Publié en 1841 à Vienne, joué en décembre 1859 par Carl Debrois van Bruyk, puis par Clara Schumann en mars 1860, le « Faschingsschwank est une pièce spirituelle et riche en détails émotionnels » (Schumann avait écrit à Clara : « il t’amusera sûrement beaucoup »), mais qui « n’apporta pas la satisfaction intérieure » au public viennois.
Ce Carnaval, désigné à Vienne par le mot « Fasching », grande « sonate romantique » pour Schumann, est composé de cinq mouvements. Le premier, Allegro, est un rondo où alternent un refrain énergique et cinq couplets parmi lesquels on reconnaît un hommage à Schubert, un autre à Beethoven après sept mesures de la Marseillaise (censurée par Metternich). Le deuxième mouvement est une Romanze au thème plaintif, le troisième un Sherzino espiègle au rythme pointé qui s’achève par une pirouette. L’Intermezzo passionné qui suit, noie sa mélodie dans des triolets de doubles croches, dans un esprit mendelssohnien. Un Finale volubile de forme sonate, dans un tempo extrêmement vif conclut ce Carnaval de Vienne.


Tout interprète scrupuleux aura la curiosité de jouer sur un instrument contemporain de cette œuvre. Il constatera que l’interprétation est plus aisée (différents registres et légèreté

de l’instrument).
Schumann, pourtant très exigeant, n’a donné aucun doigté dans cette œuvre. Ce sont ceux de Clara qui ont été consultés pour la présente édition.
Schumann invite à rechercher « l’élan et la souplesse de la sonorité », un beau staccato et legato, piano et forte, à renoncer au jeu « pesant » pour obtenir « la beauté du toucher », « fluide et léger », comme son maître, F. Wieck, le lui avait enseigné.
Si Schumann employait la pédale de façon ininterrompue, il convient d’être un peu plus parcimonieux sur un piano « moderne » afin de garder la clarté d’écoute, de respecter l’harmonie tout en proposant des halots sonores. Dans ce domaine aussi, très peu d’indications écrites par Schumann, contrairement à Clara, dans son Instructive Aufgabe (1886). La question de l’organisation rythmique de deux croches contre trois est évoquée, à propos du Finale. L’interprétation provoque un décalage ou pas entre le rythme des deux mains (comme déjà chez les clavecinistes du 18e siècle). L’écriture est cependant assez claire ici.
Les Notes sur l’interprétation se terminent par quelques remarques sur les accords appoggiaturés avec déplacement rapide, sur l’utilisation des doubles barres simples et sur une invitation à l’interprète à « porter sa part de responsabilité pour une réalisation personnelle, évitant toute sorte d’interprétation standard de la musique de Schumann ».
Lire en fin d’ouvrage, les Notes critiques sur les sources.
Il aurait été intéressant dans une nouvelle édition, d’inclure les doigtés de Clara Schumann, ainsi que ses précises et très précieuses indications de pédale pour apprécier la volonté du compositeur et chercher la meilleure adaptation possible sur un piano « moderne ».
Sophie Jouve-Ganvert