Jacques Le CALVÉ : 33 Tours et puis s’en vont. Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), 2017, réf. BDT0120, 285 p. — 20 €.

Ce livre se lit comme un roman, truffé d’anecdotes et de souvenirs authentiques, relatant les innombrables rencontres d’un éditeur de disques passionné par son métier : Jacques Le Calvé à l’origine de 500 productions discographiques (depuis les premiers 45 t/m en 1962), est titulaire du Grand Prix du Président de la République pour le Centenaire du Disques en 1977 avec son Livre d’or de l’Orgue français. Ce disquaire sans relâche depuis 40 ans, d’abord vendeur à mi-temps chez PAN (maison de disques parisienne) puis installé à son propre compte (Columbia), a collaboré avec les meilleurs preneurs de son.


Ce témoignage vibrant concerne « 45 années en 78 chapitres », allant des 78 tours aux 33 tours à travers une riche autobiographie faisant revivre ses moments de « fou de la Musique », les noms d’éditeurs, d’interprètes et de critiques musicaux et notamment ceux de l’incontournable Tribune des Critiques de disques, autour d’Antoine Goléa. Il est impossible de détailler les principaux chapitres entre Prélude et Envoi. Chacun possède un éclairage particulier, attachant et très révélateur. Leur formulation baigne dans l’originalité, ils concernent des faits, l’évolution de sa carrière : premiers pas, premier disque, centième disque ; des compositeurs : Grigny, Bach, Ravel… ; des instrumentistes : pianistes, organistes — dont le regretté André Isoir qui l’avait subjugué —, des quatuors ; des Labels connus : CBS, le Club Français du Disque, Decca, Erato (avec ses confrères Philippe Loury et Michel Garcin), Harmonia Mundi, Warner…. Sont également abordés les marchés, chiffres d’affaire, risques financiers ; le choix du lieu d’enregistrement pour des conditions économiques ; les attachés de presse parfois décevants, les agents de concert efficaces ou non…; les Diva souvent capricieuses, les éminents chefs du moment et les grands ensembles, sans oublier la vogue des Intégrales.
Au fil des pages, le lecteur pénètre dans les arcanes du métier, les problèmes d’intendance (contrôle des stocks, statistiques), l’espoir de trouver un « tube » et des programmes variés et actuels, et le souci de réaliser la version de référence, bref : un éternel recommencement. Si « les 33 tours s’en sont allés », ils reviennent d’abord par tant de souvenirs, le processus de remasterisation et, récemment, le retour en force des disques vinyle (en 1977, ils avaient atteint 76 % des ventes d’albums, cf. Vocable, n°779, 22 juin 2017) et le regain d’intérêt actuel. Cette histoire événementielle, enrobée d’espoir, de défi, d’émotion, de déception, mais aussi de joie, projette un regard attentif sur la carrière d’un producteur engagé et l’exaltation du métier. À lire et relire.