Entretiens avec Philippe MANOURY. Coll. Musique en questions. Château-Gontier, AEDAM MUSICAE (www.musicae.fr ). 2020. 212 p. – 28 €.

Philippe MANOURY (né à Tulle en 1952) a suivi des cours (piano avec Pierre Sancan, composition avec Max Deutsch) et à l’École Normale de Musique, entre autres, et obtenu des prix dans les disciplines concernées. Il s’immergera dans l’univers de la musique contemporaine (festivals de créations musicales…, rencontres avec Jean-Claude Eloy, Mauricio Kagel, Luciano Berio, Tristan Murail, Gérard Grisey, Karlheinz Stockhausen, Paul Mefano et les deux Ensembles de référence : 2e2m et L’Itinéraire). Il intègre le Conservatoire de Paris notamment dans la classe de Michel Philippot, sera auditeur libre dans celle d’Olivier Messiaen et s’intéresse à l’informatique musicale encore balbutiante, au calcul des probabilités et à la théorie de l’information. Il suivra les cours d’analyse de Claude Ballif et fréquentera la classe de Pierre Schaeffer (Groupe de Recherche Musicale). Il effectuera l’analyse « probabiliste » de la Grande fugue de Beethoven. Il rencontre Michel Fano, Iannis Xenakis. Pierre Barbaud l’initie à la composition à l’aide d’ordinateurs. Il obtient les 1ers Prix d’analyse et de composition, marquant la fin de sa vie estudiantine. Avec le développement de l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique), de retour d’un séjour de 2 ans au Brésil, Ph. MANOURY se perfectionnera dans la musique électronique, participera à des réunions de travail avec Pierre Boulez, et souffrira des querelles de chapelle autour des mouvements d’avant-garde. En France, une situation personnelle difficile l’incite à rejoindre les États-Unis pour y enseigner et enfin pouvoir vivre et composer. Le musicien introduit les lecteurs dans son atelier de travail. Dès les premières pages de cet ouvrage foisonnant, servi par des interlocuteurs pertinents, il nous initie à sa vision du monde, à sa démarche intégratrice (ce qu’il nomme volontiers « transsubstantiation », à la manière de la cortesia selon G. Steiner) et à son modus operandi. Il est impossible de résumer la richesse et la diversité des concepts approfondis au cours des divers entretiens qui gravitent autour de ses œuvres phare : K… (2001), La Frontière (2003), Kein Licht (2017), Ring... À coup sûr : voici, dévoilé, un pan non négligeable d’une démarche créatrice protéiforme à nulle autre semblable.
Édith WEBER
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