Pierrette GERMAIN-DAVID, Marie-Claude TANGUY : Quand le cœur de la République battait à l’Opéra Garnier (1875-1975). Sampzon, DELATOUR France (www.editions-delatour.com ). BDT 0066. 2018. 111 p. - 12 €.

Avec un titre et des sous-titres de chapitres particulièrement éloquents, ce livre représente à la fois une page d’histoire française et le symbole républicain de la grandeur artistique. Dès son inauguration, le 5 janvier 1875, le bâtiment avec son imposante coupole suscite l’admiration du monde entier. Deux auteurs, Pierrette Germain (musicologue) et Marie-Claude Tanguy (historienne) mettent en évidence les rapports entre histoire et musique. Ce haut-lieu du snobisme mondain attire les gloires du temps, des hôtes de marque et le Tout-Paris. Les politiques et la diplomatie récupéreront les valeurs culturelles à leur profit. Peu après la défaite de 1870, l’architecte parisien Charles Garnier (1825-1898) a réalisé ce « fleuron d’art national », source de prestige. Sa construction a été achevée en 1874.



En peu de pages, les deux auteurs proposent un bilan impressionnant portant sur un siècle : 1875-1975, allant de l’inauguration jusqu’à la prise de pouvoir effective de Rolf Liebermann (1910-1999). L’Opéra deviendra une vitrine du savoir-faire, un « guide vers la littérature et une incitation à la découverte des livres » (p. 53). La musique invite à une plongée au cœur des sentiments évoqués ; cette institution est donc un instrument d’éducation (p. 55). Les lecteurs seront renseignés sur les personnels en cause : administratifs, artistes (chanteurs, danseurs, choristes, instrumentistes), décorateurs, électriciens, responsables de l’habillement, machinistes, accessoiristes, pompiers. Ils découvriront des événements marquants : Germaine Lubin chantant la Marseillaise sur les marches de l’Opéra, le 11 novembre 1918, la réouverture en octobre 1944 après la Libération ; les programmes (reprises et créations contemporaines) ; l’apport des Ballets russes faisant bénéficier l’Opéra de leur dynamisme, l’administrateur ayant parfois à choisir entre culture et rentabilité. Les faits et moments caractéristiques font l’objet d’illustrations significatives, sans oublier le constat anecdotique (le créateur du lieu… obligé de payer sa place, lors de l’inauguration).

Charles Garnier a donc rempli sa mission : « réaliser, pour les grands spectacles ou les grandes cérémonies, un édifice adapté à la volonté du pouvoir et représentatif des dernières décennies du XIXe siècle » (p. 27). Au siècle suivant, cette « vitrine diplomatique » accueille entre autres les chefs d’état étrangers, les galas des Grandes Écoles… autour d’un « foisonnement créatif ». L’Opéra Garnier s’affirme donc comme un « phare de l’art lyrique », « un porte-drapeau de la France » (p. 107), un « bien pérenne » et, selon André Billy, « une des merveilles du monde ».
Édith Weber