Le problème des lieux et de l’acoustique des édifices préoccupe aussi bien les interprètes que les compositeurs ou encore les organisateurs de concerts de jazz et les architectes. Il figure au centre des Actes d’un Colloque publiés par Michel Retbi avec collaboration de musiciens et acousticiens, d’historiens et anthropologues, de physiciens et d’architectes ayant — de façon très neuve et originale — étudié les « relations ténues » entre jazz et ville.

Après la vision transversale de M. Retbi, architecte, acousticien et musicien, résumant les liens entre architecture, jazz et peinture, puis entre ville et paysage sonore, deux communications historiques abordent l’évolution du genre musical entre 1900 et 1960 par le biais de l’acoustique, puis « le jazz, l’enregistrement et l’histoire ». Plusieurs contributions portent sur les lieux (Bordeaux, Nantes, salles classiques, Cité de la Musique…) et évoquent l’« impact des choix architecturaux et acoustiques sur la pratique musicale ».



Les architectes pourront réfléchir à la suggestion : « Et si le jazz incitait l’architecture à se réinventer en art de la performance articulant précisément son discours sur

l’absence de prédétermination du devenir spatial, imposant par là même la présence du corps et revendiquant une oralité insoumise aux polissements de l’écriture. Puisse le jazz rester au moins une source d’inspiration pour apprendre à lire et à vivre l’architecture ! » (p. 89).

Les musiciens de jazz sont concernés, entre autres, par le constat lourd de sens de M. Retbi : « La musique de jazz nous parle un peu de la manière dont les architectes travaillent : ils ont l’habitude de « transposer » les formes et les matériaux, de leur donner d’autres significations, de changer leurs échelles... Elle nous parle du détournement des sons de la ville et nous apprend et nous invite, à l’instar des peintres pour l’espace, à l’écouter, à la vivre et à la composer autrement. » (dernière de couverture).

Les lecteurs seront éclairés par les nombreuses illustrations si pertinentes : lieux (théâtres, kiosque flottant), l’atmosphère Nouvelle-Orléans ; les plans de villes, les portraits (interprètes, chefs et célébrités tels que Louis Armstrong, Duke Ellington, Joséphine Baker…), mais aussi les scénographies (cahier central), les graphiques (mesures acoustiques, réverbération, place des micros…) et même la reproduction de tickets d’entrée. Ils apprécieront également les interviews prises sur le vif, la relation de Jam sessions (soirées) et, bien entendu, les points de vue très ciblés d’une vingtaine d’auteurs venant d’horizons divers mais complémentaires.

Rencontre exemplaire d’une rare transdisciplinarité, en étroite collaboration avec l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val de Seine, de l’Université Pierre et Marie Curie, du Laboratoire d’Acoustique Musicale et du Centre d’Information et de Documentation sur le bruit. André Villéger, musicien de jazz, n’a-t-il pas raison en précisant que « le jazz s’est toujours inspiré de tout ce qui l’entoure, des autres musiciens : de la musique classique, de la musique de danse, de la musique de saloon, du ragtime, des bruits de la ville, des sons des champs. » ? (4e de couverture)
Édith Weber