Bien sûr, Berlioz n’a pas écrit une telle œuvre. Francis Coiteux transcrit avec bonheur un certain nombre d’extraits d’œuvres orchestrales de Berlioz pour illustrer – à bon droit – les quatre grands amours de sa vie. Estelle Fornier est illustrée par le début de la Symphonie Fantastique, Harriet Smithson par Roméo et Juliette, Camille Moke par un extrait d’Harold en Italie et Marie Recio par la Sérénade de Méphisto extraite de la Damnation de Faust. On trouvera dans la présentation tous les détails de ces histoires. L’étude de cette partition devrait être l’occasion d’aller écouter les originaux et ainsi d’en admirer la richesse orchestrale qu’on appréciera d’autant mieux qu’on aura au préalable joué cette transcription. Enfin, il pourra ne pas être inutile de regarder le film de Christian-Jaque de 1942 intitulé La Symphonie Fantastique qu’on peut trouver en DVD et qui, bien que romancé – mais c’est la loi du genre – constitue cependant une excellente plongée dans ce milieu artistique du XIX° siècle.

Que voici une belle œuvre ! Œuvre à programme ? Certes, l’auteur nous parle d’un « nageur imprudent plongeant dans les flots, de sa rencontre avec une créature semblant inoffensive mais à laquelle il échappera de justesse, sa réflexion sur la mésaventure, et sérénité » mais on pourra se laisser entrainer tout simplement à rêver aux différents paysages sonores que nous offre cette pièce digne de figurer au répertoire d’un concertiste. Le langage en est à la fois atonal et classique. On pense à Debussy ou Ravel, mais c’est vraiment écrit dans un langage original et très séduisant. On peut écouter l’œuvre intégralement sur le site de l’éditeur ou sur You Tube.

On ne peut que se réjouir de ce genre de compilation. L’ensemble est fait avec beaucoup de soin par des musiciens aux compétences largement reconnues. Le recueil s’ouvre par l’incontournable Petit Nègre de Debussy On y trouve aussi Eric Satie avec son N° 1, Gnossienne n°1, Gymnopédie n°1 mais aussi Gretchaninov, Hindemith, Ligetti et beaucoup d’autres compositeurs. Le recueil est donc aussi riche que varié. Citons la fin de la préface des auteurs : « Il existe en outre de nombreuses pièces intéressantes, qu’il s’agisse de musiciens issus de la pop ou du jazz ou de pédagogues du piano. Les miniatures sélectionnées ici invitent à un voyage de découvertes musicales riches en expériences nouvelles autour de sonorités et de rythmes modernes. » Saluons, comme toujours chez Schott, une édition trilingue, et une graphie d’une grande clarté.

L’auteur explique lui-même son propos : « Lorsque l’on conjoint les énergies, les désirs, les pensées, le jeu, cette expression commerçante mais surtout nihiliste : « Tout doit disparaître », qui correspond à l’une des tendances de l’espèce actuelle, peut se muer en son contraire. Le pianiste, jouant souvent seul, aura sans doute plaisir à constater l’émergence de formes inhabituelles pour lui à travers la polyphonie chorégraphiée de six mains « habiles ». Cette pièce en mouvements lents sauf les dernières mesures « Vivo » est avant tout une recherche de sonorités, de timbres à laquelle collaborent étroitement les trois interprètes dans une chorégraphie minutieusement indiquée et qui a pour but de rendre possible l’émergence d’atmosphères sonores aussi riches que diverses. Cela constituera de passionnantes heures de travail pour les pianistes et de passionnantes minutes d’écoute pour leurs auditeurs puisque… « Tout peut apparaître » !

Comment ne pas citer intégralement la présentation de l’auteur qui explique ce titre un peu sibyllin : « Comme dans beaucoup de foyers, il y avait chez ma grand-mère un piano droit qui ornait le salon. Le meuble était très beau, mais l’instrument, quant à lui, était divinement faux. Difficile de trouver un unisson sur tout le clavier. Les frottements semblaient être la règle pour ce messager des artistes passés. C’est en souvenir de ce piano que j’ai écrit ce prélude où les dissonances involontaires sont la règle et où les intervalles harmonieux finissent par paraître suspects. » Comment ne pas avoir une pensée émue pour ces instruments, le plus souvent munis de mécaniques à « baïonnettes), remplacés aujourd’hui par d’affreux cercueils imputrescibles souvent « numériques », mais qui gardent l’accord pour les siècles des siècles à défaut de faire de la musique.Ceci dit, la pièce d’Olivier Bouet nous offre des dissonances pas si involontaires que cela, qui restituent bien l’ambiance dont il parle et qui sont en fait pleines de charme. Ajoutons que le tout est mené dans un rythme endiablé et qu’on ne saurait trop conseiller aux jeunes (et moins jeunes) pianistes de se jeter sur cette pièce tout à fait roborative qui pourrait même constituer un amusant « bis » de récital.

Editée d’après les sources par Jochen Reutter. Doigtés de Heinz Scholz. Notes sur l’interprétation de Robert D. Levin.
A l’époque où Mozart a composé les sonates KV 330, KV 331 (avec son célèbre mouvement Alla Turca) et la sonate KV 332 ainsi que L’Enlèvement au sérail, on célébrait à Vienne le centenaire de la levée du Siège des Turcs de 1683. La préface révèle quelques erreurs d’édition transmises pendant plus de deux siècles et corrigées en partie grâce à la découverte en 2014, à Budapest, de quelques feuillets autographes de la sonate partiellement perdue. Retrouver les quatre pages encore manquantes permettrait peut-être de lever les derniers doutes (comme l’indication Allegretto du dernier mouvement Alla turca au lieu de Allegrino figurant dans l’édition originale).


Le paragraphe sur l’articulation (dans les Notes sur l’interprétation) aide à la bonne lecture des liaisons, utiles notamment dans la dynamique et comme effet de pédale. Chacun sait que Mozart ne mentionnait pas explicitement l’emploi de la pédale. Les quelques rappels suivants s’avèrent utiles.  L’attaque du trille par la note supérieure est toujours en vigueur, sauf dans des cas bien précis. L’appoggiature s’exécute soit avant, soit sur le temps, suivant sa « fonction ». Les exécutions modernes négligent souvent les reprises, pourtant

Au fil de l’eau… Ce trois temps fait parfois penser au chaland qui passe. Ce n’est pas une critique ! Au contraire cette valse mélancolique aux allures, parfois, de valse musette est pleine d’un charme nostalgique accentué par la tonalité de lab Majeur et par une modulation lointaine avant de revenir à la tonalité principale. L’interprète devra savoir faire chanter la mélodie tout en respectant les petits contrepoints exprimés à la même main tandis que la main gauche maintient le tempo de valse. C’est donc une pièce qui offre un grand intérêt tant technique que musical.

s’agit pour le moins d’une approche tout à fait originale de l’enseignement du piano, même si elle plonge ses racines chez Chopin et Liszt… Composée entièrement de morceaux originaux, elle met en œuvre dès le premier numéro la variété rythmique et les nuances, c’est-à-dire tout simplement le sens musical de l’élève. La méthode s’adresse tant aux enfants qu’aux adultes. Le premier volume met en place la main en partant du pouce et de trois notes chromatiques, do, do# et ré.

Très vite on explore l’ensemble du clavier. C’est à la fois ludique et physiologique. Le deuxième volume est – en partie ! – un hommage à la grand-mère de l’auteur, qui leur faisait jouer leurs exercices dans tous les tons. Ce qui lui venait en droite ligne d’une ancêtre élève de Chopin. On ne saura jamais assez dire combien la

pour piano. Editions Delatour France : DLT2731.

Le titre originel de ce recueil était « Douze Petites Pièces Blanches Systématiques » et donnait bien l’esprit de ce travail : le « systématique ». En effet, chaque pièce, dans l’esprit « exercice-étude » est construite sur une formule rythmique reproduite systématiquement. La première, en 5/8, est en style d’Invention avec jeu d’imitation. La deuxième joue avec les contre-temps sur un air « à la Bach ». La troisième présente la même formule syncopée sur une basse en noires. La quatrième propose une formule

Transposer pour comprendre. Lemoine : HL 29318.

L’auteur est professeur de piano et assure également dans son école de La Rochelle une formation à la pédagogie musicale Willems. On ne sera donc pas étonnée que la transposition à l’oreille soit au cœur de ses préoccupations, comme elle l’était déjà chez Marie Jaëlle et chez Madeleine, Ginette et Maurice Martenot dès le début du XX° siècle et jusqu’à nos jours. Il est donc intéressant de voir systématiser dans ce volume cet élément fondamental de l’apprentissage de l’oreille. Bien sûr, le volume en lui-même, même s’il est bien fait, ne peut faire faire le travail de mémorisation indispensable à cette pédagogie. Souhaitons simplement qu’il le favorise et qu’il donne envie à beaucoup de professeurs de pratiquer cette approche absolument nécessaire de l’apprentissage musical.

pour le piano. Sur des textes de Pierre Loti. Les Editions Buissonnières : EB-2-262.

Saluons d’abord la qualité de cette édition. Les textes de Pierre Loti figurent en regard de chacune des sept pièces qui composent cette suite. On trouve aussi à la fin une biographie détaillée et fort intéressante de l’auteur. Le tout est illustré par les photographies prises par Pierre Loti lui-même. Est-il utile de préciser que Pierre Loti n’était pas seulement écrivain mais d’abord marin… Les différentes pièces nous emmènent donc dans l’univers de Pierre Loti, cet Orient qu’il a tant aimé. Chacune constitue un petit tableau animé au caractère très spécifique. Dans le style du compositeur transparait son amour pour la musique française du début du XX° siècle, en passant par Albert Roussel et Jean Cras. Cela donne à ces œuvres un caractère très personnel mais qui n’a rien de suranné. L’ensemble fait donc appel à l’imagination et constitue une sorte de voyage tout à la fois charmant et profond.

Franz SCHUBERT : Sonate pour arpeggione et piano. Version pour violon et piano d’Anton Diabelli. Wiener Urtext Edition, Schott/Universal Edition : UT 50420.

Saluons d’abord le fait qu’il s’agisse d’une édition trilingue. C’est d’autant plus important que la préface de Christa Jost, remarquablement traduite par Geneviève Geffray, offre des explications passionnantes sur cette transcription qui fut historiquement la première de la Sonate. Ce n’est pas le lieu de reprendre l’histoire de cette transcription. Disons que la présente édition tient compte de tous les aléas éditoriaux

Krištof MAŘATKA : GLACES A VOLONTE pour piano. Jobert Editions, JJ 2194.

« Quatre pièces faciles pour piano », selon l’indication de l’auteur, dédiées à son fils. La première pièce « … à la Framboise » utilise pour la partie de main droite une baguette en bois. La partie, à jouer sur les touches blanches, est écrite avec notes et rythmes, avec des glissendi, puis des rythmes frappés sur le couvercle du piano. La partie de main gauche utilise les touches noires, effectue des clusters et parcourt bien l’étendue du clavier jusqu’au très grave. La deuxième pièce « …au Café » est plus simple de lecture. La mélodie en « croches pointées ssdoubles » est soutenue par trois accords arpégés, imperturbables. « …au Chocolat » évoque « Ce que la mouche

Charles BALAYER : Jazzy songs, rois pièces de jazz pour piano. Delatour France : DL T2730.

Ce recueil de quinze pages est composé de trois pièces de niveau assez difficile. La première, « Jazzy litany » à 5/4, mêle swing, blues et jazz tonal. La deuxième, « Just a few chords » a un air country et la troisième, « Littel simple music » invite à la danse sur des rythmes de salsa. Des grilles harmoniques sont proposées pour chaque pièce.

Olivier BOUET : Papillons op. 67. Pièce pour piano. Préparatoire. Lafitan : P.L.3151.

Que voici de jolis papillons ! La première partie est un simple bruissement d’ailes, exprimé dans un « trois pour deux » qui va bien entendu troubler le jeune pianiste, sans oublier la délicate descente chromatique de la main gauche. Après quelques mesures pianissimo en accords arpégés, les voici qui prennent leur envol, batifolent joyeusement sur des rythmes légers puis s’élèvent en arpèges brisés vers le ciel. Après un petit retour au batifolage, c’est l’envol définitif fortissimo vers le firmament, ponctué à la dernière note par un « la » grave qui sonne comme un adieu.

Gérard PESSON et un collectif de compositeurs : Musica ficta. 2 volumes. Lemoine : HL 28948 et H.L. 28949.

Ce recueil de pièces écrites par quinze compositeurs spécialement pour ce projet est tout à fait remarquable à tous points de vue. Il est d’abord en soi un projet pédagogique : faire découvrir dès le début de l’apprentissage de l’instrument la musique contemporaine. C’est aussi la volonté d’offrir aux professeurs une suite de deux recueils progressifs allant du tout début jusqu’à un niveau moyen d’instrument. Enfin, il est intéressant de noter qu’il ne s’agit pas d’un projet « in vitro » : la création de ces deux volumes de Musica Ficta aura lieu le samedi 20 mai 2017 à l’Auditorium de l’Espace d’Anglemont aux Lilas, dans le cadre de l’Atelier « Répertoire et pédagogie du piano contemporain » animé par Martine Joste, sous l’égide de l’association Musica Temporalia et en partenariat avec le Conservatoire Gabriel Fauré des Lilas. C’est dire tout l’intérêt de ces deux volumes.
Tous renseignements sur la création de ces oeuvres sur le site de l'association : https://musicatemporalia.wordpress.com/

MOZART : Sonate en La Majeur (avec le Rondo « Alla Turca ») pour piano. KV331 (300i). Bärenreiter : BA 9186.

Si l’oeuvre est célèbre et a été bien souvent publiée, de nouvelles découvertes et notamment celle d’un nouveau fragment du manuscrit, faite en 2014, ont amené les éditions Bärenreiter à réviser leur propre édition et à refaire une nouvelle version Urtext de cette oeuvre. On lira donc avec beaucoup d’intérêt la copieuse préface de Mario Aschauer, qui retrace toute l’histoire des éditions de cette partition, ainsi que les abondantes remarques sur l’interprétation faites par le même éditeur. C’est donc dire que cette édition renouvelle l’approche d’une oeuvre qui semblait pourtant parfaitement connue.

LANG-LANG :La méthode de piano Lang Lang. Niveau 4 et niveau 5. Lemoine : 29 298 et 29 299 H.L.

Nous avons recensé les trois premiers volumes de cette méthode dans la Lettre 107 d’octobre 2016. Ces deux nouveaux volumes comportent les mêmes qualités : rigueur de la démarche pédagogique et des découvertes solfègiques, clarté et précision des explications. On notera en particulier : « N’oublie pas d’écouter beaucoup de musique. » Et Lang Lang recommande quelques-uns de ses disques… A chaque professeur d’élargir le spectre des oeuvres à écouter ! L’avantage de cette méthode est précisément de fournir au professeur une sorte de squelette très bien charpenté grâce auquel il pourra donner vie à son cours par de nombreux moyens. Il s’agit donc d’un outil tout à fait intéressant. Comme pour les autres volumes, tous les morceaux de la méthode peuvent être téléchargés gratuitement à partir du site de l’éditeur, interprétés par Lang Lang lui-même et enrichis de discrètes interventions orchestrales.

Natalia FLAMENT : L’accompagnement de danse au piano. Les exercices sur pointes, barre et milieu. Lemoine : 29 291 H.L.

Nous avons déjà recensé dans les lettres 106 et 109 de septembre et décembre 2016 les deux premiers volumes de cette collection. Ce troisième volume, comme les deux précédents, rendra bien service aux accompagnateurs de cours de danse et leur permettra de renouveler très agréablement leur répertoire. Natalie Flament écrit : « [Le pianiste] doit « traduire » et musicalement illustrer de la façon la plus juste tous les mouvements des exercices donnés par le professeur, ce qui s’avère impossible sans parfaite connaissance du vocabulaire de la danse et sans profonde compréhension de la nature du mouvement ». Et elle ajoute : « C’est un vrai savoir-faire que ce métier d’accompagnateur de danse ! » C’est vrai que c’est un métier très exigeant, et nous pouvons remercier l’auteur de nous fournir quarante-deux pièces qui sont autant de modèles pour l’improvisateur qu’est forcément le pianiste accompagnateur de cours de danses…

Hans-Günter HEUMANN : The entertainer. 100 pièces divertissantes pour piano du classique au pop. Edité et arrangé par H.G. Heumann. Facile. Schott : ED 22600.

Bien sûr, c’est la pièce-titre qui ouvre cet album. On peut bien entendu discuter d’une telle entreprise. Lorsqu’il s’agit d’oeuvres pour orchestre, la question ne se pose guère : nous pensons qu’il est toujours profitable de « bricoler » dans des « réductions d’orchestre » et que cela permet de mieux entrer dans une audition active des oeuvres. Encore faut-il que ces réductions soient faites avec goût et respect des oeuvres originales et de leurs harmonies et c’est ici le cas. L’auteur a pratiqué ces transcriptions depuis toujours, et malgré notre méfiance vis-à-vis de cette pratique, nous les avons utilisées avec profit pour les élèves étant donné leur qualité. Bien sûr,

Sébastien VILLERS : Isla pour piano. Elémentaire. Lafitan : P.L.3048.

Cette jolie pièce dont le titre est l’anagramme du nom de sa dédicataire est construite sur la superposition du rythme ternaire de la main gauche, qui s’exprime en croches régulières dans la mesure à 6/8 tandis que la main droite égraine une jolie mélodie en rythme binaire. On ne peut s’empêcher de penser, pour le rythme, à une certaine Arabesque de Debussy… L’ensemble, en revanche, s’exécute dans un tempo très lent (44 = noire). Le ré mineur rend le tout à la fois berceur et mélancolique.

Jean-François BASTEAU : Instants magiques, 7 pièces faciles pour piano. Lemoine : HL29303.

Dans ce recueil écrit pour ses propres élèves de premier cycle, avec chacune leur caractère, l’auteur a cherché à rendre des couleurs harmoniques et des ambiances. Elles sont souvent nostalgiques, douces, avec un « clin d’oeil » à la musique de film. Ces petites pièces bien adaptées pour les petites mains, doigtées juste aux endroits utiles, sont agréables à jouer et présentent de réels intérêts pédagogiques : régularité des doigts, mélodies à la main gauche, accords, tempo à la mesure, rythmes binaires et ternaires. Ces « Instants magiques » proposent en outre une bonne utilisation du clavier : lecture en deux clés de sol, déplacement rapide de la main gauche, passage de la main gauche par-dessus la droite, avec indication de pédale…