Les dernières sonates pour piano de Haydn réunies dans ce volume sont les trois cotées Hob. XVI:40-42 (1784), les deux sonates Hob. XVI:48 et 49 « Genzinger » (1789) ainsi que les trois sonates Hob. XVI:50-52 « London » (1794/1795). Ces sonates étaient « destinées aux dames », dans l’esprit de C.P.E. Bach.
Les trois premières sonates (n°s 54, 55, 56) sont dédiées à la très jeune princesse Marie Esterhazy, née Princesse de Liechtenstein, épouse du futur Nicolas II. Composées de deux mouvements chacune, ces sonates apparemment « sans prétention » reprennent le principe de la variation déjà utilisé avec beaucoup d’habileté dans les sonates dites « Esterhazy » Hob. XVI:21-26 (1773). La sonate en Ut Majeur, Hob. XVI:48, commandée par Breitkopf pour un « Pot-pourri », date de 1789. Elle aussi comporte deux mouvements, un Andante con espressione à variations et un Rondo. La suivante, en Mi b Majeur, Hob. XVI:49, est dédiée à Anna de Jerlisckek la commanditaire, mais c’est à Maria Anna von Genzinger que Haydn la destinait, en témoignage affectueux comme le montre une lettre de 1790. Les trois dernières sonates, Hob. XVI:50-52 datent du deuxième séjour londonien du compositeur, en 1794/1795.

C’est pour Thérèse Jansen, dont Haydn a été le témoin de mariage, qu’il écrivit les sonates Hob. XVI:50 (sans doute l’ultime) et 52. Cette dernière, en Si b Majeur, ne fut publiée qu’en 1798. La Hob. XVI: 51, éditée seulement en 1805, est étonnante de concision et de nouveauté. La qualité de certains de ses élèves a permis à Haydn de créer des pièces très inspirées et détachées des contraintes techniques. En l’absence de manuscrit autographe, c’est la première édition (1784) qui a servi à cette édition Urtext. Les nombreux problèmes de graphie rencontrés (les indications de dynamique, d’articulations, d’altérations, de rythme, de staccato, de liaisons…) ne sont résolus que partiellement. Faute de documents, ce n’est que par l’évolution de son écriture que l’on peut imaginer l’instrument sur lequel Haydn travaillait. On sait seulement qu’il possédait un clavicorde de Johann Bohak dans sa dernière décennie. Il dit avoir vendu son beau pianoforte le 11 avril 1809. Haydn a pu comparer la légèreté des pianoforte viennois avec la robustesse des pianos anglais, leurs différences de jeu, leur volume sonore, leur résonnance, leur étendue, l’effet de leurs pédales, il a pu profiter de l’évolution de la facture et ainsi développer une technique virtuose. Quant à l’ornementation, il est essentiel d’en connaître les règles, notamment celles concernant les trilles, les appoggiatures, les Doppelschlag. Pour cela, il faut consulter les traités de C.P.E. Bach (1753, 1762), de Türk, …, tenir compte du tempo, du caractère des pièces et ne pas oublier qu’au XVIIIe siècle, une bonne interprétation est affaire de « bon goût ».
On lira avec beaucoup d’attention les « commentaires critiques » de cette belle édition. Notons que la préface datée de 2014, n’est pas entièrement de première main.
Sophie Jouve-Ganvert