STOCKHAUSEN JE SUIS LES SONS

Ce livre, que le compositeur souhaitait publier dans sa maison d’édition à Kürten, se propose de présenter les orientations principales de la recherche de Karlheinz Stockhausen (1928-2007) à travers ses œuvres, couvrant sa vie et ouvrant un accès direct à ses écrits. Divers domaines investis par le plus grand inventeur de musique de la seconde moitié du xxe siècle sont abordés : composition de soi à travers les matériaux nouveaux ; découvertes formelles et structures du temps ; musique spatiale ; métaphore lumineuse ; musique scénique ; l’hommage au féminin de l’opéra Montag aus Licht ; Wagner, Stockhausen et le Gesamtkunstwerk, œuvre d’art total. Les témoignages des femmes qui l’ont accompagné dressent un portrait vif et saisissant de l’homme, artiste génial qui aimait plus que tout la musique et la recherche compositionnelle au nom du progrès de l’être humain...(suite)

UNE PASSION APRÈS AUSCHWITZ ? Autour de la Passion selon Marc de Michaël Levinas

24.00 €.
Cet ouvrage paraît à l’occasion de la création à Lausanne, lors de la semaine sainte 2017, de La Passion selon Marc. Une passion après Auschwitz du compositeur Michaël Levinas. Cette création prend place dans le cadre du 500e anniversaire de la Réforme protestante. Elle entreprend de relire le récit chrétien de la passion de Jésus dans une perspective déterminée par la Shoah.

Ce projet s’inscrit dans une histoire complexe, celle de l’antijudaïsme chrétien, dont la Réforme ne fut pas indemne, mais aussi celle des interprétations, théologiques et musicales, de la passion de Jésus de Nazareth. Et il soulève des questions lourdes, mais incontournables. Peut-on mettre en rapport la crucifixion de Jésus – la passion chrétienne – et l’assassinat de six millions de juifs ? Ne risque-ton pas d’intégrer Auschwitz dans une perspective chrétienne, et du coup de priver la Shoah de sa radicale singularité ? De redoubler la violence faite aux victimes d’Auschwitz en lui donnant un sens qui en dépasserait le désastre, l’injustifiable, l’irrémédiable ? (suite)


M

MAURICE MARTENOT, LUTHIER DE L’ÉLECTRONIQUE

59.00€
« Connaissez-vous beaucoup d'inventeurs d'instruments de musique ? Ceux dont l'histoire a retenu les noms se comptent sur les doigts d'une main. Jean- Christophe Denner a inventé la clarinette, Adolphe Sax le saxophone. Et puis ? On connaît des facteurs d'instruments, Stradivarius, par exemple. Mais il n'a pas inventé le violon. Alors qui ? Qui le piano ? Qui a inventé le tambour, la flûte, la harpe ? Autant demander qui étaient Adam et Ève ! »
En octobre 1980 mourait accidentellement, à Paris, Maurice Martenot, musicien, pédagogue, inventeur des ondes musicales. Trois mois plus tôt, l’auteur était allé l’interviewer à sa maison de campagne de Noirmoutier.
Ce livre relate l’histoire des ondes Martenot, instrument électronique de musique exceptionnel qui a séduit des personnalités aussi diverses que Mau- rice Ravel, Rabindranath Tagore ou Jacques Brel, et des compositeurs connus, tels Olivier Messiaen, Darius Milhaud, André Jolivet, Arthur Honegger, Edgar Varèse, Maurice Jarre, Akira Tamba – auxquels se sont ajoutés, depuis la première édition de ce livre, parmi bien d’autres, Jacques Hétu, Jonny Greenwood, ou encore Akira Nishimura. (suite)

 

LES PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA MUSIQUE OCCIDENTALE

Prix de souscription 32.00 valable jusqu'au 31 mars 2018 ensuite 48.00 €
Disparu en mars 2014 à l’âge de 86 ans, Serge Gut compte au nombre des figures majeures de la musicologie française des dernières décennies. Spécialiste de Franz Liszt, auquel il consacra deux grands ouvrages et de nombreux articles, il fut également un analyste réputé. Après une première formation de compositeur, il avait commencé sa carrière musicologique, dans les années 1960-1970, par des publications traitant surtout de questions de langage musical – un domaine qui, bien que parfois négligé par les milieux universitaires, constitue le pont naturel entre composition et théorie. Au terme de cinquante années d’une activité brillante, qui le vit notamment présider aux destinées de l’Institut de musicologie de la Sorbonne, Serge Gut devait revenir dans ses dernières années à cette passion de jeunesse. Son expérience unique, aussi bien dans les domaines de la recherche que de l’enseignement supérieur ou de la publication scientifique, lui inspira le présent ouvrage, qu’il qualifiait lui-même de testament. Théorie et histoire y tiennent un passionnant dialogue. (suite)

 

Laurine QUETIN, Konstantinos ALEVIZOS (éd.) :M. P. G. de CHABANON. De l’homme de lettres au compositeur.Tours, Université François Rabelais de Tours, Revue Musicorum (www.revuemusicorum.com ), n°19, novembre 2017. 264 p. -35 € (avec CD).

Laurine Quetin, toujours à l’affût de thèmes inédits, propose une présentation (avec disque) d’œuvres de Michel Paul Guy de Chabanon (1731-1792), à la fois violoniste virtuose, spécialiste d’esthétique musicale et compositeur averti prenant le contrepied du langage musical de son époque, comme le prouvent les minutieuses restitutions de ses Sonates avec suggestions de nuances et d’altérations établies par Konstantinos Alevizos. Ses œuvres étaient prisées dans les Salons parisiens, notamment chez la claveciniste Madame Brillon de Jouy (v. 1769-1824), mécène ayant encouragé de nombreux peintres et musiciens.

Des auteurs français et étrangers révèlent la personnalité multiple de M. P. G. de Chabanon, ses œuvres et leur style, ainsi que l’aspect codicologique des partitions du Fonds Brillon (support matériel, papier, filigranes…). C’est toute une époque qui défile. Interprètes, musicologues, historiens des mentalités et des sensibilités, paléographes, mélomanes curieux y trouveront leur compte à la lecture et à l’audition de cette double publication complémentaire. Voici encore une remarquable réalisation de Laurine Quetin en attendant le n° 20 (2018), sur le thème : Jean-Louis Florentz, veilleur insoumis ?
Édith Weber

 
 

 

TEMPO FLÛTE, n°17, 1er semestre 2018, TEMPO FLÛTE (www.tempoflute.com ), 68 p.

Cette Revue, fonctionnelle et technique, est destinée aux flûtistes, facteurs et interprètes. Elle débute par un entretien entre le directeur de la publication Pascal Gresset et Antonio Arias à propos de l’Orchestre National d’Espagne, de l’essor actuel de la flûte dans ce pays et résume aussi l’exceptionnelle carrière et les divers engagements de ce flûtiste espagnol formé par Alain Marion au CRR de Rueil-Malmaison.

L’apport technique concerne « L’ivoire dont on faisait les flûtes », sujet traité par Philippe Ragault, interviewé par P. Gresset. Il s’agit de l’un des derniers ivoiriers français (réalisateur de bâteaux…) victime d’un décret de 2016 à propos du travail de l’ivoire. Pourtant, ce matériau a été largement exploité pour les flûtes à bec, flûtes traversières « baroques » (à une ou plusieurs clés), notamment pour leur embouchure.

Un troisième entretien : « Des flûtes anciennes et Renaissance » à l’époque de Louis XIV, aborde la flûte traversière dans le sillage de Jacques Hotteterre (1673-1763), de Pierre-Gabriel Buffardin (1689-1768) et même Johann Joachim Quantz (1697-1773). Il est présenté par Philippe Allain-Dupré. Formé par Jean-Pierre Bourillon en France puis à Bruxelles, il a copié des flûtes anciennes « à peu près en bon état ». Son bilan descriptif et précis — en sa triple qualité de facteur, d’interprète et de formateur — intéressera aussi les historiens de la flûte Renaissance (jusqu’en 1650).

Enfin, les problèmes d’interprétation sont soulevés à juste titre dans la seconde contribution d’Antonio Arias relative à l’utilisation d’une « flûte d’amour » dans la Passion selon Saint Matthieu de J. S. Bach (BWV 244). Cette étude, très technique, avec de nombreux exemples à l’appui, rappelle que la flûte d’amour est en La, comme le hautbois d’amour — privilégié par J. S. Bach — et utilisée pour ses Airs. Elle est associée à un très intéressant tableau des flûtes traversières Renaissance, baroques et classiques (p. 40).

L’actualité porte sur les activités d’associations d’artistes au service des publics empêchés (GRADISCA), évoque les Festivals de flûte, le Concours de Cracovie et contient des critiques : sélections de disques, de partitions, de livres et recommande des professeurs. Même la publicité y est bienvenue. Une Revue exemplaire par sa présentation, son remarquable apport iconographique (interprètes, personnalités, instruments, orchestres, facteurs au travail).
Édith Weber

Michel CARDINAUX : Vincent ADLER. Un compositeur hongrois à Genève.
Genève, Éditions Harmonia Helvetica, 2017. 161 p.

En fin connaisseur, l’auteur suisse Michel Cardinaux s’attache à promouvoir le patrimoine et la musique suisses, pays d’accueil entre autres de Vincent Adler né en 1826 à Raab (ancien Empire austro-hongrois) où son père était chanteur, organiste et chef de chœur. Il a commencé ses études de piano auprès d’éminents maîtres hongrois, Ferenk Erkel, puis Franz Liszt, à Vienne. Dès 1851, depuis Genève, il multiplie les récitals et concerts d’abord dans son pays d’adoption puis, entre autres, à Paris où, très apprécié, il sera encouragé par Édouard Lalo qui le compare à un « Chopin moderne ». Il meurt prématurément en 1871 après un brillant parcours d’interprète, de compositeur et de professeur.

L’auteur s’appuie sur de solides sources d’archives en Suisse : à Genève, Bibliothèque (manuscrits, iconographie), Conservatoire ainsi qu’à Lausanne (Bibliothèque cantonale et universitaire), et également en Hongrie : à Budapest (Bibliothèque Nationale Széchényl). Les données, documents et matériaux, minutieusement consultés lui ont permis de dégager un vivant portrait de Vincent Adler assorti de judicieuses illustrations le situant dans son contexte hongrois puis suisse et, occasionnellement, français, avec une attention particulière au statut social du pianiste au XIXe siècle.

En biographe avisé, M. Cardinaux retrace la brève carrière de ce virtuose itinérant, d’abord « travailleur indépendant » avec une situation précaire (p. 28). En fait, à l’époque romantique, l’artiste exerce une fonction de divertissement, la pratique du piano est « banalisée » et la vie d’artiste assez décourageante. En musicien et analyste très sensible, l’auteur réussit à dégager sa démarche compositionnelle, à mettre l’accent sur l’affectivité du compositeur et à révéler son monde intérieur, mais aussi les qualités exceptionnelles de ce pianiste qui réussit à « magnétiser les foules ». Ces quelques lignes de force énoncées dans l’Avant-Propos préludent à 5 chapitres au contenu bien délimité. Les lecteurs seront d’abord introduits au contexte historique dans lequel ce « sujet » de l’Empire austro-hongrois et l’Europe danubienne a évolué et été formé. Le chapitre 2 est consacré au virtuose itinérant : premiers concerts, répertoire du grand pianiste. Le chapitre suivant souligne ses rapports avec la France (Paris, É. Lalo…). Le chapitre 4 concerne ses activités de professeur au Conservatoire de Genève jusqu’à sa mort en 1871 et caractérise aussi l’homme « si remarquable, guidé toujours par des aspirations élevées et s’inspirant de sentiments purs et nobles auxquels ne se mêla jamais rien de mesquin », ce qui a été évoqué lors de ses obsèques (p. 101-102). À partir de 17 ans, le compositeur traitera les formes romantiques de l’époque : impromptu (par exemple La Capricieuse), barcarolle, caprice, danses hongroise, bohémienne, allemande, fantaisie hongroise… ; il fait volontiers appel à la variation, mais insiste aussi sur la mise en valeur mélodique. Environ 40 œuvres (arrangements compris) pour piano nous sont parvenues. Son art, qui se veut direct, parle la langue des sentiments en s’imprégnant parfois d’influences populaires (p. 116). Sa Nouvelle scène de bal (op. 18, p. 146-154) illustre la complexité de son écriture faisant appel à la virtuosité pianistique et préconisant des nuances très diversifiées pour renforcer l’expression. La Bibliographie raisonnée sera très utile (p. 139, il faudrait signaler la réédition en 1958 de la Biographie universelle… de Fétis). La liste des 21 périodiques suisses et étrangers avec critiques de concerts est particulièrement imposante. Dédié à son ami, le pianiste français Daniel Spiegelberg, ce livre bien présenté contient de judicieuses illustrations : actes de naissance et de décès du compositeur ; lieux (Budapest, Genève) ; lettres autographes et procès-verbaux d’examens, pages de couverture ; piano Pleyel (v. 1860) ; portraits, bustes en marbre et exemples musicaux significatifs. Tout contribue à faire apprécier la « noble figure » de Vincent Adler, compositeur hongrois à Genève.
Édith Weber

Michel CARDINAUX : Charles BOVY-LYSBERG. Un compositeur genevois dans son siècle. Genève, Éditions Harmonia Helvetica, 2016. Coll. La Musique en Suisse, vol. I, 168 p.

Cet ouvrage révèle la « destinée singulière » de Charles Bovy-Lysberg, né à Genève en 1821 et mort en 1873. Il a fait ses études à Paris à partir de 1835 où, élève de Frédéric Chopin, il rencontrera aussi Franz Liszt. Dès 1840, ses œuvres éditées chez Lemoine, connaîtront une large diffusion. Huit ans après, il revient en Suisse, réside au Château de Dardagny et à Genève pour régler ses affaires, enseigner au Conservatoire et donner des concerts, tout en maintenant des contacts avec la France. Il se produit en solo, en duo et en accompagnateur. Lors de nombreuses soirées musicales, il sera très prisé par la bonne société. Il a exercé une triple activité : pédagogique, compositionnelle et pianistique.

Professeur au Conservatoire de Genève — tout en constatant qu’« enseigner est une besogne rude », un « sacerdoce réclamant un investissement total » —, il sera très apprécié par ses 45 élèves et s’imposera par sa faculté de mettre en lumière l’individualité de chacun. Compositeur et pianiste international, il fait carrière dans la cité de Calvin ; ses concerts attirent un public avisé. Il donnera son ultime concert en 1868. Le dernier chapitre propose un aperçu de son œuvre, charmante, romantique, au départ sous l’influence de Mendelssohn, Liszt et Chopin, puis plus originale. Comme le constate M. Cardinaux, il est surtout maître de la « petite forme ». Sa Barcarolle pour piano est une œuvre remarquable, tout comme sa Fantaisie brillante sur la Cavatine favorite de La Niobe de Pacini (op. 21), page de virtuosité, et celle sur Faust de Gounod (op. 99), une réussite imprégnée de bel canto. Ses Mélodies restent à découvrir. Pour le choix des textes, il s’inspire de Victor Hugo (L’aube naît et la porte est close…), d’Alphonse de Lamartine (La coupe de mes jours s’est brisée…), de Théophile Gautier, mais aussi du poète Émile Deschamps (1791-1871), dont Sombre Océan : « Du haut de tes falaises/Que j’aime à voir les barques du pêcheur… » est « incontestablement une de ses plus belles inspirations musicales » (p. 124) selon M. Cardinaux. Il précise également que « la thématique de la foi revient de manière récurrente dans ses œuvres vocales », par exemple : Sois, ô grand Dieu, ma garde et mon appui, car en toi seul j’ai mis mon espérance. Son Psaume 16 — sur la paraphrase de Théodore de Bèze (Genève, 1551…, Lausanne 1565) — emprunt d’une grande ferveur religieuse. Ou encore sa Prière du chrétien : Toujours à Dieu s’adresse / quand il fait sa prière / à Dieu le seul bonheur / à notre heure dernière. L’homme, respectueux de la famille et de la nature, particulièrement sociable, ouvert aux autres, charmant, affable et d’une grande sensibilité, a le don de plaire. Son œuvre doit encore être découverte.

Ce document historique précise la situation économique, politique, sociale et culturelle de Genève et relate la vie quotidienne de cette famille d’artistes en Suisse romande (moins développée sur le plan musical que la Suisse alémanique). Ce n’est qu’en 1972 que Claude Tappolet le mentionnera dans son livre sur La vie musicale à Genève au dix-neuvième Siècle. Michel Cardinaux contribue largement à la relance de ce pianiste, professeur et compositeur suisse du XIXe siècle. Les lecteurs apprécieront le sérieux de ses sources (Bibliothèque et Conservatoire de Genève) et les nombreuses mises en situation par des illustrations, documents autographes, extraits de partitions, mais aussi de procès-verbaux, programmes, critiques de presse, portraits, médailles, statues et les indispensables notes infrapaginales si éclairantes. Livre tout à l’honneur de la Collection intitulée « La Suisse en musique » et remarquable apport historique.
Édith Weber

Marielle CAFAFA : La chanson polyphonique française au temps de Debussy, Ravel et Poulenc. Paris, L’HARMATTAN (www.edition-harmattan.fr ), 2017, 487 p. – 38 €.

La chanson polyphonique française a connu un premier âge d’or à la Renaissance et à l’époque humaniste. Il en est de même au XXe siècle. Pour autant, ce vaste répertoire est encore sous-estimé par les historiens de la musique et de la littérature et les mélomanes. De plus, il a le double mérite de relancer des poèmes des XVe et XVIe siècles : Charles d’Orléans, Clément Marot, Jean Antoine de Baïf (avec ses chansons en vers mesurés à l’antique mises en musique par Jacques Mauduit)… et des textes de l’époque moderne : Raymond Bonheur, Paul Fort, Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars, Paul Éluard... Ce livre s’adresse absolument aux enseignants soucieux de varier leur répertoire et aux chefs de chœurs, d’autant plus que le contexte actuel encourage les chorales, et aussi aux professeurs de littérature.

Marielle Cafafa est à la fois musicologue, Docteur de l’Université Paris-Sorbonne, chanteuse lyrique, diplômée de la Haute École de Musique de Genève et du CNSM (Paris). Elle a fondé l’Ensemble Léonor qu’elle dirige avec des programmes allant du Moyen Âge à nos jours, ce qui lui permet de traiter ce sujet en connaissance de cause, en s’appuyant sur des partitions, réflexions et lettres des compositeurs et leurs desiderata concernant l’interprétation. Les professeurs d’éducation musicale apprécieront ou découvriront des chansons polyphoniques de Cl. Debussy, M. Ravel et Fr. Poulenc, mais aussi J. Tiersot, C. Chaminade, P. Ladmirault, P. Le Flem, Ch. Koechlin, Fl. Schmitt, Cl. Delvincourt, D. Milhaud, G. Migot, J. Langlais… et même Laszlo Lajtha : Deux Chœurs (op. 23, n°2), Rondel de Charles d’Orléans (Paris, Leduc, 1936) ou encore Marc Vaubourgoin… Pour révéler cet « univers musical » (titre de la Collection), l’auteur a poursuivi plusieurs objectifs : information et contextes historiques ; très fines analyses musicales (stylistiques et esthétiques) d’un fonds de chansons polyphoniques (1895-1948). Elle se réfère aux sources, partitions, écrits des compositeurs, critiques d’époque et éventuellement aux enregistrements discographiques. En chanteuse remarquable et chef accomplie, elle est à même de préciser les critères d’interprétation. Sa démarche globale est judicieusement complétée par une importante Bibliographie, une utile Discographie à titre comparatif, 29 Tableaux très techniques et complémentaires, par exemple : écriture rythmique, variété des textures sonores, variété de la notation musicale, évolution de l’orchestration, notes répétées, trilles, diversité des motifs mélodiques… En outre, 216 exemples musicaux notés étayent les analyses et les textes complets des poèmes sont reproduits. Au fil des pages, l’attention est attirée sur les madrigalismes, la métrique gréco-latine, la souplesse du chant grégorien, entre autres. À noter les aspects multiples : « retour à l’Antique », traduction musicale figuraliste des images et des idées du texte, évolution du langage harmonique, influence du Choral (Bach) et de la théâtralité, sans oublier l’« orchestration vocale », le drame, la virtuosité. Ce vaste répertoire est destiné à des effectifs assez restreints (chœurs de chambre). D’excellents tableaux synoptiques et chronologiques établis avec une extrême minutie signalent : date, compositeur, titre du recueil, titre de la chanson, poète, édition et dédicace. Un autre précise d’abord l’œuvre, puis ses coordonnées. L’Index (p. 461-465) mentionne non seulement les auteurs, compositeurs, mais encore toutes les occurrences des chansons polyphoniques et signale des textes très souvent mis en musique : Trois beaux oiseaux de paradis, Trois Chansons de Charles d’Orléans (dont Dieu ! qu’il fait bon la regarder et Quand j’ai ouy le tabourin), Je suis aymé de la plus belle (Cl. Marot), parmi tant d’autres…

Dans le récent contexte promouvant le chant choral en France, ce répertoire vient à point nommé. Les chefs y puiseront de nombreuses suggestions, des indications concernant l’interprétation et bénéficieront de la vaste expérience de Marielle Cafafa. De quoi relancer un nouvel âge d’or de la chanson polyphonique française.
Édith Weber

Gilles CANTAGREL : J.-S. BACH, L’œuvre instrumentale. Paris, BUCHET-CHASTEL (www.buchetchastel.fr ), 2017, 475 p. – 27 €.

De très longue date, les enseignants et discophiles bénéficient des introductions et commentaires de Gilles Cantagrel qui n’est plus à présenter aux mélomanes. Après les Cantates (2010) et les Passions, Messes et Motets (2011) — parus chez Fayard — le présent volume, édité chez Buchet-Chastel, concerne l’Œuvre instrumentale de Jean Sébastien Bach, (toutefois à compléter, pour l’orgue, par le Guide de la musique d’orgue dont il a assumé la direction en 1994).

Après avoir présenté Jean Sébastien Bach et l’orgue, rappelé qu’il est un organiste virtuose doublé d’un fin connaisseur de facture d’orgue et un excellent orchestrateur, l’auteur détaille — en suivant la chronologie et ses lieux d’activité — les œuvres de jeunesse, puis de la maturité, ainsi que les pièces ultimes et quelques pages diverses et apocryphes. Il introduit les principaux Recueils de Chorals pour orgue : ceux de Neumeister et de Kirnberger, l’Orgelbüchlein (Petit Livre d’orgue), les Chorals Schübler, les 18 Chorals de l’autographe de Leipzig, des Chorals divers, les Partitas (ou Variations) ainsi que la Troisième Partie de la Clavierübung, sans oublier ses transcriptions de Concertos et ses Six Sonates en trio. La troisième partie — particulièrement importante — est dévolue au clavecin et à des œuvres pédagogiques (Clavierbüchlein pour Wilhelm Friedemann, Clavierbüchlein et Notenbüchlein pour Anna Magdalena). Parmi les autres formes, figurent les nombreuses Suites, les Partitas, le Clavier bien tempéré, des Toccatas, Préludes et Fugues… et, plus en détail, les Variations Goldberg ainsi que l’Art de la Fugue. Les parties suivantes concernent les œuvres pour instrument seul : luth, violon, violoncelle, flûte. L’auteur aborde ensuite la musique de chambre : Sonates…, L’offrande musicale, enfin la musique concertante et pour ensemble et, en conclusion, les Canons. Toutes ces œuvres bénéficient de mises en situation historique, de commentaires analytiques circonstanciés (à lire en suivant les partitions ou en écoutant des enregistrements ou en préparant un concert). Outre les Références bibliographiques, les Repères chronologiques situent judicieusement les diverses œuvres instrumentales par rapport à sa vie, à sa formation, à ses postes d’organiste successifs : Arnstadt, Mühlhausen, Weimar, Coethen (en tant que Director musices de la Cour et Capellmeister), puis Leipzig où il est Cantor de Saint Thomas et Director musices de la ville. À consulter avec profit l’Index des œuvres (p. 441-455) renvoyant aux numéros du Catalogue BWV et l’Index des œuvres par ordre alphabétique (p. 457-470).

L’auteur rappelle qu’après sa mort, la musique de Bach n’est pas vraiment tombée dans l’oubli ; qu’au XVIIIe siècle, ses Motets sont chantés à Leipzig où Mozart les a découverts en 1789 ; que sa Messe en si a fait l’objet de nombreuses copies et que Mendelssohn y a dirigé en 1829 sa Passion selon saint Matthieu. Il affirme que « cette notoriété qui ne cessa de croître, c’est bien en bonne partie à la diffusion de ses œuvres instrumentales dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que Bach la doit. » C’est aussi grâce à Gilles Cantagrel que la totalité de l’œuvre vocale, organistique et instrumentale de Jean Sébastien Bach sera actuellement mieux comprise par les mélomanes, discophiles, chefs, interprètes et professeurs d’Éducation musicale.
Édith Weber

Maurice RAVEL : Écrits et propos sur la musique et les musiciens. 1Vol Bibliothèque Ombres, 320p, 20€.

En 2007, jean Echenoz publiait Ravel , un livre attachant, une “biographie fictionnée“ du compositeur où il se livrait avec une précision horlogère à une analyse quasi clinique de l’homme Ravel et des circonstances qui selon lui, l’ont amené à composer une œuvre plutôt qu’une autre. Avec le Maurice Ravel paru le mois dernier aux éditions Ombres, le propos est bien différent. Ce livre ne contient que des écrits de l’auteur du Boléro et des textes le concernant. Ici pas de roman, pas de biographie. Les textes et les divers propos sont signés ou prononcés intégralement par Ravel et l’ensemble est complété par un appareil critique érudit et détaillé.

Frédéric ROBERT : La musique française dans l’Europe musicale entre Berlioz et Debussy. 1863-1894. Paris, L’HARMATTAN (www.harmattan.fr), Coll. Univers musical, 2017, 416 p. – 39 €.

Auteur prolifique, spécialiste de la musique française moderne, Frédéric Robert vient de signer un ouvrage très bien délimité dans le temps et par rapport à deux œuvres butoir : Les Troyens (1863) et le Prélude à l’après-midi d’un faune (1894).
Dans ce parcours (p.11-207) solidement documenté, l’auteur évoque l’héritage historique avec « l’accomplissement gigantesque » de Richard Wagner, les figures d’Anton Bruckner, Johannes Brahms, Carl Reinecke jusqu’à Hugo Wolf, sans oublier les « audaces insolites du vieux Liszt », puis l’École russe dans le sillage de Modeste Moussorgski, d’Alexandre Borodine, de Nicolaï Rimski-Korsakov, Mili Alexeïevitch Balakirev jusqu’à Piotr Ilitch Tchaïkovski, ainsi que l’École tchèque avec Bedrich Smetana et Antonin Dvorak ou encore Edvard Grieg pour l’identité culturelle norvégienne, et l’époque du Vérisme.

Denis HUNEAU, Nathalie LE LUEL, Laura NAUDEIX, Anne VINCENT (dir.): L’œuvre d’art dans le discours : Projet, signe, forme. Sampzon, DELATOUR FRANCE, (www.editions-delatour.com), DLT0118, 2017, 270 p. – 29 €.

Depuis le milieu du XXe siècle, les sciences humaines tendent vers la pluridisciplinarité puis l’inter (ou l’intra)-disciplinarité. Cette publication collective de l’UCO (Université Catholique de l’Ouest) émane de spécialistes en art plastique (peinture, sculpture, architecture), théâtre, cinéma et aussi musique marquant ainsi une large ouverture dont fait preuve l’équipe de recherche GRILHAM (Groupe de Recherche Interdisciplinaire en Lettres, Histoire, Arts et Musique).
La problématique de ce livre consiste à « dire l’œuvre d’art » et à évoluer « de la forme vers la pensée » dans le cadre d’un discours, à la décrire et à en rendre compte : programme ambitieux nécessitant des chercheurs expérimentés et polyvalents dépassant très largement la traditionnelle « critique d’art » traitée sous l’angle historique ou la critique artistique en tant que genre littéraire.

Roland GUILLON : L’univers de John COLTRANE. Paris, L’HARMATTAN, (www.editions-harmattan.fr ), Coll. Univers musical, 2017, 81 p. – 11, 50 €.

L’auteur, Docteur en sociologie, est un spécialiste reconnu et passionné de jazz, hard, bop, free jazz cultivés au milieu du XXe siècle. Il s’intéresse non seulement à cette nouvelle vague, mais aussi à cet univers instrumental et harmonique spécifique, associant africanisme et américanisme.
Ce livre complète les biographies existantes sur John Coltrane, met l’accent sur son inventivité et l’expressivité caractérisant son jeu, sa pensée et son imaginaire, qui font de ce saxophoniste (1926-1967) l’une des figures marquantes de l’histoire du jazz. Ses Blues témoignent de sa foi et de la ferveur des Églises noires.
Roland Guillon fait généreusement bénéficier les lecteurs de sa vaste connaissance de l’homme, en illustre les différentes étapes et l’évolution élargie. En parfaite symbiose avec Coltrane, il a réalisé « une geste coltranienne ». Du vécu.

Olga GARBUZ : Pascal DUSAPIN. Mythe Algorithme Palimpseste. Château-Gontier, Éditions AEDAM MUSICAE (www.musicae.fr ), Coll. Musiques XXe-XXIe siècles. 2017, 314 p. (+illustrations). 26 €.

Après ses études à Moscou, au Conservatoire Tchaikowski, Olga Garbuz a séjourné à Paris pour compléter ses recherches sur Pascal Dusapin et révéler l’ampleur de la démarche de ce compositeur-photographe-mathématicien et philosophe prolifique. Elle a préparé sa Thèse de Doctorat en co-tutelle avec le Conservatoire de Moscou et l’Université Paris VIII. Elle s’appuie sur des sources authentiques : interviews et commentaires de Pascal Dusapin et, surtout, ses archives (Centre de documentation de la musique contemporaine). De plus, elle a bénéficié de ses remarques si judicieuses.

Alan FRASER  : Affiner l’image du soi pianistique. (traduction : Yveline Ciazynski, illustrations par Sonya Ardan). Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), 2017, réf. BDT0129,  403 p. — 29 €.

Alan Fraser s’est inspiré du thème du Colloque international (Paris, Collège de France, 2008) : Le corps en acte ayant, dans une optique intradisciplinaire, réuni des spécialistes de la physiologie de la perception de l’action ; des neuroscientifiques, psychologues, philosophes, esthéticiens et praticiens intéressés à la philosophie du corps, de la perception et de l’action à la suite de Maurice Merleau-Ponty. Dans le cadre de sa pensée toujours en mouvement, l’auteur a donc voulu traiter « le corps en acte ». Le plan de cet ouvrage étant très dense, les lecteurs auraient intérêt à prendre d’abord connaissance de la Liste (p. XII-XIII).

Isabelle PETITJEAN : Michael Jackson. Il était une voix. Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), 2017, réf. BDT0121, 389 p. — 25 €.

Préfacé par Bruce Swedien qui a enregistré Michael Jackson et suivi son itinéraire pendant 30 ans, ce livre est assorti du sous-titre explicatif : De Motown au studio de Bruce Swedien précisant, en outre : les contours expressifs et techniques d’une voix hors du commun et du temps… : ce qui sera démontré par Isabelle Petitjean. Elle s’attaque à un « monument », ce qui lui a valu toutes les félicitations de John Bähler, arrangeur vocal, chanteur et compositeur, l’ayant suivi de 1971 jusqu’à sa mort en 2009.
De formation classique, professeur d’éducation musicale, elle a consacré ses Mémoires de Maîtrise et de Master en Musicologie à ce chanteur exceptionnel et si profondément humain, ainsi que sa Thèse de Doctorat (Université Paris-Sorbonne).

Laure QUETIN (éd.) : La musique et le mal : figures, lectures, représentations. Musicorum, n°18, Tours, Université François-Rabelais de Tours (www.revuemusicorum.com ), 2017, 221 p. – 29 €.

Voici un numéro aussi original qu’inattendu, compte tenu des bienfaits reconnus de la musicothérapie et des effets bénéfiques de interventions de musiciens dans les hôpitaux et maisons de retraite, ou encore du livre déjà ancien de Georges Duhamel : La musique consolatrice (1944). De nos jours, les méfaits de la musique proviennent notamment de l’acoustique, des vibrations, des instruments à percussion, bref du bruit omniprésent.
Dès la Préface, les responsables éditoriaux Nathalie Vincent-Arnaud et Frédéric Sonnac, rattachés à l’Université Toulouse-Jean Jaurès, lancent les notions de « mélomanie » et de « mélophobie », car la musique peut représenter un danger : cave musicam. Elle renferme en elle un pouvoir de corruption et de malédiction, par exemple avec le thème de l’or (cf. Tétralogie de Richard Wagner).

Jacques Le CALVÉ : 33 Tours et puis s’en vont. Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), 2017, réf. BDT0120, 285 p. — 20 €.

Ce livre se lit comme un roman, truffé d’anecdotes et de souvenirs authentiques, relatant les innombrables rencontres d’un éditeur de disques passionné par son métier : Jacques Le Calvé à l’origine de 500 productions discographiques (depuis les premiers 45 t/m en 1962), est titulaire du Grand Prix du Président de la République pour le Centenaire du Disques en 1977 avec son Livre d’or de l’Orgue français. Ce disquaire sans relâche depuis 40 ans, d’abord vendeur à mi-temps chez PAN (maison de disques parisienne) puis installé à son propre compte (Columbia), a collaboré avec les meilleurs preneurs de son.

Pascal GRESSET (éd.) : Tempo Flûte. Paris, Revue de l’Association d’Histoire de la Flûte française (www.tempoflute.com ; Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ; 7, rue Louis Pasteur 95777 Saint-Clair-sur-Epte), numéro 16, second semestre 2017, 8e année,  65 p. – 11, 80 €.

Cette revue très professionnelle s’adresse non seulement aux membres de cette association mais aussi aux historiens, facteurs, instrumentistes. Elle propose entre autres des entretiens sur la « culture du son », l’histoire du tango d’Astor Piazzolla (1921-1992), avec notamment les différences entre le manuscrit et l’édition (cf. recension du CD JADE : La Trilogie de l’ange, LI n°115). Elle aborde aussi la facture : les embouchures de Tobias Mancke (lors d’une visite chez ce fabricant). Plusieurs flûtistes font part de leurs expériences en milieu hospitalier (Rouen). Enfin, la rubrique d’actualité signalant les dernières parutions (disques, partitions, livres) sera très bienvenue. Tout à l’honneur de la flûte française.

Paul Greveillac : Cadence Secrète. La vie invisible d'Alfred Schnittke, Récit. Nrf Gallimard, 2017, 176 p, 16,50 €

Avec Cadence secrète, Paul Greveillac n’a écrit ni une biographie ni un roman, mais un récit, la narration d’une histoire vraie sous titrée :“La vie invisible d’Alfred Schnittke“.
Invisible parce que toute sa vie, Schnittke a résisté. Il s’est battu contre l’ennemi bureaucratique, contre le régime qui voulait museler sa musique, exigeant qu’elle soit à l’image de ce réalisme et ce formalisme soviétiques qui furent catastrophiques pour l’art d’un pays tout entier. Le récit présente un avantage énorme, celui de fictionner la réalité sans jamais être faux.
Pour dérouler le fil de cette vie à double face, Paul Greveillac manie l’image comme un cinéaste, il écrit des scènes dont Schnittke est toujours le héros. Il en imagine aussi. Il met ainsi en miroir l’œuvre plus ou moins clandestine, l’état psychologique du compositeur, sa situation matérielle, les commandes, les vrais amis et les faux, les refus, et les humiliations dans un Moscou où le compositeur vit avec Irina sa femme, son fils, sa famille et ses amis.

Pierre-Henry FRANGNE, Hervé LACOMBE, Marianne MASSIN, Timothée PICARD (dir.) : La valeur de l’émotion musicale. Rennes, Presses Universitaires de Rennes (www.pur-editions.fr ). Coll. « Aesthetica », 2017, 267 p. -  22€.

La recherche, qui s’est longuement méfiée de l’« émotion », commence à comprendre son importance et à élaborer les moyens intellectuels permettant de la définir. Cette publication est supervisée par des spécialistes se réclamant de plusieurs disciplines : philosophie, esthétique, musicologie, littérature et littérature comparée. Les investigations ne concernent que l’Occident et ne tiennent pas vraiment compte du dernier état de la question (d’ailleurs une bibliographie raisonnée fait défaut).

La quatrième de couverture, très abstraite, n’annonce pas de découverte majeure, elle se contente de donner le point de vue actuel.