Laure QUETIN (éd.) : La musique et le mal : figures, lectures, représentations. Musicorum, n°18, Tours, Université François-Rabelais de Tours (www.revuemusicorum.com ), 2017, 221 p. – 29 €.

Voici un numéro aussi original qu’inattendu, compte tenu des bienfaits reconnus de la musicothérapie et des effets bénéfiques de interventions de musiciens dans les hôpitaux et maisons de retraite, ou encore du livre déjà ancien de Georges Duhamel : La musique consolatrice (1944). De nos jours, les méfaits de la musique proviennent notamment de l’acoustique, des vibrations, des instruments à percussion, bref du bruit omniprésent.
Dès la Préface, les responsables éditoriaux Nathalie Vincent-Arnaud et Frédéric Sonnac, rattachés à l’Université Toulouse-Jean Jaurès, lancent les notions de « mélomanie » et de « mélophobie », car la musique peut représenter un danger : cave musicam. Elle renferme en elle un pouvoir de corruption et de malédiction, par exemple avec le thème de l’or (cf. Tétralogie de Richard Wagner).

L’orgue est notamment un instrument des monstres de cinéma ; le diable est aussi présent dans le théâtre musical (Höllenfürst und Satans Braten). La folie peut découler du chant des syrènes dans La mise à mort (Louis Aragon). La terrible fanfare du chasseur noir dans le Freischütz (Carl Maria von Weber) exerce un effet envoûtant. Au tournant du XXe siècle, la Schola Cantorum (Paris) stigmatise la « diabolisation de la chanson de café-concert » (elle avait pour objectif de diffuser le chant grégorien authentique). Par ailleurs, dans le monde islamique arabe médiéval, les chanteurs étaient accusés d’être efféminés, bisexuels, alcooliques (cf. le Kitab livre -al-Aghani). À propos de La Rédemption de Nicolò Paganini, la virtuosité est rattachée à un pacte avec le diable, elle peut représenter le diable lui-même (p. 25). Le livret du The Turn of the Screw de Benjamin Britten (d’après Henry James, 1898) est marqué par des caractéristiques sataniques. La musique génère aussi la passion, le rêve, le désir (personnifié par le diable) et l’envoûtement. Il y a aussi des démons féminins, des vampires, ou encore Mephisto qui, dans le Faust de Goethe, a pactisé avec le diable et, en Espagne, le flamenco est souvent symbole de débauche.
Ce numéro traitant le mal et la musique ou encore la musique du mal ou les dimensions maléfiques de certaines situations, dénonce « le chaos qui l’emporte sur l’ordre, la laideur sur la beauté, le mal sur le bien ». Dans cette appréhension inattendue de la musique — qui peut être un piège ou une « métaphore du mal » (p. 165) — et de son ambivalence, il importe de faire preuve de discernement. Platon n’a-t-il pas affirmé que « la musique est l’art éducateur entre tous » ?