Denise CLAISSE : Jacques Castérède, toute une vie en musique. Vie et œuvre du compositeur. Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), 2017, réf. BDT0030, 346 p. — 20 €.

L’auteur, Docteur en Musicologie et Agrégée, a été professeur d’éducation musicale dans 3 Lycées internationaux au Québec, au Brésil et en France. Elle enseigne actuellement la musicologie à l’Université de Reims. En 1986, à la demande de Simone Musson, alors directrice de L’Éducation musicale, Denise Claisse a interviewé Jacques Castérède à l’occasion de ses 60 ans. Ce fut d’ailleurs leur première rencontre. Elle était tout à fait qualifiée pour le présenter, sous le générique : Toute une vie en musique. Né à Paris en 1926, il est mort à Dijon en 2014. Après ses études au CNSMDP où il a obtenu les Premiers Prix de Piano, Musique de chambre, Harmonie, Composition et Analyse musicale, le Premier Grand Prix de Rome lui a été décerné en 1960, ce qui lui a permis de résider quatre ans à la Villa Médicis.

À son retour, il sera immédiatement nommé professeur de formation musicale au CNSMDP, puis il sera Conseiller aux études et enseignera l’analyse musicale et la composition aussi à l’École Normale de Musique de Paris. Il est professeur honoraire du CNSM. Il a même été invité à deux reprises au Conservatoire de Pékin et a assuré des master-classes de composition à l’Université de Sao Paolo.

Son collègue Claude Pascal le qualifie d’« homme de culture et de modestie, homme de foi, homme de générosité, ami sûr, musicien complet étranger à toute concession ». Il pose la question : « L’ami Jacques serait-il un solitaire ? Peut-être, mais nourri de ce qu’il y a de meilleur dans les musiques d’hier, d’aujourd’hui et d’ailleurs » et conclut : « C’est ainsi, tranquillement, sans emphase, que Castérède trace les contours de ce qui pourrait bien être l’une des musiques de demain ». Il s’agit de la première monographie consacrée à ce compositeur si représentatif de la musique française dans la seconde moitié du XXe siècle. L’œuvre de ce musicien très indépendant comporte 176 titres  créés par Radio-France ou lors de grands Festivals en France et à l’étranger. Cet ouvrage a le mérite de s’appuyer sur des sources écrites et orales de première main ainsi que sur l’imposant Catalogue de ses œuvres (p. 298-336). Il bénéficie d’une solide Bibliographie, d’une abondante Discographie — essentiellement sous le Label REM — et d’une Iconographie éloquente, notamment lors de classes de solfège et masterclasses ou encore de photographies en compagnie de musiciens célèbres, sans oublier la classe d’Analyse du CNSM (1990-1991).

Les lecteurs apprécieront la biographie détaillée, la genèse de sa vocation et, après le Prix de Rome, son entrée dans la vie active et sa carrière au CNSMP. La seconde partie concernant son œuvre est particulièrement riche ; elle évoque les sources d’inspiration de ce « compositeur de notre temps » : aussi bien l’ésotérisme et le sacré que la musique classique, sacrée, légère ou de jazz ainsi que la peinture et le cinéma. Son langage est abordé en détails selon les critères traditionnels : structure, mélodie, rythme, harmonie, orchestration. Ce livre très bien présenté et illustré révèle pour la première fois la vie et l’œuvre de ce « créateur d’une grande discrétion, musicien indépendant n’appartenant à aucun groupe esthétique, il s’est passionné pour toutes les implications de sont art, nous laissant une œuvre d’une perfection artisanale, très diversifiée dans son expression ».

Refusant la médiocrité ou la superficialité, Jacques Castérède, personnalité délicate, fine et simple, était très exigeant pour lui-même : un exemple à suivre, une « une valeur sûre et stable ».