Alan FRASER  : Affiner l’image du soi pianistique. (traduction : Yveline Ciazynski, illustrations par Sonya Ardan). Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), 2017, réf. BDT0129,  403 p. — 29 €.

Alan Fraser s’est inspiré du thème du Colloque international (Paris, Collège de France, 2008) : Le corps en acte ayant, dans une optique intradisciplinaire, réuni des spécialistes de la physiologie de la perception de l’action ; des neuroscientifiques, psychologues, philosophes, esthéticiens et praticiens intéressés à la philosophie du corps, de la perception et de l’action à la suite de Maurice Merleau-Ponty. Dans le cadre de sa pensée toujours en mouvement, l’auteur a donc voulu traiter « le corps en acte ». Le plan de cet ouvrage étant très dense, les lecteurs auraient intérêt à prendre d’abord connaissance de la Liste (p. XII-XIII).


Étant quelque sorte le pendant de l’Art de toucher le clavecin (François Couperin, 1716), mais en tenant évidemment compte des préoccupations du XXIe siècle, dans une orientation anatomique, phénoménologique, cinétique et kinesthésique, cette publication sous-titrée : Le squelette en acte dans la technique du piano, a fait l’objet d’une traduction française littérale, très proche de la version originale et occasionnellement maladroite en raison d’une terminologie très spécifique. L’auteur place au premier plan la conscience et l’expérience sensorielle ; il suggère des exercices pratiques, c’est-à-dire une démarche intellectuelle précise avec essentiellement des « recettes ».
Les enseignants et interprètes seront attentifs à la typologie de la main, au rôle du pouce et surtout du poignet, ainsi que du bras, du bassin et, finalement, à la « skeletabilité » (sic) : s’agit-il de la capacité (ability) du squelette en acte ? Les fonctions pianistiques sollicitées sont multiples, à la fois mécaniques, physiologiques et neurologiques ; elles relèvent de divers facteurs : contact, perception et sensation.
De nombreux pianistes sont mentionnés, par exemple Franz Liszt, Theodor Hermann Leschetizky (1830-1915), Wanda Landowska (1879-1959) et, plus proches de nous : Arthur Rubinstein (1887-1982), Wilhelm Kempff (1895-1991), Vladimir Horowitz (1903-1989), Stanislas Neuhaus (1927-1980)… Parmi les auteurs de méthodes et de techniques pianistiques, figurent Alfred Cortot (1877-1962), Marie Jaëll (1846-1925), notamment pour la technique du poignet ; en revanche, Blanche Selva (1884-1942) semble oubliée alors qu’elle pratiquait une technique insistant sur le poids du poignet et, par des moyens inverses, obtenait les mêmes qualités de sonorité qu’avec la méthode Jaëll.
Une riche Bibliographie (comportant uniquement des titres en anglais), des Exemples musicaux  des Illustrations (visualisations de la main) par Sonya Ardan et un Index global très copieux avec de nombreuses occurrences (cf. rubriques : articulation, kinesthésique, pouce, structure, toucher…) soulignent l’ampleur de la démarche autour de la skeletabilité physique et musicale.
Cette approche pluridisciplinaire du « clavier dans tous les sens » met l’accent sur l’écoute et le contrôle dynamique et, finalement, la « relation profonde d’autonomisation entre la main et le corps ». Une démarche globale et une somme pédagogique.