Anthony GIRARD, Philippe MALHAIRE (dir.) : Pour les sonorités opposées. Revue d’Esthétique et d’analyse musicales des XXe et XXIe siècles. Paris, L’HARMATTAN (www.editions-harmattan.fr ). n°3, 2019. 162 p. 18, 50 €.

Cette revue est dirigée par Anthony Girard, compositeur, spécialisé en analyse, orchestration et esthétique, ainsi que par Philippe Malhaire, compositeur, musicologue, professeur agrégé et docteur. Elle comprend deux articles scientifiques de fond avec un remarquable état des questions et 4 interviews prises sur le vif.
Jacques Viret met à profit son savoir encyclopédique et établit une synthèse typologique autour de 3 concepts : tonalité, atonalité et atonalisme, avec exemples musicaux à l’appui. Il se situe dans le sillage de la philologie musicale jadis lancée en Sorbonne par Jacques Chailley. Son étude richement documentée (multitude de notes infrapaginales) suscite de nouveaux points de vue. Anthony Girard définit Une autre perspective. Le choix d’une esthétique musicale : liberté ou illusion ? Ce questionnement insiste sur la richesse des « sonorités opposées » (p. 133 sq.). En fait, il s’agit de les réconcilier ; il rappelle ses affinités personnelles et précise (p. 140) que « l’objection principale est la suivante : pourquoi la musique ne serait-elle pas le fruit d’une invention personnelle ? D’une construction mentale ? La transposition d’un état émotionnel ? L’équivalence sonore d’une image intérieure qui ne demande qu’à se déployer ? » Et surtout : « comment savoir où se situe exactement la limite entre la fabrication individuelle et la réceptivité ? » Le compositeur ne peut-il concevoir autre chose que ce qu’il écrit ? » (p. 149). Pour conclure, l’auteur affirme que les points de vue opposés sont inévitables. bra Quatre intervenants ouvrent des horizons variés : Guy Sacre évoque « l’image du passé » ; dans Clocks & Clouds (allusion à l’œuvre de LIGETI, 1972-73), Karol Beffa récapitule son parcours musical et ses choix esthétiques ; dans « Affaire de style, non de langage », Stéphane Delplace explicite que l’évolution du langage « est certaine, mais n’est évidemment pas synonyme de progrès » (p. 90) ; enfin, avec « Dans les murs », Thierry Machuel et Philippe Hersant rendent compte de leur expérience musicale en milieu carcéral.
Décidément, en ce début de XXIe siècle, cette revue pas comme les autres se place à l’avant-garde des réflexions analytiques et esthétiques.
Édith WEBER
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