Isabelle HIS (éd.) : Claude LE JEUNE : Dix Pseaumes en forme de motets (1564). Turnhout, Brepols, 2014 (www.brepols.net ), 2014, Coll. Épitome musical, Tours, Centre d'Études Supérieures de la Renaissance. Sommaire, XXXIV p. ; Musique, notes critiques, variantes, table alphabétique, 195 p. – 65 € hors taxe.

Claude Le Jeune (v. 1530-1600), musicien de la Réforme et membre de l'Académie de Poésie et de Musique (1570) fondée par Jean-Antoine de Baïf et Thibault de Courville, a apporté une large contribution à l'hymnologie calviniste et à la « Musique mesurée à l'Antique » dans la mouvance humaniste. Il a aussi composé des airs de cour, des chansons profanes, entre autres et cultive le contrepoint note contre note, homorythmique et homosyllabique, avec toutefois quelques mélismes, mais aussi le style de motet. 347 Psaumes nous sont parvenus ; certains ayant été publiés après sa mort.

 

Installé à Paris en 1564, Claude Le Jeune bénéficie de la protection des Seigneurs protestants Charles de Téligny et François de La Noue auxquels il dédie son Recueil intitulé Dix Pseaumes en forme de motets, paru la même année chez Le Roy & Ballard. Il traite dix textes de l'humaniste et théologien Théodore de Bèze (1519-1605). Comme le rappelle Isabelle His, il « a clairement laissé de côté les traductions de Clément Marot » (rappelons qu'en fait, il ne s'agit pas de traductions littérales, mot à mot comme, par exemple, celles de la Bible par Martin Luther ou Jacques Lefèvre d'Étaples, mais de paraphrases). Le compositeur y privilégie — selon le sens des mots — le contrepoint fleuri dans l'optique de la traduction musicale figuraliste des idées et des images, la couleur modale ou le contrepoint simple nota contra notam pour favoriser l'intelligibilité des paroles. Chaque strophe bénéficie d'un traitement musical différent. Le nombre de strophes varie entre 4 et 18 : elles peuvent comporter un trio conclusif ou non. Il ne s'agit pas des mélodies traditionnelles strasbourgeoises ou genevoises. Le compositeur fait alterner les valeurs musicales longues et brèves, selon le parti-pris fonctionnel du Psautier, mais laissant déjà présager le futur principe de la Musique mesurée à l'Antique reposant sur des structures prosodiques antiques codifiées. Parmi les Psaumes figurent notamment : Chantez à Dieu chanson nouvelle (Ps. 96 et 149), Chantez à Dieu nouveau cantique (Ps. 98), chants de louange ou également des invocations au Seigneur et des actions de grâces.

Jacques Feuillie avait déjà transcrit la version de 1564 pour l'enregistrement de l'Ensemble Ludus Modalis sous le label Ramée (2010, RAM 1005). L'édition musicale d'Isabelle His — très bien gravée selon de solides principes éditoriaux — est assortie de judicieuses notes critiques signalant, entre autres, les variantes entre les éditions de 1564 et 1580. Elle comprend une introduction au recueil, les textes des Psaumes, leurs adaptations musicales, quelques facsimilés, un tableau synoptique faisant état du nombre de strophes, de sections, de mesures ainsi que de leur répartition…, la Table alphabétique des incipit de toutes les parties (facilitant la consultation). Le recueil huguenot, élaboré au début de la carrière de Claude Le Jeune, n'est évidemment pas destiné au chant fonctionnel d'assemblée lors des cultes, mais à un ensemble vocal chevronné. En raison de son contrepoint très libre et de son esthétique en avance sur son temps, il se situe entre Renaissance, Réforme et Époque baroque.