Anthony GIRARD : Effleurer le silence pour piano. Paris, BILLAUDOT (www.billaudot.com ), Coll. Brigitte Bouthinon-Dumas, 2016, 20 p.

Anthony Girard — bien connu de nos lecteurs (cf. recension de ses ouvrages : Minos. Les dédales de l’expérience créatrice, Lettre d’information n°110, Franchir l’Horizon. Entretiens avec Pascal Pistone, cf. LI n°108) — est à la fois professeur au CNSMD de Paris, chercheur, théoricien et compositeur hors pair. Son œuvre pour piano : Effleurer le silence, d’une très grande difficulté technique (traits de virtuosité, rapide alternance des mains, dynamique très subtile et contrastante : pp, p, ppp avec exceptionnellement f et ff — p. 17), comprend 8 parties (avec indications précises et recommandations) : 1. Fluide, furtif ; 2. Très souple ; 3. murmuré (nécessitant une agilité extrême de la main droite) ; 4. des goutelettes… (écouter chaque note !) puis cristallin ; 5. espressivo ; 6. avec arpèges encore plus doux ; 7. Pp (avec petits effets de decrescendo) ; 8. Souple, intime. La lecture solfégique n’est pas simple ; la technique est très exigeante ; la dynamique, d’une précision minutieuse. De plus, chaque note — même dans les passages les plus denses — doit être absolument perçue. Son langage est tonal-modal. Il en résulte une musique très intériorisée, mystérieuse, mystique : à la recherche du silence et de l’ineffable.

Pierre-Richard DESHAYS : Valse sur la Lys Ppour piano. Préparatoire. Lafitan : P.L.3042.

Voici une valse tout à fait traditionnelle. Pourquoi sur la Lys ? Malgré une carrière internationale, l’auteur n’a sans doute pas oublié qu’il est né à Douai et qu’il est, entre autres, professeur à Aire sur la Lys. Cette pièce en do mineur distille un charme et une nostalgie qui ne se démentent pas tout au long du morceau. Si la main droite possède évidemment le beau rôle en mettant en valeur la mélodie, celle-ci passe régulièrement au pouce, chantant avec la main gauche tandis que les autres doigts de la main droite poursuivent le rythme de valse… Tout cela demande donc déjà une maîtrise de l’instrument et une véritable écoute polyphonique.

Antoine REICHA : Fantaisie sur un thème de Frescobaldi Edition Michaël BULLEY. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0829-2

On trouvera sur le site de l’éditeur une présentation complète de l’œuvre par Michael Bulley. Nous retiendrons que cette Fantaisie se fonde sur le thème du Ricercar decimo sopra la, fa, sol, la, re composé par Frescobaldi en 1615 et qu’elle offre une certaine ambiguïté tonale. Le thème est énoncé plusieurs fois au cours de la pièce. Disons simplement que cette œuvre fort originale mérite d’être connue, ainsi que son auteur qui ne doit pas rester un nom dans l’histoire de la musique mais retrouver la place qu’il mérite parmi les compositeurs du début du XIX° siècle.

Antoine REICHA : Variations sur un thème de Gluck Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0810-0

Fondée sur la seule source existante, une édition publiée à Paris du vivant du compositeur, cette nouvelle édition rend de nouveau justice à cet auteur trop méconnu pour lequel un homme comme Berlioz avait une profonde admiration. Si ces variations sur un thème de l’Armide, parues vraisemblablement autour de l’année 1815 n’ont pas la profondeur des 57 variations de L’art de varier, parues onze ans plus tôt, elle n’en sont pas moins aussi agréables qu’intéressantes. L’éditeur invite à juste titre à tenir compte, pour l’interprétation de ces variations, de la différence entre le piano moderne et l’instrument de l’époque. L’heureuse renaissance du piano-forte devrait permettre d’éviter ces erreurs.

Antoine REICHA : La Chercheuse d’esprit. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0813-1

Il est impossible de résumer ici toutes les questions que pose cette œuvre et les recherches auxquelles elle a donné lieu. Michael Bulley nous les explique de façon passionnante sur le site de l’éditeur et, bien sûr, sur la partition. Disons seulement que sept des treize pièces écrites sous ce titre ont un rapport certain avec l’opéra du même nom de Charles-Simon Favart, très célèbre à l’époque. Quoi qu’il en soit, nous sommes en face de treize petits portraits vivants et contrastés pleins de grâce et d’humour que l’absence de difficulté pianistique rend abordables à de nombreux pianistes. Il faudra simplement se souvenir que le pianoforte n’est pas le piano moderne…

Antoine REICHA : Sonate en fa. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0765-3

Composée en 1800, cette sonate ne doit pas être confondue avec celle dite « Pastorale » dont nous avons rendu compte en mai 2015. Le premier mouvement de celle-ci est en fait un « thème et variations » sur la Marche des prêtres, extraite de la Flûte enchantée de Mozart. Le deuxième mouvement, Menuetto en fa mineur, est plein de légèreté et d’élégance. Quant au Finale à 6/8, plein de fantaisie, d’invention et de brio, il est tout à fait séduisant. Là encore on pourra lire l’histoire de cette sonate et son analyse sur le site de l’éditeur.

Antoine REICHA : Grande Sonate en mi. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0759-2

La seule source de cette sonate est l’édition publiée en 1803 par Breitkopf & Härtel. Le premier mouvement, en mi Majeur, est un Allegro très développé plein de bravoure. Le deuxième mouvement est une romance dans le ton de la sous dominante, mais toujours en majeur. Le thème est joliment enjoué. On y trouve de grandes envolées de virtuosité qui lui donnent à certains moments un caractère dramatique accentué par les modulations. Quant au troisième mouvement, c’est un presto en forme de rondo, plein de joie et de légèreté. Encore une fois, il faut absolument redécouvrir cette œuvre trop méconnue.

Antoine REICHA : Fantaisie sur un seul accord. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0817-9

Cette Fantaisie fait partie des œuvres expérimentales et des recherches menées par Antoine Reicha dans les années 1800. Nous ne pouvons mieux faire que de citer ici ce qu’écrit le compositeur lui-même dans son commentaire sur l’œuvre : « On ne trouve dans cette fantaisie ni appoggiature ni tenue, ni ce qui résulte de l’utilisation des tonalités, ni l’alternance de consonances et de dissonances ; pas une note de passage, ni même un enchaînement consonant de sons fondamentaux ; et personne ne pourrait cependant nier la diversité de cette fantaisie : comment cela se peut-il ? Tout naturellement. L’esprit, contraint par l’économie de moyens, cherche (et trouve) des solutions qu’il n’aurait peut-être jamais envisagées ; et son but est alors atteint. […] La pratique de tels exercices pour atteindre les mêmes buts par une économie de moyens est d’un grand profit pour le compositeur ; il devient alors plus attentif à des choses auxquelles il n’aurait pas réfléchi. » Bien des compositeurs, après lui, se donneront de semblables limites. Pensons à Ravel et à son Boléro
Nous continuerons le mois prochain à rendre compte des œuvres de Reicha publiées par les éditions Symétrie.

Colette MOUREY : Au chant des saisons pour piano. Facile. Delatour : DLT0886.

L’auteur s’est fixé plusieurs objectifs pour ces quatre pièces illustrant chacune une saison. Il s’agit d’une recherche de caractères et de timbres grâce notamment aux sauts d’octave, à la découverte de rythmes de danse et à une alternance des écritures harmoniques et contrapunctique, le tout « par de courtes pièces faciles, et bien positionnelles ». Nous supposons que ce dernier terme signifie que la position des mains est la plus naturelle possible : l’auteur a pris soin de doigter ces pièces de façon très soignée. Le but est atteint et le caractère didactique ne nuit en rien à l’agrément de la musique.

Colette MOUREY : Mon piano part en vacances pour piano. Cycle 2. Delatour : DLT0869.

Ces vacances se divisent en deux parties. La première est constituée d’une Petite suite espagnole comprenant sept petits instantanés d’un voyage à travers l’Espagne. La deuxième partie comporte une seule pièce : Aux chants de l’océan. L’auteur est manifestement une pédagogue : chaque pièce est soigneusement doigtée dans un souci constant de bon placement de la main. Mais cet aspect n’oblitère jamais la musique originale, les ambiances créées par ces œuvres. Si les chants de l’océan sont plus lyriques, avec leurs épisodes transitoires chromatiques, la petite suite espagnole, avec ses rythmes typiques, n’en est pas moins fort expressive. L’ensemble devrait plaire.

Colette MOUREY : Piano-Merveilles pour piano. Facile. Delatour : DLT0867.

Les quatorze petites pièces présentes dans ce recueil comportent chacune un titre évocateur. Mais ces quatorze titres cachent en réalité sept « timbres » seulement. Chacun, bien « positionnel », exposé en do majeur ou en la mineur, se retrouve, sous un autre titre, dans une version diésée ou bémolisée, « à jouer avec le même doigté et dans le même tempo : ce qui offrira d’emblée une appréhension chromatique du clavier, celle que conseille, par exemple, Chopin ». Nous ajouterons que cela permet également de faire découvrir, pour ceux qui y sont sensibles, les « couleurs » des différentes tonalités, à partir du ressenti de l’élève et en s’aidant de la diversité des titres. Ajoutons encore qu’il ne s’agit nullement d’un exercice gratuit et que tout cela est au service d’une musique tout à fait intéressante.

Colette MOUREY : Piano Blues pour piano. 2ème – 3ème cycle. Delatour : DLT0885.

eux pièces composent ce recueil : Holographic blues et Galactic Ballad. Le premier conseil à donner avant de se lancer dans l’interprétation de ces pièces, c’est d’écouter beaucoup de blues. Certes, ces œuvres ne sont pas faciles techniquement, mais le plus difficile est d’en saisir l’esprit et le rythme si caractéristiques. Tout est dans la manière d’arpéger ou de jouer les appoggiatures ainsi que, comme disent les jazzmen, de « jouer en ternaire » mais pas de manière métronomique ! Manifestement, Colette Mourey connait bien ce monde et nous offre ici deux pièces tout à fait convaincantes.

Bohuslav MARTINŮ  : Easy Piano Pieces and Dances pour piano. Bärenreiter : BA 9586.

Bohuslav Martinu a écrit un bon nombre de pièces pédagogiques pour piano dont une partie notable n’a jamais été publiée. Nous trouvons ici les Critchets and Quavers, six pièces consacrées aux changements de mesure et de tempo. C’est donc à une véritable découverte que nous invite Lucie Harasim Berná, qui a édité ces pièces. Ces courtes pièces trouveront place au milieu des pièces traditionnelles du répertoire et permettront aux jeunes élèves de découvrir le langage et la personnalité de ce compositeur tchèque qui n’a pas fini de nous surprendre. Il faut également préciser que ce recueil bénéficie d’une copieuse et précieuse préface qu’on lira avec beaucoup d’intérêt.

Maurice RAVEL : Concerto pour la main gauche pour piano et orchestre. Bärenreiter : Conducteur : BA 7881 – Réduction pour deux pianos : BA 7081-90.

Pourquoi une nouvelle édition du Concerto pour la main gauche ? C’est que cette édition a été établie à partir de sources précédemment inaccessibles et inconnues. On lira l’histoire de ces sources dans la Passionnante et copieuse introduction de Christine Baur, en français puisqu’il s’agit d’une œuvre (oh ! combien…) française qui raconte également l’histoire mouvementée de l’œuvre… Cette édition est donc à la fois savante et pratique : savante par son introduction et le sérieux de son édition, pratique par sa clarté et sa lisibilité. Rappelons que la réduction de l’orchestre au piano a été réalisée par Ravel lui-même… C’est dire son intérêt qu’on lira avec beaucoup d’intérêt.

Bruno SIBERCHICOT : « Within and without » Pièce pour piano. Chanteloup musique : CMP018.

Nous trouvons en exergue la citation de Francis Scott Fitzgerald extraite de Gasby le magnifique : « J’étais dedans et dehors, fasciné et écœuré tout à la fois par l’inépuisable diversité de la vie ». Cette œuvre difficile joue sur les rythmes, les couleurs, les contrastes de nuances, c’est-à-dire l’ensemble des possibilités du piano « classique », c’est-à-dire « non-préparé ». Il faudra donc retenir plutôt les ambiances diverses créées par une diversité qui n’exclut pas, loin de là, le lyrisme.

Nils FRANKE : From Bach to Schoenberg. 200 ans de musique de piano. Une anthologie de répertoire de concert pour pianiste. Wiener Urtext Edition. Schott/Universal Edition : UT 50406.

Le but de ce recueil de vingt œuvres allant de Bach à Schoenberg en passant par des compositeurs représentatifs de cette période si riche est de nous offrir, au milieu d’œuvres très connues, des œuvres moins habituellement jouées de ces compositeurs. L’ensemble est de grande qualité et comporte un commentaire des œuvres présentées, avec leur remise en contexte, ainsi, bien sûr, que des notes critiques. Ces pièces peuvent constituer, pour un récital, une source de « bis » tout à fait remarquable.

SCHUBERT : Impromptus op. post. 142 (D 935). Wiener Urtext Edition – Schott/Universal Edition : UT 50409.

Certes, ce n’est pas, en apparence, une nouveauté. Mais cette nouvelle édition des quatre Impromptus D 935 a été réalisée par Ulric Leisinger, les notes sur l’interprétations par Robert D. Levin et les doigtés sont de Paul Badura-Skoda. C’est dire la qualité de ce qui nous est ici proposé. On appréciera aussi particulièrement le fait que la préface et les notes sur l’interprétation soient en français. Merci Universal !

Sergej RACHMANINOV :Prélude en ut dièse mineur op. 3/2. Wiener Urtext Edition – Schott/Universal Edition : UT 50417.

On ne présente évidemment plus le célébrissime prélude en ut dièse mineur de Rachmaninov… mais il faut avouer que cette somptueuse édition réalisée d’après les sources par Nils Franke et Jochen Reutter, comportant les notes sur l’interprétation et les doigtés de Nils Franke est bien séduisante. Comme pour Schubert, nous avons une traduction française (abrégée, il est vrai, mais très peu) de la préface et des notes par Geneviève Geffray. Les réflexions sur l’interprétation de Rachmaninov lui-même, interprétation connue à partir des rouleaux de piano mécanique mais surtout des enregistrements sur disque sont particulièrement intéressantes et pertinentes. On n’aura donc pas à regretter d’avoir ajouté cette nouvelle édition à celles qu’on peut par ailleurs posséder.

Natalia FLAMENT : Les exercices au milieu sur ½ pointes. Collection « L'accompagnement de danse au piano ». Lemoine : 29 262 H.L.

Nous avons rendu compte du premier volume de cette collection dans notre lettre de septembre 2016. Nous ne pouvons que redire ce que nous écrivions alors : la postface de Yannick Stéphant, Première danseuse de l'Opéra de Paris, Danseuse Étoile aux Ballets de Monte Carlo., est un gage de la qualité de ce travail. La présentation qu'en fait l'auteur explicite le propos de cet ouvrage qui aidera les nombreux pianistes accompagnateurs de cours de danse à enrichir leur répertoire. Ceux qui ont pratiqué ce métier savent bien qu'il leur faut improviser sans répit et qu'il est bon parfois, de pouvoir se nourrir de l'invention des autres… Cette fois, ce sont quarante et une pièces qui nous sont proposées, et la qualité est toujours au rendez-vous. Comme dans le précédent volume, le sommaire en donne à la fois l'esprit, par des titres suggestifs, et l'utilisation technique par des indications précises. C'est un excellent travail qui devrait rendre service à beaucoup !

Charles BALAYER : Bach chat pour piano à 4 mains. Moyen. Delatour : DLT2695.

On se rapportera, pour la présentation de l’œuvre, à celle de la version pour orgue à quatre mains. Il s’agit en effet de la même œuvre, non moins revigorante, mais écrite, cette fois, pour le piano. Comme pour la version pour orgue, on peut écouter l’intégralité de la pièce sur le site de l’éditeur et sur YouTube.

pour piano et violon, Andantino quietoso op. 6, Mélancolie pour violon et piano. Urtext. Bärenreiter : BA9425.

On est vraiment heureux de trouver une édition aussi soignée de la célébrissime sonate ainsi qu’une préface – en français, puisqu’il s’agit de musique française – aussi copieuse que détaillée de Gudula Schütz traduite par Vincent Giroud. Cette édition comprend également un Andantino quietoso publié en 1743, œuvre de jeunesse mais qui est très loin d’être sans intérêt et une Mélancolie contemporaine de la Sonate qui, bien qu’étant une œuvre de circonstance, n’en est pas moins d’un intérêt certain. Bien sûr, les notes critiques en fin de volume sont, elles aussi, très intéressantes.

Au cœur du piano

Marc KOWALCZYK : Au cœur du piano. Volume 1. Première année de piano. Réédition. PL.2144. Volume 2. Deuxième année de piano : P.L.2145. Quatre mains : P.L.2146.Manifestement, cette méthode plait, puisqu'elle nécessite, douze ans plus tard, une réédition. Elle est très progressive et s'adresse aux enfants dès l'âge de cinq ans. Chaque volume comporte vingt-quatre leçons qui comprennent toutes les notions, y compris de solfège, pour aborder le clavier. L'auteur a composé de petites pièces dans tous les styles, du baroque au jazz, sans oublier la musique contemporaine. Le premier volume contient pas moins de soixante-huit pièces originales dont vingt pour piano à quatre mains. Précisons que ces quatre-mains sont destinés à être interprétés par deux élèves de même niveau, ce qui présente un intérêt pédagogique évident. L'ensemble est très clair, édité en polychromie. Les petits dessins humoristiques de Maëlys Gallenmuller égayent fort agréablement les recueils sans les surcharger mais au contraire en aidant les pages à respirer et en excitant l'imagination des élèves (et des professeurs…).