Jean- Pierre LEGUAY : Sonate n° 4 pour orgue. Lemoine : 29327 H.L.

« Dans ma Sonate IV, peu de tissages polyphoniques serrés ; davantage que la tendreté soyeuse : une écriture aérée, transparente, une limpide crudité des timbres qui laisse passer le clair, une certaine économie de registrations incluant des effets de mutations obtenus par les dispositions des accords. L’œuvre avance d’un pas léger, l’oreille au vent, l’humeur souriante. » Trois parties dans cette sonate : A l’entour, construite sur une immuable flute de 4’ et un non moins immuable do# à la pédale. Chant d’aurore lui succède, avec le « chant lumineux » de plusieurs flûtes. La troisième, Récif, est construite en contraste avec les deux premières, heurtée, succession de paroxysmes et de silences.


D.B.

Jean-Pierre Leguay, né à Dijon en 1939, organiste, compositeur et improvisateur, a été, en orgue, l’élève d’André Marchal, de Gaston Litaize et Rolande Falcinelli ; en écriture, de Simone Plé-Caussade et, en composition, d’Olivier Messiaen. Après avoir été co-titulaire des Grandes Orgues de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, puis successeur de Pierre Cochereau, en 2016, il est nommé organiste émérite. Titulaire de nombreux Prix, il a enseigné l’orgue et l’improvisation au Conservatoire de Limoges, puis au CNR de Dijon. Organiste concertiste de réputation internationale, il a composé plus de 70 œuvres. Il a créé sa Sonate n°4 (composée entre 2014 et 2016) au Grand Orgue de Notre-Dame de Paris, le 12 avril 2016.
Dans la Préface, il présente cette œuvre en 3 parties aux titres originaux : À l’entour ; Chant d’aurore ; Récif et propose une analyse détaillée avec les caractéristiques de chacune et ses intentions compositionnelles. En Nota Bene, il indique toutes les registrations : par exemple, pour le premier mouvement : 8 associations et combinaisons de jeux, ainsi que l’utilisation des claviers : Clavier principal / claviers accouplés ; pour le deuxième mouvement : flûtes, nazard, tierce seule… ; pour le troisième, il propose une solution en l’absence de 32’. L’interprète peut ainsi être fidèle aux timbres et coloris voulus.
La partition bénéficie de nombreuses indications précises (changements brusques de tempi, ornementation). À l’entour repose sur « une giration de 8 registrations manuelles autour d’un do # à la pédale » tenu jusqu’à la mesure 51 ; les parties supérieures exigent une bonne lecture solfégique, le respect absolu des nombreux silences très éloquents et une solide technique (traits perlés, accords imposants). Chant d’aurore est, selon le compositeur, une « sorte de thème varié dont le matériau fédérateur est le son flûte, avec la voix flexible, agile, intense, lumineuse de plusieurs flûtes à l’unisson ». Enfin, au sujet de Récif : « Après le climat relativement modéré des deux premiers mouvements, après le « coucher du son » éteignant les flûtes, cette troisième partie contraste par sa brièveté, sa registration, son tempo ». Toutes ces précieuses indications permettront aux organistes et concertistes chevronnés de respecter scrupuleusement l’esprit de l’œuvre et les intentions de Jean-Pierre Leguay.