Natalia FLAMENT : L’accompagnement de danse au piano. Les exercices sur pointes, barre et milieu. Lemoine : 29 291 H.L.

Nous avons déjà recensé dans les lettres 106 et 109 de septembre et décembre 2016 les deux premiers volumes de cette collection. Ce troisième volume, comme les deux précédents, rendra bien service aux accompagnateurs de cours de danse et leur permettra de renouveler très agréablement leur répertoire. Natalie Flament écrit : « [Le pianiste] doit « traduire » et musicalement illustrer de la façon la plus juste tous les mouvements des exercices donnés par le professeur, ce qui s’avère impossible sans parfaite connaissance du vocabulaire de la danse et sans profonde compréhension de la nature du mouvement ». Et elle ajoute : « C’est un vrai savoir-faire que ce métier d’accompagnateur de danse ! » C’est vrai que c’est un métier très exigeant, et nous pouvons remercier l’auteur de nous fournir quarante-deux pièces qui sont autant de modèles pour l’improvisateur qu’est forcément le pianiste accompagnateur de cours de danses…

Hans-Günter HEUMANN : The entertainer. 100 pièces divertissantes pour piano du classique au pop. Edité et arrangé par H.G. Heumann. Facile. Schott : ED 22600.

Bien sûr, c’est la pièce-titre qui ouvre cet album. On peut bien entendu discuter d’une telle entreprise. Lorsqu’il s’agit d’oeuvres pour orchestre, la question ne se pose guère : nous pensons qu’il est toujours profitable de « bricoler » dans des « réductions d’orchestre » et que cela permet de mieux entrer dans une audition active des oeuvres. Encore faut-il que ces réductions soient faites avec goût et respect des oeuvres originales et de leurs harmonies et c’est ici le cas. L’auteur a pratiqué ces transcriptions depuis toujours, et malgré notre méfiance vis-à-vis de cette pratique, nous les avons utilisées avec profit pour les élèves étant donné leur qualité. Bien sûr,

Sébastien VILLERS : Isla pour piano. Elémentaire. Lafitan : P.L.3048.

Cette jolie pièce dont le titre est l’anagramme du nom de sa dédicataire est construite sur la superposition du rythme ternaire de la main gauche, qui s’exprime en croches régulières dans la mesure à 6/8 tandis que la main droite égraine une jolie mélodie en rythme binaire. On ne peut s’empêcher de penser, pour le rythme, à une certaine Arabesque de Debussy… L’ensemble, en revanche, s’exécute dans un tempo très lent (44 = noire). Le ré mineur rend le tout à la fois berceur et mélancolique.

Jean-François BASTEAU : Instants magiques, 7 pièces faciles pour piano. Lemoine : HL29303.

Dans ce recueil écrit pour ses propres élèves de premier cycle, avec chacune leur caractère, l’auteur a cherché à rendre des couleurs harmoniques et des ambiances. Elles sont souvent nostalgiques, douces, avec un « clin d’oeil » à la musique de film. Ces petites pièces bien adaptées pour les petites mains, doigtées juste aux endroits utiles, sont agréables à jouer et présentent de réels intérêts pédagogiques : régularité des doigts, mélodies à la main gauche, accords, tempo à la mesure, rythmes binaires et ternaires. Ces « Instants magiques » proposent en outre une bonne utilisation du clavier : lecture en deux clés de sol, déplacement rapide de la main gauche, passage de la main gauche par-dessus la droite, avec indication de pédale… 

Carsten KLOMP : Organ plus one. Advent-Weihnachten-Christmas Kassel, Baerenreiter ( www . baerenreiter.com ), 2010, BA 8501. 63 p.

La Série « Organ plus one » est destinée aux organistes, cantors, chefs et pasteurs — à la recherche d’une pièce correspondant aux temps liturgiques en cause. Elle leur permettra de respecter une certaine unité dans le service dominical et de varier les programmes de concert.

Ce volume propose des Préludes de chorals arrangés et adaptés par Carsten Klomp (né en 1965), par exemple de J. S. Bach, K. Hoyer, Th. Tallis, L. J. A. Lefébure-Wely…, une composition de C. Klomp suivie d’un accompagnement fonctionnel (ad libitum : orgue seul ou instrument soliste). À la partition, sont joints 4 cahiers séparés (plusieurs

Paul HUVELLE :  Lemoine : HL29110.

Paru il y a déjà quelques temps, ce copieux recueil permet d’initier à la polyphonie dès les premiers pas sur l’instrument pour parvenir aux fugues à deux voix de J.S. Bach. Il ne suffira pas de faire jouer ces pièces, mais bien sûr il faudra utiliser les procédés habituels : les faire chanter, faire jouer une main en chantant l’autre, faire écouter les voix… Bien sûr, tous les professeurs de piano savent cela. Il s’agit donc d’un instrument précieux pour faire vivre la musique dans la tête des élèves. Et n’est-ce pas l’essentiel ?

Monika TWELSIEK, Rainer MOHRS : pour piano. Premier cycle. Vol. 2. Schott : ED22548.

Ce volume contient quarante-huit pièces faciles recouvrant cinq siècles, de Couperin à Mike Schoenmehl. Le choix est tout à fait plaisant, recouvrant des « incontournables » comme des extraits du « Petit Livre d’Anna Magdalena Bach », des sonatines de Beethoven ou de l’Album pour la Jeunesse de Schumann, mais nous faisant également connaître un répertoire plus original. L’ensemble est bien présenté et doigté avec discrétion et efficacité. Le CD pourra constituer un modèle pour les élèves, mais ne devra pas être imité servilement… même s’il est joué avec beaucoup de délicatesse et de sens musical par deux excellents pianistes.

Antoine REICHA : Sonate op. 46 n°1 en sol Majeur. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0821-6

Les trois sonates de l’op. 46, publiées en 1804 par Breitkopf & Härtel, sont restées pendant longtemps entièrement introuvables. Après la redécouverte miraculeuse de cette édition au conservatoire royal de musique de Bruxelles, Michael Bulley a pu en faire une nouvelle édition. Il semble bien qu’elles aient été composées dans les années 1790. Dans son premier mouvement, cette sonate fait alterner les parties en croches, les parties en triolet puis en doubles-croches, faisant penser à la pratique des « diminutions ». Le deuxième mouvement, un Adagio molto, se déploie dans un très beau chant en do Majeur qui fait penser à un célèbre concerto de Mozart, coupé par quelques envolées de la main droite. Le Finale est un Presto plein de grâce et de vivacité.

Antoine REICHA : Sonate op. 46 n°2 en sib Majeur. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0827-8

Le premier mouvement, de forme sonate, nous fait la surprise, alors qu’on a rejoint la tonalité de la dominante (fa Majeur), d’exposer un deuxième thème en fa mineur, ce qui donne tout de suite un éclairage surprenant à ce mouvement riche en rebondissements. Le deuxième mouvement, Andante un poco adagio, commence de façon bucolique mais devient, au fur et à mesure, plus agité. Quant au Finale Poco presto, sa forme se rapproche du rondo, même s’il nous réserve pas mal de surprises, notamment sur le plan rythmique.

Antoine REICHA : Sonate en ré. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0781-3

Cette édition de la Sonate en ré se fonde sur les seules sources existantes : les manuscrits Ms 2501 et Ms 2502 de la Bibliothèque nationale de France. L’œuvre fut composée probablement autour de 1804-1805, alors que le compositeur vivait à Vienne, avant son installation définitive à Paris en 1808. Cette sonate comporte trois mouvements : le premier a la particularité de contenir deux fugues aux thèmes identiques. Le deuxième mouvement est une Marche funèbre qui comporte, comme il se doit, un Trio suivi d’un da capo. Quant au troisième mouvement, intitulé La Folie, il se joue légèrement dans une ambiance d’accords arpégés, notamment à la fin du mouvement.

Antoine REICHA : Harmonie. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0783-7

Toujours faite à partir des deux manuscrits de la BNF, cette édition nous fait découvrir une pratique très originale de la variation. Ecrite à la même période que la précédente, cette œuvre fait partie également des expériences du compositeur. Il s’agit de variations sur un enchainement harmonique de seize accords et qui contient treize harmonies différentes. Voici comment l’auteur en parle : « Cet enchaînement harmonique est répété six fois, et six fois avec un intérêt nouveau. Cette manière de répéter donne une nouvelle forme pour la composition et est du moins plus estimable, plus importante et plus utile pour l’esprit, parce qu’elle l’occupe davantage que les soi-disant variations usées et le plus souvent sans génie. Seuls de petits esprits peuvent se délecter de ces goûts modernes et si fréquemment utilisés. » On lira avec beaucoup d’intérêt sur le site la présentation complète de Michael Bulley. L’ensemble est tout à fait agréable et on oublie le procédé pour ne plus penser qu’à la musique.

Antoine REICHA : Sonate op. 46, n° 3 en mi Majeur. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0828-5

e premier mouvement, de forme sonate bi-thématique, se caractérise par sa richesse en modulations. Le ton principal en devient minoritaire. Le caractère de cet Allegro est assez dramatique. Le deuxième mouvement commence par un thème tendre et calme, qui reviendra à la fin, tandis que le milieu est constitué par un épisode dramatique. Quant au troisième mouvement, Allegro scherzando, il nous plonge dans une atmosphère à la fois joyeuse et entraînante qui fait penser à une danse populaire. Un passage plus nostalgique intervient alors avant un point d’orgue et le retour à la danse originelle. Quoi qu’il en soit, ces trois sonates sont pleines d’intérêt et méritent d’être découvertes et remises au répertoire.

Antoine REICHA : Capriccio . Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0782-0

On trouve dans les mêmes manuscrits cette autre œuvre expérimentale intitulée Capriccio. L’originalité de cette pièce tient à la fois dans les fréquents changements de mesure et dans les modulations hardies, mais toujours au service de la musique. L’alternance des mesures 3/4 et 4/4 invite souvent à faire de leur succession et de leur addition une seule et même mesure… Il s’agit d’une écriture tout à fait novatrice.

F.X. DUŠEK :  Edité par Vojtĕch Spurný. Vol. 2. Bärenreiter : BA 11514.

Nous avons rendu compte dans la lettre 116 de juin 2016 de la parution du premier volume de ces sonates. Voici donc la fin de la publication des sonates de ce compositeur parvenues jusqu’à nous. Comme dans le volume précédent, l’ordre est chronologique. Certaines de ces sonates n’ont jamais été publiées. Cette publication maintenant complète est donc particulièrement intéressante pour découvrir vraiment ce compositeur qui a eu une influence certaine sur la musique de cette fin du XVIII° siècle.

Rose-Marie JOUGLA : JazzNuances 3 pièces pour piano. Assez difficile. Delatour : DLT2466.

Jazz ? La présentation situe ces trois pièces entre le classique-moderne et le jazz… On pense à Debussy, à Gershwin. La construction est la même pour les trois pièces : introduction, thème développement, retour au thème et conclusion. Mais tout cela n’empêche pas l’auteur d’avoir son propre langage et de nous livrer trois univers poétiques et nostalgiques de grande qualité expressive. On pourra en juger en écoutant l’ensemble sur le site de l’éditeur ou sur Youtube. C’est de l’excellente musique qu’on a envie de partager et tant pis si on ne peut vraiment la classer : c’est aussi ce qui fait son charme et son originalité.

Gaston LITAIZE 7 pièces pour piano extraites des Deux suites et Cinq fois quatre. Assez difficile. Collection Musique & Patrimoine. Delatour : DLT0875.

Gaston Litaize, comme beaucoup de grands organistes de sa génération, (nous pensons en particulier à Edouard Souberbielle) était aussi un remarquable pianiste. Des Deux suites composées en 1940 et 1941, il ne nous reste que quelques pièces, une partie du manuscrit ayant disparu. Cinq fois quatre a été écrit en 1990, pour les vingt ans de sa petite fille, Anne-Emmanuelle. Ecrite dans un tempo de barcarolle, elle est beaucoup moins virtuose que les précédentes. Merci à Olivier Latry et Yannick Merlin qui, par leur travail de découvreurs et d’éditeurs nous révèlent ces pièces inédites.

 

Anthony GIRARD : Effleurer le silence pour piano. Paris, BILLAUDOT (www.billaudot.com ), Coll. Brigitte Bouthinon-Dumas, 2016, 20 p.

Anthony Girard — bien connu de nos lecteurs (cf. recension de ses ouvrages : Minos. Les dédales de l’expérience créatrice, Lettre d’information n°110, Franchir l’Horizon. Entretiens avec Pascal Pistone, cf. LI n°108) — est à la fois professeur au CNSMD de Paris, chercheur, théoricien et compositeur hors pair. Son œuvre pour piano : Effleurer le silence, d’une très grande difficulté technique (traits de virtuosité, rapide alternance des mains, dynamique très subtile et contrastante : pp, p, ppp avec exceptionnellement f et ff — p. 17), comprend 8 parties (avec indications précises et recommandations) : 1. Fluide, furtif ; 2. Très souple ; 3. murmuré (nécessitant une agilité extrême de la main droite) ; 4. des goutelettes… (écouter chaque note !) puis cristallin ; 5. espressivo ; 6. avec arpèges encore plus doux ; 7. Pp (avec petits effets de decrescendo) ; 8. Souple, intime. La lecture solfégique n’est pas simple ; la technique est très exigeante ; la dynamique, d’une précision minutieuse. De plus, chaque note — même dans les passages les plus denses — doit être absolument perçue. Son langage est tonal-modal. Il en résulte une musique très intériorisée, mystérieuse, mystique : à la recherche du silence et de l’ineffable.

Pierre-Richard DESHAYS : Valse sur la Lys Ppour piano. Préparatoire. Lafitan : P.L.3042.

Voici une valse tout à fait traditionnelle. Pourquoi sur la Lys ? Malgré une carrière internationale, l’auteur n’a sans doute pas oublié qu’il est né à Douai et qu’il est, entre autres, professeur à Aire sur la Lys. Cette pièce en do mineur distille un charme et une nostalgie qui ne se démentent pas tout au long du morceau. Si la main droite possède évidemment le beau rôle en mettant en valeur la mélodie, celle-ci passe régulièrement au pouce, chantant avec la main gauche tandis que les autres doigts de la main droite poursuivent le rythme de valse… Tout cela demande donc déjà une maîtrise de l’instrument et une véritable écoute polyphonique.

Antoine REICHA : Fantaisie sur un thème de Frescobaldi Edition Michaël BULLEY. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0829-2

On trouvera sur le site de l’éditeur une présentation complète de l’œuvre par Michael Bulley. Nous retiendrons que cette Fantaisie se fonde sur le thème du Ricercar decimo sopra la, fa, sol, la, re composé par Frescobaldi en 1615 et qu’elle offre une certaine ambiguïté tonale. Le thème est énoncé plusieurs fois au cours de la pièce. Disons simplement que cette œuvre fort originale mérite d’être connue, ainsi que son auteur qui ne doit pas rester un nom dans l’histoire de la musique mais retrouver la place qu’il mérite parmi les compositeurs du début du XIX° siècle.

Antoine REICHA : Variations sur un thème de Gluck Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0810-0

Fondée sur la seule source existante, une édition publiée à Paris du vivant du compositeur, cette nouvelle édition rend de nouveau justice à cet auteur trop méconnu pour lequel un homme comme Berlioz avait une profonde admiration. Si ces variations sur un thème de l’Armide, parues vraisemblablement autour de l’année 1815 n’ont pas la profondeur des 57 variations de L’art de varier, parues onze ans plus tôt, elle n’en sont pas moins aussi agréables qu’intéressantes. L’éditeur invite à juste titre à tenir compte, pour l’interprétation de ces variations, de la différence entre le piano moderne et l’instrument de l’époque. L’heureuse renaissance du piano-forte devrait permettre d’éviter ces erreurs.

Antoine REICHA : La Chercheuse d’esprit. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0813-1

Il est impossible de résumer ici toutes les questions que pose cette œuvre et les recherches auxquelles elle a donné lieu. Michael Bulley nous les explique de façon passionnante sur le site de l’éditeur et, bien sûr, sur la partition. Disons seulement que sept des treize pièces écrites sous ce titre ont un rapport certain avec l’opéra du même nom de Charles-Simon Favart, très célèbre à l’époque. Quoi qu’il en soit, nous sommes en face de treize petits portraits vivants et contrastés pleins de grâce et d’humour que l’absence de difficulté pianistique rend abordables à de nombreux pianistes. Il faudra simplement se souvenir que le pianoforte n’est pas le piano moderne…

Antoine REICHA : Sonate en fa. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0765-3

Composée en 1800, cette sonate ne doit pas être confondue avec celle dite « Pastorale » dont nous avons rendu compte en mai 2015. Le premier mouvement de celle-ci est en fait un « thème et variations » sur la Marche des prêtres, extraite de la Flûte enchantée de Mozart. Le deuxième mouvement, Menuetto en fa mineur, est plein de légèreté et d’élégance. Quant au Finale à 6/8, plein de fantaisie, d’invention et de brio, il est tout à fait séduisant. Là encore on pourra lire l’histoire de cette sonate et son analyse sur le site de l’éditeur.