À partir de solides sources d’Archives nationales, municipales…, Bernadette LESPINARD — Docteur en Musicologie, enseignant l’analyse et l’histoire de la musique au CNR de Grenoble — évoque la pratique chorale en France : un vrai tour de force s’agissant de la longue durée (trois demi-siècles) et de l’agencement d’une matière si vaste (653 p. ; Index, p. 657-670 ; Table des Matières, p. 671-679…). Cet ouvrage paraît à point nommé au moment où se dégage en France un intérêt renouvelé pour la pratique chorale.

L’idée directrice qui, comme la Collection, retrace « les chemins de la musique » est l’histoire événementielle, politique et sociologique se dégageant des œuvres chantées et des diverses institutions. L’action de certains chefs a aussi son importance selon les contextes ou circonstances et les enjeux idéologiques. L’étude porte sur les grands moments de l’histoire de France et sur le phénomène sociétal oscillant entre amateurisme et professionnalisme. La Révolution française a marqué un temps d’arrêt avec la suppression des Maîtrises religieuses ayant assumé le rôle d’un conservatoire. Des Sociétés chorales et des Fédérations musicales populaires leur ont succédé. La musique

est alors pratiquée par et pour le peuple. Au XIXe siècle, se manifeste progressivement un renouveau de la musique d’église grâce aux écoles et à une nouvelle culture catholique. L’Abbaye de Solesmes et la Schola Cantorum (Paris, rue Saint-Jacques) encourageront le chant grégorien traditionnel. De 1871 à 1914, le chant s’inscrit dans une nouvelle culture populaire. Entre 1915 et 1950, les études musicales seront développées, de nouvelles chorales notamment universitaires seront lancées. B. Lespinard brosse également un tableau des concerts classiques organisés par les diverses Sociétés à Paris et en Province, du renouveau de la musique chorale symphonique, signale les lieux de concerts, allant de la place du village à la salle spécifique, et mentionne la vogue de la chanson folklorique. Sous l’angle : « Culture, loisir et idéologie », l’auteur rappelle les Orphéons et quelques « Apôtres » de la musique : Louis-Albert BOURGAULT-DUCOUDRAY, Albert DOYEN, Charles BORDES… sans oublier « Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois » ainsi que César GEOFFRAY et son mouvement « À Cœur Joie ». L’information concerne aussi l’impact du chant en Alsace pendant les deux Annexions : 1870-1918 et 1940-1944. (Rappelons à cet égard l’accueil si chaleureux réservé à C. GEOFFRAY par les Scouts strasbourgeois, absolument ravis de pouvoir à nouveau chanter en français...). Telles sont les étapes aboutissant à « un nouveau paysage sonore ».

Un seul regret : l’absence d’une Chronologie (avec les dates essentielles) qui aurait orienté les lecteurs dans la longue durée avec, éventuellement, quelques illustrations. Voilà un bilan quasi exhaustif de l’évolution de la pratique chorale à partir de sources de première main et un défi relevé. Exemple à poursuivre au XXIe siècle : chanter en chœur à cœur joie et avec passion.
Édith Weber
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