Paul HUVELLE :  Lemoine : HL29110.

Paru il y a déjà quelques temps, ce copieux recueil permet d’initier à la polyphonie dès les premiers pas sur l’instrument pour parvenir aux fugues à deux voix de J.S. Bach. Il ne suffira pas de faire jouer ces pièces, mais bien sûr il faudra utiliser les procédés habituels : les faire chanter, faire jouer une main en chantant l’autre, faire écouter les voix… Bien sûr, tous les professeurs de piano savent cela. Il s’agit donc d’un instrument précieux pour faire vivre la musique dans la tête des élèves. Et n’est-ce pas l’essentiel ?

Monika TWELSIEK, Rainer MOHRS : pour piano. Premier cycle. Vol. 2. Schott : ED22548.

Ce volume contient quarante-huit pièces faciles recouvrant cinq siècles, de Couperin à Mike Schoenmehl. Le choix est tout à fait plaisant, recouvrant des « incontournables » comme des extraits du « Petit Livre d’Anna Magdalena Bach », des sonatines de Beethoven ou de l’Album pour la Jeunesse de Schumann, mais nous faisant également connaître un répertoire plus original. L’ensemble est bien présenté et doigté avec discrétion et efficacité. Le CD pourra constituer un modèle pour les élèves, mais ne devra pas être imité servilement… même s’il est joué avec beaucoup de délicatesse et de sens musical par deux excellents pianistes.

Antoine REICHA : Sonate op. 46 n°1 en sol Majeur. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0821-6

Les trois sonates de l’op. 46, publiées en 1804 par Breitkopf & Härtel, sont restées pendant longtemps entièrement introuvables. Après la redécouverte miraculeuse de cette édition au conservatoire royal de musique de Bruxelles, Michael Bulley a pu en faire une nouvelle édition. Il semble bien qu’elles aient été composées dans les années 1790. Dans son premier mouvement, cette sonate fait alterner les parties en croches, les parties en triolet puis en doubles-croches, faisant penser à la pratique des « diminutions ». Le deuxième mouvement, un Adagio molto, se déploie dans un très beau chant en do Majeur qui fait penser à un célèbre concerto de Mozart, coupé par quelques envolées de la main droite. Le Finale est un Presto plein de grâce et de vivacité.

Antoine REICHA : Sonate op. 46 n°2 en sib Majeur. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0827-8

Le premier mouvement, de forme sonate, nous fait la surprise, alors qu’on a rejoint la tonalité de la dominante (fa Majeur), d’exposer un deuxième thème en fa mineur, ce qui donne tout de suite un éclairage surprenant à ce mouvement riche en rebondissements. Le deuxième mouvement, Andante un poco adagio, commence de façon bucolique mais devient, au fur et à mesure, plus agité. Quant au Finale Poco presto, sa forme se rapproche du rondo, même s’il nous réserve pas mal de surprises, notamment sur le plan rythmique.

Antoine REICHA : Sonate en ré. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0781-3

Cette édition de la Sonate en ré se fonde sur les seules sources existantes : les manuscrits Ms 2501 et Ms 2502 de la Bibliothèque nationale de France. L’œuvre fut composée probablement autour de 1804-1805, alors que le compositeur vivait à Vienne, avant son installation définitive à Paris en 1808. Cette sonate comporte trois mouvements : le premier a la particularité de contenir deux fugues aux thèmes identiques. Le deuxième mouvement est une Marche funèbre qui comporte, comme il se doit, un Trio suivi d’un da capo. Quant au troisième mouvement, intitulé La Folie, il se joue légèrement dans une ambiance d’accords arpégés, notamment à la fin du mouvement.

Antoine REICHA : Harmonie. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0783-7

Toujours faite à partir des deux manuscrits de la BNF, cette édition nous fait découvrir une pratique très originale de la variation. Ecrite à la même période que la précédente, cette œuvre fait partie également des expériences du compositeur. Il s’agit de variations sur un enchainement harmonique de seize accords et qui contient treize harmonies différentes. Voici comment l’auteur en parle : « Cet enchaînement harmonique est répété six fois, et six fois avec un intérêt nouveau. Cette manière de répéter donne une nouvelle forme pour la composition et est du moins plus estimable, plus importante et plus utile pour l’esprit, parce qu’elle l’occupe davantage que les soi-disant variations usées et le plus souvent sans génie. Seuls de petits esprits peuvent se délecter de ces goûts modernes et si fréquemment utilisés. » On lira avec beaucoup d’intérêt sur le site la présentation complète de Michael Bulley. L’ensemble est tout à fait agréable et on oublie le procédé pour ne plus penser qu’à la musique.

Antoine REICHA : Sonate op. 46, n° 3 en mi Majeur. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0828-5

e premier mouvement, de forme sonate bi-thématique, se caractérise par sa richesse en modulations. Le ton principal en devient minoritaire. Le caractère de cet Allegro est assez dramatique. Le deuxième mouvement commence par un thème tendre et calme, qui reviendra à la fin, tandis que le milieu est constitué par un épisode dramatique. Quant au troisième mouvement, Allegro scherzando, il nous plonge dans une atmosphère à la fois joyeuse et entraînante qui fait penser à une danse populaire. Un passage plus nostalgique intervient alors avant un point d’orgue et le retour à la danse originelle. Quoi qu’il en soit, ces trois sonates sont pleines d’intérêt et méritent d’être découvertes et remises au répertoire.

Antoine REICHA : Capriccio . Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0782-0

On trouve dans les mêmes manuscrits cette autre œuvre expérimentale intitulée Capriccio. L’originalité de cette pièce tient à la fois dans les fréquents changements de mesure et dans les modulations hardies, mais toujours au service de la musique. L’alternance des mesures 3/4 et 4/4 invite souvent à faire de leur succession et de leur addition une seule et même mesure… Il s’agit d’une écriture tout à fait novatrice.

F.X. DUŠEK :  Edité par Vojtĕch Spurný. Vol. 2. Bärenreiter : BA 11514.

Nous avons rendu compte dans la lettre 116 de juin 2016 de la parution du premier volume de ces sonates. Voici donc la fin de la publication des sonates de ce compositeur parvenues jusqu’à nous. Comme dans le volume précédent, l’ordre est chronologique. Certaines de ces sonates n’ont jamais été publiées. Cette publication maintenant complète est donc particulièrement intéressante pour découvrir vraiment ce compositeur qui a eu une influence certaine sur la musique de cette fin du XVIII° siècle.

Rose-Marie JOUGLA : JazzNuances 3 pièces pour piano. Assez difficile. Delatour : DLT2466.

Jazz ? La présentation situe ces trois pièces entre le classique-moderne et le jazz… On pense à Debussy, à Gershwin. La construction est la même pour les trois pièces : introduction, thème développement, retour au thème et conclusion. Mais tout cela n’empêche pas l’auteur d’avoir son propre langage et de nous livrer trois univers poétiques et nostalgiques de grande qualité expressive. On pourra en juger en écoutant l’ensemble sur le site de l’éditeur ou sur Youtube. C’est de l’excellente musique qu’on a envie de partager et tant pis si on ne peut vraiment la classer : c’est aussi ce qui fait son charme et son originalité.

Gaston LITAIZE 7 pièces pour piano extraites des Deux suites et Cinq fois quatre. Assez difficile. Collection Musique & Patrimoine. Delatour : DLT0875.

Gaston Litaize, comme beaucoup de grands organistes de sa génération, (nous pensons en particulier à Edouard Souberbielle) était aussi un remarquable pianiste. Des Deux suites composées en 1940 et 1941, il ne nous reste que quelques pièces, une partie du manuscrit ayant disparu. Cinq fois quatre a été écrit en 1990, pour les vingt ans de sa petite fille, Anne-Emmanuelle. Ecrite dans un tempo de barcarolle, elle est beaucoup moins virtuose que les précédentes. Merci à Olivier Latry et Yannick Merlin qui, par leur travail de découvreurs et d’éditeurs nous révèlent ces pièces inédites.

 

Anthony GIRARD : Effleurer le silence pour piano. Paris, BILLAUDOT (www.billaudot.com ), Coll. Brigitte Bouthinon-Dumas, 2016, 20 p.

Anthony Girard — bien connu de nos lecteurs (cf. recension de ses ouvrages : Minos. Les dédales de l’expérience créatrice, Lettre d’information n°110, Franchir l’Horizon. Entretiens avec Pascal Pistone, cf. LI n°108) — est à la fois professeur au CNSMD de Paris, chercheur, théoricien et compositeur hors pair. Son œuvre pour piano : Effleurer le silence, d’une très grande difficulté technique (traits de virtuosité, rapide alternance des mains, dynamique très subtile et contrastante : pp, p, ppp avec exceptionnellement f et ff — p. 17), comprend 8 parties (avec indications précises et recommandations) : 1. Fluide, furtif ; 2. Très souple ; 3. murmuré (nécessitant une agilité extrême de la main droite) ; 4. des goutelettes… (écouter chaque note !) puis cristallin ; 5. espressivo ; 6. avec arpèges encore plus doux ; 7. Pp (avec petits effets de decrescendo) ; 8. Souple, intime. La lecture solfégique n’est pas simple ; la technique est très exigeante ; la dynamique, d’une précision minutieuse. De plus, chaque note — même dans les passages les plus denses — doit être absolument perçue. Son langage est tonal-modal. Il en résulte une musique très intériorisée, mystérieuse, mystique : à la recherche du silence et de l’ineffable.

Pierre-Richard DESHAYS : Valse sur la Lys Ppour piano. Préparatoire. Lafitan : P.L.3042.

Voici une valse tout à fait traditionnelle. Pourquoi sur la Lys ? Malgré une carrière internationale, l’auteur n’a sans doute pas oublié qu’il est né à Douai et qu’il est, entre autres, professeur à Aire sur la Lys. Cette pièce en do mineur distille un charme et une nostalgie qui ne se démentent pas tout au long du morceau. Si la main droite possède évidemment le beau rôle en mettant en valeur la mélodie, celle-ci passe régulièrement au pouce, chantant avec la main gauche tandis que les autres doigts de la main droite poursuivent le rythme de valse… Tout cela demande donc déjà une maîtrise de l’instrument et une véritable écoute polyphonique.

Antoine REICHA : Fantaisie sur un thème de Frescobaldi Edition Michaël BULLEY. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0829-2

On trouvera sur le site de l’éditeur une présentation complète de l’œuvre par Michael Bulley. Nous retiendrons que cette Fantaisie se fonde sur le thème du Ricercar decimo sopra la, fa, sol, la, re composé par Frescobaldi en 1615 et qu’elle offre une certaine ambiguïté tonale. Le thème est énoncé plusieurs fois au cours de la pièce. Disons simplement que cette œuvre fort originale mérite d’être connue, ainsi que son auteur qui ne doit pas rester un nom dans l’histoire de la musique mais retrouver la place qu’il mérite parmi les compositeurs du début du XIX° siècle.

Antoine REICHA : Variations sur un thème de Gluck Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0810-0

Fondée sur la seule source existante, une édition publiée à Paris du vivant du compositeur, cette nouvelle édition rend de nouveau justice à cet auteur trop méconnu pour lequel un homme comme Berlioz avait une profonde admiration. Si ces variations sur un thème de l’Armide, parues vraisemblablement autour de l’année 1815 n’ont pas la profondeur des 57 variations de L’art de varier, parues onze ans plus tôt, elle n’en sont pas moins aussi agréables qu’intéressantes. L’éditeur invite à juste titre à tenir compte, pour l’interprétation de ces variations, de la différence entre le piano moderne et l’instrument de l’époque. L’heureuse renaissance du piano-forte devrait permettre d’éviter ces erreurs.

Antoine REICHA : La Chercheuse d’esprit. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0813-1

Il est impossible de résumer ici toutes les questions que pose cette œuvre et les recherches auxquelles elle a donné lieu. Michael Bulley nous les explique de façon passionnante sur le site de l’éditeur et, bien sûr, sur la partition. Disons seulement que sept des treize pièces écrites sous ce titre ont un rapport certain avec l’opéra du même nom de Charles-Simon Favart, très célèbre à l’époque. Quoi qu’il en soit, nous sommes en face de treize petits portraits vivants et contrastés pleins de grâce et d’humour que l’absence de difficulté pianistique rend abordables à de nombreux pianistes. Il faudra simplement se souvenir que le pianoforte n’est pas le piano moderne…

Antoine REICHA : Sonate en fa. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0765-3

Composée en 1800, cette sonate ne doit pas être confondue avec celle dite « Pastorale » dont nous avons rendu compte en mai 2015. Le premier mouvement de celle-ci est en fait un « thème et variations » sur la Marche des prêtres, extraite de la Flûte enchantée de Mozart. Le deuxième mouvement, Menuetto en fa mineur, est plein de légèreté et d’élégance. Quant au Finale à 6/8, plein de fantaisie, d’invention et de brio, il est tout à fait séduisant. Là encore on pourra lire l’histoire de cette sonate et son analyse sur le site de l’éditeur.

Antoine REICHA : Grande Sonate en mi. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0759-2

La seule source de cette sonate est l’édition publiée en 1803 par Breitkopf & Härtel. Le premier mouvement, en mi Majeur, est un Allegro très développé plein de bravoure. Le deuxième mouvement est une romance dans le ton de la sous dominante, mais toujours en majeur. Le thème est joliment enjoué. On y trouve de grandes envolées de virtuosité qui lui donnent à certains moments un caractère dramatique accentué par les modulations. Quant au troisième mouvement, c’est un presto en forme de rondo, plein de joie et de légèreté. Encore une fois, il faut absolument redécouvrir cette œuvre trop méconnue.

Antoine REICHA : Fantaisie sur un seul accord. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0817-9

Cette Fantaisie fait partie des œuvres expérimentales et des recherches menées par Antoine Reicha dans les années 1800. Nous ne pouvons mieux faire que de citer ici ce qu’écrit le compositeur lui-même dans son commentaire sur l’œuvre : « On ne trouve dans cette fantaisie ni appoggiature ni tenue, ni ce qui résulte de l’utilisation des tonalités, ni l’alternance de consonances et de dissonances ; pas une note de passage, ni même un enchaînement consonant de sons fondamentaux ; et personne ne pourrait cependant nier la diversité de cette fantaisie : comment cela se peut-il ? Tout naturellement. L’esprit, contraint par l’économie de moyens, cherche (et trouve) des solutions qu’il n’aurait peut-être jamais envisagées ; et son but est alors atteint. […] La pratique de tels exercices pour atteindre les mêmes buts par une économie de moyens est d’un grand profit pour le compositeur ; il devient alors plus attentif à des choses auxquelles il n’aurait pas réfléchi. » Bien des compositeurs, après lui, se donneront de semblables limites. Pensons à Ravel et à son Boléro
Nous continuerons le mois prochain à rendre compte des œuvres de Reicha publiées par les éditions Symétrie.

Colette MOUREY : Au chant des saisons pour piano. Facile. Delatour : DLT0886.

L’auteur s’est fixé plusieurs objectifs pour ces quatre pièces illustrant chacune une saison. Il s’agit d’une recherche de caractères et de timbres grâce notamment aux sauts d’octave, à la découverte de rythmes de danse et à une alternance des écritures harmoniques et contrapunctique, le tout « par de courtes pièces faciles, et bien positionnelles ». Nous supposons que ce dernier terme signifie que la position des mains est la plus naturelle possible : l’auteur a pris soin de doigter ces pièces de façon très soignée. Le but est atteint et le caractère didactique ne nuit en rien à l’agrément de la musique.

Colette MOUREY : Mon piano part en vacances pour piano. Cycle 2. Delatour : DLT0869.

Ces vacances se divisent en deux parties. La première est constituée d’une Petite suite espagnole comprenant sept petits instantanés d’un voyage à travers l’Espagne. La deuxième partie comporte une seule pièce : Aux chants de l’océan. L’auteur est manifestement une pédagogue : chaque pièce est soigneusement doigtée dans un souci constant de bon placement de la main. Mais cet aspect n’oblitère jamais la musique originale, les ambiances créées par ces œuvres. Si les chants de l’océan sont plus lyriques, avec leurs épisodes transitoires chromatiques, la petite suite espagnole, avec ses rythmes typiques, n’en est pas moins fort expressive. L’ensemble devrait plaire.

Colette MOUREY : Piano-Merveilles pour piano. Facile. Delatour : DLT0867.

Les quatorze petites pièces présentes dans ce recueil comportent chacune un titre évocateur. Mais ces quatorze titres cachent en réalité sept « timbres » seulement. Chacun, bien « positionnel », exposé en do majeur ou en la mineur, se retrouve, sous un autre titre, dans une version diésée ou bémolisée, « à jouer avec le même doigté et dans le même tempo : ce qui offrira d’emblée une appréhension chromatique du clavier, celle que conseille, par exemple, Chopin ». Nous ajouterons que cela permet également de faire découvrir, pour ceux qui y sont sensibles, les « couleurs » des différentes tonalités, à partir du ressenti de l’élève et en s’aidant de la diversité des titres. Ajoutons encore qu’il ne s’agit nullement d’un exercice gratuit et que tout cela est au service d’une musique tout à fait intéressante.