Jean-Christophe BRANGER (éd.) : Jules MASSENET. Mes souvenirs et autres écrits. Paris, VRIN (www.vrin.fr ), Coll. MusicologieS, 2017, 350 p. — 30 €.

Jules Massenet (1842-1912), célèbre par ses Opéras à succès, l’est moins par ses écrits et souvenirs. Né à Saint-Étienne, admis au Conservatoire de Paris à 11 ans, il y suit une formation très complète ; il y obtiendra de nombreux Prix ainsi que le Grand Prix de Rome (1863). En 1878, il sera professeur au Conservatoire. Jean-Christophe Branger, professeur à l’Université de Lorraine, spécialiste de la vie musicale française à la charnière entre le XIXe et le XXe siècle, regroupe des documents dispersés, parfois méconnus auxquels il joint de judicieuses annotations. Jules Massenet a dédié ses souvenirs (1848-1912) à ses petits-enfants ; peu après sa disparition, l’éditeur Pierre Lafitte les a publiés.



La première partie intitulée « Mes souvenirs » comporte XXI chapitres, et se présente comme une autobiographie depuis son admission au Conservatoire, puis évoque ses années de jeunesse, son séjour à la Villa Médicis, le retour à Paris, les débuts à l’Opéra avec un clin d’œil institutionnel sur le Conservatoire et l’Institut, ses collaborations et voyages (Milan, Londres, Bayreuth). Ce n’est qu’au Chapitre XVIII qu’il s’extériorise sur ses émotions. Ce parcours chronologique se situe dans les contextes historiques, sociologiques, mondains et artistiques du moment, ils sont enrobés d’une certaine nostalgie (« pensées posthumes »). Jean-Chrisophe Branger a réussi à prouver que Massenet en est bien l’auteur et qu’il en a supervisé la publication. Ce volume est doté de très nombreuses notes infrapaginales et de renvois aux sources précises.

La deuxième partie, moins descriptive que la première, révèle des impressions, par exemple sur l’état du Conservatoire en tant qu’institution, sur l’activité des compositeurs français, notamment dans le domaine de l’Opéra et la réception de leurs œuvres. Elle relate les souvenirs, les anecdotes, son attitude vis-à-vis de Verdi, son entourage : Ernest Reyer, Camille Saint-Saëns, André Bruneau... Le compositeur décrit son cadre de travail en face du Jardin du Luxembourg, précise le rôle de la Provence (Noël provençal, La mort de la cigale) et son estime pour les poésies de Musset, Prudhomme, Verlaine. L’accent est mis sur son conseil : « toujours aller de l’avant » (p. 248). Ses discours prononcés en 1892 lors des funérailles d’Édouard Lalo, puis d'Ernest Guiraud et Ambroise Thomas (1896) ou encore pour le Centenaire de Berlioz (1903), ainsi que le discours d’ouverture de l’Académie (1910) apportent de précieux renseignements. De plus, les Annexes établies avec minuties: Chronologie (1842-1912), Liste des principales œuvres par genre, Bibliographie faisant état de très nombreuses lettres, de sources primaires et secondaires et un copieux Index  seront très utiles.

Voici un « autre » Massenet : pas seulement le compositeur de Werther, Thaïs, Manon ou des Scènes alsaciennes, mais un homme de son temps dont la personnalité est révélée à travers ses idées, raisonnements et sa contribution à la vie artistique française.