Isabelle PETITJEAN : Michael Jackson. Il était une voix. Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), 2017, réf. BDT0121, 389 p. — 25 €.

Préfacé par Bruce Swedien qui a enregistré Michael Jackson et suivi son itinéraire pendant 30 ans, ce livre est assorti du sous-titre explicatif : De Motown au studio de Bruce Swedien précisant, en outre : les contours expressifs et techniques d’une voix hors du commun et du temps… : ce qui sera démontré par Isabelle Petitjean. Elle s’attaque à un « monument », ce qui lui a valu toutes les félicitations de John Bähler, arrangeur vocal, chanteur et compositeur, l’ayant suivi de 1971 jusqu’à sa mort en 2009.
De formation classique, professeur d’éducation musicale, elle a consacré ses Mémoires de Maîtrise et de Master en Musicologie à ce chanteur exceptionnel et si profondément humain, ainsi que sa Thèse de Doctorat (Université Paris-Sorbonne).

L’auteur a le don de poser des questions pertinentes sur la voix extraordinaire de Michael Jackson, son origine (« cadeau du ciel ou de la nature ») et sur son message. Structuré en 10 chapitres, terminé par une coda, l’ouvrage hautement spécialisé notamment sur le plan technique et analytique (par exemple : la tessiture vocale de Jackson) comprend une Bibliographie, une Discographie (très nombreux 45t/m, aussi 33t/m), une Filmographie (films de Ron Howard, Charlie Chaplin…). À noter également les Illustrations (p. 347-356) : personnes, salles et studios, exercices musicaux notés, micros, et surtout le Glossaire avec définitions techniques, précisions sur les pratiques, les rites ainsi que les personnalités.
Les lecteurs seront renseignés sur l’environnement familial et musical, le travail vocal et corporel avec son coach Seth Riggs, la voix parlée surprenant par sa tessiture aiguë « à la fois symptomatique et emblématique », comparée à un élastique (p. 71) : il s’agit d’une « personnalité vocale unique ». Chaleureuse, énergique, avec des vibrations ultrasensibles, au fil des Albums, sa voix a évolué, attestant une grande diversité stylistique. Isabelle Petitjean propose une remarquable « analyse des différentes facettes du chant jacksonien oscillant entre voix sacrée (soul, blues, gospel) et voix profane, la vocalité plurielle bénéficiant d’analyses minutieuses de nombreuses œuvres (cf. Chapitre 6, très révélateur). Sont également abordés : son inspiration, les problèmes d’enregistrement, les collaborations d’ingénieurs du son, sa voix « technologisée ». Michael Jackson a toujours enregistré intégralement ses chansons. Il a ainsi défini la fonction de la musique vis-à-vis du public, consistant « à nous donner une manière de gérer la relation entre nos vies émotionnelles, privées et publiques » (p. 247, selon Simon Frith).
L’auteur constate à juste titre que le chanteur n’a « pas géré une carrière. Il a mené une mission et délivre un message charismatique ». Ses textes reflètent toute une époque ; il a d’ailleurs considéré ses dons comme des outils au service d’une mission. Le dernier chapitre concerne les titres emblématiques mis en lumière par sa voix et son message. Un petit bémol à cette vaste investigation d’une rare pénétration psychologique : l’absence de Table des matières (du moins dans notre exemplaire).
En conclusion, Michael Jackson se démarque des célèbres chanteurs comme Count Basie, Duke Ellington, Dizzy Gillespie… par sa voix définie sous tous ses aspects : mélodique, lyrique, percussif, humain et par sa grande sensibilité ainsi que sa véracité expressive, il peut se réclamer d’être « unique », doté d’un charisme visant au perfectionnisme, affectionnant le travail acharné et allant vers les autres. Il voulait laisser une trace dans l’histoire. Res facta.