Le nozze di Figaro

MOZART : Le nozze di Figaro KV 492.  Édité par Ludwig Finscher.  « Urtext de la Neuen Mozart-Ausgabe », Bärenreiter : TP 320.

 

Cette remarquable édition qu’on n’ose qualifier « de poche » étant donné son épaisseur est, malgré la petitesse des portées, d’une remarquable lisibilité.  Mais il s’agit aussi d’une édition critique comportant les plus récentes recherches (2010) effectuées sur cette œuvre.  Il s’agit vraiment d’un travail monumental comportant toutes les pages ajoutées ou supprimées lors des différentes représentations.  On lira avec beaucoup d’intérêt la préface et les abondantes notes critiques contenues dans ce copieux volume.

 

Idomeneo par Luc Bondy

On accorde justement de plus en plus d'intérêt à Idoménée, le premier grand opéra de Mozart. Il y traite d'un sujet riche de potentialité dramatique, l'affrontement entre un père et son fils. Le conflit latent qui l'opposait alors à l'intransigeant archevêque Colloredo trouvait ici peut-être un exutoire. En tout cas, Mozart y fait montre d'un souci dramatique peu commun qui préfigure ce que seront ses autres œuvres pour le théâtre. Il fait éclater le genre de l'opera seria en s'affranchissant de son carcan et compose un musique d'une vraie grandeur tragique dans sa diversité. La production signée de Luc Bondy, au Palais Garnier, dessine cette action dans son décor naturel, le rivage marin où se noue l'intrigue : la tempête qui crache l'infortuné roi de Crète, la fureur marine qui envahit l'espace, mais aussi la vastitude d'une plage qui retient des personnages perdus dans leur quête d'absolu. Le drame est pensé à l'essentiel, sans pathos, comme un acte de théâtre. Quelques rares touches réalistes en pimentent l'austérité. Car l'atmosphère restera sombre tout au long de ce périple, très sombre. S'y inscrivent la foule des Grecs et des Crétois, habilement dirigée, et des personnages brossés avec acuité : Ilia la captive, résolue et aimante, Idamante qui s'en éprend, mais doit un temps renoncer à cet amour impossible, en butte à l'ordre paternel d'éloignement - le quatuor du II est d'un force magistrale ; la reine Elettra, de noir vêtue, qui semble dès le début expier ses fautes passées, et sombre dans la fureur puis la folie - alors que tous tournent le dos pour ne pas entendre ses vaines imprécations, vision forte ; Idoménée, torturé par des passions contradictoires, l'amour paternel, le respect des injonctions divines, mais qui saura – déjà – se montrer clément. La dernière scène laisse une vision pessimiste. Idoménée, certes, passe le témoin à son fils qu'il a réuni à Ilia, mais ces deux-là sont déjà confrontés au sort peu enviable de ceux qui sont portés au pouvoir : coups de tonnerre et foule s'enfuyant en tous sens saluent leur accession au trône de Crète.

Le spectacle fait montre d'une aussi belle qualité musicale, car Thomas Hengelbrock, autrement inspiré ici que dans La Flûte enchantée à Bastille, tire de l'orchestre de l'Opéra des accents vraiment mozartiens. La tension obtenue par des tempos sur le versant rapide, est maintenue sans faillir. Les traits concertants des instruments à vent, qui traversent plus d'un air, sont magnifiquement dessinés. Le plateau vocal, parfaitement homogène, est habité par une déclamation lyrique naturelle. Camilla Tilling est une Ilia plus que touchante, dramatique, et son chant est immaculé ; un bonheur que ce type de voix qui donnera les Suzanne et autres Pamina. Joyce diDonato s'approprie le rôle d'Idamante avec panache, présence réelle et magistrale ligne de chant. Le tragique d'Elettra, parfaitement contrôlé par Bondy, offre à Mireille Delunsch matière à déployer un style et une vocalité admirables. Paul Groves incarne un Idomeneo héroïque qui, s'il en perd un instant le fil des vocalises, fait quelque chose du grand air « Fuor del mar ». N'était une apparence qui ne l'avantage pas, son interprétation est frappée au coin de l'intelligence.

Œdipe, le Grand œuvre de Georges Enesco au Capitole

Quelque soixante-dix ans après sa création au Palais Garnier, l’unique opéra de Georges Enesco est enfin repris sur une scène française - au Capitole, grâce à l’audace de Nicolas Joel, son directeur,qui en signe la mise en scène.

 

Enfant prodige, virtuose du violon - mentor de Menuhin qui sera son ami – pianiste de talent, chef d’orchestre célébré, Enescu (1881-1955) a marqué d’une empreinte indélébile la vie musicale   parisienne. Le plus français des compositeurs roumains – au point de laisser franciser son nom - est en effet un musicien complet, proche de l'universel.  Trouvant sa veine compositionnelle dans la musique de chambre aussi bien que dans la symphonie, son langage musical multiforme, puisé à la tradition folklorique roumaine comme au néo classicisme, s’est vite émancipé vers un style novateur. Peuplé de grandes architectures sonores que tempère un profond lyrisme, il se distingue par une grande fluidité rythmique et un art étonnant de coloriste