Frédéric ROBERT : La musique française dans l’Europe musicale entre Berlioz et Debussy. 1863-1894. Paris, L’HARMATTAN (www.harmattan.fr), Coll. Univers musical, 2017, 416 p. – 39 €.

Auteur prolifique, spécialiste de la musique française moderne, Frédéric Robert vient de signer un ouvrage très bien délimité dans le temps et par rapport à deux œuvres butoir : Les Troyens (1863) et le Prélude à l’après-midi d’un faune (1894).
Dans ce parcours (p.11-207) solidement documenté, l’auteur évoque l’héritage historique avec « l’accomplissement gigantesque » de Richard Wagner, les figures d’Anton Bruckner, Johannes Brahms, Carl Reinecke jusqu’à Hugo Wolf, sans oublier les « audaces insolites du vieux Liszt », puis l’École russe dans le sillage de Modeste Moussorgski, d’Alexandre Borodine, de Nicolaï Rimski-Korsakov, Mili Alexeïevitch Balakirev jusqu’à Piotr Ilitch Tchaïkovski, ainsi que l’École tchèque avec Bedrich Smetana et Antonin Dvorak ou encore Edvard Grieg pour l’identité culturelle norvégienne, et l’époque du Vérisme.

Cet itinéraire européen représente un indispensable prélude à la Deuxième partie : L’école française à l’heure wagnérienne avec ses principales tendances : le renouveau symphonique réalisé, entre autres, par Édouard Lalo, Camille Saint-Saëns et César Franck ; pour l’orgue symphonique par Charles-Marie Widor, Eugène Gigout et Alexandre Guilmant. La seconde tendance est marquée par l’opérette très en vogue et la crise du drame lyrique (dans l’entourage de Charles Gounod, Jacques Offenbach, Ernest Reyer, Jules Massenet…). La troisième concerne la musique de scène symphonique. Ensuite, l’auteur aborde les prophètes d’un âge nouveau : César Franck, Georges Bizet, Ernest Chausson, Henri Duparc, puis Gabriel Fauré et Vincent d’Indy. Cette longue énumération illustre l’ampleur de cette brève période si importante dans l’histoire de la musique française.
Sa vaste expérience et sa connaissance approfondie de l’époque et du contexte européen permettent à Frédéric Robert de tirer des bilans provisoires, de dégager une solide problématique : « Audaces et/ou traditions symphoniques et instrumentales » (différentes formes de musiques de chambre, cordes, vents, piano) et de projeter un regard neuf sur « la mélodie française, de l’affirmation à l’affermissement » ainsi que sur « la musique religieuse, de l’église au théâtre et du théâtre à l’église ». La dernière partie, intitulée : « Une révolution en marche », concerne Claude Debussy jusqu’en 1894. La conclusion, dense et ramassée, situe « les tiraillements propres aux compositeurs devant l’héritage germanique, le relai pris par la France. En conclusion, Fr. Robert affirme : « Un fait est certain : il n’y eut pas, malgré les apparences, de « coupure » entre le troisième âge d’or et de la musique française apparu à l’aube du XXe siècle avec Debussy et Ravel et la période que nous avons évoquée et qui l’aura à la fois précédé et préparé » (p. 203). Après la mort de César Franck (1890), la musique « allait rejoindre le symbolisme en poésie, l’impressionnisme en peinture et le naturalisme en prose ». Par ailleurs, le renom des organistes Eugène Gigout et Alexandre Guilmant dépassant aussi l’hexagone ouvre la voie aux carrières internationales de Joseph Bonnet, Marcel Dupré, André Marchal et Marie-Claire Alain.
Le texte proprement dit comporte 207 pages ; il est assorti de copieuses Annexes (p. 213-416) : après la Liste des œuvres citées figurent 11 Tableaux relatifs aux événements, compositeurs, facteurs, interprètes, écrivains, philosophes, peintres, sculpteurs français (puis étrangers), sans oublier les Prix de Rome et les concerts mémorables, ainsi que (p. 386-399) une imposante Bibliographie raisonnée (à jour : janvier 2016). Travail considérable, méthodologie exemplaire et parfaite maîtrise du sujet.