Phillipe Albèra : Le Parti Pris des sons Sur la musique de Stefano Gervasoni

L’ouvrage de Phillipe Albera présente la musique de Stefano Gervasoni dans son rapport au timbre, en ce qu’elle a à la fois de plus immédiat et de plus recherché. Le compositeur italien partage avec Salvatore Sciarrino un intérêt certain pour les sonorités inouïes que la musique instrumentale sait encore révéler, par un emploi toujours renouvelé des registres, de modes de jeu, mais aussi par l’emploi d’instruments traditionnels comme le cymbalum, qui reste très présent dans l’univers Gervasonien.

Phillipe Albera n’hésite pas dans certaines pièces à décortiquer les séries et intervalles dans la partition, afin de déceler les principes générateurs de l’oeuvre, ou les rapports numériques que lient parfois rythmes et hauteurs. Les résultats de ces analyses, cependant, sont toujours interprétés selon une appriche plus globale, au plus proche du ressenti de l’auditeur.



En parcourant la grande majorité des oeuvres au catalogue du compositeur, il parvient également à replacer la création dans son contexte historique. Le parti pris des sons nous explique comment l’écoute chez Gervasoni a pris racine dans son apprentissage avec son maître Luigi Nono, mais aussi et surtout comment il a su se forger une écriture unique, parmi des compositeurs comme Sciarrino et Lachenmann, ou au sein de sa propre génération, comme Beat Furrer.

L’ouvrage rend compte aussi de l’économie de moyen propre à Gervasoni, de son minimalisme. En déconstruisant les mécanismes qui sous-tendent les oeuvres, on comprend comment la logique compositionnelle, loin de brider l’imagination, pousse l’écriture et l’expression dans des territoires insoupçonnés.

Des analyses méticuleuses de ses oeuvres, et de l’étude approfondie de son parcours, Albera déduit également une dialectique entre innocence et mémoire, témoignant à la fois de la spontanéité du geste créateur, et de l’inscription de son oeuvre dans l’histoire.
Jonathan Bell