Le charismatique Bernard Haitink enflamme le LSO

Bernard Haitink, que d'aucuns avaient jadis affublé du sort de passe-muraille, jugé comme trop au pied de la lettre du texte, est aujourd'hui quasi vénéré pour sa direction inspirée.  Plus qu'un kapellmeister stoïque, une sorte de sage, qui nous redécouvre la musique dans ce qu'elle a de fondamental.  Le second des deux concerts de la résidence de printemps du LSO l'aura montré, si il en était encore besoin, car cette vérité est partagée partout en Europe.  Il aura aussi démontré quelle phalange de tout premier ordre est l'orchestre londonien : la plastique sonore atteint une plénitude qui le fait s'aligner aux

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gor STRAVINSKY : L'Histoire du soldat.  Conte musical.  Texte de Charles-Ferdinand Ramuz. Laurent Cuniot, Raphaëlle Delaunay, Mathieu Genet, Serge Tranvouer.  Ensemble orchestral TM +, dir. Laurent Cuniot.  Mise en scène : Jean-Christophe Saïs.

  « Un des chefs-d'œuvre les plus secrets de Stravinsky » (André Boucourechliev), L'Histoire du soldat offre ceci de fascinant d'élever ce qui est au départ une pièce inspirée du théâtre de tréteaux, au rang de fable à portée universelle.  Chacune des composantes du spectacle relève de la trouvaille de génie.  Le texte, a priori banal, rejoint le mythe de Faust, le pacte avec le diable : un brave soldat qui s'en revient de guerre, échange son violon contre un livre merveilleux dont s'échappe la richesse.

L'Opéra du Rhin dévoile Farnace de Vivaldi

Antonio VIVALDI : Farnace.  Dramma per musica en trois actes. Version de 1738. Livret d'Antonio Maria Luchini.   Max Emmanuel Cencic, Mary Ellen Nesi, Ruxandra Donose, Carol Garcia, Vivica Genaux, Emiliano Gonzalez Toro, Juan Sancho.  Concerto Köln, dir. George Petrou.  Mise en scène : Lucinda Childs.

 

  Il faut saluer l'audace de l'Opéra du Rhin d'avoir programmé un opéra de Vivaldi. Farnace n'est pas n'importe lequel, il est vrai.  Écrit pour Venise en 1727, où il rencontrera un franc succès, il sera profondément et à de multiples reprises remanié par Vivaldi, notamment pour le théâtre de Pavie, en 1731, et en dernier lieu, en vue d'une exécution à Ferrare, où le musicien tentait de s'établir après sa disgrâce dans la Sérénissime.  Las, l'archevêque de la pieuse ville en interdira l'accès à Vivaldi, au prétexte d'une vie indécente avec la cantatrice Giró, et d'une absence de pratique effective de la

Une autre découverte zurichoise : Poliuto

Gaetano DONIZETTI : Poliuto.  Tragédie lyrique en trois actes. Livret de Salvatore Cammarano, d'après la tragédie Polyeucte de Pierre Corneille. Massimiliano Pisapia, Fiorenza Credolins, Massimo Cavaletti, Riccardo Zanellato, Jan Rusko, Boguslaw Bidzinski, Aaron Agulay.  Chœur & Orchestre de l'Opernhaus Zürich, dir. Nello Santi.  Mise en scène : Damiano Michieletto.

 Alexander Pereira fait encore œuvre innovante, puisque avec Poliuto, il donne une première suisse. Cette tragédie lyrique, inspirée du Polyeucte de Corneille, connut une genèse difficile. Achevée en 1838, et destinée au Théâtre San Carlo de Naples, elle y sera interdite par la censure.  Le ténor Adolphe Nourrit, pour qui avait été écrit le rôle-titre, ne s'en remettra pas et se suicidera peu après.  De retour en France, et après avoir perdu son procès contre l'administration napolitaine, Donizetti remaniera la pièce, qui sous le titre « Les Martyrs », sera présentée en 1840 à l'Académie de

Un opéra de jeunesse de Mozart, Il re pastore, à l'Opernhaus de Zurich

Wolfgang Amadeus MOZART : Il re pastore.  Serenata en deux actes, K. 208. Livret de Pietro Metastasio.  Rolando Villazón, Martina Janková, Eva Mei, Sandra Trattnigg, Benjamin Bernheim.  Orchestra « La Scintilla » der Oper Zürich,  dir. William Christie. Mise en scène : Grischa Asagaroff.

 

  Afin de célébrer le venue à Salzbourg du dernier fils de l'impératrice Marie-Thérèse,  l'archiduc Maximilien-Franz, l'archevêque Colloredo commande à Mozart une « fête théâtrale », en avril 1775.  Ce sera Il re pastore.  Cette sérénade pastorale, qui suit La Finta Giardiniera, si elle appartient encore au style galant, le dépasse dans le traitement des airs.  Car ceux-ci sont, pour la plupart, de caractère concertant, comme dans une œuvre instrumentale : après un prélude assez vaste, le ou les thèmes exposés laissent place à un développement expressif, comme il en va dans un morceau de concerto, qui

Orlando à La Monnaie : les flammes de la passion

Orlando à La Monnaie : les flammes de la passion

 

George Frideric HANDEL : Orlando.  Opera seria en trois actes.  Livret anonyme, d'après L'Orlando ovvero La gelosa pazzia de Carlo Sigismondo Capece et l'Orlando furioso de Ludovico Ariosto.  Bejun Metha, Sophie Karthäuser, Sunhae Im, Kristina Hammarström, Konstantin Wolff.  Baroque Orchestra B'Rock, dir. René Jacobs.  Mise en scène : Pierre Audi.

 

  Le poème épique L’Orlando furioso de l'Arioste a inspiré bien des compositeurs de l'époque baroque. Pour son 31e opéra (1733), Haendel l'aborde de manière grave, à la différence de Haydn, dans son opéra tragi-comique Orlando Paladino.  S'il suit la trame d'origine, de l'amour démesuré du chevalier Orlando, non payé de retour, pour la capricieuse Angelica, et de la folie qui en découle, il s'en écarte en ajoutant un nouveau personnage, celui du mage Zoroastro. Par là, il introduit une dimension supplémentaire, à la fois magique et philosophique, qui emprunte aux Lumières, et annonce le Sarastro de

  Des Indes galantes ancrées dans la dure réalité contemporaine

Des Indes galantes ancrées dans la dure réalité contemporaine

 

Jean-Philippe RAMEAU : Les Indes galantes.  Opéra-ballet en un prologue & quatre entrées. Livret de Louis Fuzelier.  Hélène Guilmette, Aimery Lefèvre, Julia Novikova, Judith van Wanroij, Vittorio Prato, Kenneth Tarver, Cyril Auvity, Nathan Berg, Thomas Doliè.  Chœur du Capitole. Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset. Mise en scène : Laura Scozzi.  

 

Les Indes galantes appartiennent au genre de l'opéra-ballet, ou plus exactement du ballet héroïque, qui cultive le divertissement, la fête.  D'où l'importance toute relative donnée à l'action dramatique et les incohérences qui la parcourent. Il s'agit de quatre pièces différentes, que chapeaute un prologue. Dans sa nouvelle production du Capitole, Laura Scozzi voit les choses autrement. Elle réécrit une trame qui s'essaie à retrouver une logique à partir de ce prologue : la conquête des contrées lointaines ne sera pas guerrière mais amoureuse. Chacune des « entrées » se voit conférer un poids dramatique insoupçonné.  Le prologue, c'est l’Éden, où l'on pratique l'amour libre, autant de garçons et filles complétement nus entourant la belle Hébé.  « Volez, volez, Amours » aura rarement pris allure aussi décomplexée. Au tableau du « Turc généreux », on pratique le trafic d'êtres humains, et le naufrage de Valère et de ses pairs est une allusion au drame des boat people.  Dans l'entrée des « Incas du Pérou », les tribulations des gens du Sentier Lumineux, façonnant la drogue, remplacent la cérémonie à la gloire de l'astre solaire, et la catastrophe naturelle de l'éruption volcanique n'est autre que la mise en feu de la cabane de Huascar, qui achève là une sorte de suicide idéologique.  L'entrée des Fleurs, ou « Fête persane », qui dans la version dite de Toulouse, acquiert un poids musical qu'on ne lui connaissait pas autrement, est prétexte à s'attaquer au thème de la condition de la femme dans le monde.  En fait, une grande parade machiste de traite des blanches, toute velléité d'émancipation étant vite récupérée.  Le tableau des « Sauvages » est transporté dans une Amérique déjantée, partagée entre menace écologique et anarchie consumériste.  Tout rentrera dans l'ordre finalement, et l'on retrouvera l'Éden et ses éphèbes avides d'amour.  Formée à l'école de Laurent Pelly, dont elle fut la chorégraphe diablement imaginative de son Platée à l'Opéra Garnier et de ses spectacles Offenbach, Laura Scozzi porte un regard plus qu'ironique sur la société et sur ses semblables. Mais le trait est si appuyé qu'il en perd son acuité.  Surtout, la composante du ballet est reléguée au rang de parenthèse, ce qui ne manque pas de piquant de la part d'une chorégraphe. Afin de lier les divers tableaux, les divertissements finaux sont, pour une large part, shuntés au profit de projections vidéo, sur le thème du voyage et la rhétorique de la carte postale. Seuls trois Amours virevoltants, remarquablement brossés, assurent la continuité, au travers de leurs pérégrinations touristiques, tour à tour émerveillés ou estomaqués face à l'étrangeté de leurs rencontres. Le centre de gravité de l'œuvre se déplace, le sens s'en trouve changé. Laura Scozzi le revendique : « le divertissement, très dix-huitième, cesse d'exister et laisse place à un regard plus acide sur l'avidité de l'Homme ».  La frontière entre choristes et danseurs, est, certes, abolie de façon inédite.  Mais où est la délicatesse du geste, l'émotion née du clin d'œil, la poétique qui sourd de la musique ? 

Les protagonistes, sollicités par une dramaturgie envahissante, ont du mal à trouver leur place. Ils sont au service de la mise en scène, plus que portés par elle. Le manque d'aura n'épargne que quelques individualités. À commencer par Hélène Guilmette, Hébé, qui parvient à se frayer un chemin dans le camp de nudistes du prologue, lequel provoque les réactions amusées, et bruyantes, de la salle, puis, en Phani, à se confronter au rogue Huascar, mais s'impose moins en Fatime.  Le délicieux air « Papillon inconstant », qui plane au cœur du tableau des Fleurs, est  noyé au milieu d'un attirail indigeste.  En tout cas, ces prises de rôles sont valeureuses, pour un chant pleinement assumé. Rompu à la prosodie exigeante de Rameau, Nathan Berg apporte une réelle épaisseur au terrible Huascar, méchant amoureux excessif, un des rares caractères affirmés, il est vrai.  Cyril Auvity, n'était quelque effort dans le rôle de Damon au dernier tableau, offre un chant d'une belle justesse d'ornementations dans celui de Carlos, émergeant de la scène des Incas.  Kenneth Tarver, pâle Valère, mieux en situation dans Tacmas, et Judith van Wanroij, Émilie puis Atalide, paraissent plus en retrait, là encore happés par les excès de la régie.  D'autres en souffrent plus encore, au point de ne pas s'affirmer, tels Vittorio Prato, Osman, ou Julia Novikova, Roxane puis Zima. Christophe Rousset surprend, du moins au début, par une battue appuyée, dépourvue de légèreté.  Sans doute influencée par le foisonnement de la mise en scène, sa lecture ne délivre que peu de frisson.  La riche, et souvent vive, mélodie ramiste prospère, comme l'alchimie de timbres reconnaissables entre tous, en particulier les bassons et les flûtes dans le registre aigu, mais les fameux « tubes » rythmiques enjoués ne ressortent guère, en dernière partie notamment. Ainsi la fête finale et sa célèbre chaconne font-elles peu impression. Le dernier mot ne revient pas avec suffisamment d'évidence à la merveilleuse musique de Rameau, au pouvoir suggestif des passages instrumentaux destinés à la danse, à son formidable pouvoir évocateur, éléments que le chef se plaît pourtant à souligner dans son analyse de l'œuvre.  

 

    

Cav & Pag font leur entrée à l'Opéra Bastille

Pietro MASCAGNI : Cavalleria Rusticana,  melodramma en un acte.  Livret de Giovanni Targioni-Tozzetti & Guido Menasci, d'après une nouvelle de Giovanni Verga.  

 Ruggero LEONCAVALLO : Pagliacci.  Opéra en deux actes. Livret du compositeur. Violeta Urmana, Marcello Giordani, Stefania Toczyska, Franck Ferrari, Nicole Piccolomini, Brigitta Kele, Vladimir Galouzine, Sergey Murzaev, Florian Laconi, Tassis Christoyannis.  Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris. Maîtrise des Hauts-de-Seine.  Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris, dir. Daniel Oren.  Mise en scène : Giancarlo del Monaco.

On a pour habitude d'associer Cavalleria Rusticana et Pagliacci en un même spectacle, d'où le sobriquet de Cav & Pag donné par nos amis britanniques à cette association forcée. Ils sont pour la première fois inscrits au répertoire de l'Opéra Bastille. Pour souligner sans doute leur parenté, apparente, le metteur en scène Giancarlo del Monaco a cherché à les unir en un même geste. Ainsi place-t-il en début de soirée, la tirade du Prologue de Paillasse, exorde au public.  Reste que la trouvaille fait long feu car rien ensuite n'alimentera, et pour cause, ladite parenté.  Cavalleria Rusticana devait, en

Così fan tutte au Théâtre des Champs-Élysées : Une reprise réussie.

Dramma giocoso en deux actes K. 588 (1790) de Wolfgang Amadeus Mozart sur un livret de Lorenzo Da Ponte.  Le Cercle de l’Harmonie & Chœur du Théâtre des Champs-Élysées, dir. Jérémie Rhorer.  Mise en scène : Éric Génovèse.  Camilla Tilling, Michèle Losier, Claire Debono, Bernard Richter, Markus Werba, Pietro Spagnoli.

1790, Mozart hésite entre la farce et la leçon de vie lorsqu’il compose avec lucidité et humour, sans amertume, ni illusion sur la nature humaine, ce dernier opus écrit en collaboration avec Lorenzo Da Ponte.  Un opéra commandé par l’empereur Joseph II, dont la création eut lieu le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne, sous la direction du compositeur.  Un opéra particulier, au goût doux-amer, caractérisé par sa richesse musicale et par le nombre des ensembles vocaux, dont le TCE proposait la reprise de la version scénique de 2008, dans une mise en scène d’Éric Génovèse. La direction

Reprise du troublant Don Giovanni, vu par Michael Haneke

Reprise du troublant Don Giovanni, vu par Michael Haneke

 Wolfgang Amadeus MOZART : Don Giovanni.  Dramma giocoso en deux actes. Livret de Lorenzo Da Ponte.  Peter Mattei, David Bizic, Paata Burchuladze, Saimir Pirgu, Véronique Gens, Patricia Petibon, Gaëlle Arquez, Nahuel Di Pietro. Orchestre & chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan.  Mise en scène : Michael Haneke.

 

Il y a tant de manières de représenter Don Giovanni !  Michael Haneke, dont on connaît le regard distancié, questionne le mythe sans vergogne : sa violence, dont on ne saisit pas directement la cause, mais perçoit les conséquences sur les actes commis, son nihilisme, son atemporalité, à l'aune de cet univers décoratif froid, d'un building de bureaux dans quelque ville moderne.  Lecture revisitée donc, pour mieux, ou le tenter du moins, transmettre le message du « dissoluto punito ».  Haneke en inscrit le parcours dans celui d'une société managériale dont Don Giovanni est le jeune et fringant

Marc Minkowski transfigure la Passion selon saint Matthieu

Marc Minkowski transfigure la Passion selon saint Matthieu 

Les mémorables exécutions de la Passion selon saint Matthieu ne sont pas légion. L'œuvre sacrée emblématique de Jean-Sébastien Bach, l'une des plus vastes qu'il ait écrites, requiert des forces importantes.  Et, pourtant, ne gagne-t-elle pas à voir son aspect monumental mesuré à l'aune d'une approche plus intimiste ?  Dans le strict respect des indications du Cantor, Marc Minkowski opte pour une exécution dont le chœur est confié aux seules voix solistes, ainsi réduit à deux ensembles de quatre chanteurs, pour les deux chœurs principaux, auxquels s'ajoutent quatre autres voix pour le ripieno.

La Muette de Portici ressuscitée à l'Opéra-Comique

La Muette de Portici ressuscitée à l'Opéra-Comique

 

Daniel-François-Esprit AUBER : La Muette de Portici.  Opéra en cinq actes.  Livret d’Eugène Scribe & Germain Delavigne.  Elena Borgogni, Maxim Mironov, Eglise Gutiérrez, Michael Spyres, Laurent Alvaro, Jean Teitgen, Martial Defontaine, Beata Morawska, Jacques Does. Orchestre & Chœur du Théâtre royal de La Monnaie, dir. Patrick Davin.  Mise en scène : Emma Dante.

 Créée en 1828, La Muette de Portici fut parmi les opéras les plus joués de son temps.  Car cette pièce, admirée par Wagner, met en scène un sujet historique, la révolution napolitaine de 1647 et

Une Walkyrie flamboyante au Théâtre des Champs-Élysées.

Une Walkyrie flamboyante au Théâtre des Champs-Élysées.  Opéra en trois actes (1870) de Richard Wagner.  Première journée du festival scénique l’Anneau du Nibelung.  Livret du compositeur à partir du Nibelungenlied, poème épique du Moyen Âge. Version de concert.  Bayerisches Staatsorchester, dir. Kent Nagano.  Lance Ryan, Anja Kampe, Ain Anger, Thomas J. Mayer, Michaela Schuster, Nina Stemme.

 

Après un Parsifal d’anthologie, l’an dernier, en ces mêmes lieux, Kent Nagano était de retour avenue Montaigne pour une Walkyrie qui concluait le cycle Wagner mené cette année par le TCE.  Après le Parsifal inspiré de Gatti, le Tristan tumultueux de Nelsons, Kent Nagano nous livrait, ici, une magnifique et flamboyante Walkyrie, à la tête de son orchestre de l’Opéra national de Bavière.  Une sorte d’avant-première avant de présenter cette saison une nouvelle production du Ring dans son intégralité à la Bayerische Staatsoper de Munich dont il devrait quitter la direction en 2013, non sans avoir dirigé

La Didone au Théâtre des Champs-Élysées : pour la musique et les chanteurs !

La Didone au Théâtre des Champs-Élysées : pour la musique et les chanteurs !  Opéra en un prologue & trois actes (1641), sur un livret de Francesco Busenello, d’après Virgile.  Les Arts Florissants, dir. William Christie.  Mise en scène : Clément Hervieu-Léger. Anna Bonitatibus, Kresimir Spicer, Xavier Sabata, Maria Streijfert, Katherine Watson, Tehila Nini Goldstein, Mariana Rewerski, Claire Debono, Damien Guillon, Terry Wey, Nicolas Rivenq, Valerio Contaldo, Mathias Vidal, Joseph Cornwell, Francisco Javier Borda. 

Oublions rapidement la mise en scène insignifiante, réduite à une simple mise en espace, la scénographie et les décors tristes, sombres et sans intérêt, les costumes hideux et les éclairages blafards pour nous concentrer sur la superbe musique de Cavalli, magnifiquement servie par Les Arts Florissants dirigés du clavecin par William Christie et par une distribution vocale d’une remarquable et homogène qualité, dont une partie est issue du jardin des voix, cher à William Christie.

Le Monde de la Lune : une version séduisante et allégée de l’opéra de Joseph Haydn, au Théâtre Mouffetard.

Le Monde de la Lune : une version séduisante et allégée de l’opéra de Joseph Haydn, au Théâtre Mouffetard.  Sur un livret de Carlo Goldoni. Mise en scène d’Alexandra Lacroix.  Camille Delaforge, pianoforte & direction musicale. Charlotte Dellion, Cecil Gallois, François Rougier, Guilhem Souyri, Anna Reinhold.

Il Mondo della Luna est un dramma giocoso en 3 actes, composé par Haydn en 1777, donné à l’occasion des noces d’un des fils du prince Esterhazy.  Il serait vain de vouloir comparer la version initiale de cette œuvre, riche d’une superbe orchestration, avec la version séduisante mais allégée, représentée, ici, au Théâtre Mouffetard par la Compagnie « Manque Pas d’Airs ». Allégée car transcrite pour pianoforte, allégée dans le temps puisque réduite d’une heure par rapport à la version initiale, allégée théâtralement avec la disparition du couple  Ernesto-Flaminia ; allégée donc, mais tout à fait

Parsifal au Théâtre des Champs-Élysées : Daniele Gatti, inspiré.

Parsifal au Théâtre des Champs-Élysées : Daniele Gatti, inspiré.  Opéra en trois actes (1882) de Richard Wagner.  Orchestre national de France, Chœur de Radio France, Maîtrise de Radio France, dir. Daniele Gatti.  Christopher Ventris, Mihoko Fujimura, Kurt Rydl, Lucio Gallo, Detlef Roth, Andreas Hörl.

Daniele Gatti, inspiré, dirigeant sans partition ce « festival scénique sacré » sous le regard attentif du Parsifal de Maurice Denis, levant haut le Graal, perché sur la coupole du TCE.  Dernier opéra du maître de Bayreuth, œuvre complexe et mystérieuse ayant donné lieu à de multiples interprétations, néo-christique, maçonnique, ésotérique… Un opéra tout entier dominé par la quête de la Rédemption (« Wagner ou la quête de la Rédemption » : L’éducation musicale n°547-548, www.leducation-musicale.com) dont il constitue l’ultime aboutissement. Opéra initiatique assurément, opéra de la

La Clémence de Titus, exemplaire au Théâtre des Champs-Élysées.

La Clémence de Titus, exemplaire au Théâtre des Champs-Élysées.  Opera seria en deux actes (1791) de Wolfgang Amadeus Mozart, sur un livret de Pietro Metastasio, adapté par Caterino Mazzola.  Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, Deutscher Kammerchor, dir. Louis Langrée.  Michel Schade, Alice Coote, Malin Hartelius, Rosa Feola, Christina Daletska, Brindley Sherratt.

Exemplaire dans son message que cette Clémence de Titus, œuvre créée à Prague le 6 septembre 1791, où Mozart, malgré la fatigue physique, pressé par le temps, renoue avec le genre de l’opera seria (dramma serio per musica), pour réaffirmer, haut et fort, sa foi dans les idéaux maçonniques de pardon, d’égalité,  de liberté et de fraternité, symbolisés dans la personnalité de Titus.  Exemplaire dans sa réalisation musicale, confiée  aux mains expertes de Louis Langrée qui connaît son Mozart (rappelons qu’il est le chef principal de la Camerata Salzburg) sur le bout des

Une Rusalka métaphorique au Royal Opera

Une Rusalka métaphorique au Royal Opera

Antonín Dvořák : Rusalka.  Conte de fées lyrique en trois actes. Livret de Jaroslav Kvapil. Camila Nylund, Alan Held, Bryan Hymel, Agnes Zwiergo, Claire Talbot, Daniel Grice, Anna Devin, Madeleine Pierard, Justina Gringyte, Gyula Orendt, Ilse Eerens.Royal Opera Chorus. Orchestra of the Royal Opera House, dir. Yannick Nézet-Séguin. Mise en scène : Jossi Wieler & Sergio Morabito.

 

Il est deux manières de présenter Rusalka, selon qu'on insiste sur l'aspect conte de fées ou qu'on s'attache à extraire le sens caché d'une pièce qui puise ses origines à diverses sources : l'Undine de l'allemand Friedrich de la Motte-Fouqué, la Petite Sirène du danois Hans Christian Andersen, mais aussi le conte populaire poitevin de la fée Mélusine, ou les traces laissées par le folklore russe ou ukrainien, voire une étymologie encore plus lointaine, tirée de l'histoire byzantine.  Dans la mythologie slave, les « rusalki » sont des esprits impurs, vivant dans l'eau des rivières, des femmes ou

Reprise à Genève d'une production mythique de Juliette de Martinů

Reprise à Genève d'une production mythique de Juliette de Martinů

Bohuslav MARTINŮ : Juliette ou la clef des songes.  Opéra lyrique en trois actes. Livret du compositeur et de Bronislaw Horowicz, d'après la pièce éponyme de Georges Neveux.  Nataliya Kovalova, Steve Davislim, Emilio Pons, Marc Scoffoni, Richard Wiegold, Léa Pasquel, Khachik Matevosyan, Jeannette Fischer, Doris Lamprecht, René Schirrer, Fabrice Farina, Jean Lottaz. Chœur du Grand Théâtre de Genève. Orchestre de la Suisse romande, dir. Jiří Bělohlávek. Mise en scène : Richard Jones, réglée par Philippe Giraudeau.

 

Au sein de la prolifique production de Bohuslav Martinů, qui a pour jalons célèbres, à l'opéra, La Passion grecque et Les jeux de MarieJuliette ou la clef des songes représente le meilleur exemple du surréalisme sur la scène lyrique.  Installé à Paris depuis les années 1920, Martinů allait vite être séduit par le mouvement dadaïste, qui flattait chez lui une fibre profonde, aussi bien représentée dans sa Tchécoslovaquie natale. La rencontre avec la pièce de Georges Neveux suscita d'emblée l'idée qu'il y avait matière à en tirer un opéra, ce dont il s'ouvrit à l'auteur en lui proposant de lui jouer le

Les Huguenots.

Giacomo MEYERBEER : Les Huguenots.  Grand Opéra en cinq actes.  Livret  d'Eugène Scribe & Émile Deschamps.  Laura Aikin, Mireille Delunsch, Karine Deshayes, Gregory Kunde, Philippe Rouillon, Marc Barrard, Wojtek Smilek, Xavier Rouillon, Marc Labonnette, Avi Klemberg, Arnaud Rouillon, Patrick Bolleire, Mark van Arsdale, Arnaud Richard, Marie Cubaynes, Hanne Roos, John Pumphrey, Dimitri Pkhaladze.  Chœurs de l'Opéra national du Rhin. Orchestre philharmonique de Strasbourg, dir. Daniele Callegari.  Mise en scène : Olivier Py.

  

Le système de la coproduction a du bon :  c'est grâce au travail mené de front par les deux théâtres de La Monnaie de Bruxelles et de l'Opéra du Rhin que Les Huguenots ont pu être tirés de l'oubli. Cette immense fresque qui a pour nom Grand Opéra, est bâti sur un fait réel, le massacre de la Saint-Barthélemy. Les librettistes Scribe & Deschamps ont librement puisé à la Chronique du règne de Charles IX de Mérimée. Mais tient-on là un vrai opéra historique ?  Rien n'est moins sûr, tant le drame privé prend souvent le pas sur le débat politique.  Les amours du protestant Raoul de Nangis et

Un Parsifal désacralisé à l'Opéra de Lyon

Un Parsifal désacralisé à l'Opéra de Lyon

Richard WAGNER : Parsifal.« Festival scénique sacré » en trois actes.  Livret du compositeur.  Nikolai Schukoff, Gerd Grochowski, Georg Zippenfeld, Alejandro Marco-Buhrmester, Elena Zhidkova, Kurt Gysen, Daniel Kluge, Lukas Shmid, Heather Newhouse, Katharina von Bülow, Pascal Pitie, Oleksiy Palchykov, Ulrike Helzel, Tehmine Yeghiazaryan, Ivi Karnezi, Sonja Volten.  Orchestre, chœurs  & maîtrise de l'Opéra de Lyon, dir. Kazushi Ono.  Mise en scène : François Girard.

 

 

Pour la nouvelle production de Parsifal, montée en co-production avec le Met de New York, l'Opéra de Lyon a fait appel au cinéaste canadien François Girard. Celui-ci s'est déjà confronté au monde opératique, avec notamment la création, ici même, d'Emilie de Kaija Saariaho.  En dehors de Bayreuth où l'œuvre prend une dimension assurément singulière, Parsifal s'avère toujours délicat à recréer. Tout de suite vient à l'esprit l'immense symbolique véhiculée, que d'aucuns comme Cocteau (« l'immense ridicule du livret ») ou Stravinsky (« une singerie inconsciente du rite sacré ») ont

Concert de prestige au Théâtre des Champs-Élysées

Concert de prestige au Théâtre des Champs-Élysées

Le premier attrait du concert de l'Orchestre symphonique de Birmingham résidait dans la prestation du ténor Jonas Kaufmann.  Mais l'intérêt de la soirée ne s'arrêtait sans doute pas là. Le bel Adonis, adulé du public parisien, qui aime les grandes voix, avait choisi Mahler et Strauss. Les Kindertotenlieder (1905) expriment avec une rare force un monde de solitude et l'attirance chez Mahler pour la mort et le monde de l'enfance. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'il unit ces deux thématiques, mais c'est probablement dans ce cycle que ce rapprochement apparaît le plus