Maurice RAVEL : Écrits et propos sur la musique et les musiciens. 1Vol Bibliothèque Ombres, 320p, 20€.

En 2007, jean Echenoz publiait Ravel , un livre attachant, une “biographie fictionnée“ du compositeur où il se livrait avec une précision horlogère à une analyse quasi clinique de l’homme Ravel et des circonstances qui selon lui, l’ont amené à composer une œuvre plutôt qu’une autre. Avec le Maurice Ravel paru le mois dernier aux éditions Ombres, le propos est bien différent. Ce livre ne contient que des écrits de l’auteur du Boléro et des textes le concernant. Ici pas de roman, pas de biographie. Les textes et les divers propos sont signés ou prononcés intégralement par Ravel et l’ensemble est complété par un appareil critique érudit et détaillé.


Les articles de Ravel sur la musique et les musiciens sont passionnants et réservent plus d’une surprise. Ils révèlent un homme timide qui se bat sans cesse et un musicien pointilleux qui ne tolère aucun faux pas au sujet de sa musique. Il s’avère aussi rigoureux dans ses compostions que dans l’analyse des textes que certains critiques lui consacrent, des critiques qu’il a vite fait de cataloguer et qu’il n’hésite pas à attaquer de front. Grand spécialiste du droit de réponse, dès qu’il s’estimait mécontent d’une critique qu’il trouvait arbitraire, ou qu’il pensait être, lui ou un de ses confrères, victime d’un injustice qui pourrait nuire à l’œuvre ou à la représentation de son œuvre, il prenait sa plume et écrivait au directeur de la publication qui l’avait mis en cause. Et il écrivait très bien, son argumentation frappait juste et souvent fort. Ainsi le pauvre Pierre Lalo, critique du Temps (et fils du musicien Edouard Lalo) se fait-il épingler plusieurs fois par Ravel qui lui conseille de se cantonner à la critique musicale plutôt qu’aux ragots de musiciens entendus entre deux portes.
Il règle fermement son compte à Diaghilev qui, sans le prévenir, a fait représenter son ballet Daphnis et Chloé à Londres avec quelques ''arrangements'' qui ont fort mécontenté Ravel qui s’en plaint d’abord directement à Diaghilev puis par voie de presse.

S’il a composé une musique incontestable dont la qualité, la subtilité et la beauté ne pâlissent pas avec le temps, Ravel se permettait parfois de rendre compte de celle des autre et des différentes manières de l’interpréter. Il regrettait vivement que la critique musicale soit trop rarement confiée à ceux qui pratiquent cet art. « Peut être estime-t-on qu’ils ont mieux à faire et que même si une critique peut être considérée comme un œuvre d’art, une critique même perspicace est d’une nécessité moindre qu’une œuvre, si médiocre soit-elle ». Mais là où le livre devient passionnant, c’est par le nombre d’entretiens où Ravel s’explique sur sa musique, explications d’une grande simplicité et d’une grande évidence. Sur Le Boléro, Ravel n’hésite pas à écrire, après avoir expliqué sa manière de composer ce morceau, qu’il comprend pourquoi « pas un musicien n’aime le Boléro. Ils ont tout à fait raison, j’ai fait exactement ce que je voulais faire et pour les auditeurs, c’est à prendre ou à laisser.»
L’intérêt du livre réside ainsi dans la superposition de ces différents écrits et de leur tonalité toujours incisive. Outre les billets et les lettres ouvertes qu’il expédiait aux journaux, il contient de nombreux jugements à l’emporte pièce sur certaines de ses œuvres (concertos, ballets) et quelques opinions (toujours respectueuses) sur ses contemporains. Il prédit le retour à la mélodie, il encense et défend systématiquement son maître et “collègue“ Debussy. On peut y lire également une notice biographique et une longue conférence donnée par Ravel à Houston en 1928, la seule qu’il ait jamais prononcée, le tout émaillé de quelques souvenirs d’enfance et d'impressions sur la peinture de son temps.
Cet ouvrage captivant est le complément indispensable de toutes les biographies qui ont pu être écrites sur ce compositeur. Chaque page fait battre le cœur de cet immense compositeur dont l’œuvre règne sur la musique du XXème siècle.