Michel CARDINAUX : Charles BOVY-LYSBERG. Un compositeur genevois dans son siècle. Genève, Éditions Harmonia Helvetica, 2016. Coll. La Musique en Suisse, vol. I, 168 p.

Cet ouvrage révèle la « destinée singulière » de Charles Bovy-Lysberg, né à Genève en 1821 et mort en 1873. Il a fait ses études à Paris à partir de 1835 où, élève de Frédéric Chopin, il rencontrera aussi Franz Liszt. Dès 1840, ses œuvres éditées chez Lemoine, connaîtront une large diffusion. Huit ans après, il revient en Suisse, réside au Château de Dardagny et à Genève pour régler ses affaires, enseigner au Conservatoire et donner des concerts, tout en maintenant des contacts avec la France. Il se produit en solo, en duo et en accompagnateur. Lors de nombreuses soirées musicales, il sera très prisé par la bonne société. Il a exercé une triple activité : pédagogique, compositionnelle et pianistique.

Professeur au Conservatoire de Genève — tout en constatant qu’« enseigner est une besogne rude », un « sacerdoce réclamant un investissement total » —, il sera très apprécié par ses 45 élèves et s’imposera par sa faculté de mettre en lumière l’individualité de chacun. Compositeur et pianiste international, il fait carrière dans la cité de Calvin ; ses concerts attirent un public avisé. Il donnera son ultime concert en 1868. Le dernier chapitre propose un aperçu de son œuvre, charmante, romantique, au départ sous l’influence de Mendelssohn, Liszt et Chopin, puis plus originale. Comme le constate M. Cardinaux, il est surtout maître de la « petite forme ». Sa Barcarolle pour piano est une œuvre remarquable, tout comme sa Fantaisie brillante sur la Cavatine favorite de La Niobe de Pacini (op. 21), page de virtuosité, et celle sur Faust de Gounod (op. 99), une réussite imprégnée de bel canto. Ses Mélodies restent à découvrir. Pour le choix des textes, il s’inspire de Victor Hugo (L’aube naît et la porte est close…), d’Alphonse de Lamartine (La coupe de mes jours s’est brisée…), de Théophile Gautier, mais aussi du poète Émile Deschamps (1791-1871), dont Sombre Océan : « Du haut de tes falaises/Que j’aime à voir les barques du pêcheur… » est « incontestablement une de ses plus belles inspirations musicales » (p. 124) selon M. Cardinaux. Il précise également que « la thématique de la foi revient de manière récurrente dans ses œuvres vocales », par exemple : Sois, ô grand Dieu, ma garde et mon appui, car en toi seul j’ai mis mon espérance. Son Psaume 16 — sur la paraphrase de Théodore de Bèze (Genève, 1551…, Lausanne 1565) — emprunt d’une grande ferveur religieuse. Ou encore sa Prière du chrétien : Toujours à Dieu s’adresse / quand il fait sa prière / à Dieu le seul bonheur / à notre heure dernière. L’homme, respectueux de la famille et de la nature, particulièrement sociable, ouvert aux autres, charmant, affable et d’une grande sensibilité, a le don de plaire. Son œuvre doit encore être découverte.

Ce document historique précise la situation économique, politique, sociale et culturelle de Genève et relate la vie quotidienne de cette famille d’artistes en Suisse romande (moins développée sur le plan musical que la Suisse alémanique). Ce n’est qu’en 1972 que Claude Tappolet le mentionnera dans son livre sur La vie musicale à Genève au dix-neuvième Siècle. Michel Cardinaux contribue largement à la relance de ce pianiste, professeur et compositeur suisse du XIXe siècle. Les lecteurs apprécieront le sérieux de ses sources (Bibliothèque et Conservatoire de Genève) et les nombreuses mises en situation par des illustrations, documents autographes, extraits de partitions, mais aussi de procès-verbaux, programmes, critiques de presse, portraits, médailles, statues et les indispensables notes infrapaginales si éclairantes. Livre tout à l’honneur de la Collection intitulée « La Suisse en musique » et remarquable apport historique.
Édith Weber