Denis HUNEAU, Nathalie LE LUEL, Laura NAUDEIX, Anne VINCENT (dir.): L’œuvre d’art dans le discours : Projet, signe, forme. Sampzon, DELATOUR FRANCE, (www.editions-delatour.com), DLT0118, 2017, 270 p. – 29 €.

Depuis le milieu du XXe siècle, les sciences humaines tendent vers la pluridisciplinarité puis l’inter (ou l’intra)-disciplinarité. Cette publication collective de l’UCO (Université Catholique de l’Ouest) émane de spécialistes en art plastique (peinture, sculpture, architecture), théâtre, cinéma et aussi musique marquant ainsi une large ouverture dont fait preuve l’équipe de recherche GRILHAM (Groupe de Recherche Interdisciplinaire en Lettres, Histoire, Arts et Musique).
La problématique de ce livre consiste à « dire l’œuvre d’art » et à évoluer « de la forme vers la pensée » dans le cadre d’un discours, à la décrire et à en rendre compte : programme ambitieux nécessitant des chercheurs expérimentés et polyvalents dépassant très largement la traditionnelle « critique d’art » traitée sous l’angle historique ou la critique artistique en tant que genre littéraire.


À remarquer, dans la Première partie « La possibilité du dire : de la forme à la pensée » qui intéressera particulièrement les lecteurs médiévistes de L’Éducation musicale : la contribution d’Anne-Zoé Rillon-Marne — musicologue formée à l’Université Paris-Sorbonne, titulaire d’un Doctorat en musique médiévale (Université de Poitiers) — sur le sujet : « Penser la poésie et la musique au Moyen-Âge ; un manuscrit carolingien et son paratexte ». Il s’agit du Ms. Bnf.latin 1154 (début Xe s.) que le regretté Jacques Chailley avait examiné en détails (cf. L’école musicale de St-Martial de Limoges jusqu’à la fin du XIe siècle (1960)), avec textes liturgiques (litanies, collectes, oraisons), 32 poésies latines rythmiques (folios 98-143) (cf. p. 23 sq.), des thèmes variés, 17 mélodies notées (généralement pour la première strophe) en graphie pré-aquitaine, œuvres de plusieurs mains successives, description du contenu, foliotation...
Anne-Zoé Rillon-Marne étudie globalement les aspects musicaux, liturgiques, codicologiques (peintures, sens des rubriques en rouge…, la conception des Versus alors nouvelle forme poétique avec refrain. Sur le plan méthodologique, elle exploite judicieusement la notion de paratexte lancée par Gérard Genette et l’élargit : démarche à retenir.
À noter également pour les musicologues praticiens et les exégètes littéraires la contribution musicologique et philosophique de Gilles Boudinet : « Aborder la tension entre l’ineffable des œuvres musicales et le discours verbal. Repère philosophique et incidences pédagogiques » (p. 96 sq.). Un bel exemple d’investigation et de réflexions pluridisciplinaires.
Les 13 autres articles relatifs notamment aux spectacles, à l’œuvre d’art, aux films, aux idées de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Rainer Maria Rilke, Martin Heidegger et Theodor W. Adorno, se réclament d’une multiplicité de disciplines, par exemple : esthétique, polysémie, plastique, phénoménologie, physiologie de l’action, attitude des spectateurs, problèmes de réception et de l’émotion, rencontres entre créateur et récepteur. À retenir en particulier pour les musicologues « ce que la musique enseigne au discours » (p. 119). Un Index aurait révélé une accumulation de noms venant de tant d’horizons divers voire inattendus. D’une manière générale, les lecteurs curieux et férus de méthodologie seront impressionnés par cette « somme » pluri- et intradisciplinaire.