gérold et propose des œuvres judicieusement sélectionnées qu’il situe dans leurs divers contextes : Allemagne, Luthéranisme, Piétisme, situation familiale et professionnelle (Weimar, Coethen, Leipzig). S’éloignant de l’approche musicologique et analytique, Alain Joly démontre que « Bach fait œuvre de prédicateur consciemment inspiré ». Son Avant-propos est daté du 11 mars 2018, date du Dimanche de Laetare (Réjouissez-vous) ; ce sera aussi le cas des mélomanes et lecteurs qui se réjouiront de cette nouvelle contribution.
Édith Weber